Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
doigt_dVisite guidée :
Plein feux sur L'Astrée



Présentation des textes

Toute édition est une théorie :
il faut donner à voir,
mais surtout à comprendre.

B. Cerquiglini,
Éloge de la variante
, p. 112. 

1 SignetPhotocopies et microfilms nous ont appris que la fidélité aveugle des fac-similés a ses inconvénients. Comment exploiter cette image d'une Astrée de 1621 sinon en la recopiant pour ensuite l'éditer d'une manière efficace et respectueuse ?

Première page
Arsenal 8°BL - 20631 (1)

L'électronique est venue au secours des milliers de pages de L'Astrée ! Je me suis donné pour but de rendre accessible une Astrée fiable et annotée. J'ai combiné les règles de l'édition critique et la puissance de l'informatique pour diffuser ce roman qui a changé la face de la littérature.

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2 SignetL'Aspect des textes

Deux visages de L'Astrée, une édition critique électronique qui se veut aisée à consulter, n'a pas pu se permettre d'adopter une police de caractères identique à celle du XVIIe siècle. La « fidélité » a dû faire quelques concessions, mais j'ai résisté à la tentation de toiletter les textes parus du vivant d'Honoré d'Urfé. J'ai jugé que les quelques lecteurs que les inconsistances graphiques dérangeaient outre mesure, et qui refusaient de faire la part des contingences techniques de l'époque pouvaient se rabattre sur L'Astrée moderne.


Je rappelle que trois raisons justifient le choix de l'édition de référence :

1. L'édition de 1621 est la dernière édition publiée du vivant d'Honoré d'Urfé.

2. Elle porte un privilège donné à l'auteur.

3. C'est une édition homogène qui réunit les trois parties que le romancier jugeait prêtes.


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3 SignetGraphie

Comme il ne s'agit pas ici d'une édition diplomatique, j'ai introduit des modifications en respectant les usages des éditions sur papier modernes.

• J'ai distingué u et v, i et j.
Dès 1607, le grammairien Maupas désire introduire cette distinction :

Les plus curieux escrivains, pour eviter tout mescompte escrivent u, pour voyelle, et v pour consonante, comme aussi j, pour consonante, et ainsi je desire qu'il soit pratiqué en ce livret (p. 2).

Il précise aussi que le i,

les curieux le forment avec une longue queue quand il se rencontre consone au milieu du mot (p. 16).

Ses imprimeurs ne lui ont pas toujours obéi.
La distinction entre u et v et i et j viendrait des Hollandais d'après Bossuet et Corneille (cités dans Marty- Laveaux, pp. XXVI). Nina Catach note que certains écrivains français du XVIe siècle faisaient la distinction (pp. 313-314).

• J'ai scrupuleusement respecté le y.
De l'édition préliminaire à l'édition de 1621, le y final se transforme souvent en i, comme le montrent les variantes. À ceux qui croiraient que cette lettre, comme son nom l'annonce, marque généralement l'origine grecque, il faut rappeler cette remarque de FuretiÈre :

On s'en est aussi servi pour marquer les i qui sont à la fin des mots, parce que les Escrivains ont trouvé que sa queuë étoit commode pour s'esgayer, & faire des traits qui peuvent orner les marges & le bas des pages (Article Y).

• Les formes du s sont réduites (ƒ devenant s). Notons pourtant que Corneille attache une grande importance à la distinction entre ces graphies η.

« J'ai reservé la petite s pour celle où la syllabe est aspirée, la grande pour celle où elle est simplement allongée, et l'ay supprimée entierement au [...] mot où elle ne fait point de son, la marquant seulement par un accent sur la lettre qui la précède » : peste, haƒte, épargner (cité dans Marty- Laveaux, pp. XIV-XV).

• Les traits de nasalisation sont traduits (ã devenant an).

• Les signes tironiens sont développés (9 devenant ous, & devenant et).

• J'ai respecté le chaos de la cédille et la mobilité du tréma.

• Les parenthèses sont conservées, ainsi que la présentation typographique des titres de textes intercalés (histoire, lettre et poème).

• J'ai conservé les majuscules puisque d'Urfé a probablement voulu que des mots-clés comme « Berger », « Nymphe », « Chevalier » ou « Druide » soient mis en valeur par cette majuscule qu'on appelait alors « lettre capitale ». Curieusement, les premiers académiciens n'ont pas relevé la valeur affective des majuscules. Selon eux, il ne devrait y avoir de majuscules qu'au commencement des phrases et aux noms propres ;

pour deslasser la veuë et pour orner l'escriture, on a en a introduit au commencement de tous les vers, aux noms de dignité et charge [...] et à ceux des lieux celebres (cité dans Marty- Laveaux, p. 97).

