Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
doigt_dDictionnaire de l'Astrée



SignetDu Crozet

Extrait de La Philocalie

Il se délectera en l'Astréane grâce.

Du Crozet, p. 115.

1 SignetJean Du Crozet η dédie à Honoré d'Urfé le premier livre (long chapitre) de sa Philocalie, une pastorale parue en 1593 et rééditée en 1600 sous le titre L'Amour de la beauté. Quand il dédie le deuxième livre à Diane de Châteaumorand qui est alors l'épouse d'Anne d'Urfé, il lui écrit :

J'emploie les heures auxquelles je respire de mes plus sérieuses études à ces amoureuses récréations, à l'imitation de Monsieur le Chevalier d'Urfé votre frère [Honoré], qui désire contendre avec tous ceux qui l'ont devancé de la palme d'éloquence, exprimant si naïvement son dire, que la fluidité cicéronienne semble revivre en lui (p. 66).

Au début du troisième livre, Du Crozet annonce sans ambages que L'Astrée aura une fin heureuse, malgré Galathée, grâce à « un grave et docte personnage », renseignements essentiels sur le dénouement du roman (Henein, p. 19). Je cite l'édition moderne, œuvre d'un groupe de Foréziens (Lyon, EMCE, 2008, pp. 114-115).

Si on retrouve un jour ces Bergeries si bien vantées par Du Crozet, on saura exactement à quoi ressemblait L'Astrée avant que son auteur connaisse la vie de guerrier et la vie de courtisan, et avant qu'il puisse exhiber son amour pour Diane. Il est fort probable que la mythologie figurera au premier plan alors que le Ve siècle et la religion celte n'y paraîtront pas. Peut-être même que le duo archétype formé par Silvandre et Hylas va s'avérer une création tardive.

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2 SignetLivre troisième de l'Amour de la beauté du sieur Du Crozet

« [...] Le berger Athille compose ce sonnet en faveur de sa déesse : […]

Hardi, je veux même chose entreprendre.
Car c'est assez adoré vos beaux yeux,
Pour m'assurer ma divine de prendre
À l'avenir quelque chose de mieux.

Lequel il récita cent et cent fois ne pouvant comprendre le contentement qu'il aurait si sa proposition réussissait, et après avoir regardé de tous côtés s'il ne verrait personne, il en chanta à haute voix deux autres qu'il avait dressés sur les bergeries de Monsieur le chevalier d'Urfé qui lui avait fait cet honneur de les lui communiquer :

Céladon ne vit pas si nous n'appelons vivre,
De mourir sans mourir d'un million de morts,
Affligé de l'esprit et tourmenté du corps,
Pour Phénix en amour une amitié poursuivre.

Astrée ne veut pas à son berger survivre,
Croyant qu'il a souffert d'Alecton les efforts,
Mais elle ne verra de Cocyte les bords,
Sans avoir ce qu'Amour nous promet pour le suivre.

Pirame trop tardif à l'assignation,
Qui devait modérer son altération,
A sa chère Thisbé sacrifia sa vie,

Et Astrée à la fin, changeant sa cruauté,
Du Berger Céladon rendra l'ame assouvie,
Faisant ancrer son mas au havre souhaité.

Dialogue sur le même sujet
Amynte, Licidas

Où vas-tu Licidas ? Je cherche Céladon,
Qui souffre sans avoir la peine méritée,
Pour n'avoir pas voulu adorer Galatée,
Étant jà éclairé par un autre brandon.

Amynte
Ton frère reviendra avec le guerdon [récompense]
Qu'il a tant souhaité et son âme agitée
Échapppera des ceps [fers] de la troupe irritée,
Ayant à ses souhaits proprice Cupidon.

Licidas
Pourvu qu'il soit ainsi, je ne plaidrai sa gêne
Je ne plaindrai ses maux, je ne plaindrai sa peine :
Car après ses travaux étant récompensé,

Il se délectera en l'Astréane grâce,
Et ne se souviendra de l'encombre passé,
En suçotant le miel du corail de sa face.

Auxquels ayant mis fin, il commença d'admirer l'heur et la félicité du pasteur emprisonné, lequel après avoir eu la fortune du tout ennemie et contraire à ses souhaits, était prédestiné non seulement d'être élevé sur la sommité de sa roue, mais d'avoir pour trompette de ses amoureuses gaillardises un grave et docte personnage, qui respirant des alarmes de Mars, se promène dans les jardinages des muses et fait amas de leur plus touffues et odorantes fleurs, pour faire connaître à l'avenir à nos neveux sa louable vigilance ».