Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé


SignetNOTES
en images

1 SignetAccoules

Le 11 février 1567, Honoré d'Urfé est baptisé dans l'église des Accoules à Marseille (Reure, p. 1). Seul le clocher de cet édifice survit encore. Voici les explications données dans le site de la ville de Marseille (2 décembre 2102) :

Tout d'abord, [le clocher] qu'on voit en premier, de loin, dès le vieux port, c'est le clocher des Accoules qui date du 14ème siècle mais dont la base est celle de la tour Sauveterre, qui datait elle, du 10ème siècle. Ce clocher est le seul vestige d'une église du début du 11ème siècle, dédiée à la Vierge et qui était surnommée l'ecclesia formosa pour sa splendeur. Elle a été détruite après la révolution, en 1794, pour avoir abrité une section rebelle à la convention.

accoules
Merci à Philippe Desterbecq (Voir son site, 18 octobre 2013).

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2 SignetAdresses parisiennes

Dans ses lettres, Honoré d'Urfé, alors gentilhomme de la chambre du Roi, écrit qu'il a habité dans deux paroisses sur la rive droite de la Seine, Saint-Eustache et Saint-Germain l'Auxerrois. Il a ensuite résidé sur la rive gauche, près de Saint-Germain-des-Prés (18 octobre 2013).

En octobre 1605, il est « rue Saint Honoré près Saint-Eustache, en la maison où prend [sic] pour enseigne l'Ermine » (Reure, p. 132).

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Façade de Saint-Eustache. Merci à Fékri Henein.

En août 1607, Honoré d'Urfé écrit : « J'habite en la tranquille maison du bon Amyot à quelques pas de cette superbe promenade qui avoisine le Palais de la Reyne » (Callet, p. 59). Il est rue de Béthisy (rue Perrault aujourd'hui), paroisse Saint-Germain l'Auxerrois (Reure, p. 136).

saint-germain
Façade de Saint-Germain l'Auxerrois. Merci à Fékri Henein.

En mai 1619, un contrat indique que le romancier habite un hôtel « siz sur le fossé d'entre les portes de Bussi et de Nesle ès faulxbourg St Germain des Prez où pend pour enseigne la Ville de Franquefort » (Arbour, p. 354). Dans le bourg Saint-Germain-des-Prés, se trouvait l'hôtel de Marguerite de Valois η. À sa mort, en 1615, sa résidence est démolie et le domaine divisé en lotissements par des financiers (Voir l'Atlas historique de Paris, 18 octobre 2013).

Paris_1615
Agrandissement du plan de Matthäus Merian (1615) qui se trouve dans ce site (24 mai 2012).

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3 SignetArmoiries des d'Urfé

Merci encore une fois à Arnaud Bunel (Héraldique européenne).

Jacques II d'Urfé η

jacques_armes
Site d'Héraldique européenne (17 mai 2014)

Charles-Emmanuel d'Urfé

charles emmanuel
Site des Archives de la Loire (20 mars 2013).

Charles-Emmanuel, fils de Jacques II d'Urfé η, est l'unique neveu d'Honoré d'Urfé. Il a épousé Marguerite Tourzel d'Allègre. Il est nommé dans le testament du romancier. Il est aussi la principale source d'information de Daniel Huet η.

Cette image qui vient du site des Archives de la Loire (17 mai 2014) est accompagnée de ce très utile commentaire :

Les armoiries de Charles Emmanuel de Lascaris d'Urfé sont un véritable résumé généalogique. Elles comportent les armoiries des familles :
- d'Urfé : il s'agit de la famille paternelle de Charles Emmanuel.
- de Savoie (de gueules à la croix d'argent) : sa grand-mère paternelle est Renée de Savoie η (1535 - 1587) épouse de Jacques d'Urfé, arrière-petite-fille du duc de Savoie Philippe II (1438 - 1497).
- de Chabannes (de gueules, au lion d'hermine, lampassé, armé et couronné d'or) : Marie de Chabannes de la Pallisse est la mère de Renée de Savoie [et] l'épouse de Claude de Savoie (1507 - 1566).
- de Lascaris η (de gueules à l'aigle bicéphale d'or) et de Tende (de gueules au chef d'or) : Claude de Savoie, père de Renée, a hérité de sa mère Anne Lascaris (1487 - 1554) le comté de Tende. Renée de Savoie η vend ses droits sur ce comté au duc de Savoie η. En revanche elle transmet le nom de Lascaris à ses enfants.

