Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
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Lettres d'Honoré d'Urfé




SignetÉpîtres dédicatoires

On dit que l'Arioste et le Tasse ont été
tres-malheureux en Epîtres Dedicatoires.
Theodore de Gaza pour une Epître Dedicatoire
qu'il fit au Pape Sixte IV. du Livre d'Aristote
de la nature des Animaux, n'en receut pour
recompense que le remboursement de la relieure.

FuretiÈre,
Dictionnaire universel, Article Dédicatoire.

Les dédicataires que choisit Honoré d'Urfé font tous partie de la noblesse et jamais l'auteur ne leur soumet une requête. Nous ignorons ce que d'Urfé η a reçu en retour - exception faite du collier de L'Annonciade η décerné par le duc de Savoie η en 1618.

Cependant, les deux dédicaces au duc, celle du Sireine en 1599 et celle de la Savoisiade en 1618 sont restées manuscrites. Je les recopie ici. La première édition des Epistres morales, en 1598, est aussi dédiée au duc, mais par Antoine Favre η. Ce texte figure dans toutes les éditions des Epistres.

Les épîtres dédicatoires de L'Astrée se trouvent dans cette édition critique :
Épître à Henri IV (1610, pour la deuxième partie)
Épître à Louis XIII (1619, pour la troisième partie).

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1 SignetÀ Just-Henri, comte de Tournon et de Roussillon, sénéchal d'Auvergne, maréchal de camp.

Cette épître est adressée au protecteur du Collège de Tournon le 2 juillet 1583. Auguste Bernard (pp. 129-130) et Maxime Gaume (pp. 3-5) la reproduisent. Une première impression de l'Entrée s'est faite à l'insu des Jésuites η et peut-être à l'insu d'Honoré d'Urfé. D'Urfé lui-même s'est chargé de cette édition.

La Triomphante entrÉe de tresillustre dame Madame Magdeleine de la Rochefocaud, espouse de hault & puissant seigneur messire Just-Loys de Tournon, seigneur & baron dudict lieu, comte de Roussillon, &c. faicte en la ville & université de Tournon, le dimenche vingtquatriesme du moys d'avril 1583. [Page de titre manuscrite dans l'exemplaire numérisé par Gallica].


À Monsieur Monsieur de Tournon, comte de Rossillon, etc.

Monsieur, il n'y a pas long temps qu'un de mes bons amys me donna un livret de l'Entrée magnifique de Madame la Comtesse, vostre femme (n'agueres imprime sans vostre sçeu comme j'entends, et sans celui de Messieurs du College), lequel dit bien, à la verite, une partie de ce qui se passa pour lors ; mais un peu trop succinctement, ce me semble, principalement touchant ce qui s'est faict en vostre Université. C'est pourquoy je me suis deslibere d'en escrire quelque peu d'avantage : car de raconter tout par le menu, il me seroit impossible : joinct qu'il y a beaucoup de choses qui ne se peuvent representer par escrit devant les yeux d'un chacun, comme elles ont este faictes : et mesmes que la pluspart des Escholiers, mes compaignons, avoient desja


mande leurs affiges η et compositions à leurs parens, qui çà qui là, de sorte qu'il m'a este encores mal-aisé de recouvrer le peu d'Epigrammes que je mets icy, et des Jeux Latins et François que nous avons exhibez à l'honneur de voz nopces : lesquels derechef je vous offre bien humblement, au nom de toute la noble jeunesse qui, par la singuliere liberalite de feu Monseigneur le Cardinal η vostre oncle, de tressaincte memoire, et par vostre faveur aussy, estudie en ceste tant florissante academie, soux la sage et heureuse conduite de messieus les peres de la compagnie du nom de Jesus (qui pour l'avancement d'icelle, tant aux bonnes lettres qu'aux bonnes mœurs, n'oublient certes rien de leur charge). Avec la permission desquels et asseurance que vous mesmes le desiriez hien fort, et l'aviez ainsi requis, je me suis hazardé (entre plusieurs de mes compagnons d'escole qui l'eussent faict beaucoup mieux que moy) de publier, encores une fois, ce petit livre sous vostre protection et sauvegarde : vous priant de n'avoir tant d'esgard aux fautes que les plus clairs-voyans ou mal affectionnes Aristarques η y peuvent remarquer, qu'à la bonne affection qui seule nous incita pour lors a celebrer une partie de vos louanges, et de celles de Madame vostre Espouse, et maintenant nous induit à les mettre


en plus claire evidence, afin que par ce moyen, l'on cognoisse le desir que nous avons de vous faire quelque bon et agreable service, en recompense de tant d'honnestes courtoisies, que nous recevons journellement de vostre grace. Cependant nous prierons le Createur vous donner,

Monsieur, en parfaicte santé, le comble de ses divines benedictions, en ce vostre mariage.  A Tournon, de nostre Estude, ce deuxiesme de Juillet, jour de la Visitation η nostre Dame, mil cinq cens quatre vingts et trois.

