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Présentation matérielle du texte
Photocopies et microfilms nous ont appris que la fidélité aveugle des fac-similés a ses inconvénients. Comment exploiter cette image de manière efficace sinon en la recopiant ?
Deux visages de l’ASTRÉE, une édition électronique qui se veut instrument de travail, ne peut pas se permettre d’adopter une police de caractères identique à celle du XVIIe siècle. La « fidélité », évidemment, a dû faire quelques concessions. J’ai suivi, dans la mesure de mes moyens, l’exemple donné dans le travail admirable consacré par Marie-Luce Demonet à Rabelais sur la toile et sur CD-Rom. Graphie J’ai introduit des modifications en respectant les usages graphiques des éditions sur papier modernes :
• J’ai distingué u et v, i et j. • J'ai respecté la graphie des noms propres uniquement dans les citations (« Celadon », « Astree »). J'ai ajouté l'accent sur le e dans les autres cas où le personnage est nommé (Céladon, Astrée). Ponctuation La ponctuation est un art qui a beaucoup évolué. Au début du XVIIe, en principe, comme le déclare Maupas, pour les « marques d’interrogations, Parenthese, admiration, interjections, Periodes et parties d’icelles, nous suyvons entierement l’usage des Latins » (p. 41). Cependant, à l’article Ponctuation, dans son Dictionnaire, FuretiÈre écrit en 1690 : « Il y a plus de difficulté qu'on ne pense à faire bien la ponctuation » : les signes devraient marquer le débit oral, mais bien souvent l’imprimeur et ses apprentis les manipulent à leur guise. • J’ai respecté la ponctuation de l'édition de 1621 dans la très grande majorité des cas, mais il m’est arrivé de remplacer des points-virgules ou des deux-points par un point pour rendre la phrase plus claire. • Dans le cas de signes composés de deux unités, j’ai suivi l’usage moderne et laissé une espace avant (on sait que l’espace typographique est féminin). • J’ai ajouté deux-points et tirets pour indiquer le début d’une conversation. Les dialogues étant fréquents, ces signes rendent la lecture plus commode. • Les guillemets délimitent des citations pour nous, mais au XVIIe siècle, « ces petites virgules renversées qu'on met à la marge des livres » devaient « marquer les passages citez, & les choses sentencieuses », explique MÉnage dans son Dictionaire étymologique. Des guillemets ouvrants (") mis dans la marge - à droite ou à gauche pour les pages recto ou verso - indiquent la présence de maximes. Au lecteur ensuite de chercher « la substantifique moëlle ». Les maximes et adages sont si nombreux dans l’Astrée que Hugues Vaganay les a isolés et publiés avant même d’éditer le roman. Ces guillemets désuets ne sont pas aisés à reproduire parce qu’ils étaient jadis imprimés entre les lignes. J'ai fait de mon mieux pour les conserver parce qu’ils correspondent à une évidente intention didactique (par exemple, 3, 52 verso). Ces guillemets sont encore plus nombreux dans l’édition de 1607 que dans l’édition de 1621. Je signale les instances dans des fenêtres secondaires (par exemple 6, 164 recto et 169 recto). Il arrive qu'une parenthèse de 1607 soit remplacée par des guillemets en 1621 (2, 36 recto). Il arrive aussi, mais plus rarement, que l'édition de 1621 ajoute des guillemets à l'édition de 1607 (5, 153 verso). Enfin, j'ai rencontré des guillemets sans maxime en 1621 (1, 11 recto). Ils auraient dû se trouver quelques lignes plus haut, comme dans l'édition de 1607 (1, 11 recto). L'Astrée achronique reproduit les guillemets de l'édition de 1621. • Au début de chaque livre se trouvent le numéro du folio correspondant dans l’autre édition du XVIIe siècle ainsi que le numéro de la page correspondante dans l’édition de Vaganay (voir par exemple, 4, 77 recto). Un tableau réunit ces informations dans Aller à un folio. • J’ai respecté la présentation des éditions de 1621 et de 1607 dans la division des paragraphes et dans la notation des numéros de folios. J'ai ajouté un numéro pour indiquer le verso. • Les numéros de folios sont entre crochets et en caractères gras en 1607, entre crochets et en italique en 1621. L'Astrée achronique suit l'édition de 1621. • Pour retrouver un folio dans n'importe laquelle des éditions, il suffit de demander Aller à un folio et de taper le numéro. • Les folios de 1621 se trouvant dans toutes les éditions répondent toujours à l'appel. Lorsque je cite l'Astrée dans les Introductions, les Outils ou les Annexes, je renvoie uniquement aux folios de l'Astrée de 1621. • Dans le roman, au début de chaque folio, à côté du numéro, des boutons permettent de passer rapidement d'une édition à l'autre, c'est-à-dire d'un folio à son homologue (voir par exemple 2, 22 verso). • Les erreurs de foliotation