Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
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L'Édition de Vaganay


SignetLes Astrées posthumes

À peine Honoré était-il dans la tombe
que les spéculateurs se hâtèrent
d'abuser de son nom.

Auguste Bernard,
Les D'Urfé, p. 170.

1 SignetHonoré d'Urfé meurt le 1er juin 1625. Son Testament ne dit rien de L'Astrée.

En expliquant mes Choix éditoriaux, je souligne les désordres des publications attribuées à tort ou à raison à Honoré d'Urfé de son vivant. La situation ne pouvait qu'empirer après sa mort. Les éditions de L'Astrée font les choux gras des libraires-éditeurs et des tabellions au XVIIe siècle ; l'histoire et la localisation de ces éditions embarrassent encore chartistes et bibliographes.

Deux cycles de suites voient le jour en moins de cinq ans - les Astrées inondent le marché. Aujourd'hui, nous connaissons surtout le second de ces cycles, c'est-à-dire les suites que Balthazar Baro a signées en 1627 et 1628 et que Vaganay a adoptées dans son édition (Vaganay). Le tout premier cycle consiste en deux volumes publiés en 1625 et 1626 par Robert Fouet η et tombés dans l'oubli à cause d'une virulente guerre entre éditeurs. Lequel de ces cycles renferme-t-il la suite la plus fiable ?

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Parce que je pense aux étudiants qui désirent comprendre le ténébreux destin des Astrées - j'ai enseigné pendant quarante ans -, je donne à l'histoire des éditions posthumes la forme d'un spectacle en cinq actes qui ne respecte pas du tout l'unité de temps, et qui oppose des chercheurs d'or. Les didascalies sont en italiques. Les dialogues sont remplacés par des tirades au style indirect. Si le déroulement des événements semble difficile à croire, c'est parce qu'il l'est. Le dénouement dépend de la bonne volonté des lecteurs ou de l'effet que ce spectacle pourrait avoir sur eux.

Les « Violateurs d'un sepulchre innocent »
(Gournay, II, p. 1864).

Spectacle en cinq actes

Deux camps s'affrontent, celui de la veuve d'Honoré d'Urfé et celui de l'héritier (Voir Testament). Ils sont secondés par des libraires et des mandataires.

Personnages

 
CAMP DE LA VEUVE
CAMP DE L'HÉRITIER
Familles Diane η de Châteaumorand Jacques η II d'Urfé et famille
Libraires Fouet η Toussaint et cie
Mandataires Dessay η  Dessay η puis Baro

2 SignetProgramme distribué au public

Les familles qui s'opposent se détestent de longue date. Daniel Huet, dans cette espèce de reportage qu'il soumet à Mlle de Scudéry, n'a pas tenté de cacher la vive animosité du fils de Jacques η pour sa tante. Et pourtant, lorsque Charles-Emmanuel η se confiait, les principaux intéressés étaient morts depuis longtemps. Aujourd'hui, des documents d'archives démontrent que Jacques d'Urfé η était un homme dangereux, à la conscience élastique, souvent criblé de dettes. Marie de Neufville η, sa digne épouse, était prête à se tourner contre lui en révélant de graves malversations (Héritages). Jacques et son épouse sont des escrocs. « Ils font de pierres pain », dirait Cotgrave (Article Faire), ils tournent tout à leur avantage, et particulièrement L'Astrée.

Après le décès d'Honoré d'Urfé, Diane η de Châteaumorand, a l'énorme handicap d'être seule, et d'avoir été spoliée par le Testament de son époux. Comme elle meurt en mars 1626, le rôle qu'elle joue dans ces luttes éditoriales est limité. En face du camp de la veuve, le frère et héritier du romancier, Jacques d'Urfé η, a l'avantage du nombre : son épouse, sa fille et son fils interviennent auprès des éditeurs de L'Astrée.