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4 SignetArmoiries de rois de L'Astrée

 Les blasonnements donnés par d'Urfé sont
héraldiquement (d'un point de vue technique)
corrects. Ce n'est que sur un plan historique
qu'ils sont fantaisistes.

Arnaud Bunel
(message du 6 janvier 2012).

Le père Menestrier rappelle que la description d'armoiries ou de blasons dans des textes littéraires est une mode ravivée par Jean Lemaire de Belges dans son histoire de la chute de Troie. En réalité, note-t-il, les premières armoiries datent vraisemblablement du XIIe ou du XIIIe siècle (pp. 14, 51) ; elles remontent à ces romans de chevalerie qu'Honoré d'Urfé a exploités avec tant de plaisir.

Alors que les noms de famille inspiraient les blasons (Menestrier, p. 137), le loup, woolf, qui est à l'origine de d'Urfé η ne semble pas avoir laissé de traces dans l'imaginaire des membres de la famille. Dans L'Astrée, le palais d'Isoure est embelli d'ornements mythologiques seulement, et la demeure du druide Adamas d'ornements historiques (Henein, pp. 125-131). Nulle part on ne rencontre d'armes dynastiques. On sait qu'il y avait une fort belle galerie avec les portraits des membres de la famille dans le château de Châteaumorand (Reure, p. 74). Ce n'est pas cette collection qui inspire l'auteur de L'Astrée. Notons que les deux portraits signalés dans l'Inventaire du château de Virieu-le-Grand η ne représentent pas des membres de la famille mais des amis.

Dans L'Astrée, Honoré d'Urfé imagine de toutes pièces des armoiries qu'il attribue aux rois Francs, Mérovée et Childéric (Voir Enseignes). De plus, dans la deuxième partie du roman, il présente une visite commentée de la galerie d'Adamas. Les bergers se font alors expliquer les armoiries reproduites sur les murs qui appartiennent à quatre rois barbares (II, 12, 885 à II,12, 886).

Arnaud Bunel, spécialiste en héraldique, a découvert que ces quatre images figuraient dans Le Blason des armoiries de Jérôme de Bara (p. 168). Que M. Bunel trouve ici l'expression de toute ma gratitude.

armoiries_small

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5 SignetBuste d'Honoré d'Urfé

Quand le romancier a voulu ou dû s'éloigner de Paris, du Forez ou de Châteaumorand, il s'est installé à Virieu-le-Grand η. La ville, tout au début du XXe siècle, sous l'impulsion d'Albert Callet, « publiciste η », a fait ériger un buste d'Honoré d'Urfé. Le monument a été inauguré par René Bazin de l'Académie française le dimanche 20 septembre 1908. Le Journal des débats du 21 septembre ajoute un renseignement inattendu : c'est lorsque la commune a reçu une subvention ministérielle pour une nouvelle fontaine, qu'Albert Callet a suggéré de la décorer avec un buste d'Honoré d'Urfé (Bazin, p. 3). Le discours inaugural fait l'éloge de « la noblesse habituelle de l'idée et de la forme » dans L'Astrée, mais c'est un passage des Epistres morales que René Bazin lit (l'agonie du duc de Nemours). Même s'il considère que, dans le roman, tous les personnages sont affublés de « noms champêtres », Bazin reconnaît que les « jugements [y] sont d'un connaisseur d'hommes » (p. 3).

