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Correspondance

 

ACADÉMIE DES
PARFAITS AMANTS

La lettre envoyée par l'Académie des Parfaits Amants et la réponse d'Honoré d'Urfé proviennent d'un exemplaire de l'Astrée, conservé à la Herzog August Bibliothek Wolfenbüttel. Je remercie Sabine Chéramy qui m'a donné la copie de ces lettres.

L'Astrée de Messire Honoré D'Urfé,
Cinquiesme Partie,
dediee par l'Autheur à quelques-uns des Princes de l'Empire,
A Paris, Chez Robert Foüet, M. DC. XXV.


LETTRE
DE MONSIEUR
DE BORSTEL,
Gentil-homme ordinaire
de la Chambre du
Roy, Conseiller & Agent
prés sa Majesté, pour quelques-uns
des Princes de l'Empire

A L'AUTHEUR.

MONSIEUR,

Voicy une lettre qui vous est escritte d'Allemagne, par des personnes qui vous


sont incognuës, aussi bien que la main de celuy qui vous l'envoye. J'espere neantmois, si elle ne vous est agreable à cause de son style, qui sent merveilleusement la rudesse de son terrouër, ny de son subjet, (attendu que vous n'avez pas besoin de tirer de si loin vos louanges,) que vous en ferez quelque estat, pour la qualité et le merite de ceux qui en sont les Autheurs : Ce sont la pluspart, Princes et Princesses des plus illustres maisons de la Germanie, au nombre de vingt-neuf, et le reste, Dames et Seigneurs qualifiez, qui ne sont pas si Amoureux les uns des autres, comme de l'elegance de vos rares escrits, dont la lecture leur a donné matiere pour l'establissement de leur Academie, et le particulier plaisir qu'ils y prennent, occasion de vous en demander instammant la suitte. Et m'ayans choisy


pour vous addresser cette depesche, vous croyans en France où je fais mon ordinaire sejour : je m'acquitte de ce devoir, vous suppliant, Monsieur, de les vouloir favoriser d'un mot de responce, afin que je leur puisse tesmoigner le soin que j'ay de satisfaire à leurs commandements. Vous en sçaurez avec le temps tous les noms : Et pour moy qu'ils ont voulu honnorer de celuy d'Alcidon, je ne pretends point de qualité plus advantageuse.

MONSIEUR, que celle de

Vostre tres-humble et
tres-obeïssant serviteur,

DE BORSTEL


LETTRE ESCRITTE
à l'Autheur.

MONSIEUR,

  Ces lignes que vous jugerez aisément n'estre point escrites, ny encores moins conceuës par ceux de vostre nation, vous temoigneront d'abbord, le desir & la curiosité de quelques Estrangers, desquels la premiere ambition est de vous cognoistre aussi bien de veuë, qu'ils vous cognoissent desja, par ce rare & divin esprit, qui esclatte en chasque feuille, voire mesme en chasque ligne de vos inimitables œuvres. La seconde de pouvoir faire autant paroistre un jour, les plaisantes rivieres & contrees de leur pays, sous vos Auspices, que la riviere du doux-coulant Lignon & la Province de Forest se

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sont relevees depuis vos beaux escrits ; ausquels seuls l'une & l'autre doivent advoüer qu'elles sont obligees de leur gloire, & de leur vie, de mesme que nous tous, de nos premiers & meilleurs contements, puisque nous ne croyons point que nous en puissions recevoir, qu'entant que ces magnifiques theatres de beauté, & de chasteté, (c'est à dire vos livres d'Astree) nous en donnent. Aussi a-ce esté à cette seule consideration que nous avons depuis peu changé nos vrais noms, apres en avoir autant fait de nos habits, en ceux de vos ouvrages que nous avons jugé les plus propres & les plus conformes aux humeurs, actions, histoire, ressemblance presupposee, parentage d'un chacun & chacune d'entre nous, pour pouvoir cy-apres tant plus doucement, & avec cette mesme liberté, que nous voyons comme au vieux siecle d'or, reluir en la vie, & aux actions de vos gentils Bergers & gratieuses Bergeres, nous entretenir seuls en nos pensers, absents les uns des autres, & nous resjouïr

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nous trouvans par fois ensemble aux festins, & aux assemblees que les fureurs de nos guerres, helas, par trop inciviles, nous ont encores jusques icy par la grace du Tout-puissant permises. Vous pouvez penser, Monsieur, que cela ne se fait jamais que nous n'honorions quant & quant vostre memoire & vos merites, & que nous n'advoüions estre infiniement obligez de nous avoir fourny une si digne matiere d'honneste resjouïssance, mesme parmy tant de troubles & tant d'allarmes, dont patrie, s'en va estre quasi de tous costez accablee. C'est là, où l'un admire le beau style, l'autre les subtiles inventions, & un autre la singuliere methode dont vous surpassez tous ceux qui se sont meslez d'escrire en semblable subjet devant vous. Il ne se peut dire de quel excés de joye nous avons esté ravis, lors que nous avons veu, & eu entre nos mains la troisiesme partie de vostre Astree, vous estes l'unique qui en peut comprendre l'infinité, & faire conjecture de l'impatience avec laquelle