Les libraires-éditeurs s'opposent les uns aux autres évidemment. Leur rivalité est prévisible, voire légitime. Toussaint Du Bray représente la vieille garde. Il s'associe avec Micard, avec Varennes, avec Sanlecque, avec Pomeray, mais il peine à s'entendre avec Robert Fouet η et son épouse. Du Bray et Fouet η n'appartiennent pas à la même ligue. Le premier, d'après le catalogue de la BnF a publié au moins soixante-seize titres, alors que le second n'en a qu'une vingtaine à son actif, si on tient compte des traductions de L'Arcadie de Sidney. Fouet η semble attiré par la littérature catholique dévote, alors que Toussaint Du Bray a des choix plus œcuméniques et plus profanes (Arbour). Spécialisé en littérature, Toussaint est l'éditeur attitré d'Honoré d'Urfé depuis 1607 et la disparition de Jean Micard. Toussaint et Fouet η se disputent pendant si longtemps qu'on pourrait se demander, propose O. Roy, si la publication en 1627 du Berger Extravagant de Sorel, cette parodie de L'Astrée, ne serait pas « comme une attaque de Du Bray contre Urfé et contre Fouet η ? » (pp. 19-20).

Les mandataires jouent le rôle le plus troublant, celui du traître potentiel. Leur champ d'action est curieusement vaste. D'un côté se tient Balthazar Dessay η, homme de confiance d'Honoré d'Urfé au moins depuis 1614. Il brandit une procuration problématique (Koch, p. 390), il est nommé dans le Testament du romancier et il disparaît après avoir établi l'Inventaire du château de Virieu η. De l'autre côté, un autre Balthazar, Balthazar Baro, poète et surtout avocat, originaire de Valence, surgit brusquement aux côtés d'Honoré d'Urfé en 1620 : dans les pages liminaires de la troisième partie de L'Astrée et dans un recueil de poèmes (Second livre des Delices de la poesie françoise). C'est seulement après le décès d'Honoré d'Urfé que Balthazar Baro se dira « secrétaire » du romancier (Voir Quatrièmes parties).

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Le rideau se lève. Il fait sombre. On devine sur la scène des manuscrits empilés les uns sur les autres dans un grand désordre.

3 SignetPrologue

2 janvier 1624 : Une Quatrième partie paraît grâce au manuscrit que Gabrielle d'Urfé η a remis à des associés de Toussaint Du Bray en novembre 1623. En mai 1624, les tribunaux confirment la légitimité de cette publication (Reure, p. 210). Cette suite de L'Astrée n'est pas posthume évidemment.

7 avril 1625 : Balthazar Dessay η « remet [à Robert Fouet η] devant notaire le manuscrit contenant les douze livres de cette [autre quatrième] partie, moyennant la somme de 3 600 livres η » (Arbour p. 54). Mme Koch ajoute : « conformément aux intentions de son maître » (p. 390), en se basant sur la procuration douteuse analysée dans Choix. Fouet η n'agit pas avant le décès d'Honoré d'Urfé le 1er juin 1625.

4 SignetPremier acte

Résurrection d'une Arcadie

La scène se passe au début de juillet 1625.

Robert Fouet η loue le romancier quand il s'adresse à Diane η de Châteaumorand pour lui dédier une traduction du roman de Sidney, L'Arcadie de la comtesse de Pembroke. L'éditeur ne mentionne alors ni le manuscrit de L'Astrée ni une quelconque édition du roman. La traduction anonyme qu'il offre porte un privilège du 1er décembre 1624 et un achevé d'imprimer du 7 juillet 1625. Dans son épître, Fouet η se moque de plaintes de Jean Baudoin, traducteur d'une Arcadie. Qui a publié la traduction de Baudoin ? Nul autre que Toussaint Du Bray (privilège du 4 mars 1623, frontispice de L. Gaultier).

Nous voici tombés de Charybde en Scylla !

Les batailles qui marquent la traduction française des trois parties de L'Arcadie de Sidney sont tout aussi complexes que les disputes qui entachent les Astrées posthumes η (Arbour, p. 99). « Le combat se livre avec acharnement », souligne un spécialiste de Sidney, qui ajoute que l'affaire a failli « se convertir en débat public » (Osborn, p. 87). C'est depuis 1623 seulement que Jean Baudoin (1584 - 1650) est en affaire avec Toussaint (Arbour, p. 98). Prolifique traducteur, auteur des Parallèles de César et de Henry IIII, ce Jean Baudoin est le fameux Anthoine de Bandolle qui insultait la Ligue η et les Ligueurs. Peut-être Fouet η espérait-il mettre la traduction de sa parente - la rivale de Baudoin - sous l'égide de la veuve d'Honoré d'Urfé, c'est-à-dire sous la protection d'une famille ligueuse. Notons que les luttes entre éditeurs ne semblent pas avoir intéressé leurs contemporains.

5 SignetDeuxième acte

Résurrection d'une cinquième et d'une sixième partie

La scène se passe le 10 juillet 1625.