Statue et cérémonie sont décrites dès 1910 dans le petit livre d'Edmond Chapoy, avocat à Bourg-en-Bresse. L'événement a inspiré à Lucien Lourdel (le ténor appelé Biéval) une « Chanson d'Hylas » - chœur à quatre voix, paroles tirées de L'Astrée (p. 20, note 3). Il s'agit sans doute de la mise en musique d'un des plus célèbres poèmes de L'Astrée, « la Chanson de l'inconstant Hylas » (I, 1, 15 verso). On chanta aussi une cantate composée par Bourgault-Ducoudray intitulée « Gloire à d'Urfé » (Trenard p. 56), que je n'ai malheureusement pas su retrouver. Edmond Chapoy ajoute qu'à cette époque, le tricentenaire de la première partie de L'Astrée suggère un parallèle entre Le Blé qui lève de René Bazin (1907) et le roman pastoral d'Honoré d'Urfé (p. 20). L'Astrée est ainsi embrigadée dans les rangs des romans catholiques et régionalistes.

Le buste en bronze de Paul Fournier s'inspire vaguement du portrait de Van Dyck en lui ajoutant une allure balzacienne ou un « style mousquetaire grandiloquent » (Trenard, p. 57). Le modèle a la tête tournée à droite et la perruque est moins importante. Le buste est posé sur deux grands volumes en bronze, une Astrée in-folio. L'inscription donne au romancier son titre de gloire moderne, « Honoré d'Urfé, auteur de L'Astrée ».

buste
Photo de M. Bernard. Reproduite dans Chapoy (p. 21).

La fortune encore une fois s'en prend à Honoré d'Urfé, et ne se lasse pas de contrarier ses admirateurs ! Comme le portrait du romancier, comme son testament, comme l'inventaire de ses biens, comme ses manuscrits personnels, ce buste n'est pas parvenu jusqu'à nous. Le site (6 juin 2010) de la ville de Virieu η explique :

En 1942, les Allemands fondirent ce buste en bronze de 200 kg. Sous l'égide de l'association « l'Astrée » et avec l'aide de généreux donateurs, sa statue fut sculptée à nouveau et fondue. Le bassin de ciment fut remplacé par un bassin de pierre de taille, et le tout inauguré de nouveau en 1994.

C'est grâce à la gentillesse et au dévouement de Christiane Fabricant que j'ai réussi à obtenir la brochure que Louis Trenard consacre à Virieu-le-Grand η. C'est aussi grâce à elle que je réunis ici des photos des ruines du château et du buste du romancier. Merci mille fois, Christiane !

buste_fontane

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6 SignetChâteau de Virieu-le-Grand

En 1895, dans un article publié dans les Annales de la Société d'émulation de l'Ain, Albert Callet étudie Virieu-le-Grand η, « un centre de transit et de commerce fort important sur la grande route de Suisse et de Savoie à Lyon » (p. 43) (Voir Cartothèque). « Le château n'est aujourd'hui que ruines et décombres », écrit-il (p. 58). Le bâtiment a brûlé le 18 avril 1726.

Louis Trenard ajoute que, vers 1614, quand d'Urfé séjournait à Virieu, le château, bien que doté de tours, ressemblait à une « résidence bourgeoise » aux pièces habitables limitées : chambre, arrère-chambre, grande salle, chambre des meubles, deux cabinets, garde-robe, cuisine (p. 32). En mars 1625, le romancier demande des devis à un maçon et à des charpentiers pour réparer les murs, aplanir les sols, couvrir de voûtes, construire un escalier, et réunir « le pavillon nommé d'Urfé et la tour vieille nommée Virieu » (Trenard, pp. 38-39). Ces projets soulignent cruellement l'état des lieux trois mois avant le décès d'Honoré d'Urfé.

Callet offre ce schéma que je reproduis :

virieu_515

legende

Albert Callet, « Virieu-le-Grand, son château, ses seigneurs »,
Annales de la société d'Émulation de l'Ain (tome XXVIII, 1895), p. 7. Gallica.

Ce qui reste aujourd'hui de la demeure d'Honoré d'Urfé est difficile à trouver. Au bout d'une longue « rue du Château », à la fin d'un sentier escarpé, on aperçoit quelques pierres envahies par la végétation. Virieu possède un syndicat d'initiative pour garder vivace ce souvenir d'Honoré d'Urfé.

arche
Merci à Christiane Fabricant.
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Les sombres photos de ruines reproduites dans les travaux de A. Callet et E. Chapoy ne montrent pas que les paysages de Virieu η et du Valromey sont d'une grande beauté, Signetcomme par exemple la Cascade de Clairefontaine :

clairefontaine
Merci à Marcel Martinod.

