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L'Astrée I  1621
Livre 1 >


Danse composée et interprétée par A. Naigeon : le branle des Bergers.


frontispice

Dans l'édition de 1621 ce frontispice n'est ni signé, ni daté, et les fleurs des coins supérieurs sont différentes. Voir Illustrations.

 


[ Page blanche ]


Signet (Aller à 07 ac)

Titre

Transcription

Ξ

L'Astree
de Messire
Honoré d'Urfé,

MARQUIS DE VERROMÉ,
Comte de Chasteauneuf, Baron de Cha-
steau-morand, Chevalier de l'Ordre de
Savoye, etc.

OU

PAR PLUSIEURS HISTOIRES ET SOUS
personnes de Bergers et d'autres sont deduits les divers
effects de l'honneste Amitié.

PREMIERE PARTIE.

Reveuë, et corrigée par L'Autheur en cette
derniere Edition.

Dedié au ROY.

[fleuron]

A PARIS,

chez Toussainct Du Bray, ruë sainct
Jacques, aux Espics-moeurs

____________________

MDCXXI

AVEC PRIVILEGE DU ROY.



Urfe Beaubrun

Pour tirer au vray ce visage
Un scavant peintre l'entreprit
Mais nul que toy n'eust le courage
Urfé de peindre ton Esprit.

Dans l'édition de 1621, ce portrait est suivi d'une signature différente : J. Briot fecit. Voir Illustrations.


AU ROY.

Sire,

  Ces Bergers oyans raconter tant de merveilles de vostre grandeur, n'eussent jamais eu la hardiesse de se presenter devant Vostre Majesté si je ne les eusse asseurez que ces grands Roys dont l'antiquité se vante le plus ont esté Pasteurs qui ont porté la houlette et le Sceptre d'une mesme main. Ceste consideration et la connoissance que depuis ils ont euë que les plus grandes gloires de ces bons Roys


ont esté celles de la paix et de la justice avec lesquelles ils ont heureusement conservé leurs peuples leur a fait esperer que comme vous les imitiez et surpassiez en ce soing paternel, vous ne mépriseriez non plus ces houlettes, et ces trouppeaux qu'ils vous viennent presenter comme a leur Roy et Pasteur Souverain. Et moy (SIRE) voyant que nos Peres pour nommer leur Roy avec plus d'honneur et de respect ont emprunté des Perses le mot de SIRE, qui signifie Dieu, pour faire entendre aux autres nations combien naturellement le François ayme, honore et revere son Prince, j'ay pensé que ne leur cedant point en céte naturelle devotion, puisque les Anciens offroient à leur Dieux en action de graces, les choses


que les mesmes Dieux avoient inventées ou produittes pour la conservation de l'estre ou du bien estre des hommes, j'estois obligé pour les imiter d'offrir ASTREE à ce grand Roy, la valeur et la prudence duquel la rappelé du Ciel en terre pour le bon heur des hommes. Recevez la donc (SIRE) non pas comme une simple Bergere, mais comme une œuvre de vos mains, car veritablement on vous en peut dire l'Auteur, puisque c'est un enfant que la paix a fait naistre et que c'est à V. M. à qui toute l'Europe doit son repos, et sa tranquillité. Puissiez vous à longues années jouir du bien que vous donnez à chacun. ΞVotre Regne soit à jamais aussi heureux que vous l'avez rendu admirable. Et Dieu vous remplisse d'autant de


contentements et de gloire, que par vostre bonté vous obligez tous les peuples qui sont à vous de vous benir, aimer et servir. Ce sont (SIRE) les souhaits que je fais pour V. M. attendant que par l'honneur de vos commandemens je vous puisse rendre quelque meilleur service aux prix de mon sang et de ma vie, ainsi que la nature et la volonté m'y obligent et le tiltre qu'en toute humilité je prends,

SIRE,

De tres-humble, tres-affectionné,
et tres fidele sujet et
serviteur de V. M.