Vostre bien-affectionne serviteur,

Honoré d'Urfé, chevalier de Malte

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2 SignetÀ Marguerite de Valois η.

Ce texte est daté du 24 septembre 1595. Je ne l'ai trouvé cependant que dans l'édition de 1608 des Epistres (pp. 15-17). Il suit immédiatement la dédicace d'Antoine Favre η au duc de Savoie. Ce livre est aussi numérisé dans le site de BVH. La page de titre manque (privilège du 27 août 1608), les folios liminaires ne sont pas numérotés, les signatures des auteurs des dédicaces ne sont pas suivies de dates, mais on y trouve des notes manuscrites.

Les Epistres morales de Messire Honoré d'Urfé, capitaine de cinquante hommes d'armes, Comte de Chasteau-neuf, Baron de Chasteaumorand, etc. Reveuë corrigée et augmentée d'un troisiesme livre.
Jean Micard, 1608, Avec privilège du Roy.

L'auteur qui parle en 1595 de ses « embrasements » est encore célibataire. Ce texte ne figure pas dans l'édition de 1619 peut-être parce que Marguerite de Valois η meurt en 1615. Les vers que Jean de Lingendes η a composés pour Le Sireine en 1599 ont eux aussi disparu dans les éditions suivantes (voir Lingendes, pp. 201-203). Lingendes est mort en 1616.


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Madame,

L'amitié d'Agathon η durant ma prison, m'a desrobbé ces petits discours, qui vont maintenant se presenter à vous : pource que voulant donner commencement à leur Fortune, ils croyent ne le pouvoir faire plus heureusement. Et comme jadis le feu qui descendoit du Ciel sur les sacrifices, estoit un asseuré presage qu'ils y devoyent estre receus, ils estimeront que vous aurez celuy


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qu'ils vous offrent pour agreable, s'ils se voyent esclairez d'un seul ray de voz yeux. Et si ces flammes, dont leur pere a tant ressenty d'embrasements, les daignent allumer. C'est l'heureux augure qu'ils desirent à leur naissance, et duquel je vous supplie tres-humblement les favoriser. S'ils sont tristes et noirs, ils n'en sont que d'autant plus semblables à ma vie et à ma fortune. Que si encor entre leur tristesse et noirceur quelque resolution et quelque magnanimité reluit, c'est une estincelle, qui plus elle esclaire, plus retient elle aussi de la Deité dont elle procede, qui est vous, Madame. Car si ma main leur a donné ces caracteres, qui leur servent de corps, ils ont eu de vous la franchise de la parole,


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et la constance du courage, pour ame. Recevez les donc et de leur part et de la mienne, non pour un don, mais pour un devoir qu'ils vous rendent : eux comme animez de vous : et que je vous offre.

Madame, comme

A Montbrison, ce 24.
Septembre, 1595.

Vostre tres-humble et
tres-fidele serviteur.

HonorÉ d'UrfÉ

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3 SignetAu duc de Savoie η en 1599.

E. Chapoy (après p. 8) reproduit la même dédicace manuscrite que A. Bernard η. Voir MÉlanges (manuscrit français 12486, f° 1 verso).


À son Altesse.

Monseigneur

En ces repos d'ont vostre prudance nous fait rougir j'ay tracez ces vers que je vous envoye : m'asseurant qu'en ces loysirs trop longs a quoy le temps vous contraint retient, ils entretiendront quelques heures Vostre Altesse s'ils peuvent pour un moment luy raporter du plaisir je n'estimeray celle cy entre toutes mes plus heureuses actions estre La moindre, Aussy doivent ils avant que de se presanter a ma Dame rendre L'hommage a mon seigneur qu'ils luy doivent : vous ne pouvez les desavouer pour vostres, puis que desja vous Les receustes quand Le Ciel et mon affection me donnerent entieremant a VA,

Mon'seigneur pour

Votre treshumble tresfidele et tres affectionné serviteur et subjet

Honoré d'Urfé

De Virieu Le Grand η
Le 3m. (?) juillet 1599

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4 SignetÀ une dame anonyme.

Épître dédicatoire du Sireine, 1606. La dame est probablement Diane de Châteaumorand.