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7 SignetChâteau de Châteaumorand

Honoré d'Urfé vit à Châteaumorand à partir de 1600 et probablement jusqu'en 1614 ou 1615 (Voir Cartothèque). Dans son Histoire du château et des seigneurs de Châteaumorand (Google), le chanoine Reure inclut ce plan du rez-de-chaussée qu'il a trouvé dans les archives de Châteaumorand (p. 40).

chateaumorand

Le chanoine Reure explique aussi les « dispositions compliquées » de ce bâtiment dont seule « la façade d'entrée était parfaitement régulière (p. 41).

facade

Lorsque Anne d'UrfÉ décrit la demeure, il lui reproche une seule chose, être « fort serrée » (p. 30) - ce qui est tout à fait relatif !

Le château est classé monument historique en 1981, rappelle le site de la commune de Saint-Martin-d'Estréaux (10 août 2014). Voici l'une des belles photos réunies dans ce site :

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Site de Saint-Martin-d'Estréaux

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8 SignetCimier décoré

Ces armes sont celles d'un seigneur qui a été décoré de l'ordre de l'Annonciade η la même année qu'Honoré d'Urfé, Emanuele Solaro, comte de Moretta, Gouverneur de Verceil. Je dois cette image à la science et à la générosité d'Arnaud Bunel (Voir son site, 16 mai 2014).
La femme blonde dont un doigt désigne le ciel et qui tient une flèche (sans carquois !) pourrait figurer la Sagesse, si l'on en croit Pierius (II, p. 556).

cimier

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9 SignetCopies des portraits de L'Astrée

Le parallèle entre le modèle et le portrait, entre l'art du peintre et l'art du poète, figure, mais sans ambiguïté aucune, dans les Œuvres complètes de Ronsard η, « Sur le portrait de Cassandre, Maistresse de Ronsard » :

L'art la Nature exprimant,
En ce Portrait m'a fait telle :
Si n'y suis-je pas si belle,
Qu'aux Escrits de mon Amant.

MÉnage affirme, en 1666 :

Cette épigramme, qui se trouve imprimée sans nom d'Auteur sous le portrait de Cassandre dans la dernière edition de Ronsard, est constamment η de Malherbe [...] J'ay appris toutes ces particularitez dans la « Vie de Ronsard » par M. Colletet (p. 553).

Aujourd'hui, ces vers figurent dans les Œuvres de Malherbe (p. 239). L'éditeur, Antoine Adam, confirme l'attribution (Malherbe, p. 844). Étant donné le mépris que Malherbe affichait pour Ronsard η et ses amis, on s'étonne que les admirateurs du Prince des Poètes aient confié à ce critique notoire une tache si honorifique.

Sans donner de date, Racan rapporte une scène qui illustre les jugements et méthodes de son mentor :

[Malherbe] avoit aussi effacé plus de la moitié de son Ronsard et en cotait η à la marge les raisons [...] Racan lui demanda s'il approuvoit ce qu'il n'avoit point effacé : « Pas plus que le reste », dit-il (p. 19).

Cet acharnement de correcteur a probablement suivi la rupture de Malherbe avec Philippe Desportes. D'après Racan, cette querelle a eu lieu au moment de la publication des Psaumes de Desportes, celui qu'on considérait alors comme le successeur de Ronsard (p. 9). Les Psaumes ont paru par tranches entre 1591 et 1603. Selon Antoine Adam, la querelle daterait de 1605 ou 1606 (Note, dans Tallemant, I, p. 800). C'est probablement avant cette date que Malherbe a été chargé de composer des vers en l'honneur de Cassandre.

