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SignetTestament
d'Honoré d'Urfé

Nous aurions voulu retrouver le testament de cet homme
que nous avons beaucoup aimé, et dans le commerce
duquel nous vivons depuis vingt ans, mais nos
recherches ont été jusqu'à cette heure inutiles.
O.-C. Reure, p. 351.

Georges Doublet a trouvé une copie du testament d'Honoré d'Urfé aux Archives départementales des Alpes Maritimes, C 1424, fol. 79 (registre de l'insinuation de Villefranche-sur-Mer). En 1922, il publie ce testament composé en italien avec une introduction et une traduction : « Le Testament d'Honoré d'Urfé (1625, 30 mai. Villefranche-sur-Mer) ». Le Chanoine Reure (1848-1923) a vu ce texte (Doublet, p. 196, note 3), il n'a malheureusement pas eu le temps de le commenter.

Je reproduis ici la traduction de G. Doublet accompagnée d'explications et suivie de quelques remarques.

Les numéros de pages sont entre crochets. Passer le curseur sur les mots en caractères gras (sans cliquer) ouvre une fenêtre d'informations. Les définitions viennent du dictionnaire de FuretiÈre, complété par le LittrÉ. Les renseignements historiques viennent des dictionnaires de MorÉri et de Pierre Larousse, du livre qu'Auguste Bernard a consacré à la famille d'Urfé, ainsi que de l'incontournable ouvrage du Chanoine Odon-Claude Reure. J'inclus aussi une précision offerte par Arnaud Bunel (Site Héraldique européenne, 13 septembre 2010), et une information donnée dans le site Forez histoire (30 septembre 2010).

Georges Doublet explique que le titre d'excellentissime est supérieur au titre d'illustrissime, et que Jacques et Honoré d'Urfé l'ont acquis en 1624 seulement (p. 199). G. Doublet note également que d'Urfé « n'use pas envers [Diane] de l'une des épithètes que la plupart des testateurs de ce temps ne manquent pas d'employer à l'égard de leurs femmes : carissima, dilettisisima » (p. 204)


[209] Testament de l’Illustrissime et excellentissime seigneur Honoré d'Urfé.

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, ainsi soit-il, l’an de Sa Nativité 1625, indiction« Au temps de la reformation du Calendrier en 1582. on comptoit la dixiéme année de l'Indiction qui estoit alors commencée : desorte qu'en commençant à compter par dix depuis cette année où on est, & en retranchant quinze autant de fois qu'on le pourra de la somme entiere, on aura l'année de l'Indiction courante » (Furetière). 8, le 30 mai. En vertu du présent acte que chacun comprenne bien que la vie et la mort sont entre les mains de Dieu. Ce que considérant, l’illme et excellme seigneur Honoré d'Urfé, marquis de Valromey, baron de Châteaumorand, chevalier de l'ordre sacré de l'Annonciade, fils de feu l’illme et excellme seigneur Jacques, marquis d'Urfé, lequel (sic) sain de l'esprit, de la vue et de l'ouïe, possédant toute sa mémoire, bien qu'un peu malade de son corps, alité, ne voulant pas mourir intestat, a pour cela fait son dernier testament nuncupatif « Testament fait de vive voix et devant témoins » (Littré). Il doit être signé par sept témoins (Pierre Larousse)., non olographe « Holographe. Qui est escrit entierement de la propre main de celuy qui fait queslques depositions » (Furetière)., de la manière suivante :

