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Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
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SignetInventaire du
château de Virieu-le-Grand

Quelques ouvriers promettoient à Livius Drusus,
Senateur Romain, de faire en sorte que ses voisins,
qui descouvroient & voyoient en plusieurs endroits
de sa maison, n’auroient plus de veuë sur luy,
pourveu qu’il leur donnast trois mille escus.
Mais je vous en donneray six mille, leur dit-il, & faites
en sorte que l’on voye en ma maison de tous costez.

Honoré d'Urfé
Epistres morales, I, 22, pp. 192-193.

1 SignetLe château de Virieu η et ses archives ont disparu dans un incendie le 18 avril 1721, un jeudi saint (Callet, p. 264). En 1602, cette propriété d'Honoré d'Urfé consistait « en maison forte, granges, vergers, colombiers, un grand clos de terre adjacent, quelques pièces de pré, une pièce de vigne et une forêt » (document cité par Chapoy, p. 3, note 2). Callet ajoute : « le nombre des feux d'environ 118 » (p. 142).

Une copie de l'inventaire du château commandé par Jacques II η d'Urfé, et organisé par Balthazar η Dessay se trouvait à Châteaumorand. À la fin du XIXe siècle, trois personnes ont vu et mentionné ce précieux inventaire que je n'ai pas pu retrouver.

• « J'ai entre les mains l'inventaire de ses meubles, livres, manuscrits et papiers, fait au château de Virieu quelques jours après sa mort »
(Reure, p. 236).
• « Cet inventaire, très important, est en copie authentique, signée 'Mugnier', aux Archives de Châteaumorand : cahier de papier de 44 pages », précise E. Chapoy (p. 16, note 1). Au XVIe siècle, un Pierre Mugnier, camérier du duc de Savoie, a construit la maison où devait habiter Albert Callet au XIXe siècle, rue du Montet (Site de Virieu, 10 septembre 2014).
• Albert Callet décrit Virieu et son histoire dans un long mémoire publié par les Annales de la société d'Émulation de l'Ain (Callet, pp. 5-65; 115-161; 250-277). Il donne d'importants extraits de l'inventaire qu'il date du « 16-19 juin 1525 » (sic) (pp. 159-160!). Il n'indique malheureusement pas ses sources. Je le cite sous toutes réserves. Voir aussi le plan qu'il donne du château η.

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2 Signet[159]

« Nous soussignés avons trouvé : 1e[sic] Dans la chambre appelée la Chambre de Monsieur un chaslit η boys noyer η tournoyé garni de sa coistre η et mattelas de plumes avec le cussin η aussy de plumes et l'entour à pantes η de velours verd et rouge, - trois tables de boys à quatre piliers - cuvette d'airain - deux andiers η de fer avec leurs bauttons η, - huit chaises dont quatre garnies de soye verte, - etc.
Dans l'arrière-chambre deux couchettes dont une à colonne.
Dans le poille η dit cabinet, deux tables noyer, trois coffres de guerre garnis de leurs ferrures, des fers à mettre au pied des prisonniers.


3 Signet[160]

Dans le cabinet de la grande salle haute η, un tapis de Turquie, coffre où sont les ornements de la chapelle : reliquaires, chasubles, etc. ; dans un coffre deux cottes de maille η, pourpoint de satin blanc découpé avec du satin noir.
En les quatre garde-robbes 1 400 volumes, manuscrits, rangés sur des tables.
Dans la chambre des meubles selle d'armes de velours bleus, portraits de Clément VIII et du président Favre η, treize arquebuses η ou mousquets η, deux douzaines de lances, papiers divers, terriers η, lettres patentes η, titres. En un coffre bahut η, manteau de serge η de Florence η doublé de peluche η, pourpoint de toile d'argent, habit de taffetas, la chausse feuille morte et le pourpoint blanc, mitaines de velours brodées d'or, 2 poignards de combat, sept barils à poudre.
Dans la cuisine, chandeliers, plats d'étain, pot de chambre d'étain.
À la sommellerie cuves et tonnaux ».

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4 SignetRemarques

L'auteur de l'inventaire n'est pas un militaire : il confond « arquebuse » et « mousquet ». Il utilise un vocabulaire archaïque. Le désordre de la description est frappant - papiers, vêtements, armes et menottes s'entassent. Il peut s'agir évidemment de la désorganisation du propriétaire et non seulement du greffier.

Louis Trenard a découvert dans des documents d'archives qu'en mars 1625, trois mois avant sa mort, Honoré d'Urfé avait demandé des devis pour faire faire des réparations importantes (Trenard, pp. 38-39). Le château en avait sûrement besoin, mais aussi, d'Urfé comptait sans doute passer du temps dans cette demeure ; il avait peut-être reçu les fonds nécessaires pour couvrir les frais.

Pour tenter d'imaginer la résidence d'Honoré d'Urfé, il faut savoir que les fenêtres étaient couvertes de papier ou de toile. Des visiteurs s'étonnent au début du XVIIIe encore que « dans toute la Savoie et dans une partie du Dauphiné, on ne met du verre aux fenêtres que dans les églises » (Nicolas, p. 153).