HONORÉ D'URFÉ


P. 5 dans l'édition de Vaganay
Signet (Aller à 07 ac)

L'AUTHEUR
A LA BERGERE
ASTREE

   Il n'y a donc rien, ma Bergere, qui te puisse plus longuement arrester pres de moy ? Il te fasche, dis tu, de demeurer plus longtemps prisonniere dans les recoins d'un solitaire Cabinet, et de Ξ*passer ainsi ton âge inutilement. Il ne sied pas bien, mon cher enfant, à une fille bien née de courre de Ξceste sorte, et seroit plus à propos que te renfermant ou parmy des chastes Vestales et Druides, ou dans les murs privez des affaires domestiques, tu laissasses doucement couler le reste de ta


vie ; car entre les filles celle Ξla doit estre la plus estimée dont l'on parle le moins. Si tu sçavois quelles sont les peines et difficultez qui se rencontrent le long du chemin que tu Ξentreprens, quels monstres horribles y vont Ξattendans les passants pour les devorer, et combien il y en a eu peu, qui ayent Ξrapporté du contentement de semblable voyage, peut estre t'arresterois tu sagement, où tu as esté si longuement et doucement cherie. Mais ta jeunesse imprudente et qui n'a point d'experience de ce que je te dis, te figure peut estre des gloires et des vanitez qui produisent en toy ce desir. Je voy bien qu'elle te dit que tu n'es pas si desagreable, ny d'un visage si estrange, que tu ne puisses te faire aymer à ceux qui te verront ; et que tu ne seras pas plus mal receuë du general que tu l'as esté des particuliers qui t'ont desja veuë. Je le souhaiterois, ma Bergere, et avec


autant de desir que toy ; mais bien souvent l'amour de nous mesme nous déçoit, et nous opposant ce verre devant les yeux, Ξnous fait voir à travers tout ce qui est Ξen nous beaucoup plus avantageux qu'il n'est pas. ΞToutesfois, puis que ta resolution est telle et que si je m'y oppose tu me menasses d'une Ξprompte desobeissance, ressouviens toy pour le moins que ce n'est point par volonté, mais par Ξ*souffrance que je te le permets. Et pour Ξte laisser à ton despart quelques arres de l'affection paternelle que je te porte, mets bien en ta memoire ce que je te Ξvay dire. Si tu tombes entre les mains de ceux qui ne voyent rien d'autruy, que pour y trouver sujet de s'y desplaire et qu'ils te reprochent que tes Bergers sont ennuyeux, responds leur qu'il est à leur choix de les voir ou ne les voir point : car encor que je n'aye pû leur oster toute l'incivilité du village, si ont ils cette


consideration de ne se presenter jamais devant personne qui ne les appelle. Si tu te trouves parmy ceux qui font profession d'interpreter les songes, et descouvrir les pensées plus secrettes d'autruy, et qu'ils Ξasseurent que Celadon Ξest un tel homme, et Astree une telle femme ; ne Ξleur reponds rien car ils sçavent assez qu'ils ne sçavent pas ce qu'ils disent ; mais supplie ceux qui pourroient estre abusez de leurs fictions, de considerer que si ces choses ne m'Ξimportent point, je n'eusse pas pris la peine de les cacher si diligemment, et si elles m'importent, j'aurois eu bien peu d'esprit de les avoir voulu dissimuler, et ne l'avoir sceu faire. Que si en ce qu'ils diront il n’y a guere d'Ξapparence, il ne les faut pas croire, et s’il y en a beaucoup, il faut penser que pour couvrir la chose que je voulois Ξtenir cachee et ensevelie, je l'eusse autrement Ξdéguisée. Que s’ils y trouvent en effet des accidents


semblables à ceux qu'ils s'imaginent, qu'ils regardent les paralelles, et comparaisons que Plutarque a faites en ses Vies des hommes illustres. Que si quelqu'un me blâme de t'avoir choisi un Theatre, Ξ peu renommé en l'Europe, t'ayant esleu le ΞForest, petite contree, et peu Ξconnuë parmy les Gaules, responds leur, ma Bergere, que c'est le lieu de ta naissance, que ce nom de Forests sonne je ne scay quoy de champestre, et que le pays est tellement composé, et mesme le long de la Ξ* riviere de Lignon, qu'il semble qu'il convie chacun à y vouloir passer une vie semblable. Mais qu'outre toutes ces considerations encor Ξj'ay jugé qu'il valoit mieux que j'honorasse ce pays Ξou ceux dont je suis descendu, qui depuis leur sortie de Suobe, ont vescu si honorablement par tant de siècles, que non point une Arcadie comme le Sannazare. Car n'eust esté Hesiode, Homere, Pindare, et ces autres