sont signalées. • On sait que les paragraphes sont rares dans les éditions du XVIIe siècle. Grâce à la dimension de la page cependant, le texte des Astrées semble moins dense et moins compact. En revanche, je n’ai pas respecté la longueur des lignes et je n’ai pas coupé les mots en fin de ligne. • Je n'ai pas reproduit le titre courant, mais j'ai tenté d'évoquer les belles lettrines du XVIIe siècle en utilisant une police différente pour les premières lettres. On notera j'espère que celles de l'Astrée de 1607 sont plus hautes que celles de l'Astrée de 1621. J'ai essayé de montrer que les lettrines sont plus belles et plus recherchées en 1607. • La ponctuation de l’édition de 1607 n’est pas signalée à l'intérieur des variantes. Je n’ai indiqué que les quelques rares instances où l’édition de 1621 ajoutait ou supprimait un point d’interrogation. Disposition des folios liminaires en 1621 1. frontispice. Disposition des folios liminaires en 1607 1. Page de titre. Tables des matières L’édition de 1621 inclut une Table des histoires, une Table des lettres et une Table des poésies. Je les ai reproduites en introduisant des corrections que j'ai expliquées dans les Notes. L'édition de 1607 comprend seulement une Table des histoires. J’ai ajouté une Table des livres. J’ai indiqué le nom des narrateurs d’histoires et celui des auteurs de poésies. Des liens permettent de passer des tables au texte du roman. Compléments d'information L'édition de 1621 a des lacunes. • Un feuillet manque (12, 404 recto), et deux fois une ligne manque au bas d'une page (6, 182 recto ; 9, 303 recto). J'ai emprunté le texte de l'édition de 1624 après l'avoir comparé avec celui de l'édition de 1619, et je l'ai indiqué dans les Notes. - Paris, Toussaint Du Bray, 1619, avec privilège. • Par ailleurs, je pense qu'il a dû y avoir plus d’un tirage en 1621. J'ai commandé il y a quelques mois une reproduction de l'édition que j'avais consultée à l'Arsenal. À ma grande surprise, j'ai constaté que ce texte n'était pas identique à celui que j'avais lu. Dans les deux états, la page de titre est la même et les mêmes folios sont absents. Cependant, la ponctuation et la graphie de plusieurs mots diffèrent. L'anomalie la plus étrange ? Il manque une ligne au folio 94 verso. Voici la ligne qui manque : L'édition anonyme de 1607 a une histoire curieuse. • Grâce à l'obligeance de Catherine Faivre d'Arcier, Conservateur au département des Manuscrits (Bibliothèque nationale de France), j'ai appris que « l'ouvrage a été acquis le 5 octobre 1869 par James de Rothschild (1844-1881) auprès du libraire Tross, pour 300 francs. La reliure a coûté 100 francs ; elle a été payée le 22 avril 1871 à Trautz-Bauzonnet, qui l'a réalisée en maroquin bleu, avec des filets, des compartiments et des tranches dorées ». • À combien se vendaient les ouvrages du XVIIe siècle du temps d'Edwin Tross ? D'aimables libraires spécialistes de livres anciens (« Le Bateau Livre » à Montpellier, « Librairie Pierre-Josse » à Charcé) m'ont suggéré de consulter le Manuel du Libraire de Brunet (Gallica). • Le Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le Baron James de Rothschild d'Émile Picot (Paris, Damascène Morgand, 1887, tome II, Belles-Lettres, 1527), renvoie à un article de A. Benoist dans la Revue Forézienne (III, 1869, p. 269-271), « L'édition originale de l'Astrée est retrouvée ». M. Benoist a vu l'annonce de vente en septembre. James de Rothschild, « avocat à la cour impériale », lui a communiqué l'ouvrage alors relié en parchemin. La suite de l'article, une description détaillée du livre, n'apporte pas plus d'informations. • Le Catalogue Picot signale aussi que cet exemplaire de l'Astrée de 1607 « a été découvert par M. Edwin Tross, à Augsbourg, en 1869 », nouveau lien inattendu entre Honoré d'Urfé et l'Allemagne ! • Edwin Tross est un homme de lettres qui a édité des textes français du XVIe siècle, et qui privilégiait les caractères de civilité (Voir ce site, avril 2008). Il incarnait « l'idéal du libraire-savant » (Voir ce site, avril 2008). Il a eu au moins deux librairies à Paris autour de 1850 (5, rue Neuve-des-Petits-Champs et 11, place de la Bourse). Membre de la Société Littéraire du Québec, il s'intéressait aussi à la Nouvelle France : en 1870, on a vendu aux enchères à New York plus de deux mille ouvrages traitant de l'Amérique du Nord lui appartenant (Catalogue of Scarce and Curious Books, Including the Collection of M. Tross). • Intriguée par les sources allemandes de Edwin Tross, j'ai interrogé Alfred Noé, professeur à l'Université de Vienne (Autriche). Il a eu l'amabilité de faire des recherches et de me communiquer ces renseignements : Il n'en reste pas moins que cette précieuse édition anonyme