• J'ai respecté la graphie des noms propres dans le texte du roman et dans les citations (« Celadon », « Astree »). J'ai ajouté l'accent sur le e dans les analyses où le personnage est nommé (Céladon, Astrée).

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4 SignetPonctuation

La ponctuation est un art qui a beaucoup évolué. Au début du XVIIe  siècle, en principe, comme le déclare Maupas, pour les « marques d'interrogations, Parenthese, admiration, interjections, Periodes et parties d'icelles, nous suyvons entierement l'usage des Latins » (p. 41). Cependant, à l'article Ponctuation, dans son Dictionnaire, FuretiÈre écrit en 1690 : « Il y a plus de difficulté qu'on ne pense à faire bien la ponctuation » : les signes devraient indiquer le débit oral, mais bien souvent l'imprimeur et ses apprentis les manipulent à leur guise. La curieuse signification que donne FuretiÈre à certains de ces signes est indiquée dans les notes de la deuxième η et de la troisième partie η.

• Dans le cas de signes composés de deux unités, j'ai suivi l'usage moderne et laissé une espace avant le signe (on sait que l'espace typographique est féminin).

• Les changements apportés en 1621 à la ponctuation de l'édition préliminaire de chaque volume (1607, 1610, 1619) ne sont pas signalés parce qu'ils m'ont semblé aléatoires. Les modifications que j'ai jugé intéressantes sont analysées dans les Notes. Voir par exemple un cas au livre 6 de la troisième partie η.

• J'ai indiqué les cas où l'édition de 1621 ajoutait ou supprimait un signe de ponctuation affective, un point d'interrogation ou d'exclamation. Ces changements sont particulièrement fréquents dans la deuxième partie.

• Il m'est arrivé dans quelques rares instances de remplacer des points-virgules ou des deux-points par un point pour rendre la phrase moins obscure.

• J'ai ajouté deux-points et tirets pour indiquer le début d'une conversation. Les dialogues étant fréquents, ces signes rendent la lecture plus commode.

• J'ai conservé toutes les parenthèses. Elles remplacent souvent des virgules (I, 3, 48 recto), mais certaines isolent une citation (I, 4, 89 recto ; III, 10, 433 recto). Je signale toujours les parenthèses ajoutées ou supprimées par l'édition de 1621 (I, 12, 386 recto).

Les guillemets délimitent des citations pour nous, et ce, depuis 1546 et un certain M. Guillemet peut-être (Larousse). Au XVIIe siècle, « ces petites virgules renversées qu'on met à la marge des livres » devaient « marquer les passages citez, & les choses sentencieuses », explique MÉnage dans son Dictionnaire étymologique. Des guillemets ouvrants (") mis dans la marge, en dehors de la justification - à droite ou à gauche pour les pages recto ou verso - indiquent la présence de maximes. Au lecteur ensuite de chercher « la substantifique moëlle ». Les sentences et adages sont si nombreux dans la première partie de L'Astrée que Hugues Vaganay les a isolés et publiés avant même d'éditer le roman.

On aurait tort de croire que les signes marginaux soient une nouveauté. L'usage du guillemet en tant que « signe d'attention » remonte peut-être aux Bibles du XVIe siècle (Catach, pp. 78, 300). Saint Augustin conseille à Pétrarque d'annoter les textes qu'il lit pour retrouver aisément ce qu'il désire :

Ces marques te serviront de crochets pour les retenir si elles tendaient à s'échapper de ta mémoire (PÉtrarque, p. 114).

Les « crochets » ressemblaient-ils à ces guillemets que Pierre Larousse définit comme « une sorte de double petit crochet » ? Un lecteur d'Equicola, à plusieurs reprises, introduit en marge ce signe original (f° 131 verso par exemple).

doigt

J'utiliserai cette main si expressive pour indiquer le sens de la visite de mon édition (Voir Guide).

On rencontre dans L'Astrée de simples guillemets. Ils décorent des discours de Climanthe, le trompeur, et d'Hylas, l'inconstant. Certaines sentences ainsi mises en valeur sont loin d'être des maximes de vie, puisqu'on peut lire :

   " Chacun doit preferer, au moins s'il est bien sage,
   " Son propre bien à tous.
   (III, 1, 21 verso).

Ce n'est donc pas la leçon morale qui est mise en relief, mais plutôt la formule mémorable ou paradoxale. Ces guillemets désuets ne sont pas aisés à reproduire parce qu'ils étaient jadis imprimés entre les lignes. J'ai fait de mon mieux pour les conserver parce qu'ils correspondent à une évidente intention didactique (par exemple, I, 3, 52 verso).