À cette date, Fouet η reçoit un privilège en bonne et due forme pour « Les Cinq et Sixiesme parties de L’Astree de Messire Honoré d'Urfé » (Cinquiesme, n. p.), c'est-à-dire pour le manuscrit de L'Astrée que Dessay η lui a remis le 7 avril. Pourquoi l'éditeur demande-t-il un privilège pour deux parties supplémentaires ? Il publie la cinquième partie en 1625 (1 125 p.) et la sixième en 1626 (1 292 p.) sans parvenir à un dénouement. Sagement, il n'emprunte rien à la quatrième partie de 1624.

Au début de la Cinquiesme partie, en 1625, en guise de dédicace, Fouet η offre la Lettre des Parfaits amants et la Réponse du romancier. Il ne remarque pas que le romancier déclare n'avoir pas terminé la suite qu'on lui réclame ! « Tout lui est bon pour gonfler hâtivement son livre », comme le reconnaît Maurice Magendie (p. 401).

Les volumes de Fouet η indiquent :
- Premièrement, que le manuscrit qui lui a été donné le 7 avril ne renfermait pas de dédicace en bonne et due forme ; d'Urfé avait adressé les volumes précédents à Henri IV et à Louis XIII.
- Deuxièmement, que ce manuscrit ne renfermait pas non plus une préface destinée à un personnage du roman ou à un haut lieu du Forez, comme les trois premières parties de L'Astrée.
Fouet η remplace ces épîtres par une lettre à « Mes gentilles et discrettes Bergeres de Lignon ». Il donne alors une série d'informations erronées : Honoré d'Urfé aurait vécu oisif pendant les « six ou sept dernieres années » ; il aurait été banni « rigoureusement du lieu de [s]a naissance » ; il aurait renvoyé ses héros en Forez et s'engagerait à les suivre ; il prétendrait même reprendre « la houlette pour, avec eux, mener paistre les brebis innocentes ». Fouet η imagine ainsi une pastorale à sa mode !
- Troisièmement, Fouet η reconnaît dans sa préface que l'édition de 1624 appartient bien à d'Urfé. Selon lui, à cause de sa « naissance trop hastee », cette suite fait partie de la catégorie des « enfans avortez ».

Bernard Yon, dans son édition de la Sixiesme partie en fac-similé, explique en détail les initiatives de Fouet η (pp. 8-19). Il revient au travail de cet éditeur quand il étudie la quatrième partie de 1624 :

Fouet η enlève donc du manuscrit qu'Honoré d'Urfé lui a confié tout ce qui était déjà dans la quatrième partie de 1624 et fait paraître le reste dans deux volumes (Yon, p. 401).

Traduisons en clair :
Fouet η reçoit des documents par l'entremise d'un domestique du romancier et sacrifie le texte authentique de 1624. Existait-il tant de copies de cette fameuse future quatrième partie ? Combien de livres comprenait-elle ? On se souvient qu'un manuscrit qui renfermait effectivement les quatre premiers livres et quelques pages du cinquième a été remis par Gabrielle d'Urfé η (Choix). C'est ce manuscrit que j'édite ici. Fouet η a vraisemblablement reçu les livres suivants. Pour remplir les deux volumes qu'il veut publier, ces textes ne lui suffisent pas. Il s'entend avec Marin Le Roy, sieur de Gomberville (1600 - 1674), un jeune romancier de talent - dans l'écurie de Toussaint Du Bray ! Gomberville signe de ses initiales certaines histoires intercalées. Le lecteur rencontre donc une « Histoire de Parisatis et de Zénobias » qui n'a rien d'astréen. «  Fouet η mutila l'œuvre qui lui avait été confiée », déclare Mme Koch (p. 392). Balthazar Baro fera bien pire.

Où est le manuscrit prétendu complet de Balthazar Dessay η ?
Il se cache dans les cinquième et sixième parties de Fouet η en 1625 et 1626.

6 SignetTroisième acte

Résurrection d'un manuscrit savoyard

La scène se passe le 22 juillet 1627.

Pomeray n'a pas payé à Gabrielle d'Urfé η tout ce qu'il lui devait, mais il n'a pas reçu non plus l'autorisation de l'auteur qu'elle avait promise. Les intérêts des d'Urfé sont-ils vraiment compromis, comme l'affirme Paule Koch (p. 393) ? Ils n'avaient droit à rien, mais ils ont vu miroiter des revenus potentiels.