La question s'impose donc. Quand parut l'édition de Ronsard que Ménage considère comme « la dernière » et qui contient les vers de Malherbe ? Les portraits de Ronsard et Cassandre ont été publiés dans la première édition des Amours, en 1552, avec des vers grecs dus à Antoine de Baïf η (Paris, Maurice de La Porte, Gallica). C'est à une date ultérieure que des vers en français les remplacent. Ils accompagnent alors des portraits légèrement modernisés et enfermées dans un chapiteau somptueux signé Léonard Gaultier et Claude Mellan. D'après le catalogue des œuvres de Gaultier établi par la BnF, il s'agit de l'édition en deux volumes parue en 1623 chez Nicolas Buon. Racan écrit que les vers de Malherbe datent aussi de 1623 (p. 336).

Les gravures trônent au début de la première partie de l'édition de 1623 des Œuvres de Ronsard (n. p.). Ce volume a été numérisé par les Bibliothèques Virtuelles Humanistes (Voir ce site, 18 octobre 2013, Centre d'Études supérieures de la Renaissance). Je reproduis les dessins avec l'aimable autorisation de Mme le Professeur Demonet (Voir Illustrations). Les vers ne sont pas parfaitement identiques à ceux qui se trouvent dans l'œuvre de Malherbe (Malherbe, p. 239). Les italiques indiquent les modifications. L'exemplaire que possède la BnF présente d'autres variantes mineures.

L'Art la Nature exprimant
En ce pourtraict me fait belle
Mais si ne suis point
telle
Qu'aux escrits de mon amant.

En me fondant sur toutes ces informations, j'ai déduit que Malherbe, en 1623, pour vanter le portrait de Cassandre, avait imité Honoré d'Urfé qui, lui-même, en 1619, avait utilisé des procédés rhétoriques similaires pour décrire un portrait féminin gravé par Léonard Gaultier (Voir Illustrations).

J'ai eu tort. Les œuvres de Ronsard η et leurs illustrations ont connu d'autres éditions avant 1623, donc avant l'édition illustrée de L'Astrée.

En faisant une recherche sur les commentaires que Nicolas Richelet a ajoutés aux vers de Ronsard η, grâce à Google Books, je suis tombée en octobre 2016 sur des éditions (avec gravures) antérieures à celle de 1623. Celle de 1604 a été numérisée par Gallica. On y trouve seulement l'écusson de Ronsard, et sans épigramme. Mais dans l'édition de 1609, les Œuvres complètes de Ronsard η réunissent (pour la première fois, semble-t-il) et les portraits du poète et de sa maîtresse et les vers en français attribués à Malherbe (Ronsard, éd. B. Macé). Les embellissements de Léonard Gaultier manquent encore :

Ronsard 1609 Ronsard, Les Œuvres [...] reveues et augmentees.
Paris, Barthelemy Macé, 1609.
Privilège sans date donné à Nicolas Buon.
Google Books.

Il s'avère que l'épigramme a paru au début du siècle. Elle a été composée quand Malherbe venait d'arriver à la Cour. Il s'avère aussi, par conséquent, que c'est Honoré d'Urfé qui, en 1619, s'est inspiré de Malherbe, et non Malherbe qui a plagié L'Astrée.

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SignetUne deuxième copie des portraits d'Honoré d'Urfé et de sa Dame va nous arrêter, mais pour des raisons différentes. Le site Forez Histoire présente un article d'Émile Herriot paru dans les Annales du 8 octobre 1922. Herriot plaide la cause de la Bastie d'Urfé et demande sa rénovation. Les portraits reproduits montrent les médaillons qui décorent une édition ancienne de L'Astrée : deux personnages qui ne se regardent pas.

portraits_herriot
Forez Histoire 15 décembre 2015

Cela démontre que, avant la parution de l'édition d'Hugues Vaganay en 1925, le romancier et sa maîtresse n'étaient pas dépeints face à face. L'éditeur a trahi Honoré d'Urfé et il a induit en erreur des générations de lecteurs.

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10 SignetDocument autographe

Auguste Bernard a trouvé ce document, un « brouillon original » dit-il, dans un exemplaire autographe du Sireine qu'il possédait (pp. 150-151 et 457). Il a lu « 1er juillet », là où je vois, en faisant un zoom sur l'image, « 3m juillet ». (Voir Epistres). Pierre Arette-Hourquet voit plutôt « 1 » après avoir comparé ce caractère avec des chiffres du manuscrit du Sireine (MÉlanges, message du 17 novembre 2015).


autographe

Transcription

À son Altesse.