de 1607 est d'un grand intérêt, et que je suis heureuse et fière de lui rendre les honneurs et la place qu'elle mérite. L'édition achronique Cette version conserve le format de l'édition de 1621 tout en en modernisant la graphie. Elle donne par exemple « adieu » et non « à dieu », « bonheur » et non « bon heur » et distingue « plutôt » de « plus tôt ». Les substantifs conservent le genre qu'ils ont en 1621 (« la doute », 10, 331 verso). Les mots archaïques subsistent (« fuitif », 12, 384 recto), les expressions aussi (« les trente une », 11, 373 verso). Comme les recherches d'occurrences reconnaîtront évidemment Dieu, bonheur ou tôt, elles se feront bien plus vite. Les quelques libertés que j'ai prises dans cette Astrée doivent toutes rendre la pensée du romancier plus claire et la lecture plus aisée. D'abord, j'ai systématiquement modernisé la ponctuation en déplaçant et en échangeant virgules et points-virgules. Le XVIIe siècle ne jugeait pas utile d'encadrer de virgules les propositions incises. Il donnait aux signes doubles un sens qu'ils ont perdu aujourd'hui : le deux-points qui précède car est remplacé par une virgule (7, 198 verso). Il arrive que l'édition de 1621 mette un point d'interrogation là ou l'édition de 1607 mettait un point d'exclamation : « Que devint ce pauvre Berger ! ? » (6, 189 verso) ; l'Astrée achronique conserve le point d'interrogation. Ensuite, j'ai donné aux verbes leurs désinences modernes, ois devenant ais. Certains verbes ne sont pas conjugués comme nous le faisons aujourd'hui, et ne sont même pas conjugués d'une manière uniforme. C'est le cas notamment de pouvoir, prendre et ouïr. De plus, l'édition de 1621 confond les temps et les modes (2, 46 recto, 5, 125 recto, 7, 210 recto) en multipliant les présents de l'indicatif. À cause de la modernisation des formes verbales, le grammairien qui cherche « prindrent » par exemple (7, 210 recto) ne le trouvera pas dans l'Astrée achronique qui ne donne que « prirent » (7, 210 recto). Enfin, j'ai eu recours au texte de 1607 lorsque le texte de 1621 introduisait des fautes d'orthographe grossières (leurs vanité, 10, 316 verso), et surtout quand il pouvait induire en erreur. Ce choix s'est avéré crucial particulièrement dans le choix des pronoms lors d'un récit de travestissement (voir 6, 186 verso à 187 verso). Le texte de 1607 est souvent bien plus cohérent que celui de 1621. L'Astrée achronique jouit des mêmes hyperliens que les éditions de 1607 et de 1621. De plus, des astérisques signalent l'existence de variantes dignes d'intérêt. L'internaute qui rencontre un astérisque peut remonter au numéro du folio et cliquer sur « 21 ». Il se rendra ainsi au folio correspondant en 1621 et trouvera la variante signalée par l'astérisque. Il peut tout aussi aisément, en suivant cette procédure et en cliquant sur « 07 », se rendre au folio correspondant en 1607. Je pense qu'une Astrée aussi facile à lire que l'Astrée achronique peut faire gagner du temps aux chercheurs. Elle peut aussi attirer un tout nouveau public que la langue du XVIIe siècle aurait découragé. Dans Deux visages de l’ASTRÉE, j'espère être restée fidèle aux textes parus du vivant d'Honoré d'Urfé. Entre 1607 et 1621, il y a eu des modifications innombrables. Je ne prétends pas avoir réussi à signaler dans les variantes absolument tous les changements (en particulier dans le domaine des accents et de la ponctuation). Rester fidèle aux fantaisies graphiques de Toussaint Du Bray et de ses imprimeurs est ardu ! J'espère avoir su mettre en valeur les changements les plus significatifs. Je comprends mieux maintenant pourquoi les éditeurs scientifiques, en règle générale, effectuent une sélection parmi les variantes. Quels prodiges typographiques permettraient de passer rapidement d'une édition à l'autre ou d'un personnage à sa fiche d'identité ? Les informations reléguées au bas d'une page ou exilées à la fin d'un volume nuisent à la pleine compréhension et ralentissent la lecture. De plus, une version électronique est d'une flexibilité qui autorise les additions. Combien de suppléments faudrait-il prévoir pour garder l'apparat critique à jour, et pour ajouter les autres parties de l'Astrée ? Je suis persuadée que l'informatique enrichit l'édition critique en décuplant l'apparat qui accompagne le texte tout en simplifiant et démocratisant la diffusion des œuvres les plus difficiles d'accès.
« L'idée qu'un texte n'est pas une entité fermée, Alain Giffard
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Tufts University, Romance Languages, Olin Center,
Medford, MA 02155, USA Copyright © 2005, Tufts University « Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
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