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L'Astrée I  1607
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LES
DOUZE LIVRES

D'ASTREE
OU`
Par plusieurs Histoires, et sous personnes de
Bergers et d'autres,


Sont deduits les divers effets de
l'honneste amitié.

[fleuron avec les initiales TB et la devise Cultu Fertilior]

A PARIS,
Chez TOUSSAINCTS DU BRAY, au Pallais,
en la galerie des prisonniers.

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M.DC.VII.
Avec privilege du Roy.

 


P. 5 dans l'édition de Vaganay

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L'AUTHEUR

A LA BERGERE
ASTREE.

   Il n'y a donc rien, ma Bergere, qui te puisse plus longuement arrester pres de moy ? Il te fasche, dis-tu, de demeurer plus long temps prisonniere dans les recoins d'un solitaire Cabinet, et de manger ainsi ton âge inutilement. Il ne sied pas bien, mon cher enfant, à une fille bien née de courre de cette sorte, et seroit plus à propos que te renfermant ou parmy des chastes Vestales, ou dans les murs privez des affaires domestiques tu laissasses doucement couler le reste de ta vie ; car entre les filles celle- doit estre la plus estimée dont l'on parle le moins. Si tu sçavois quelles sont les peines et difficultez qui

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se rencontrent le long du chemin que tu entreprends, Quels monstres horribles y vont attendants les passants pour les devorer, et combien il y en a eu peu qui ayent raporté du contentement de semblable voyage, peut-estre t'arresterois-tu sagement, où tu as esté si longuement et doucement cherie. Mais ta jeunesse imprudente et qui n'a point d'experience de ce que je te dis, te figure peut-estre des gloires et des vanitez qui produisent en toy ce desir. Je voy bien qu'elle te dit que tu n'és pas si desagreable, ny d'un visage si estrange, que tu ne puisses te faire aymer à ceux qui te verront : et que tu ne seras pas plus mal receuë du general que tu l'as esté des particuliers qui t'ont desja veuë. Je le souhaiterois, ma Bergere, et avec autant de desir que toy, mais bien souvent l'amour de nous-mesme nous deçoit, et nous opposant ce verre devant les yeux, à travers nous fait voir tout ce qui est de nous beaucoup plus avantageux qu'il n'est pas. Toutefois, puis que ta resolution est telle, et que si je m'y oppose tu me menasses d'une pronte desobeïssance, ressouviens-toy pour le moins que ce n'est point par volonté, mais par tolerance que je te le permets. Et pour à ton départ te laisser quelques

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arres de l'affection paternelle que je te porte, mets bien en ta memoire ce que je te vas dire. Si tu tombes entre les mains de ceux qui ne voyent rien d'autruy que pour y trouver sujet de s'y desplaire, et qu'ils te reprochent que tes Bergers sont ennuyeux, responds leur qu'il est à leur choix de les voir ou ne les voir point, car encor que je n'aye pû leur oster toute l'incivilité du village, si ont ils cette consideration de ne se presenter jamais devant personne qui ne les appelle. Si tu te trouves parmy ceux qui font profession d'interpreter les songes, et descouvrir les pensées plus secrettes d'autruy, et qu'ils assurent que Celadon c'est un tel homme, et Astree une telle femme, ne responds rien à eux, car ils sçavent assez qu'ils ne sçavent pas ce qu'ils disent, mais supplie ceux qui pourroient estre abusez de leurs fictions, de considerer que si ces choses ne m'importoient point, je n'eusse pas pris la peine de les cacher si diligemment, et si elles m'importent, j'aurois eu bien peu d'esprit de les avoir voulu dissimuler et ne l'avoir sceu faire. Que si en ce qu'ils diront il n’y a guere d'aparence, il ne les faut pas croire, et s’il y en a beaucoup, il faut penser que pour couvrir la chose que je voulois

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demeurer cachee et ensevelie, je l'eusse autrement desguisee. Que s’ils y trouvent en effet des accidents semblables à ceux qu'ils s'imaginent, qu'ils regardent les paralelles, et comparaisons que Plutarque a faites en ses Vies des hommes illustres. Que si quelqu'un me blâme de t'avoir choisi un Theatre si peu renommé en l'Europe, t'ayant esleu le Forests, petite contree et peu cogneue parmy les Gaules, responds leur, ma Bergere, que c'est le lieu de ta naissance. Que ce nom de Forests sonne je ne sçay quoy de champestre, et que le pays est tellement composé, et mesme le long de la delectable riviere de Lignon, qu'il semble qu'il convie chacun à y vouloir passer une vie semblable. Mais qu'outre toutes ces considerations encor ay-je jugé qu'il valoit mieux que j'honorasse ce pays ceux dont je suis descendu, depuis leur sortie de Suobe, ont vescu si honorablement par tant de siecles : que non point une Arcadie comme le Sannazare. Car n'eust esté Hesiode, Homere, Pindare et ces autres grands personnages de la Grece, le mont de Parnasse, ny l'eau d'Hypocrene ne seroient pas plus estimez maintenant que nostre Mont d'Isoure, ou l'onde de Lignon. Nous devons cela au lieu de nostre

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naissance et de nostre demeure, de le rendre le plus honore et renommé qu'il nous est possible. Que si l'on te reproche que tu ne parles pas le langage des vilageois, et que toy ny ta trouppe ne sentez guere les brebis ny les chievres : responds leur, ma Bergere, que pour peu qu'ils ayent cognoissance de toy, ils sçauront que tu n’es pas, ny celles aussi qui te suivent, de ces Bergeres necessiteuses qui pour gagner leur vie conduisent les trouppeaux aux pasturages, mais que vous n'avez toutes prise cette condition que pour vivre plus doucement et sans contrainte. Que si vos conceptions et paroles estoient veritablement telles que celles des Bergeres ordinaires, ils auroient aussi peu de plaisir de vous escouter, que vous auriez beaucoup de honte à les redire. Et qu'outre cela, la pluspart de ta trouppe est remplie d'Amour, qui est, comme dit Platon, un ravissement qui esleve les esprits abaissez, et éveille les endormis : Et que ce mesme Amour dans l'Aminte fait bien paroistre qu'il change et le langage et les conceptions, quand il dit,

Queste selve hoggi raggionar d'Amore
S'udranno in nova guisa, è ben paresse
Che la mia deitá sia qui presente

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In se medesma, non ne suoi nunistri
Spirerò nobil senzi à rozi petti
Radolcirò de le lor lingue il suono.