Monseigneur

En ces repos d'ont vostre prudance nous fait rougir j'ay tracez ces vers que je vous envoye : m'asseurant qu'en ces loysirs trop longs a quoy le temps vous contraint retient, ils entretiendront quelques heures Vostre Altesse s'ils peuvent pour un moment luy raporter du plaisir je n'estimeray celle cy entre toutes mes plus heureuses actions estre La moindre, Aussy doivent ils avant que de se presanter a ma Dame rendre L'hommage a mon seigneur qu'ils luy doivent : vous ne pouvez les desavouer pour vostres, puis que desja vous Les receustes quand Le Ciel et mon affection me donnerent entieremant a VA,

Mon'seigneur pour

Votre treshumble tresfidele et tres affectionné serviteur et subjet

Honoré d'Urfé

De Virieu Le Grand
Le 3m. juillet 1599

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11 SignetEmblèmes de L. Papon

Vers et dessins se trouvent dans le premier volume des Œuvres du chanoine Loys Papon (Lyon, Louis Perrin, 1857. Google).

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« Pennes η perdues » (I, p. 70)

fermesse_1

« Fermesse » (I, p. 81).

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12 SignetEnseignes des Francs

« [Elles] estoient semees de la fleur de Pavillee sur de l'Azur » (III, 12, 507 verso). Cette brève description correspond à un partie du blason de Charlemagne dessiné par Jérôme Bara (p. 132) :

blason_Charlemagne

Et voilà la description η plus développée des armes de Mérovée :

La premiere avec un Lyon qui essayoit de monter sur une haute montagne pour devorer un aigle qui y estoit au plus haut, avec ce mot, avec peine s'obtient la proye. Et l'autre ayant un bouclier qui couvroit une Couronne avec ce mot, couverte de l'escu plus seure est la couronne (III, 12, 507 verso).

Le lion représente Mérovée et l'aigle Rome. Bouclier et écu indiquent la paix obtenue par la guerre. Ces armoiries ne sont pas dans Jérôme Bara.

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13 SignetFortuna Amor Tempus et Locus

Ludovic Lalanne publie la copie d'un manuscrit de 1568 intitulé Le Livre de Fortune illustré par Jean Cousin. La planche LXIX réunit des thèmes omniprésents dans L'Astrée. La fortune, l'heure et le lieu favorisent les désirs amoureux (p. 26). Voir Heure η.

fortune

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14 SignetGravures de l'Histoire d'Euric

Dans son édition, Hugues Vaganay juxtapose pour chaque livre du roman une gravure tirée de L'Astrée de 1632 et une gravure tirée de l'édition de 1733 (Éd. Vaganay, V, p. 561). Pour l'Histoire d'Euric, Daphnide, et Alcidon, les deux gravures représentent la même scène : le Roi au chevet de Clarinte, la rivale de Daphnide (Éd. Vaganay, III, 4, avant la page 159). Le personnage central, désigné en 1632 par les mots « le Grand Euric », a la barbe, le panache blanc et le collier du Saint-Esprit d'Henri IV.

Je reproduis les illustrations d'un exemplaire personnel (Vaganay**, N° 133) paru en 1927.

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Cet épisode jugé prééminent par les graveurs ou leurs commanditaires n'est pas du tout à l'honneur du Roi. Aveuglé par la jalousie, Euric est alors abusé par une lettre déchirée dont il réunit les morceaux.

Et il [Euric] arriva tant à l'impourveuë, qu'il surprit les pieces de la lettre qui estoit encore sur le lict. [...] Clarinte fut si surprise de voir arriver Euric, [...] qu'elle ne se souvint point de cacher les siennes : Si bien que le Roy les ayant apperceuës, y mit la main si diligemment, qu'elle ne le peut jamais empescher d'en prendre toutes les pieces, et [...] apres s'estre arresté pres d'elle fort peu de temps, se retira dans son cabinet, où rapieçant la lettre la mit toute d'ordre (III, 4, 152 verso).