Le texte vient de cette édition :

Le Sireine de Messire Honoré d'Urfé, Gentil-Homme de la Chambre du Roy, Capitaine de cinquante hommes d'armes de ses Ordonnances, Comte de Chasteau-neuf, Baron de Chasteaumorand, etc.

Paris, Jean Micard, 1606, Avec privilège du Roy.


MADAME,

Mon Sireine vous va trouver, et ma dict que trois occasions l'ont poussé à ce voyage. L'une pour vous rendre le devoir à quoy vous est obligé tout ce qui procede de moy, l'autre pour voir en vous s'il est possible que quelque chose soit plus parfaicte que sa Diane. Et enfin pour vous representer, que puis que vous la surpassez, et en bonté et en vertu, vous la devez aussi surmonter, et en amitié et en resolution. Et moy je l'accompagne de ce mot, pour vous dire que vous n'espereriez en moy, ny la patience, ny la constance de Sireine : car à un tel accident que le sien je n'ay point d'autres armes que la mort. Doncques si vous voulez ma vie n'imitez ceste Diane en la conclusion des services de,

Vostre tres-humble, et tres fidelle serviteur,

Honoré d'Urfé

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5 SignetAu duc de Savoie en 1618.

Maxieme Gaume donne dans les Appendices la dédicace du manuscrit de la Savoisiade, pp. 689-691. Archives d'Etat de Turin, Storia della Real Casa, categoria II, mazzo VII. Manuscrit autographe. Date incomplète.
C'est ce texte que je recopie.


A tres haut, tres puissant et souverain Prince Charles Emmanuel Duc de Savoye η.

Monseigneur

Que V.A. ne s'estonne point s'il luy plait de me voir le premier des françois entreprendre si hardimant une œuvre qui est demeuree jusques icy intantee et sans que personne y ait encore ose mettre la main, mais que se ressouvenant que jadis l'affection eust bien la puissance de deslier la langue a un jeune enfant muet, pour cryer qu'on vouloit tuer le Roy, qu'elle panse que cette mesme affection n'estant point plus foible en moy pour ce qui est de vre service, m'a non seulement deslyé, mais aussy guidé la langue, voire dicté les mesmes parolles que j'ay employees en l'honneur de V.A. et du Nom de SAVOYE. Car je m'assure que si aprez l'occupation des grandes affaires vous prenez le temps d'y jetter l'œil dessus V.A. cognoistra que veritablement cette œuvre est nee d'une extresme affection, nourrie de ce mesme laict randue telle qu'elle se presante par un exez de desir, de un honneur, et de une gloire si ne puisse touttefois nyer que mon interest particulier n'est encor sa place auprez de cet extresme affection. Les Cymmeriens seulz entre tous les hommes, a ce qu'Orphee raporte, ne voyent jamais la lumiere du Soleil. Et pourquoy pousse d'une raisonnable Ambition n'ay-je deu η desirer de n'estre point recogneu aux siecles avenir pour l'un de ces malheureux Cymmeriens, je veux dire d'avoir vescu en l'age auquel V.A. a esclairé de tant de vertus et de gloires, et ne leur randre point de tesmoignage a ceux qui viendront aprez nous, de les avoir vües et admirees. Les Anciens Gaulois bornoient leur siecle de l'espace de trante ans, ce siecle donc de trante annees que j'ay desja si heureusement employé au service de V.A. et presque tousjours ayant eu l'honneur d'estre prez de sa personne, ne me doit il donner la hardiesse de me faire cognoistre aux autres siecles qui doivent venir pour avoir eu le bonheur d'avoir vescu non seulement au temps que V.A. a vescu et a este admiree de chascun, mais d'avoir passe le meilleur de mon age, voire finy mes jours en son service η. L'Ambition de cette future gloire m'a fait resoudre a cette entreprise en laquelle j'ay panse de satisfaire a ce que je me doiz aussy, par le tesmognage que je rands de ne m'estre pas donné en partie a V.A. quand je luy ay faict le sermant de cette affection, mais tout entierement. Et par ce que durant les guerres que si genereusement et glorieusement V.A. a desmeslees avec les deux plus grands roix η de la Chrestienté je me suis tousjours trouve prez d'elle pour la servir les armes en la main aynsi que mon devoir et la nature η m'y obligent sans qu'autre chose m'en ayt jamais retiré que la paix. Maintenant que V.A. ayant avec tant de generosite et de gloire maintenu Luy seul, presque contre toutte l'Europe, voire contre l'Italie mesme, la liberte d'Italie, elle s'est portee a la paix, lors qu'elle avoit l'avantage des armes, pour complaire seulemant aux Roix et aux Princes ses amis et confederez qui l'en ont si affectionnemant et si longuemant sollicitee, n'est il pas raisonnable que m'estant entierement donné a vous, je vous consacre en ce temps de Paix, aussy bien le travail de mon esprit que durant la guerre, j'ay taché de vous donner tout ce que dans les perilz j'ay pu faire pour votre service avec le corps. Je vien donc presanter ce Poeme a V.A. tant pour ces considerations que sans l'asseurance que j'ay qu'elle ne s'y desplaira point puis qu'il est certain que chascun prand naturellement plaisir de voir et de lire les actions conformentη a celles qui procedent de Luy. Celles de V.A. estant touttes Heroiques et ny en ayant point icy d'autres j'espere que les y trouvant selon son genie, elles luy pourront estre aggreables, et d'autant plus que les exemples domestiques sont plus favorablemant receus que les estrangers, et que ceux cy sont de ces grandz Empereurs Roix et princes voz Ancestres que le temps n'a encor pu ny ne pourra jamais couvrir d'oubly. Homere raconte qu'Achille revenant des combatz et retiré dans ses vaisseaux prenoit la lyre et passoit son temps d'unir la douceur des divers sons avec la mesme main, dont il venoit de mettre les Troyens en fuitte et en confusion. Cet exemple m'a donne courage apres la guerre de caresser les Musesη, et par leur conversation appaiser les mouvemantz de mon ame ; Je say que V.A. a cette coutume aussy mais pleust que je fusse assez heureux pour avoir fait en cecy chose qui meritat d'entretenir durant la Paix un momant l'esprit de V.A. que j'en estimerois les peines et les veilles bien employees et que je les remercierois de bon cœur m'ayant donne le moyen de faire paroistre qu'en tout tempz je n'ay point un plus violant desir que d'estre recogneu de tout le monde