[210] Et d'abord le dit illme et excellme seigneur Honoré, testateur, a recommandé son âme au Dieu Tout-Puissant et à la glorieuse Vierge Marie, sa mère, à saint François et à saint Honoré, à toute la Cour céleste, voulant que ses obsèques et funérailles lui soient faites selon la volonté de l’illme et excellme dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., sa femme, et que son cadavre, embaumé et placé dans un cercueil, soit porté à Turin, dans l'église Saint-ThomasDans cette église consacrée en 1621, se trouvent une chapelle dédiée à François d'Assise, et une autre dédiée à la Madone de l'Annonciade (Doublet, p. 205)., et ensuite enseveli au lieu que choisiront la d. dame, sa femme, et l’illme et excellme seigneur Jacques, marquis d'Urfé, son frère ; à laquelle église il a légué et lègue 100 doubles « Petite monnoye de cuivre valant deux deniers » (Furetière). d'Italie, payables un an après sa mort par le seigneur ci-dessous désigné, son héritier, une fois pour toutes.
De plus, led. seigneur testateur a légué au monastère de Sainte-Claire de Montbrison Ce couvent fondé par Pierre d'Urfé en 1496 a connu un incendie le 17 juillet 1624 (Site Forez Histoire, 20 septembre 2010). pour rebâtir la maison qui a dernièrement brûlé dans ce couvent, 400 écus d'or « Monnoye d'or qui a eu diverse valeur selon les temps. Il vaut maintenant [1690] 114. s. . Les anciens escus ne valoient que 27. sous » (Furetière). de France payables un an après sa mort par led. seigneur, son héritier, une fois pour toutes.
De plus, il a déclaré et déclare avoir auprès de lui 50 écus « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : [...]. Il passe pour trois livres » (Furetière). C'est le quart de l'écu d'or. d'un homme dont il ne se rappelle point qui il est ; et, s'il se présente avec de suffisantes preuves à l'appui, il veut qu'ils lui soient aussitôt payés ; et, s'il ne se présente personne, qu'on les emploie à des œuvres pieuses là où le voudra led. seigneur, son héritier.
De plus, il a laissé 100 écus « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : [...]. Il passe pour trois livres » (Furetière). C'est le quart de l'écu d'or. pour marier de pauvres filles que désignera led seigneur, son héritier.
De plus. led. seigneur Honoré, testateur, quoique l’illme dame Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri). d'Urfé se trouvât créancière dud. seigneur marquis Jacques d'Urfé, son oncle, pour la moitié lui revenant de la légitime« Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu'on ne les en peut priver par une disposition contraire » (Furetière). due à feu l’illme seigneur Christophe d'Urfé Seigneur de Bussy, comte de Pont-de-Veyle et de Châtillon. Troisième fils de Jacques Ier d'Urfé. Mort en 1597 au service du duc de Savoie (Reure, p. 8)., son père, d'une somme d'argent dans le contrat du mariage entre elle, dame Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri). et l’illme seigneur marquis de San Damiano Henri de Maillard, marquis de Saint-Damien et comte de Tournon, est le fils de Prosper-Marc Maillard, comte de Tournon, membre de l'Académie Florimontane. Le mariage a eu lieu le 11 janvier 1621 (Reure, p. 334), que lui, le seigneur marquis Jacques d'Urfé, eût assigné une somme d'argent sur le compte à lui dû par Son Altesse Sérénissime Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse). pour le contrat Renée de Savoie devait recevoir « un revenu annuel de 2 000 écus d'or d'Italie » (Doublet, p. 197, note 5, et pp. 199-200). intervenu entre le Sérénissime Emmanuel-Philibert (1528-1580), Duc de Savoie. « Un génie supérieur qui a devancé son siècle, et qui a été le véritable fondateur de la puissance de sa maison » (Pierre Larousse). Père de Charles-Emmanuel. de glorieuse mémoire et feu l’illme et excellme Renée de SavoieÉpouse de Jacques Ier d'Urfé, mariée en 1554 et morte en 1587. Renée de Savoie a échangé des terres avec Emmanuel-Philibert de Savoie en 1575 (Reure, p. 151)., marquise d'Urfé, respectivement mère et aïeule du seigneur marquis Jacques et de dame Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri)., et afin que plus aisément s'effectuât led. mariage, led. seigneur testateur s'est obligé en propre envers led. seigneur marquis de San Damiano Henri de Maillard, marquis de Saint-Damien et comte de Tournon, est le fils de Prosper-Marc Maillard, comte de Tournon, membre de l'Académie Florimontane. Le mariage a eu lieu le 11 janvier 1621 (Reure, p. 334). et la dame Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri)., mariés, à lui payer 20 000 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière)., desquels il a dit avoir déjà payé Diane, elle, avait promis 5 000 ducats (Reure, p. 334). En 1731, la somme promise n'avait pas encore été versée (Bernard, p. 61, note 1). 1500 aud. seigneur marquis et par les mains de M. Solier, marchand de Lyon, 1200 avec l'intention de les recouvrer conformément aud. contrat et à la cession« Acte par lequel un homme transmet à un autre un droit qui luy appartenoit » (Furetière). à lui faite par led. Seigneur marquis Jacques d'Urfé et à l'espérance, à lui donnée plusieurs fois par lad. Altesse Sérénissime Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse)., qu'il serait payé, espérance qui a été également donnée par le Sérénissime prince Victor-Amédée 1587-1637. Époux de Christine (Chrétienne), sœur de Louis XIII. Il succède à son père, Charles-Emmanuel, en 1630., qu'il supplie humblement, ainsi que lad. Altesse Sérénissime Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse)., de le faire.