Euric lit un remerciement envoyé par un amant heureux (III, 4, 138 recto). Il ne comprend pas que c'est en fait le brouillon d'un message écrit à sa demande et destiné à une de ses maîtresses complaisantes ! La mésaventure éloigne le Roi de Clarinte pour le jeter dans les bras d'Adelonde, une autre rivale de Daphnide ; Clarinte se rapproche ainsi d'Alcidon, l'amant de cœur de Daphnide. Qui perd sur toute la ligne ? Daphnide.

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Gravure signée Guélard

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15 SignetGravure de Guélard

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L'Astrée, III, 9.
Courtesy of the Watkinson Library, Trinity College, Hartford, Connecticut.

Dans l'exemplaire de la troisième partie qui se trouve à la Watkinson Library (PQ 1707.U7. Trinity College, Hartford, Ct., É.-U.), la page de titre et le texte du roman sont bien ceux de l'édition de Toussaint Du Bray en 1621, mais des gravures ont été collées sur certaines pages (Voir Présentation des textes). Celle que je reproduis ici suit le folio 385 verso. Elle est signée par Guélard, un graveur du XVIIIe siècle, qui a donné des illustrations pour l'édition de 1733 de L'Astrée. Guélard pourrait avoir modifié des planches gravées par d'autres artistes. La scène qui illustre la troisième partie et que je copie est la vignette qui aurait dû accompagner le livre 10 de la deuxième partie : Céladon accourant pour secourir Olimbre et Ursace armé d'un poignard (II, 10, 640).

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16 SignetHenri IV en Hercule

Bruno Marty a eu la générosité de me communiquer une copie des gravures qui ornent une épopée latine de Balthazar de Vias, Henricea (Henriade), dédiée à Henri IV en 1606. Qu'il trouve ici l'expression de ma gratitude.

Vias est un poète marseillais (1587 - 1667) que Peiresc, Guillaume du Vair, Chapelain et Guez de Balzac ont admiré (VÉrany). Il a composé une Astreae Apologia dédiée à Guillaume du Vair en 1609. J'ai pu consulter ce poème, grâce à Bruno Marty et à Jean-François Delmas (Bibliothèque Inguimbertine, Fonds Peiresc, manuscrit 1804, folio 148). L'auteur n'y fait aucune référence au roman d'Honoré d'Urfé. En attendant qu'un chercheur découvre pourquoi les Provençaux du XVIIe siècle semblent avoir dédaigné Honoré d'Urfé, je rappelle que Peiresc et Malherbe ont échangé des dizaines de lettres et que d'Urfé et Malherbe n'avaient aucune sympathie l'un pour l'autre. D'Urfé cependant admirait les Provençaux :

Il faut avoüer que les Chevaliers de la Province des Romains et du Veniscin, sont des plus courtois de toute la Gaule
(III, 3, 86 verso),

lit-on dans L'Astrée.

Peiresc ne méprisait pas les romans puisqu'il espérait faire traduire L'Argenis de Barclay (Malherbe, p. 724), et puisqu'il a acheté une édition originale de L'Arcadie de Sidney alors qu'il ne connaissait pas l'anglais (Osborn, p. 125). Pourquoi ce dédain pour celui qu'il évoque seulement pour rappeler « les funérailles de l'autheur de L'Astrée » (Peiresc, lettre du 15 juin 1625, pp. 199-200) ? Rivalité d'hommes de lettres ? Relent de la Ligue ? Rancœur vis-à-vis d'un proche parent d'Honorat de Savoie ou de Claude de Savoie, anciens gouverneurs de Provence ? Mépris pour les alliés de la Savoie ?

La Henricea de Vias est illustrée, mais par des artisans malhabiles. Henri IV - ici comme ailleurs - est assimilé à Hercule (Voir Analyse des illustrations).

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La Henricea, Bibliothèque Municipale de Marseille

SignetEn 1600, en l'honneur de l'entrée de Marie de Médicis en Avignon, les représentations mythologiques du Roi se sont multipliées (Vivanti). L'auteur du Labyrinthe royal de l'Hercule gaulois est un savant jésuite, André Valladier η, qui a fait imprimer son ouvrage. Cette mine de renseignements est disponible sur Google (20 décembre 2015).