Ce qui reste aujourd'hui du château de Virieu η est difficile à trouver, même quand on se promène dans le village, comme mon amie, Christiane Fabricant, a eu la gentillesse de le faire à ma place. Au bout d'une longue « rue du Château », à la fin d'un sentier herbeux, on aperçoit quelques pierres envahies par la végétation. La commune possède un Office du Tourisme qui garde vivace le souvenir d'Honoré d'Urfé. Voir ce site, 10 septembre 2014.

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Un grand merci à Christiane Fabricant !

5 SignetVêtements

Le chanoine Reure a vu dans l'inventaire les biens d'un
« gentilhomme plus soigneux de sa personne que de sa maison : un habit de taffetas, la chausse feuille morte, le pourpoint blanc ; une cape de serge de Florence, noire, doublée de satin et chamarrée de passements, etc. » (p. 182).
A. Callet ajoute : « pourpoint de satin blanc découpé avec du satin noir », « pourpoint de toile d'argent » et « mitaines de velours brodées d'or ».

D'après son testament, Honoré d'Urfé possédait également « un vêtement d'écarlate qui est dans un des coffres », et « un vêtement [...] de couleur beige, que lui, le seigneur testateur, avait l'habitude de porter quasi ordinairement ».

6 SignetBibliothèque

Edmond Chapoy signale qu'on trouve dans l'inventaire un « Etat des depenses et frais faits pour les affaires de la noblesse de Beugey » (p. 9, note 1).

Le chanoine Reure a retrouvé quatre recueils de poètes italiens portant un ex libris d'Honoré d'Urfé et datés de 1615, 1619, 1622 et 1624 (p. 183).
Dans l'Inventaire, il a su relever tout ce qu'il faut pour nous faire rêver :

quelques manuscriptz et fragmens des œuvres dudit seigneur, tant de la Savoysiade, Astrée, Epistres moralles et Escriptz de philosophie ..., plus deux sacs de toille plains des fragmens des manuscriptz dudit seigneur, quatre livres escriptz à la main des Recherches de l'antiquicté d'Autun η en quatre thomes, le premier livre de l'Astrée dudit seigneur, aussi manuscript, les diverses poésies, et un second thome in-folio des Antiquictés de la cité de Venise et autres villes d'Italie (p. 183).

Albert Callet, dans un second article qu'il consacre à d'Urfé, se félicite d'avoir

pu retrouver quelques débris de cette bibliothèque dispersée à sa mort, quelques livres dépareillés et déchirés de C. Marot, Montemayor, Marguerite de Navarre, Ronsard η, etc. Il ne répugnait pas, lui qui devait être le barde sacré de l'amour platonique, aux gauloiseries d'antan. Nous avons un exemplaire des œuvres poétiques de Mellin de Saint-Gelais (ex libris Honorati d'Urfé, 1622), où il a marqué au crayon rouge les passages les plus grivois et les épigrammes les plus licencieuses du graveleux abbé (Callet, p. 55).

Il note que la bibliothèque de Virieu,

merveilleuse pour le temps, se composait des œuvres des écrivains de l'antiquité, de nos vieux conteurs, des nombreux livres de poésie chevaleresque du Moyen-Age, les romans héroïques italiens et espagnols, des poésies de la la Pléiade (Callet, p. 54).

Claude Longeon (pp. 143-157) et Maxime Gaume (pp. 657-669) ont décrit avec infiniment plus de précision des volumes que d'Urfé et sa famille possédaient. Plus récemment, bibliothécaires et chartistes ont localisé des ouvrages portant les ex libris d'Honoré d'Urfé. Nicolas DucimetiÈre conclut son étude sur les livres du romancier par une promesse : « La reconstitution de la bibliothèque urféenne s'avère [...] un chantier ouvert et plein de perspectives » (p. 773).

7 SignetPortraits

« Dans la chambre des meubles [...]
portraits de Clément VIII et du président Favre » (Callet, p. 160).

Clément VIII (Ippolito Aldobrandini, 1536 - 1605) fut pape de 1592 à 1605. Il a contribué à la réconciliation d'Henri de Navarre avec l'Église en 1593. Il a accepté l'abjuration d'Henri IV et lui a accordé l'absolution en 1595. Clément VIII a aussi signé les documents accordant une dispense d'âge à Antoine η d'Urfé nommé évêque (Bernard, p. 212), relevant Honoré de ses vœux de chevalier de Malte, et annulant le mariage d'Anne η et de Diane de Châteaumorand (Bernard, p. 104). On raconte que le Pape aurait dit que les d'Urfé le tenaient fort occupé et qu'ils avaient besoin d'une chancellerie pontificale pour eux seuls (Bernard, p. 149, note 1).

Clément VIII a autorisé l'exécution, en 1599, de Béatrice Cenci, une jeune noble qui a tué son père, un criminel invétéré qui voulait la violer (Voir Wikipedia, 10 septembre 2014). La tragédie a inspiré à Stendhal une de ses Chroniques italiennes et à Dumas un de ses Crimes célèbres. Honoré d'Urfé a pu penser à ce drame η en racontant le viol d'Isidore.

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Ce portrait est dans Wikipedia (10 septembre 2014).

Antoine Favre η (1557 - 1624). Ce magistrat savoyard est un ami de longue date d'Honoré d'Urfé. On lui doit la publication de la toute première édition des Epistres morales.

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Ce portrait est dans Wikipedia (10 septembre 2014).