De plus, led. seigneur Honoré, testateur, a dit qu'il y a eu entre lui et la dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., sa femme, donation Dans ce contrat signé le 15 février 1600 (dont le chanoine Reure a vu une copie dans les archives de Châteaumorand), il est stipulé qu'Honoré d'Urfé, s'il prédécède sans enfants, fait « donation [à Diane] de tous ses biens présents, et l'institue son héritière universelle » (Reure, p. 100). En 1621, Honoré donne à son épouse « une procuration générale pour le gouvernement et l'administration de tous ses biens » (Reure, p. 332). réciproque de leurs biens ; après laquelle lad. dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600. a plusieurs fois verbalement promis que si [211] le seigneur testateur prédécédait, elle laisserait les terres de Valromey, Virieu, Châteauneuf et le marquisat de Beaugé à l'héritier que lui, le seigneur testateur, instituerait et qu'elle se réserverait seulement durant sa vie les fruits et usufruits dud. marquisat de Beaugé Il s'agit du marquisat de Bâgé que Honoré et Diane ont acheté en 1612. « C'est elle seule, et de ses deniers propres, qui rachetait » cette terre (Reure, p. 152).. Aussi le seigneur testateur prie humblement lad. dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., sa femme, de se souvenir d'une telle promesse et, pour l'amour qu'il lui a porté et lui porte, de l'exécuter, comme il ne doute pas qu'elle ne l'exécute, ne l'ayant pour cela jamais requise de la mettre par écrit.
De plus, led. seigneur testateur a requis et prié l’illme et excellme dame Marie Marie de Neufville., femme dud. seigneur marquis Jacques d'Urfé, d'envoyer, aussitôt après la mort de lui, led. seigneur testateur, à lad. dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., sa femme, une bague d'or avec un diamant et une autre avec une émeraude, qu'il a, le seigneur testateur, aux doigts, et une petite croix d'or avec le portrait de lad. dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., qu'il a au cou, priant lad. dame, sa femme, de les recevoir par amour pour lui.
De plus, led. seigneur testateur, nonobstant que les 20 000 ducatons « Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). qu'il reste, comme il a été indiqué, obligé de payer aud. seigneur marquis de San Damiano Henri de Maillard, marquis de Saint-Damien et comte de Tournon, est le fils de Prosper-Marc Maillard, comte de Tournon, membre de l'Académie Florimontane. Le mariage a eu lieu le 11 janvier 1621 (Reure, p. 334). et à la dame Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri)., mariés, montent à plus de la légitime « Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu'on ne les en peut priver par une disposition contraire » (Furetière). due aud. feu seigneur Christophe d'Urfé Seigneur de Bussy, comte de Pont-de-Veyle et de Châtillon. Troisième fils de Jacques Ier d'Urfé. Mort en 1597 au service du duc de Savoie (Reure, p. 8)., son frère, néanmoins veut, ordonne et commande qu'à l’illme dame Marie, autre fille dud. feu seigneur Christophe d'Urfé Seigneur de Bussy, comte de Pont-de-Veyle et de Châtillon. Troisième fils de Jacques Ier d'Urfé. Mort en 1597 au service du duc de Savoie (Reure, p. 8)., sur les biens de lui, le seigneur testateur, il soit payé tout ce qui peut lui revenir pour lad. légitime « Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu'on ne les en peut priver par une disposition contraire » (Furetière)., ne voulant pas que pour celle-ci elle importune en quoi que ce soit led. seigneur marquis Jacques d'Urfé, son frère, sur ses biens, en ayant été, de lad. légitime Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu'on ne les en peut priver par une disposition contraire » (Furetière)., lui, le seigneur testateur, comme tuteur desd. dames Emmanuelle Fille de Christophe d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (Moréri). et Marie par led. seigneur marquis Jacques payé par la cession « Acte par lequel un homme transmet à un autre un droit qui luy appartenoit » (Furetière)., comme il a été dit ci-dessus, à lui faite en lad. Altesse Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse)..
De plus, ledit seigneur testateur a déclaré et déclare avoir sur ladite Altesse Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse). une créance de 8 000 écus « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : c'est à ce prix que se reduisent en comptant toutes les autres monnoyes d'or & d'argent. Il passe pour trois livres » (Furetière). pour ses appointements et argent dépensé à son service. C'est pourquoi il supplie humblement ladite Altesse Charles-Emmanuel de Savoie (1562-1630). Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondationle Mercure » (Pierre Larousse). de se faire un devoir de les faire payer audit seigneur, son héritier nommé ci-dessous, suppliant aussi ledit Sérénissime prince [Victor-Amédée Époux de Christine(Chrétienne), sœur de Louis XIII. Duc de Savoie en 1630, quand il succède à son père, Charles-Emmanuel.] de se souvenir de l'espérance à lui donnée de faire exécuter cela.