En 1627, surviennent à Paris l'épouse η de Jacques II η d'Urfé et sa fille, Gabrielle η probablement. Elles sont munies d'un nouveau manuscrit de la quatrième partie qui aurait appartenu au duc de Savoie η (Quatrièmes parties). Au moment où Mme d'Urfé η s'adjoint les services de Balthazar Baro, un autre soi-disant « domestique » d'Honoré d'Urfé, le destin de L'Astrée est scellé. Il n'est plus question de Balthazar Dessay η, peut-être écarté parce que farouche partisan de Fouet η, peut-être décédé. Mme d'Urfé η elle-même cède le nouveau manuscrit à Baro en échange de 50 pistoles η d'Espagne, 500 livres η environ (Koch, p. 393). Elle prétend que le romancier lui devait cette somme (Testament d'Honoré d'Urfé).

SignetL'Astrée change de visage. Baro en effet va oser inclure son portrait au début d'une Conclusion qui serait, d'après son titre, « composée sur les vrais Memoires de feu Mre Honoré d'Urfé ».

baro_1628
Conclusion, Paris, A. de Sommaville, 1647.
Bibliothèque municipale de Lyon. Google.

Après avoir introduit le manuscrit du duc de Savoie η, Madame Koch écrit :

Trois documents, conservés aux Archives nationales, prouvent qu'il s'agissait bien d'un manuscrit autographe d'Honoré d'Urfé (p. 393).

Notons qu'il n'est pas question du manuscrit mais de documents qui décrivent ce manuscrit. Qui a vu ce fameux manuscrit ?

Tandis que les libraires-éditeurs se battent devant les tribunaux, l'habile Balthazar Baro s'entend à l'amiable avec Pomeray, associé de Toussaint Du Bray. Sa quatrième partie prendra le privilège η et le texte de la quatrième partie de Gabrielle d'Urfé η. La famille de Jacques II η d'Urfé est-elle flouée ? J'en doute. Si Baro reçoit les 365 livres η que les libraires devaient encore à Gabrielle d'Urfé η (Koch, p. 393, note 46), il en a versé 500 à peu près à Madame d'Urfé η. On doit supposer que certains contrats ne sont pas parvenus jusqu'à nous ou qu'ils n'ont pas relevé tous les paiements.

Où est donc le manuscrit prétendu complet du duc de Savoie η ?

7 SignetQuatrième acte

Résurrection d'une nouvelle quatrième partie

La scène se passe le 5 novembre 1627.

La Vraye Astree de Messire Honoré d'Urfé η paraît chez François Pomeray avec un achevé d'imprimer du 5 novembre (Voir Quatrièmes parties). Elle renferme le frontispice et les portraits de la troisième partie de L'Astrée, ainsi que deux textes liminaires signés par Baro, une dédicace à Marie de Médicis η et un « Advertissement au lecteur ». Les 1 343 pages de cette Astrée comprennent la quasi-intégralité du texte authentique publié en 1624. Quelques déplacements sont là pour abuser les acheteurs pressés qui croiront acheter une suite de la quatrième partie de 1624. Plusieurs omissions choquent - les grands ciseaux de Sainte-Anastasie η caviardent le roman (Voir Quatrièmes parties). Nombre d'additions étonnent parce qu'elles viennent des Astrées de 1625 et 1626. Comme Baro n'a pas les scrupules ou la prudence de Fouet η, dans sa pseudo Vraye Astree, il copie plusieurs pages déjà publiées par son rival (Voir Concordances).

Cette quatrième partie est loin d'être satisfaisante. Baro a eu l'étrange idée d'introduire une version en prose de La Sylvanire η, pastorale dramatique publiée par Fouet en 1627. Elle est (mal) déguisée en histoire intercalée. Coup fourré que Baro lance à Fouet η, pense Bernard Yon (pp. 415-416). Qui plus est, on ne peut pas ne pas s'étonner de lire, au livre 10, cette étrange « Histoire de Rosanire, Celiodante et Rosileon ». Bien qu'elle se trouve également dans la Cinquiesme partie de 1625 (livre 5, p. 424 sq.), elle ne semble pas appartenir à Honoré d'Urfé : une reine adultère et superstitieuse se défait d'un de ses fils, un fou d'amour est un fou d'amour-propre ... tout cela est étranger à L'Astrée (Henein, p. 64).