Dans la première partie, les guillemets sont encore plus nombreux en 1607 qu'en 1621. Je signale les instances dans les variantes (par exemple I, 6, 164 recto et 169 recto). Il arrive qu'une parenthèse de 1607 soit remplacée par des guillemets en 1621 (I, 2, 36 recto). Il arrive aussi, mais plus rarement, que l'édition de 1621 ajoute des guillemets à l'édition de 1607 (I, 5, 153 verso). Enfin, j'ai rencontré des guillemets sans maxime en 1621 (I, 1, 11 recto). Ils auraient dû se trouver quelques lignes plus haut, comme dans l'édition de 1607 (I, 1, 11 recto).

La deuxième partie ne présente aucun guillemet. On n'en trouve ni en 1610, ni en 1621. Les maximes, elles, abondent, dans cette Astrée si didactique.

Dans la troisième partie, les guillemets reviennent en force, mais dans l'édition de 1621 seulement. Lorsque ces signes sont mal placés (III, 10, 421 recto par exemple), je le signale en note.

Hugues Vaganay signale la présence de guillemets dans une édition de 1631 de cette troisième partie. Il note alors que « l'on peut sans trop de présompltion attribuer [leur] introduction » à d'Urfé lui-même (Vaganay, V, p. 558). Je ne vois donc aucune raison pour suivre Mme Moss quand elle propose que les guillemets de 1621 ne soient pas attribués à Honoré d'Urfé (p. 141). Comment oublier que des guillemets figurent même dans un manuscrit du Sireine (MÉlanges, f° 4 recto, 7 verso, 9 verso, etc.) ?

L'Astrée moderne reproduit les guillemets de l'édition de 1621 de la première et de la troisième partie.

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5 SignetPagination

Nous sommes encore à l'aube de l'ère des éditions critiques électroniques. C'est le bon sens qui m'a dicté les choix faits dans le domaine de la pagination et de la mise en page. D'une part, je voulais que le lecteur se familiarise autant que possible avec l'aspect physique du texte original, d'autre part, j'ai tenté d'exploiter toutes les potentialités de l'informatique. Première conséquence : dans cette édition, chaque volume de L'Astrée est un répertoire autonome qui abrite les liminaires et les douze livres, des documents indépendants.

Dans les éditions critiques sur papier, l'usage veut que la page soit définie par un nombre déterminé de lignes - selon le format du livre. La pagination se fait automatiquement, à la machine. Lorsque le texte à présenter est ancien et réparti entre des feuillets numérotés sur un seul côté, l'éditeur moderne est en droit d'ignorer cette pratique obsolète, et de transformer les folios en pages. Les éditeurs scientifiques scrupuleux, ceux des Recherches d'Étienne Pasquier par exemple (Champion, 1996), ajoutent une ponctuation factice au haut de leurs pages. En même temps, ils introduisent entre des crochets et dans le corps du texte les numéros qui figurent dans l'édition qu'ils reproduisent.

• Dégagée des contraintes du papier et de la reliure, je n'ai pas jugé nécessaire d'introduire une pagination factice. J'ai conservé la pagination de l'édition de référence, celle de 1621. La première et la troisième partie sont foliotées (recto, verso) et la deuxième paginée.

• La pagination de L'Astrée moderne suit l'édition de 1621.

• Analyses et commentaires renvoient uniquement à l'édition de référence, celle de 1621.

• En présentant les éditions préliminaires, c'est-à-dire antérieures à 1621, j'ai voulu que le lecteur puisse éventuellement revenir à l'édition ancienne sur papier, mais sans jamais perdre de vue l'édition de référence, celle de 1621. J'ai donc soumis l'édition préliminaire à la pagination de 1621 (numéro indiqué au haut du texte), et j'ai ajouté les numéros de l'édition préliminaire dans le corps du texte, en caractères gras, et entre crochets. Des boutons permettent de passer rapidement d'une édition à l'autre. Le Guide donne plus d'informations sur cette question.

• Les liminaires ne portent pas de numéros. Une simple ligne droite marque la fin des pages dans cette édition électronique.

• Les erreurs de foliotation sont signalées par un sic suivi par le numéro correct. Le désir de fidélité m'a fait conserver les sic dans l'édition du roman, mais le désir et le devoir de clarté m'ont poussée à utiliser uniquement le numéro correct dans les analyses. Ainsi, pour renvoyer à

487 recto sic 491 recto
j'utilise 491 recto.

Une fois tous les numéros corrigés on obtient les renseignements suivants :
• La première partie renferme 406 folios
avec de nombreuses erreurs au livre 11.
• La deuxième partie renferme 892 pages
avec des erreurs surtout aux livres 11 et 12.
• La troisième partie renferme 552 folios
avec des erreurs surtout au livre 9.
Toutes les erreurs de pagination sont décrites dans le système d'accès aux pages / folios.

Au début de chacun des livres du roman se trouve la page correspondante dans l'édition de Vaganay (voir par exemple, le livre 4 de la première partie). Pour une concordance complète, cliquez ici.