  Mais ce qui m'a fortifié davantage en l'opinion que j'ay que mes Bergers et Bergeres pouvoient parler de cette sorte sans sortir de la bien-seance des Bergers, a esté que j'ay veu ceux qui en representent sur les Theatres ne leur faire pas porter des habits de bureau, des Sabots ny des accoustrements mal-faits, comme les gens de village les portent ordinairement : au contraire, s'ils leur donnent une houlette à la main, elle est peinte et doree, leurs juppes sont de taffetas, leur pannetiere bien troussee, et quelques fois faite de toile d'or ou d'argent, et se contentent pourveu que l'on puisse recognoistre que la forme de l'habit a quelque chose de Berger. Car s'il leur est permis de desguiser ainsi leur personnage, eux qui particulierement font profession de representer chaque chose le plus au naturel, que faire se peut, pourquoy ne m'en sera-t'il permis autant, puis que je ne represente rien à l'œil, mais à l'ouye seulement, qui n'est pas un sens qui touche si vivement l’ame.
  Voila, ma Bergere, de quoy je te veux

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advertir pour ce coup, à fin que s'il est possible tu raportes quelque contentement de ton voyage. Le Ciel te le rende heureux, et te donne un si bon Genie, que tu me survives autant de siecles, que le sujet qui t'a fait naistre me survivra en m'accompagnant au cercueil.


P. 489 dans l'édition de Vaganay

Table des histoires
CONTENUES ES DOUZE
LIVRES D'ASTREE
Ξ

A, signifie le devant du feuillet, et
B, le dessous.

 Histoire d'Alcippe
livre deuxiesme, feuillet 56. A
2, 33 recto
Céladon
 Histoire de Silvie
livre troisiesme, feuillet 54. A
3, 56 recto
Léonide
 Histoire d'Astrée et Phillis
livre 4. fueil 86. B
4, 86 verso
Astrée
 Histoire de la tromperie de Climanthe
live 5. feuil. 124. B
5, 124 verso
Climanthe
 Histoire de Stelle et Corilas
livre 5. fueil. 245. A
5, 245 recto sic 145 recto
Corilas
 Histoire de Diane
l. 6. f. 258. A
6, 258 recto sic 158 recto
Diane
 Histoire de Tyrcis et Laonice
livre 7. f. 302. B
7, 302 verso sic 202 verso
Laonice
 Histoire de Silvandre
livre 8. fueil. 326. A
8, 326 recto sic 226 recto
Silvandre
 Histoire de Hylas
livre 8. feuillet 342. B
8, 342 verso sic 242 verso
Hylas
 Histoire de Galatée et Lindamor
livre 9. f. 366. B
9, 366 recto sic 266 verso
Léonide
 Histoire de Leonide
livre 10. feuil. 409. A
10, 409 recto sic 309 recto
Silvie
 Histoire de Celion et Bellinde
livre 10. feuil. 425. A
10, 425 recto sic 325 recto
Céladon
 Histoire de Ligdamon
livre 11. feu. 456. B
11, 456 verso sic 356 verso
Egide
 Histoire de Damon et de Fortune
livre 11. f. 470. A
11, 470 recto sic 370 recto
Adamas
 Histoire de Lydias et de Melandre
livre 12. f. 483. A
12, 483 recto 383 recto
Amasis

 


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PRIVILEGE DU ROY.

Extraict du privilege du Roy.

  Par grace et privilege du Roy, il est permis à l'Autheur du present livre, de faire imprimer por tel Libraire ou Imprimeur qu'il luy plaira, un livre intitulé l'Astree, et deffences sont faites à tous autres d'imprimer ou faire imprimer ledit livre, sans le congé et consentement du Libraire que ledit Sieur aura esleu, et ce jusques au temps et terme de dix ans finis et accomplis, à commencer du jour et datte que ledit livre sera achevé d'Imprimer sur peine de confiscation desdits livres, de quinze cens livres tournois d'amende, et de tous despens, dommages et interests envers le Libraire qu'il aura esleu, revoquans tous autres privileges qui pourroient avoir esté expediez sans le consentement dudit Sieur : Et outre veut ledit Seigneur qu'en mettant au commencement ou à la fin un extraict dudit privilege il soit tenu pour deüement signifié à tous Libraires et Imprimeurs de ce Royaume, comme plus à plain est contenu esdites lettres. Donné à Paris, le dix-huictiesme jour d'Aoust. 1607.

Par le Roy en son Conseil,

Bevhier.

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  Et ledit Sieur Autheur a esleu, cedé et transporté, concede et accorde que Toussaincts du Bray marchand Libraire à Paris, Imprime ou face Imprimer, vende, distribue et joüisse dudit privilege ainsi qu'il a esté accordé entre eux és estudes des Notaires soubs-signez, le dix-huictiesme Aoust. 1607.



Turgis.


Deriges.

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[feuillet blanc]