De plus, il a déclaré et déclare devoir à un certain La Rose de Paris 300 écus « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : c'est à ce prix que se reduisent en comptant toutes les autres monnoyes d'or & d'argent. Il passe pour trois livres » (Furetière). pour lesquels il lui en a fait un reçu.
De plus, ledit seigneur testateur veut et commande que l'assignation « Une constitution de rente, un établissement de pension sur certaines terres ou revenus qui y demeurent affectés & hypothequés » (Furetière). faite au chanoine de l'église de Montbrison en Forez pour le legs à lui fait par l’illme seigneur Anne d'UrféAnne d'Urfé 1555-1621. Frère aîné d'Honoré, ordonné prêtre en 1603, devient Doyen de Notre-Dame de Montbrison, son frère, lui soit payée annuellement conformément au contrat intervenu entre eux.
De plus, il veut qu'à ses serviteurs il soit payé leurs gages d'une année, même s'ils ne sont pas en service.
De plus, il a légué à Lafont, son agent « Celuy qui est commis pour faire les affaires d'un Prince, de quelque corps, ou de quelqu'un en particulier » (Furetière)., 1 000 florins « Les florins de France ont esté appellez deniers, & ont eu divers prix & marques. Le florin de France valoit autrefois douze sols, dont les cinq font un escu. On compte encore en Dauphiné, en Provence & en Languedoc par florins. A Geneve il ne vaut que six sols » (Furetière). de Piémont, et ce outre ce dont il reste créancier par suite du dernier compte en règlement intervenu entre ledit Lafont et Balthazar Balthazar Dessay., serviteur « Serviteur domestique, celuy qui est aux gages d'un maistre, ou qui est attaché à luy par l'espoir de la recompense » (Furetière). [212] dudit seigneur testateur ; auquel Balthazar il veut et commande qu'il soit payé tout ce que le testateur lui a promis dans le contrat du mariage entre lui et sa femme.
De plus il lui a légué 300 écus d'or « Monnoye d'or qui a eu diverse valeur selon les temps. Il vaut maintenant [1690] 114. s. . Les anciens escus ne valoient que 27. sous » (Furetière). payables par ledit seigneur, son héritier, ci-dessous nommé, une fois pour toutes, cinq ans après sa mort.
De plus, il a légué au sieur François-Balthazar de Maglians le cheval qu'il avait coutume, lui le testateur, de monter, à lui expédier aussitôt après sa mort.
De plus, il a légué au sieur Antoine de Maglians la haquenée alezane, à lui expédier comme ci-dessus.
De plus, il a légué au sieur [prénom en blanc] Cropier 50 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière)., payables un an après sa mort une fois pour toutes.
De plus, il a légué au sergent« En termes de Guerre, se dit d'un bas Officier d'Infanterie qui est dans chaque Compagnie, armé d'une halebarde, & preposé pour faire garder les distances, & dresser les files & les rangs » (Furetière). Avella, son chirurgien « Celuy qui sçait la Chirurgie, & qui en fait les operations, qui saigne, qui pense les playes, &c. » (Furetière)., 50 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). payables comme ci-dessus.
De plus, ledit seigneur testateur a prié ledit seigneur marquis d'Urfé, son frère, de restituer à ladite Altesse le grand collier de l'ordre de l'Annonciade dont Son Altesse a daigné l'honorer, et c'est avec le petit collier « Cette partie du testament d'Honoré d'Urfé est plus un aide-mémoire sur la procédure à suivre après son décès (restitution du grand-collier), qu'un souhait particulier d'Honoré d'Urfé » (Message d'Arnaud Bunel). qu'il veut être enterré.
De plus, il a légué au sieur della Roa, enseigne « Officier d'Infanterie qui porte l'enseigne, le drapeau » (Furetière) de la compagnie colonelle de lui, le seigneur testateur, son cheval appelé Le Singe avec un vêtement et [finiolo ?] de couleur beige, que lui, le seigneur testateur, avait l'habitude de porter quasi ordinairement, à lui expédier aussitôt après sa mort.
De plus, il a légué audit enseigne « Officier d'Infanterie qui porte l'enseigne, le drapeau » (Furetière) 100 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). payables 3 années après sa mort par sondit héritier, ci-dessous nommé, une fois pour toutes.
De plus, il a légué à La Rosière Abraham Roux, dit La Rozière (Reure, p. 351)., son secrétaire « Se dit aussi des domestiques de quelques Grands Seigneurs, ou des gens de robbe, qui leur servent à faire leurs despêches & leurs affaires, qui sont les extraits des procés qu'ils ont à rapporter, & qui les advertissent, quand ils sont en état » (Furetière)., un vêtement d'écarlate qui est dans un des coffres de lui, le seigneur testateur, et 100 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). payables quatre années après sa mort, une fois pour toutes, par sondit héritier ci-dessous nommé.
De plus, il a légué à Jean Desse S'agit-il d'un parent de Balthazar Dessay ? son cheval blanc et 100 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). payables six ans après sa mort, par ledit seigneur son héritier, une fois pour toutes.