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6 SignetMise en page

Les paragraphes sont rares au XVIIe siècle ; ils restent rares dans cette édition.

• La deuxième partie de 1621 se distingue parce qu'elle ajoute ou supprime des paragraphes à l'édition de 1610. Je signale en note ces modifications η.

• En revanche, je n'ai pas respecté la longueur des lignes et je n'ai pas coupé les mots en fin de ligne ; la recherche reste donc possible.

• J'ai reproduit les italiques dans le corps du roman (poèmes et lettres), mais aussi dans les liminaires. On notera que les préfaces sont en italique, non les épîtres dédicatoires. Cela signifie que le texte mis ainsi en valeur n'est pas nécessairement celui qui jouit d'« un rapport d'extériorité avec le texte principal » (Laufer, p. 121). Dans L'Astrée, comme on sait, les préfaces η sont des épîtres adressées à des personnages qui ont quitté un instant le roman pour jouer le rôle d'intermédiaires entre l'auteur et le lecteur.

• Je n'ai pas reproduit le titre courant.

• Je n'ai malheureusement pas pu reproduire l'ensemble des graphismes originaux de la première partie de L'Astrée : bandeaux η variés, culs-de-lampe et superbes lettrines. J'ai tenté d'évoquer ces ornements désuets en utilisant une police différente pour les premières lettres et en dessinant une sorte de bandeau générique.

• Pour la deuxième et la troisième partie de 1621, j'ai recopié bandeaux et lettrines de l'édition que je reproduisais. Grâce à des astuces informatiques, une lettre ordinaire se cache derrière la lettrine, et la recherche reste faisable (Voir par exemple Alcidon, III, 4, 122 recto).

• J'ai reproduit les illustrations des pages liminaires de la première et de la deuxième partie en me basant sur des exemplaires numérotés de l'édition Vaganay**. Pour la troisième partie, avec l'autorisation des différentes bibliothèques, je présente le frontispice de 1619 (Mazarine), celui de la Société des Libraires (Watkinson Library) et les portraits de l'auteur et de sa muse (Bibliothèque Municipale de Marseille). Descriptions et analyses sont dans Illustrations.

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7 SignetDisposition

Première partie de 1607
1. Page de titre.
2. L'Autheur à la Bergere Astree.
3. Table des histoires contenues es douze livres d'Astree.
4. Privilège. 18 août 1607
5. Feuillet blanc.
6. Le Premier livre d'Astrée. [...]
7. Le Douziesme livre. De l'imprimerie de Charles Chappelain.

• Première partie de 1621
1. Frontispice. ni signé ni daté en 1621.
2. Verso blanc.
3. Page de titre.
4. Portrait de l'auteur au verso de la page de titre. Signé Briot en 1621.
5. Dédicace au Roy.
6. L'Autheur à la Bergere Astree.
7. Privilège 7 mai 1619
8. Portrait de dame signé Bobrun et Briot.
9. La première partie de L'Astree [...]
10. Tables

• Deuxième partie de 1610
1. Frontispice de 1610 signé par Firens
Page de titre absente
2. Au Roy
3. L'Autheur au Berger Celadon
4. Livre 1 [...]
5. Livre 12
6. Tables
7. Extrait du Privilège 15 février 1610

• Deuxième partie de 1621
1. Frontispice signé P. Firens daté de 1622
2. Page de Titre sans dédicace
3. Portrait de l'auteur signé Bobrun et Briot
4. L'Autheur au Berger Celadon
5. Tables
6. Privilège 7 mai 1619
7. Portrait de Dame
8. Livre I [...]

• Troisième partie de 1619
1. Frontispice signé Gaultier, 1619
La page de titre manque
2. Au Roy
3. Portrait de l'auteur signé Bobrun et Briot
4. L'Autheur à la Riviere de Lignon
5. Portrait de Dame signé Bobrun et Briot
6. Livre 1 [...]
7. Livre 12
8. Tables
9. Privilège 7 mai 1619

• Troisième partie de 1621
1. Frontispice de la Société des Imprimeurs ni signé ni daté
2. Page de titre
3. Au Roy
Un folio manque dans l'exemplaire que j'ai utilisé. Il devait avoir les dernières lignes de la dédicace et le portrait de l'auteur. L'image a laissé son empreinte sur le folio suivant.
4. L'Autheur à la Riviere de Lignon
5. Ode à la Riviere de Lignon par le Sr. de Baro
6. Portrait de Dame signé Bobrun et Briot
7. Livre I [...]
9. Tables
9. Privilège 7 mai 1619

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8 SignetTables des matières

J'ai reproduit les tables des matières de toutes les éditions que je présente.
Les corrections que j'ai introduites pour les rendre plus utiles sont expliquées dans les Notes.
J'ai ajouté une Table des livres.
J'ai indiqué le nom des narrateurs d'histoires et celui des auteurs de poésies.
Des liens renvoient des Tables aux romans. 