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nous en attendons la suitte. Nous ne nous croyons pas moins curieux que ceux de vostre nation ; & nous ne voudrions point aussi estre estimez moins libres, mesmes envers ceux desquels la courtoisie cognuë, ne nous peut faire craindre aucun refus. C'est donc, Monsieur, en cette asseurance, que nous vous supplions bien fort, & vous conjurons par la grandeur des merites de cette Astree, que vous nous avez si bien sceu depeindre, & quasi enflammez d'aimer & suivre les vertus, & dont la gloire vous survivra à vostre souhait, aussi bien qu'au nostre, autant de siecles, que le subjet qui l'a fait naistre, vous survivra en vous accompagnant jusques au cercueil, qu'il vous plaise nous faire veoir le plustost qu'il vous sera possible, la suitte de cette belle Histoire, & ce tant plus que nous avons desja tant de fois, & avec tant d'appetit, leu & releu les premiers Tomes, que nous les sçavons quasi tous par cœur, du moins nous nous faisons forts (s'ils estoient par mal-heur perdus au monde) de les

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pouvoir rassembler & mettre parmy nous par le moyen de nos memoires occupees à ce seul subjet, & qui jamais n'en sont lassees n'y rassassiees. Nous ressemblons en cela à l'Erisicthon d'Ovide, qui tant plus il mangeoit & tant plus se trouvoit affamé. C'est (pour vous dire ce qui en est,) une faim sans cesse, & une soif qui ne se pourra jamais estancher, laquelle nous travaillant sans relasche, nous fera vous importuner tant que vous vivrez au monde & nous aussi, à ce que ne cessiez jamais de continuer vos nompareilles inventions, & agreables discours, tant nous en sommes esgalement amoureux & insatiables. Nous sommes grandement hazardez en ce que sans vous avoir jamais en rien obligé, voire sans vous cognoistre, ou estre cognus de vous, nous nous sommes tant emancipez, que de vous rechercher de cette continuation, & de nous promettre desja, d'obtenir de vous toutes nos pretentions. Neantmoins la cognoissance que nous avons de vostre courtoisie nous donne

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suject de passer encore plus outre, & de vous prier (puisque parmy tous ceux de nostre qualité & cognoissance, nous ne croyons point trouver un Celadon tel que celuy que vous nous representez dans vos livres,) que vous daigniez nous faire la faveur de prendre ce nom, & de permettre que d'ores-en-avant, nous honorions un Urfé comme Celadon parmy nous, & un Celadon qui jamais ne fut veu, comme un Urfé present. Nous nous sommes tousjours imaginez jusques icy que vostre humeur & vos actions approchoient de si prés celles de Celadon que si ce n'estoient elles-mesmes (ce que nous n'oserions soustenir puisque l'instruction que vous donnez à la Bergere Astree au frontispice de vostre premiere partie s'y oppose manifestement,) nous les deussions pour le moins croire semblables. Cela estant nous n'aurons pas besoin d'user de grandes persuasions pour vous faire accepter le nom d'une personne dont vostre vie ne represente pas moins l'idee qu'on la peut lire en vos escrits. Si pourtant nous nous sommes

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abusez en cette creance, & que nous n'ayons deu approfondir ce que vous avez si dextrement sceu desguiser, considrerez à quelle extremité nous portera le desplaisir que nous aurons de n'avoir pû trouver dans tout le monde le vray Celadon que nous avons tant cherché. Obligez-nous donc Monsieur, d'ajouster aux contentements infinis, que vous premieres parties, nous ont desja donnez, celuy que nous attendons de leur continuation, & de l'acceptation que vous ferez du nom de Celadon. C'est la faveur qu'esperent de vous ceux, & celles-là, qui en la seule consideration de vos œuvres & de vos merites, se font comme vos gentils Bergers, braves Cavaliers, excellentes Nymphes & gratieuses Bergeres, despouïllés de leurs serenissimes, tres illustres & tres-nobles tiltres & qualitez, pour prendre les noms & par fois les habits qu'ils ont jusques à cette heure trouvez dans vos livres inimitables : & qui en cette attente, & pendant qu'ils tascheront d'estendre plus loin vos loüanges (s'il reste quelque lieu qui n'en soit desja remply) se publieront pardessus

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tous autres de quelque nation qu'ils soient.

Vos plus affectionnez, amis & amies,

Hasemide, Theudelinde, Galathee, Ingiande (Ingrande ?), Clidamant, Parthenope, Alaric, Adamas, Blisinde, Amidor, Diane, Hylas, Celidée, Merove, Mechine (Methine ?), Rithymer, Sylvie, Aristander (Aristandre ?), Phillis, Placidie, Daphnide, Madonthe, Laonice, Renaut, Circene, Clarine, Aimée, Astrée, Dorinde.


Et vos plus humbles serviteurs et servantes,


Lisis, Cleontine, Alcippe, Palinice, Celion, Bellinde, Sylvandre, Sylere, Guyemant, Melide (Melinde ?), Meril, Cleon, Celidas, Carlis, Paris, Clarinthe, Amintor, Doris, Adraste.

Du Carrefour de Mercure, ce 1, du mois de Mars, 1624.

 

 

 

 

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