Fouet η fait saisir les exemplaires de la prétendue Vraye Astree de Balthazar Baro. Pomeray riposte en demandant la confiscation des Astrées de Fouet η. Le 19 avril 1628, le procureur du roi tranche en faveur de Pomeray η et de Baro (Koch, p. 394). Fouet η se reconnaît battu ; les volumes qu'il a publiés sont remis à son rival. Le 10 décembre 1628, Fouet η signe un accord avec Pomeray, Du Bray et le fils de Varennes. Il doit leur payer 900 livres η en argent et 450 livres en volumes. Il s'acquitte de sa dette le 14 mars 1629 (Arbour, p. 55).

Où est donc le manuscrit prétendu complet du duc de Savoie η ? Baro prétend le publier dans sa Vraye Astree. Comme je le montre dans l'analyse des quatrièmes parties, ce n'est pas le cas, car ce manuscrit n'a sans doute jamais existé.

8 SignetCinquième acte

Apparition d'une Conclusion

La scène se passe le 17 novembre 1627.

À cette date, Balthazar Baro obtient un privilège pour une Conclusion de L'Astrée. Comme il craint la concurrence, il a soumis « une Attestation de nostre tres cher et bien amé le Comte d'Urfé nepveu du dit deffunct » ; il s'agit de Charles-Emanuel η, le fils de Jacques η d'Urfé Les magistrats se disent « plainement informez de la suffisance et capacité du dit Baro » (Voir Notes en images). Cela signifie que les droits de Balthazar Baro n'étaient pas parfaitement clairs.

Voici ce qu'on lit encore en 2018 dans des catalogues de bibliothèques :

La Conclusion et derniere partie d'Astree. Ou Par plusieurs histoires, et sous personnes de bergers & d'autres, sont deduits les divers effects de l'honneste amitié. Composee sur les vrais memoires de feu Mre Honoré d'Urfé. Par le Sr. Baro. A Paris : chez François Pomeray, 1628.
- Cinquième partie de l'Astrée, écrite par le secrétaire d'Honoré d'Urfé, Balthasar Baro. Brunet V, col. 1014-1015 Tchemerzine X, p. 442.

Balthazar Baro gagne sur tous les plans.

Épilogue

Tandis que le rideau tombe, on entend une voix « off » :

Où sont donc passés les manuscrits prétendus authentiques et complets, celui de Balthazar Dessay η et celui du duc de Savoie η ?

Le premier, maltraité par Fouet η, est dans les Astrées de 1625 et 1626, Mme Koch le reconnaît (p. 394). Le second est une invention.

Les héritiers d'Honoré et de Diane η ont eu des différends pendant près d'un siècle sans pourtant que L'Astrée fasse partie des sujets de litige.

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9 SignetCes événements jettent le discrédit sur les soi-disant représentants d'Honoré d'Urfé, la famille d'Urfé, Balthazar Dessay η et Balthazar Baro. Comment les croire quand ils combinent les impostures et quand leurs procédures soulèvent tant de problèmes ?

Nombreux sont les critiques qui commencent à douter de la légitimité des suites de Balthazar Baro. Parmi ceux qui se sont penchés sur cette question épineuse, Laurence Plazenet se distingue. En 2003, elle a fait une lumineuse synthèse des problèmes. Il est regrettable que les opinions divergent encore alors que les faits sont incontournables.

En 1990, quand je terminais ma thèse de doctorat d'État sur L'Astrée, j'ai consacré un article à cette quatrième partie frauduleuse qui bloquait toutes mes hypothèses. Inspirée par des remarques de Mme Galli Pellegrini sur « L'Ordinateur dans les recherches linguistiques et littéraires », j'ai écrit que l'informatique permettrait de déterminer ce qui appartient bien à Honoré d'Urfé dans la masse de pages publiées après sa disparition (Henein, p. 898). J'ai dû déchanter. L'informatique a ses limites. Hyperbase sépare mal le bon grain de l'ivraie dans L'Astrée (Voir Quatrièmes parties) - à moins qu'on ne le lui indique à l'avance.

Seule une analyse minutieuse des textes, fondée sur des critères solides, peut démêler l'imbroglio des suites de L'Astrée. Dans l'étude des deux Quatrièmes parties, je désigne clairement les méfaits des « violateurs d'un sepulchre innocent » (Gournay, II, p. 1864). Balthazar Baro devrait tomber dans l'oubli et subir à son tour le traitement qu'il a imposé aux suites plus légitimes du roman d'Honoré d'Urfé.