Première partie :
- L'édition de 1607 comprend seulement une Table des histoires.
- L'édition de 1621 inclut une Table des histoires, une Table des lettres et une Table des poésies.

Deuxième partie :
- L'édition de 1610 inclut une Table des histoires, une Table des lettres et une Table des poésies.
- L'édition de 1621 comprend les mêmes Tables.

Troisième partie :
- L'édition de 1619 inclut une Table des histoires, une Table des lettres et une Table des poésies.
- L'édition de 1621 place ces mêmes tables au début du volume, entre la préface et le privilège.

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9 SignetDéfauts de fabrication

L'Astrée porte hélas les marques du temps : les erreurs de composition et de foliotation sont aussi nombreuses que variées. Elles sont dues aux ateliers et aux différents propriétaires des volumes. Problème sans doute courant au XVIIe siècle, puisque FuretiÈre juge pertinent d'écrire dans son Dictionnaire : « Ce Libraire m'a vendu un livre chastré » (Article Chastrer).

J'ai corrigé toutes les lacunes en consultant d'autres éditions, et je l'ai expliqué dans les Notes.

10 SignetDans l'édition anonyme de 1607 de la première partie, deux fois une ligne manque (I, 6, 182 recto ; I, 9, 303 recto), et un feuillet manque (I, 12, 404 recto).
L'édition de 1621 a eu au moins trois états avec des erreurs différentes (Arsenal 8°BL 20631 (1), 8° BL 20632 (1), 8° BL 20633 (1)). La page de titre est la même et les mêmes folios manquent, alors que la ponctuation et la graphie de plusieurs mots diffèrent. L'anomalie la plus étrange ? Il manque une ligne au folio 94 verso.

folio 94 verso

Voici la ligne qui manque :
« car la froideur des Alpes, qu'il avoit passées par » (I, 4, 94 verso).
Les éditions de L'Astrée n'ont pas fini de nous surprendre !

11 SignetLa deuxième partie est à la fois la moins longue et la plus erronée. Je décris omissions et déplacements dans les Notes η. L'édition de 1610 est décorée de culs-de-lampe aux livres 2, 8 et 11, mais une ligne manque à la fin d'une page (II, 4, 188). Surtout, il y a, au livre 12, un ensemble de très graves erreurs de composition typographique qui ne sont signalées ni dans les catalogues de Bibliothèque, ni même dans l'ouvrage de Madame Sancier. Dans cette édition critique, le texte fautif se distingue par une

police différente (voir par exemple, 1610, II, 12, 804 sq.).

La deuxième partie de 1621 jouit de culs-de-lampe aux livres 3, 4, 5, 7, et 9. Cette édition aère le texte en introduisant nombre de paragraphes η. Cependant, à deux reprises, une ligne manque au milieu d'une page (II, 6, 352 ; II, 8, 540), et quelques mots ont disparu dans le livre 4 (II, 4, 253).

12 SignetLa troisième partie est tellement volumineuse que ses mille pages ont parfois été divisées et reliées en deux parties, sans doute par des propriétaires qui se désolaient de voir des feuilles se détacher. C'est le cas de l'édition de 1619 qui se trouve à l'Université de Montréal (cote 843.91 U 75a v.3). C'est aussi le cas de l'édition de 1621 de la Watkinson Library.
« Une singulière malchance semble avoir poursuivi ce troisième volume », écrit Hugues Vaganay (V, p. 559). Ses divers exemplaires ont mal survécu, note Renate Jurgensen (pp. 438-439). Anne Sancier critique les exemplaires qu'elle a consultés dans différentes bibliothèques (pp. 33-34, 407). Certains volumes de la Bibliothèque de l'Arsenal par exemple, portent des dates contradictoires dans les différents liminaires (Arsenal 8° BL 20631-3 et 8° BL 20633-3), alors qu'il s'agit, pense Mme Sancier, de plusieurs états d'une même édition (p. 33).

L'exemplaire de la Watkinson Library est tombé entre les mains d'un bricoleur au XVIIIe siècle (Voir Choix éditoriaux). À trois reprises, dans les livres 5, 9 et 12, il remplace quelques folios par des feuillets d'une édition postérieure (paginée non foliotée), ou par des gravures (dont l'une est signée par Guélard, l'un des illustrateurs de L'Astrée de 1733) ; il signale son intervention par un honnête astérisque. Comme je l'explique dans les Notes η, j'ai remplacé les pages fautives ou absentes par le texte qui figure dans l'exemplaire de l'Arsenal qui m'a paru fiable (8° BL 20632-3), c'est-à-dire dans le volume dont le frontispice et la page de titre portent bien la date de 1621. Dans l'ensemble, ce volume de l'Arsenal et celui de la Watkinson Library sont voisins (mêmes erreurs de foliotation au livre 11 par exemple). Certaines graphies les séparent pourtant. Les réparations de L'Astrée de la Watkinson Library démontrent qu'au XVIIIe siècle plusieurs éditions de L'Astrée circulaient. Le roman était pourtant assez rare ou assez coûteux pour qu'un amateur ingénieux corrige l'exemplaire qu'il était fier de posséder.