grands personnages de la Grece, le mont de Parnasse, ny l'eau d'Hypocrene ne seroient pas plus estimez maintenant que Ξ*votre Mont d'Isoure, ou l'onde de Lignon. Nous devons cela au lieu de nostre naissance et de nostre demeure de le rendre le plus Ξhonoré et renommé qu'il nous est possible. Que si l'on te reproche que tu ne parles pas le langage des Ξvillageois, et que toy ny ta trouppe ne sentez Ξgueres les brebis ny les Ξchevres, responds leur, ma Bergere, que pour peu qu'ils ayent cognoissance de toy, ils sçauront que tu n’es pas, ny Ξcelle aussi qui te suivent, de ces Bergeres necessiteuses qui pour Ξgaigner leur vie conduisent les trouppeaux aux pasturages, mais que vous n'avez toutes Ξpris cette condition que pour vivre plus doucement et sans contrainte. Que si vos conceptions et paroles estoient veritablement telles que celles des ΞBergers ordinaires, ils


auroient aussi peu de plaisir de vous escouter, que vous auriez beaucoup de honte à les redire. Et qu'outre cela, la pluspart de Ξla trouppe est remplie d'Amour, qui Ξ* dans l'Aminte fait bien paroistre qu'il change et Ξ langage et les conceptions, quand il dit :

Queste selve hoggi raggionar d'Amore
ΞSudranno in nova guisa, Ξe ben Ξparrassi
Che la mia deitá sia qui presente
In se medesma, non ne suoi Ξministri
Spireró nobil senzi à rozi petti
Radolciró de le lor lingue il suono.

Mais ce qui m'a fortifié davantage en l'opinion que j'ay que mes Bergers et Bergeres pouvoient parler de cette Ξfaçon sans sortir de la bien-seance des Bergers Ξç'à esté que j'ay veu ceux qui en representent sur les Theatres ne leur faire pas porter des habits de bureau, des Ξsabots ny des accoustrements mal-faits, comme les gens de village les portent ordinairement.


Au contraire, s'ils leur donnent une houlette Ξen la main, elle est peinte et dorée, leurs juppes sont de taffetas, leur pannetiere bien troussée, et quelquesfois faite de toile d'or ou d'argent, et se contentent, pourveu que l'on puisse Ξreconnoistre que la forme de l'habit a quelque chose de Berger. Car s'il Ξ est permis de Ξdéguiser ainsi Ξces personnages à ceux qui particulierement font profession de representer Ξchasque chose le plus au naturel que faire se peut, pourquoy ne m'en sera t'il permis autant, puis que je ne represente rien à l'œil, mais à l'ouye seulement, qui n'est pas un sens qui touche si vivement l’ame ?
  Voila ma Bergere, de quoy je te veux advertir pour ce coup, Ξafin que s'il est possible tu Ξr'apportes quelque contentement de ton voyage. Le Ciel te le rende heureux, et te donne un si bon Genie,


que tu me survives autant de siecles que le sujet qui t'a fait naistre me survivra en m'accompagnant au cercueil.

 



Signet (Aller à 07 ac)

PRIVILEGE DU ROY.