Monseigneur

Tres humble tres fidelle et tres affectueux η serviteur
de vre Altesse

Honoré d'Urfé

De Turin ce d'aout 1618.

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6 MarieÀ la Reyne mere du Roy, Marie de Medicis η,
reyne de France et de Navarre.

Épître dédicatoire de La Sylvanire, pastorale dramatique publiée en 1627 après la mort d'Honoré d'Urfé. Ce texte vient de l'exemplaire numérisé dans Gallica. L'épître se trouve aussi dans l'édition de Mme Giavarini, p. 3.


Madame,

Cette Bergere si differemment vestuë de toutes celles qui se sont encore veuës en France, n'eust pas eu la hardiesse de s'y presenter, n'eust esté le support qu'elle espere de recevoir de vostre Majesté, aux pieds


de laquelle elle se va jetter, afin que vous ayez aggreable que estant advouüée d'une si grande Reyne, elle puisse jouïr du privilege de ceux qui ont un tiltre si honnorable. Et quoy que cette hardiesse pourroit estre estimée presomption, si en est-elle en quelque sorte excusable, puisque ces habits Italiens ne vous peuvent estre Estrangers, et que mesme c'est par vostre commandement qu'elle est ainsi revestuë, y ayant quelques années qu'il pleust à vostre Majesté de me le commander. Que s'il y a du defaut en son corps, je m'en remets à ceux qui auront meilleur jugement que moy : mais je suis tres-asseuré qu'il n'y en a point en son habit, puis qu'il est fait sur le patron de tant de grands personnages, qu'il est impossible qu'ils y aient laissé


quelque imperfection. Qu'elle sera glorieuse si vous la daignez regarder, et que chacun la trouvera belle, si l'on sçait, MADAME, qu'elle ait receu cét honneur de vous. Je n'ose en supplier vostre Majesté, quoy que ce fust l'une mes plus grandes ambitions, parce que je craindrois que cette supplication ne fust estimée une temerité : Et toutesfois, s'il m'est permis de le dire, je pense qu'en quelque sorte vous y estes obligée, cette Bergere estant originaire de ce pays de Forez, qui en France est particulierement à vostre Majesté. Comme vostre subjette recevez-la doncques, MADAME, et si elle n'a autre merite pour parvenir à un si grand bon heur que celuy du lieu de sa naissance, faites paroistre en sa personne combien la


bonté de vostre Majesté se plaist à gratifier tous ceux qui sont nez ses subjets. Du nombre desquels ma bonne fortune m'ayant fait estre aussi bien qu'elle, je la vous offre pour témoignage de l'affection et devotion que j'ay au service de vostre Majesté, comme

MADAME,

Tres-humble, tres-fidele et tres-
obeyssant subjet et serviteur,

HONORÉ D'URFÉ.


signature
La signature vient d'un manuscrit reproduit dans Les D'Urfé d'Auguste Bernard.
Voir Document autographe η.