Malgré leurs inévitables points faibles - à cause d'eux même - toutes ces éditions anciennes de L'Astrée devaient sortir de l'ombre. Elles divulguent des moments importants non seulement dans l'évolution du français, mais encore dans l'histoire de l'édition.

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13 SignetL'Édition moderne de L'Astrée

Le nombre considérable de variations aléatoires, graphiques et linguistiques, dans ces éditions de L'Astrée complique énormément les recherches. Comment retrouver un nom qui a plusieurs graphies ? Pour pallier cette difficulté, je donne une version de l'édition de 1621 dont je modernise la graphie. J'ai d'abord appelé cette Astrée « achronique » - sans temps - pour souligner qu'il ne s'agit ni d'une Astrée modernisée, ni d'une Astrée adaptée. Cette Astrée est devenue plus simplement « moderne » pour être moins rébarbative. Les quelques libertés que j'ai prises doivent rendre la recherche plus aisée.

Dans cette Astrée, le personnage porte un nom qui est toujours transcrit de la même manière - luxe que les contemporains d'Honoré d'Urfé ignoraient ! Le chercheur qui s'interroge sur les occurrences de « Tautatès » ou de « Mérovée », de « désastré » ou de « tressaut », trouvera rapidement la réponse. En revanche, le philologue devra évidemment se cantonner dans L'Astrée de 1607, de 1610, de 1619 et de 1621.

Graphie
L'Astrée moderne rapproche prudemment la graphie ancienne de la nôtre. Elle donne par exemple « adieu » et non « à dieu », « bonheur » et non « bon heur », et elle distingue « plutôt » de « plus tôt », « autre fois » de « autrefois », et « longtemps » de « long temps ».
Les mots archaïques subsistent (« fuitif », I, 12, 384 recto), « desseigner », II, 8, 551, « désaimer », III, 1, 9 recto) ), les expressions aussi (« les trente une », I, 11, 373 verso). Toutefois, dans les cas où la confusion m'a semblé gênante (« advenir » pour « avenir », « conte » pour « compte », « penser » pour « panser », « despendre » pour « dépenser »), je remplace la graphie ancienne par la graphie moderne (III, 3, 64 recto ; III, 3, 85 verso).
Les substantifs conservent le genre qu'ils ont dans L'Astrée de 1621 (« la doute », I, 10, 331 verso ; III, 4, 149 recto).

Ponctuation

J'ai déplacé les virgules, échangé virgules et points-virgules, et modernisé les signes doubles. Le XVIIe siècle leur donnait un sens qu'ils ont perdu aujourd'hui η. Par exemple, le deux-points qui précède car est remplacé par une virgule ou par un point-virgule. Le XVIIe siècle ne jugeait pas utile d'encadrer de virgules les propositions incises, une seule suffisait. J'ai introduit la deuxième.

Il arrive que l'édition de 1621 mette un point d'interrogation là ou l'édition plus ancienne mettait un point d'exclamation, ou vice versa : « Que devint ce pauvre Berger ! » (I, 6, 189 verso). L'Astrée moderne respecte la ponctuation de 1621 : Que devint ce pauvre Berger ? » (I, 6, 189 verso). Soulignons cependant que FuretiÈre précise dans son Dictionnaire :

Un point interrogant est celuy qui marque qu'il faut prononcer d'un ton superieur. Il est marqué ainsi, ? Un point admiratif est celuy qui marque qu'il faut admirer, ou se lamenter, & se marque ainsi, ! (Article Point).

Verbes
La modernisation des formes verbales s'imposait pour rendre le roman moins déroutant. Les verbes ont donc leurs désinences modernes, ois(t) devenant ais(t), même dans les poèmes (I, 10, 309 recto).
Au XVIIe siècle, certains verbes n'étaient pas conjugués comme nous le faisons aujourd'hui, et n'étaient même pas conjugués d'une manière uniforme. C'est le cas notamment de pouvoir, prendre et ouïr.
Temps et modes sont parfois mal choisis (I, 2, 46 recto, II, 4, 192, III, 3, 67 recto). Par conséquent, le grammairien qui cherche le très fréquent « prindre(nt) » (I, 7, 210 recto, II, 9, 561, III, 7, 293 recto) ne le trouvera pas dans L'Astrée moderne qui ne donne que « prirent ».
Les présents de l'indicatif sont nombreux et parfois maladroits en 1607, en 1610 et en 1619. Ils survivent dans la version moderne uniquement si le sens l'accepte et si l'édition de 1621 ne les a pas corrigés.