De plus, il a ordonné et ordonne qu'à Marin, son laquais « Valet roturier qui suit à pied son Maistre, & qui porte ses livrées » (Furetière), il soit payé 20 écus « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : c'est à ce prix que se reduisent en comptant toutes les autres monnoyes d'or & d'argent. Il passe pour trois livres » (Furetière). de France pour lui faire apprendre un métier.
De plus, à Louis-Valérien, autre laquais « Valet roturier qui suit à pied son Maistre, & qui porte ses livrées » (Furetière), il a légué 10 ducatons« Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, &c ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux ». DUCAT : « Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu en argent, & deux étant d'or » (Furetière). payables un an après sa mort par son dit héritier une fois pour toutes.
De plus, ledit seigneur testateur a légué à l’illme seigneur Emmanuel Charles-Emmanuel (1604-1685). d'Urfé, son neveu, fils dudit seigneur marquis Jacques d'Urfé, son cheval appelé La Pucelle, le priant de le recevoir et d'en user par amour pour lui.
De plus, il a légué à l’illme dame Gabrielle d'Urfé, sa nièce, fille dudit seigneur marquis Jacques, 2 000 écus d'or « Monnoye d'or qui a eu diverse valeur selon les temps. Il vaut maintenant [1690] 114. s. . Les anciens escus ne valoient que 27. sous » (Furetière). de France payables, lorsqu'elle se mariera, par son dit héritier ci-dessous nommé, une fois pour toutes, la priant de s'en contenter, vu les grandes charges qu'il laisse audit seigneur, son héritier.
[213] En tous ses autres biens, droits, actions et pouvoirs présents et futurs, en quelque lieu qu'ils soient et quelle que soit la personne auprès de qui ils existent, ledit illme et excellme seigneur Honoré d’Urfé, testateur, a institué et de sa propre bouche nommé, à titre de son héritier universel, ledit illme et excellme seigneur Jacques, marquis d'Urfé, son frère. Et, si celui-ci meurt, il lui a substitué et lui substitue ledit seigneur Emmanuel Charles-Emmanuel (1604-1685)., son neveu, fils dudit seigneur marquis Jacques, ne voulant pas que soit exécutrice testamentaire ladite dame Diane Diane de Châteaumorand et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600., sa femme, la priant et la suppliant de se gouverner selon les avis et conseils dudit seigneur marquis Jacques, déclarant avoir prés de lui 172 crosassi, 41 crosoni, 74 doubles « Petite monnoye de cuivre valant deux deniers » (Furetière)., tant d'Espagne que d'Italie.
Et cela, ledit seigneur testateur a dit que c'est et qu'il veut que ce soit son dernier testament nuncupatif « Testament fait de vive voix et devant témoins » (Littré). Il doit être signé par sept témoins (Pierre Larousse)., non olographe « Holographe. Qui est escrit entierement de la propre main de celuy qui fait queslques depositions » (Furetière)., sa dernière et finale disposition de tous ses biens et héritage, dont il veut qu'elle vaille par voie de vrai testament susdit, et, s'il ne pouvait valoir par telle voie, il veut qu'il vaille par voie de codicille « Écrit par lequel on adjouste ou on change quelque chose à un testament, soit sous seing privé, soit par devant des personnes publiques » (Furetière)., donation pour cause de mort ou toute autre qui pourra valoir en droit, cassant et annulant tout autre acte des susnommés que par le passé il aurait fait, voulant que le présent seulement ait effet, requérant les témoins désignés ci-dessous de vouloir être témoins de son présent testament et moi, notaire, de le mettre par écrit en forme probante, non sans en faire à mon héritier un instrument ou plusieurs d'une même teneur et substance ainsi qu'aux légataires les cédules « En termes de Banque, est un petit morceau de papier où les Banquiers & les Marchands écrivent leurs promesses, lettres de change, & rescriptions. On le dit aussi des autres billets, promesses & reconnoissances qui se font sous seing privé » (Furetière). opportunes.
Fait et publié à Villefranche-sur-Mer Dans le comté de Nice, ce port fortifié appartenait à la Maison de Savoie et dans la maison& où habite ledit seigneur marquis Jacques d'Urfé, en présence du sieur François Gioli, de Turin, du sieur Jean Botti, docteur en lois, d'Ivrée, du capitaine Charles Laugiero et du sieur Alexandre Moretta, dudit Villefranche-sur-Mer Dans le comté de Nice, ce port fortifié appartenait à la Maison de Savoie, du sieur Charles Valperga, du sieur Claude Tafino, de Savigléano, et de César Onesto, de Vintimille, témoins requis et, pour la plupart, connus dudit seigneur testateur, lesquels ont avec ledit seigneur testateur signé, à l'exception de Valperga qui ne sait pas écrire. L'acte ci-dessus, bien qu'écrit d'une autre main, moi, requis, Jean-Antoine Auda, notaire ducal de Villefranche-sur-Mer Dans le comté de Nice, ce port fortifié appartenait à la Maison de Savoie près Nice, je l'ai reçu et publié pour qu'il fasse foi, avec mes nom et seing habituel écrit ci-dessous ; et j'ai perçu pour l'insinuation « Enregistrement d'un acte dans des Registres publics » (Furetière). 6 florins « Les florins de France ont esté appellez deniers, & ont eu divers prix & marques. Le florin de France valoit autrefois douze sols, dont les cinq font un escu. On compte encore en Dauphiné, en Provence & en Languedoc par florins. A Geneve il ne vaut que six sols » (Furetière)..