Ξ

  Louis par la grace de Dieu Roy de France & de Navarre, A nos amez et feaux Conseillers les gens, tenans nos Cours de Parlement, Baillifs, Senéchaux, Prevosts ou leurs Lieutenans, et autres nos Justiciers et Officiers, et à chacun d'eux ainsi qu'il appartiendra, Salut. Le Sieur D'URFE, Marquis de Verromé, Chevalier de l'ordre de Savoye, nous a fait remonstrer que cy devant il auroit mis en lumiere la premiere et seconde partie d'un Livre intitulé l'ASTREE, et depuis il auroit continué la troisiesme partie d'iceluy, laquelle troisiesme partie il desiroit faire imprimer en ceste ville de Paris, avec la premiere et seconde partie qu'il auroit reveuë et corrigee de grandes fautes que la negligence de ceux qui l'ont fait imprimer en ce Royaume sans son consentement y ont laissé glisser, et outre les corrections, il les a fait augmenter de Sommaires et Annotations sur chacun desdits livres, table des matieres non encore cy-devant imprimees, et ont fait faire des desseins, et graver plusieurs planches en cuivre, tant pour la premiere, seconde et troisieme partie dudit Livre, qu'il desiroit faire imprimer par OLIVIER DE VARENNES, et TOUSSAINCT DU BRAY, Marchands Libraires en ladite ville. Ce qu'ils ne peuvent faire sans grands frais. A ces causes, desirant favorablement traicter le dit exposant, et que lesdits de Varenes et du Bray ayent moyen de se rembourser de la depense qui leur conviendra faire à ces impressions : Permettons audit suppliant de faire imprimer par iceux de Varennes et du Bray, en tel marge et caractere qu'ils verront bon estre ledit Livre de l'ASTREE, conjoinctement ou separement, avec figures ou sans figures, et tant de fois que bon leur semblera durant le temps et terme de dix ans prochains et consecutifs, à compter du jour que le dit livre sera achevé d'imprimer pour la premiere fois, tant pour la premiere, seconde, que troisiesme partie, faisant tres expresses


inhibitions et deffences à tous Imprimeurs, Libraires estrangers, et autres personnes de quelque estat et condition qu'ils soient, d'Imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer iceluy livre, ainsi reveu et corrigé, conjoinctement ou separement, ny aucune partie d'iceluy en nostre Royaume, pays, terre, et Seigneurie de nostre obeyssance, en aucune façon que ce soit, sous couleur de fausses marques, ou avec déguisemens, sinon de ceux que ledit suppliant aura fait imprimer par lesdits de Varennes et du Bray, pendant ledit temps, sur peine aux contrevenans de trois mil livres d'amende, appliquable moitié à nous, et l'autre moitié ausdits de Varennes et du Bray, et de confiscation des livres ainsi contrefaits et imprimez, et de tous despens dommages et interests. Mesme si aucun Libraire ou Imprimeur de nostre Royaume, ou estranger traffiquant en iceluy, ou autre de quelque estat ou condition qu'ils soient, estoient trouvez saisis d'aucun exemplaire desdits livres contrefaits, voulons qu'ils soient condamnez en pareille amende, despens, dommages et interests, que s'ils les avoient imprimez ou faits imprimer. De ce faire, vous donnons plein pouvoir, authorité, Commission, et Mandement special par ces presentes, à la charge d'en mettre deux exemplaires en nostre Bibliotheque publique, à present gardee au Couvent des Cordeliers de ceste ville de Paris, avant que les exposer en vente, suivant nostre Reiglement, à peine d'estre descheus du present Privilege. Et pource que de ces presentes l'on pourra avoir affaire en plusieurs et divers lieux, nous voulons qu'au Vidimus d'icelles deuëment collationnees par l'un de nos amez et feaux Conseillers, Notaires, et Secretaires, soy fait adjoustee comme au present original, et qu'en mettant au commencement ou à la fin du livre ces presentes, ou un bref extraict d'icelles, voulons qu'elles soient tenuës pour deuëment signifiées. Car tel est nostre plaisir. Nonobstant clameur de Haro, Charte Normande, prise à partie, et autres lettres à ce contrevenant. Donné à Paris, le septiesme de May, l'an de grace mil six cents dix neuf, et de nostre regne le neufiesme.
  Par le Roy en son Conseil,

RENOYARD.



Astree

Duquel prends tu plus davantage
ASTREE, ou d'estre de ton aage
Toute la gloire et l'ornement,
Ou d'avoir l'Amour meritée
D'un berger si fidelle amant,
Ou qu'URFÉ ta gloire ait chantée.

Dans l'édition de 1621, la jeune femme regarde dans l'autre direction. Le portrait est signé L. Bobrun et J. Briot (Voir Illustrations).