Corrections
J'ai eu recours aux textes préliminaires lorsque le texte de 1621 introduisait des fautes d'orthographe grossières (leurs vanité, I, 10, 316 verso), et surtout quand il pouvait induire en erreur (entendre sa Bergère pour attendre sa Bergère, II, 1, 8, lieu pour lieue (III, 3, 107 recto). Ce choix - souligné dans les Notes - s'est avéré crucial pour les pronoms qui désignent les personnages lors d'un récit de travestissement (voir I, 6, 186 verso à 187 verso).
Pour la première partie, le texte de 1607 est souvent bien plus cohérent que celui de 1621. Pour la deuxième au contraire, le texte de 1621, dans l'ensemble, est plus clair (II, 8, 489).
J'hésite à préférer le texte de 1621 dans le cas de la troisième partie, à cause de la confusion entre Bergers et Bergères η. Quelques métaplasmes sont corrigés en 1621, notamment deviner remplace devenir (III, 11, 475 recto), mais d'autres sont ajoutés (Humeur est remplacé à tort par honneur, III, 4, 156 recto)

• Hyperliens
L'Astrée moderne jouit des mêmes hyperliens que les autres éditions. De plus, j'y ai conservé les astérisques qui signalent en 1621 la présence de variantes dignes d'intérêt. L'internaute qui rencontre un astérisque peut remonter au numéro du folio ou de la page et cliquer sur « 21 ». Il se rendra ainsi à la page ou au folio correspondant en 1621 et trouvera la variante signalée par l'astérisque. Il peut tout aussi aisément, en suivant cette procédure et en cliquant sur « 07 », sur « 10 » ou sur « 19 » consulter l'édition préliminaire. Je pense qu'une Astrée aussi facile à lire que L'Astrée moderne va faire gagner du temps aux chercheurs. Elle pourra aussi attirer un tout nouveau public que la langue du XVIIe siècle aurait découragé.

Dans Deux visages de L'Astrée, l'édition préliminaire et l'édition de référence font ressortir, d'une part, la parure originale de l'œuvre d'Honoré d'Urfé, et, d'autre part, le résultat de l'évolution de ce texte. L'Astrée moderne les suit comme une ombre. En un sens, elle démasque L'Astrée en supprimant les imperfections et les rides dues à une langue encore mal définie et à une typographie artisanale.

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14 SignetAtout de l'édition électronique

« J'ay voulu suivre l'ordonnance des Sages, qui
nous commandent de nous accommoder au temps ».

Honoré d'Urfé,
La Sylvanire, p. 10.

Le XXe siècle s'achevait quand j'ai bénéficié de l'aide apportée par l'édition numérique de L'Astrée (ARTFL) en rédigeant ma thèse de Doctorat d'État. Quand j'ai commencé mon édition critique, le support informatique m'a paru tout à fait indispensable pour mettre à la page le roman d'Honoré d'Urfé. L'électronique permet d'afficher un texte (même monumental) et diverses catégories de commentaires sur plusieurs niveaux. Les sites consacrés à Shakespeare (1991), à Balzac (1998), ou, plus récemment, à Molière (2011) et Pascal (2013) le démontrent. « Quand le texte se dé-livre », selon l'heureuse expression de Jan Herman (p. 79), il ouvre de nouveaux horizons. Les dimensions même de L'Astrée font de ce roman un candidat parfait pour ce que l'anglais appelle expanded annotated edition, une édition critique élargie.

J'ai suivi, dans la mesure de mes moyens, l'exemple donné dans les années 90 par Marie-Luce Demonet et Étienne Brunet - j'espère qu'on reverra bientôt sur la toile leur admirable travail sur Rabelais (1995). En attendant, Mme Demonet dirige les Bibliothèques Virtuelles Humanistes du Centre d'Études Supérieures de la Renaissance à l'Université de Tours. Ce site qui illustre brillamment les « humanités numériques » a reçu le prestigieux prix Succeed en 2014. Il a droit à nos félicitations et surtout à notre reconnaissance.

Dans Deux visages de L'Astrée, j'ai choisi un mode de présentation des textes qui témoigne de ma fidélité à des leçons qu'Honoré d'Urfé a pu valider. Cela signifie que j'ai rapproché les éditions parues du vivant de l'auteur de manière à ce que l'internaute saisisse aisément le nombre et l'intérêt des modifications apportées au fil des années. Je ne prétends pas avoir réussi à signaler tous les changements dans le domaine des accents et de la ponctuation. Respecter les fantaisies graphiques de Toussaint Du Bray et de ses imprimeurs s'est avéré si ardu que je comprends maintenant pourquoi les éditeurs scientifiques, en règle générale, effectuent une sélection parmi les variantes !