SignetREMARQUES

Rien sur L'Astrée ! Rien sur les manuscrits, rien sur les livres qu'il a écrits, rien sur sa bibliothèque ! Ces omissions sont courantes dans les testaments d'écrivains de l'époque. Desportes par exemple, en 1606, ne parle dans son testament ni de son œuvre, ni des poèmes encore inédits, ni de sa bibliothèque pourtant célèbre pour sa richesse (Lavaud, pp. 527-529).

Le testament d'Honoré d'Urfé apporte néanmoins deux informations que tout lecteur du roman appréciera. Le 6e des 26 « De plus » stipule :

De plus, led. seigneur testateur a requis et prié l’illme et excellme dame Marie, femme dud. seigneur marquis Jacques d'Urfé, d'envoyer, aussitôt après la mort de lui, led. seigneur testateur, à lad. dame Diane, sa femme, [...] une petite croix d'or avec le portrait de lad. dame Diane, qu'il a au cou, priant lad. dame, sa femme, de les recevoir par amour pour lui (Doublet, p. 211).

Comme Céladon donc, le romancier arbore le portrait de sa bien-aimée, même s'il ne l'appelle pas carrissima ou dilettissima. Il n'est plus permis de penser avec Auguste Bernard qu'Honoré d'Urfé épousa Diane « par intérêt », « pour ne pas laisser sortir de sa maison les grands biens qu'elle y avait apportés » (pp. 148-149).

Par ailleurs, le Testament nomme dans la douzième clause un personnage deux fois lié à l'histoire éditoriale de L'Astrée, Balthazar Dessay (Doublet, p. 211). En 1619, Dessay a reçu mille livres de Toussaint Du Bray pour la troisième partie de L'Astrée (Arbour, p. 49). En avril 1625, il avait en sa possession le manuscrit de La Sylvanire et celui de la quatrième partie du roman (Koch, p. 390). Le chanoine Reure le considère comme « un agent à [la] dévotion » de Jacques d'Urfé (p. 352).

Appelé « Balthazar Dese » (Doublet, p. 211), cet homme n'est ni le « secrétaire », ni l'« agent » du romancier, mais son « serviteur », un homme à tout faire, un homme de confiance. Un serviteur privilégié d'après le testament : Honoré d'Urfé lui a promis une somme indéterminée dans son contrat de mariage, et il lui laisse 300 écus d'or (900 livres environ). Legs important si l'on note que le secrétaire hérite de 100 ducatons (75 livres environ) et d'un « vêtement d'écarlate » (Doublet, p. 212), et que le couvent de Montbrison reçoit 400 écus d'or (Doublet, p. 210). Les dons plus considérables sont réservés aux membres de la famille d'Urfé.

Le testament nous apprend qu'Honoré d'Urfé était le tuteur des deux filles de son frère, Christophe, décédé en 1597 (Doublet, p. 211). Christophe a donc préféré Honoré à ses deux aînés, Anne et Jacques d'Urfé. Honoré d'Urfé est plus proche de Christophe que de ses autres frères : Christophe est avec lui au Collège de Tournon, où il participe à l'écriture de la Triomphante entrÉe (pp. 99-100). Christophe est nommé dans les Epistres morales (I, 9, p. 71) : c'est avec lui que le romancier se promène en 1595. Honoré, en 1597, a écrit des « Stances. Sur la Mort de Christophle d'Urfé, Seigneur de Bussy, Frère de l'Autheur, sous le nom de sa femme » (Second livre des DÉlices, pp. 14-16, voir Miscellanées).