15 SignetSi j'ai construit mon édition sur les variantes, je l'ai développée en tissant des liens tout autour du roman. L'informatique permet de combiner les médias et de passer rapidement d'un mot à des commentaires - lisibles, audibles ou dessinés. Le Guide explique le fonctionnement du système des couleurs et la variété des outils de travail mis à la disposition de l'internaute pour multiplier les points d'accès.

16 SignetDe toute évidence, il serait inimaginable de présenter tout cela entre les couvertures d'un ou de plusieurs volumes imprimés ! Après avoir travaillé quatorze ans sur Deux visages de L'Astrée, je suis plus convaincue que jamais des avantages énormes de l'édition critique électronique.

En 2004, l'équipe d'universitaires suisses qui a édité l'Artamène ou le Grand Cyrus de Mlle de Scudéry demandait dans son site (30 septembre 2010) :

Et si le texte est un texte ancien, de nature canonique, 'classique', peut-on attendre d'une implémentation en ligne autre chose qu'une édition critique, moins limitée et plus maniable que celle qu'offrirait l'imprimé traditionnel ? Le texte gagne-t-il un nouveau statut, une existence nouvelle, par le biais de son nouveau support ? La transposition peut-elle favoriser une lecture renouvelée et opérer ainsi une fonction en quelque sorte herméneutique ?

L'expérience a prouvé qu'il fallait répondre à toutes ces questions par l'affirmative. Rien ne peut entrer en compétition avec l'efficacité des hyperliens qui permettent de voler d'une page à l'autre.

Je reconnais sans peine que lire un livre est plus agréable que lire un écran, qu'une Astrée tangible est plus belle qu'une Astrée virtuelle. Mais quels prodiges typographiques permettraient de passer rapidement d'une édition à l'autre, d'un personnage à sa fiche d'identité et à un schéma des relations amoureuses, d'un peuple à la carte qui indique ses territoires, d'un mythe à un site qui montre ce mythe peint, d'une note à la chronologie historique du roman ? Quelles dimensions aurait le volume qui permettrait d'avoir au bout des doigts deux éditions de chaque partie de L'Astrée, une Astrée moderne, près de deux cents images, plus de cinq milliers de notes et de commentaires divers ? Les informations reléguées au bas d'une page ou exilées à la fin d'un volume nuisent à la pleine compréhension et ralentissent la lecture. De plus, une version électronique autorise et encourage les additions. Combien de suppléments faudrait-il prévoir pour qu'une édition sur papier garde l'apparat critique à jour, ou pour qu'elle ajoute les autres parties de L'Astrée ? Et si jamais une édition papier devait être complétée par un site comme le promet Delphine Denis (p. 196), le meilleur ne sera-t-il pas réservé au livre plus lucratif ?

L'édition électronique améliore notablement la qualité de la recherche. Grâce aux ordinateurs, une fois que la première et la dernière édition d'une œuvre sont saisies, toutes les enquêtes s'avèrent possibles et produisent des résultats fiables. Les seules limites sont les limites du questionneur. L'outil informatique enrichit l'édition critique en décuplant l'apparat qui accompagne le texte. En même temps, l'internet simplifie et démocratise la diffusion des ouvrages même les plus difficiles d'accès.

Margaret Sullivan, dans le New York Times du 15 juin 2014, s'interroge sur l'avenir de la presse sur papier, « a paper boat navigating a digital sea », un bateau en papier qui vogue sur une mer digitale. Elle reconnaît que l'internet, en créant de nouvelles sources d'information et de nouveaux modes de diffusion, multiplie aussi les attentes des lecteurs. Depuis 2011, des bibliothèques universitaires américaines et canadiennes offrent l'impression sur demande grâce à EBM (Espresso Print on Demand Book Machines) (David Rapp, 22 juillet 2014). Gallica aussi s'est associée avec Hachette pour offrir l'impression sur demande (Le Point, 21 février 2011). Les e-books (gratuits ou non) se multiplient. Des bibliothèques publiques en proposent (Voir BANQ, le catalogue de la Bibliothèque Nationale du Québec, 22 juillet 2014). Depuis le 14 mai 2014, la BNF s'est lancée dans un intéressant projet de e-books gratuits (La liste est disponible à cette adresse). Le bateau en papier de Margaret Sullivan ne va pas couler dans une mer digitale. Il va se fortifier et flotter plus loin et plus longtemps.

De la gravure sur pierre à l'imprimerie, l'humanité a fait un bond de géant. Le progrès réalisé de l'édition sur papier à l'édition électronique est du même ordre de grandeur. L'ère de l'Internet, plus altruiste que la galaxie Gutenberg, ouvre des horizons infinis.