Un chirurgien a droit à un legs (Doublet, p. 212), mais aucun médecin n'est mentionné dans le testament. Par conséquent, il n'est pas impossible, comme le suggère G. Doublet (p. 203), qu'Honoré d'Urfé soit mort des suites d'une chute de cheval (Bernard, p. 168), non d'une pneumonie (Huet, p. 856).

Honoré d'Urfé laisse des dettes. Sa principale créancière est sa nièce et pupille, Emmanuelle d'Urfé. Il a marié la jeune fille au fils d'un homme qu'il connaissait bien, un membre de l'Académie Florimontane. Le testataire mentionne un créancier dont il a oublié le nom (Doublet, p. 210). Nulle part il ne dit devoir de l'argent à Marie de Neufville, l'épouse de Jacques II d'Urfé. Cette femme pourtant, en 1627, se prétendra la créancière de son beau-frère (Koch, p. 393).

Jacques II d'Urfé est nommé quatorze fois dans ce testament écrit dans sa maison et probablement en sa présence. Deux de ses enfants, Charles-Emmanuel et Gabrielle, reçoivent des legs (Doublet, p. 212). Jacques II est désigné comme héritier universel parce qu'il est l'unique survivant mâle des cinq fils de Jacques Ier d'Urfé, et parce qu'il a lui-même un fils. Le testament lui accorde également quatre prérogatives dont la deuxième et la troisième constituent des donations indirectes : le testataire privilégie son frère au détriment de ses nièces.

  1. Jacques choisira le lieu où Honoré sera enseveli en consultation avec Diane (Doublet, p. 210) ;
  2. Jacques sera dégagé de ses obligations envers les deux filles de Christophe qui attendent l'héritage de leur père (depuis vingt-huit ans !). Emmanuelle doit se suffire des dispositions financières prises par Honoré d'Urfé au moment de son mariage. Sa sœur et elle ne peuvent donc plus « importun[er] en quoi que ce soit led. seigneur marquis Jacques d'Urfé » (Doublet, p. 210) ;
  3. Jacques ne constituera pas de dot pour Gabrielle, sa fille. Elle doit se « contente[r] » des 2 000 écus d'or légués par Honoré, « vu les grandes charges qu'il laisse audit seigneur, son héritier » (Doublet, p. 212) ;
  4. Jacques sera l'exécuteur testamentaire ; Diane doit accepter ses décisions (Doublet, p. 213).

Honoré d'Urfé fait cinq donations charitables tout au début de son testament, mais ne demande pas aux bénéficiaires de prier pour le repos de son âme. Trois legs pieux sont prévisibles. L'église où se dérouleront ses funérailles aura 100 doubles (Doublet, p. 210). C'est exactement le montant qu'un autre chevalier de l'Annonciade lègue la même année à cette même église (Doublet, p. 205, note 2). Le couvent de Sainte-Claire à Montbrison, qui a tant de liens avec la famille d'Urfé, reçoit aussi un présent généreux (Doublet, p. 210), comme je l'ai souligné plus haut. Le chanoine de l'église de Montbrison continuera à percevoir la rente annuelle promise par Anne d'Urfé (Doublet, p. 211). Deux donations sont plus curieuses : D'Urfé laisse 100 écus « pour marier de pauvres filles que désignera led. seigneur, son héritier » (Doublet, p. 210). Il demande aussi que les 50 écus dûs « à un homme dont il ne se rappelle point qui il est », s'ils ne sont pas réclamés, soient versés « à des œuvres pieuses là où le voudra led. seigneur, son héritier » (Doublet, p. 210) ... encore Jacques !

Je trouve surprenant qu'Honoré d'Urfé n'ait pas songé à la fondation qu'il a lui même établie en 1619 pour la chapelle de Villaret (Reure, p. 197). Je m'étonne qu'il n'ait pas demandé à être enseveli à Bonlieu, dans l'église où les d'Urfé « ont leur sepulture generalle » (Anne d'UrfÉ, p. 31). Et que dire du traitement de Diane de Châteaumorand ? Le testataire nomme sept fois son épouse. Elle doit renoncer à ses droits sur certaines terres « pour l'amour qu'il lui a porté et lui porte » (Doublet, p. 211) ; elle doit aussi accepter les bijoux qu'il lui lègue « par amour pour lui » (Doublet, p. 211). Mais, en conclusion, Diane est appelée à « se gouverner selon les avis et conseils dudit seigneur marquis Jacques » (Doublet, p. 213).

Ce que je trouve de plus déconcertant, c'est que le testament infirme deux assertions du Chanoine Reure. Ce savant critique a eu la chance de consulter les archives de Châteaumorand. Il a trouvé des « renseignements épars dans diverses pièces [de ces archives], et dans une pièce des archives de Léran » (Reure, p. 351, note 3). Il les résume ainsi :

Honoré d'Urfé [...] spécifiait certaines sommes d'argent dont il faisait dépositaire provisoire son secrétaire Abraham Roux, dit La Rozière ; il désignait pour exécuteur testamentaire Claude Roy, lieutenant général en la sénéchaussée du Bourbonnais, le même, cela est bien à remarquer, que Diane de Châteaumorand, exactement cinq mois après, nomma aussi son exécuteur testamentaire. Le testament, revêtu de la légalition [sic] de l'évêque de Nice et de son sceau, fut présenté au baillage du Forez et enregistré le 10 décembre suivant (Reure, p. 351).

D'après le testament, le secrétaire d'Honoré d'Urfé est bien La Rosière (Doublet, p. 212), mais il n'est pas chargé de distribuer les legs. De plus, le seul exécuteur nommé est encore et toujours Jacques II d'Urfé.

Le Chanoine Reure - qui ne le tient pas en grande estime - ajoute que Jacques, « sous prétexte de pourvoir aux frais des funérailles, [...] s'est emparé de l'équipage du défunt, de ses belles armes et de sa vaisselle d'argent » (Reure, p. 353). Honoré d'Urfé a légué deux habits, deux chevaux nommés le Singe et la Pucelle, et deux chevaux anonymes. Il n'a rien dit du reste de sa garde-robe, de ses armes, ou des biens meubles de sa demeure à Virieu. L'héritier universel, dans ces conditions, est le maître légitime de tout ce que laisse Honoré d'Urfé, et qui n'est pas attribué à quelqu'un d'autre dans le Testament.

Le 2 juin 1625, de Villefranche-sur-mer, Jacques II d'Urfé écrit à Balthazar Dessay : Je désire « que vous vous mettiez dans le chasteau de Virieu, sans y recepvoir personne quelconque jusqu'à ma venue ou que vous ayés de mes nouvelles » (Reure, p. 353). Balthazar Dessay établit un inventaire du 16 au 19 juin 1625. Signent alors « Christophe Fabri, juge du marquisat de Valromey, assisté d'Antoine Fabri, bailli, Léonard Cortois, procureur d'office, Louis Brillat, châtelain, et Jean Bal, remplissant l'emploi de greffier » (Reure, p. 354). Comme ce document se trouvait dans les archives de Châteaumorand, écoutons encore le chanoine Reure :

Sur des tablettes sont rangés 1 465 volumes, « tant gros que petis », non compris « trois livres et thomes des œuvres de Monsieur le cardinal du Perron, couvers de bazane rouge avec les armes dudit seigneur », exemplaire de dédicace sans aucun doute. Les manuscrits voisinent avec les livres imprimés : « Ont esté treuuvés quelques manuscriptz et fragmens des œuvres dudit seigneur, tant de la Savoysiade, Astrée, Epîtres morales et Escriptz de philosophie ... ; plus deux sacs de toille plains des fragmens des manuscriptz dudit seigneur, quatre livres escriptz à la main des Recherches de l'antiquicié d'Autun en quatre thomes, le premier livre de l'Astrée dudit seigneur, aussi manuscript, les diverses poésies, et un second thome in-folio des Antiquictés de la cité de Venise et autres villes d'Italie » (Reure, p. 183).

L'inventaire reflète bien mieux que le Testament les valeurs d'Honoré d'Urfé.

Que s'est-il passé exactement le 30 mai 1625 à Villefranche-sur-mer ? Quel rôle a joué Jacques II d'Urfé, principal bénéficiare ? De quoi est mort le romancier « un peu malade de son corps » (Doublet, p. 209), « di suo corpo alquanto inferno » (Doublet, p. 206) ? A-t-il dicté un hymne à la Vierge « dans sa dernière maladie », comme le rapporte Jean-Baptiste de La Mure cité par Auguste Bernard (p. 169) ? Où a-t-on enterré Honoré d'Urfé ? Dans quelle mesure le Testament présente-t-il toutes ses dernières volontés ? Renferme-t-il uniquement ses dernières volontés ? Inclut-il les desiderata de Jacques II ? Comment se fait-il que certaines clauses aient changé lorsque le document est parvenu six mois plus tard en Forez ? Pour les lecteurs de L'Astrée, la vie de l'auteur s'arrête, comme son roman, sur des points d'interrogation.