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Même si certains critiques ont cru déceler une ressemblance entre les traits d'Honoré d'Urfé et ceux d'Henri IV, on conviendra sans peine que l'Hercule de L'Astrée ne ressemble pas du tout à ceux qui honoraient le Roi. Remercions chaleureusement les talentueux graveurs choisis par d'Urfé et Toussaint !

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17 SignetMoresque

Leur dance n'avoit pas duré une demie heure, lors qu'il arriva des hameaux voisins, et mesme de la petite riviere d'Or, une trouppe de bergers déguisez en Egyptiennes, qui vindrent dancer à la façon de ces peuples, et comme autrefois ils en avoient esté instruicts par Alcippe pere de Celadon, au retour de ses loingtains voyages (III, 10, 425 verso).

Ces jeunes gens dansent-ils une sarabande η ou une moresque η ? « On appelle aussi des Danses Moresques, celles qui se font à la maniere des Mores, comme les sarabandes & chacones, qui se dansent ordinairement avec des castagnettes, ou des tambours de basque » (FuretiÈre).

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur : Moresque

Depuis près de quatre siècles, cette danse de l'épée se déroule régulièrement en Croatie, dans l'île de Korcula, lieu de naissance de Marco Polo.
Le Roi Blanc se bat contre le Roi Noir qui a enlevé une jeune fille.
Le combat chorégraphié de deux armées a pu durer jusqu'à deux heures et faire de véritables blessés - remplacés pour que le spectacle continue.
Voir ce site (27 novembre 2013).

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18 SignetPavane

À Toulouse, devant le roi Torrismond, Alcidon et Daphnide font connaissance :

Lors que le grand bal η, commença, il me vint prendre 
(III, 3, 62 verso).

À Éporèdes, lors de noces, Arimant fait la connaissance de Criséide :

Il prit occasion de me declarer son affection en un bal qui s'accoustume de-là les Alpes : l'on dance plusieurs à la fois, se tenant toutesfois deux à deux, et se promenant le long de la salle, sans avoir autre soucy, que de marquer seulement un peu la cadance, l'on l'appelle le grand bal η, et semble qu'il ne soit inventé que pour donner une honneste commodité aux Chevaliers de parler aux Dames (III, 7, 285 verso).

Il s'agit d'une pavane. « On l'appelloit le grand bal, parce que c'étoit une danse majestueuse & modeste », explique FuretiÈre.

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur : Pavane

Elle est aussi disponible dans les vidéos de la Library of Congress (19 janvier 2012) et dans ce site (20 septembre 2014).

Cette pavane est dans : American Memory, « An American Ballroom Companion » (1997). Les danseurs sont Cheryl Stafford et Thomas Baird. La violoniste est Sue Manus, et la productrice, Elizabeth Aldrich.
Merci à Lia Poorvu, Virginia Clark, Anne McLean et Jonathan Kemper.

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18'SignetSarabande

... une trouppe de bergers déguisez en Egyptiennes, qui vindrent dancer à la façon de ces peuples (III, 10, 425 verso).

Si vous ne voyez pas la vidéo, cliquez sur : Sarabande.

Sarabande composée par Marin Marais dans L’Alcyone (1706). Adaptée pour être dansée par Carin Ruff et Suzanne Paterson de la compagnie La Belle Danse (Toronto, Canada). « We adapted the Folies d’Espagne choreography by Feuillet to this sarabande tune from Marais’ Alcyone », explique un porte-parole de la compagnie sur Youtube.

Les dictionnaires du XVIIe siècle distinguent mal les danses. Thomas Corneille introduit une sarabande dans une pièce de théâtre ; néanmoins, dans son Dictionnaire, il définit le Menuet comme un « Air de musique à trois temps ou sarabande viste ». Pour le Dictionnaire de l’AcadÉmie, en 1694, Chaconne et Passe-caille sont « espece[s] de sarabande », et « la Moresque ressemble à la sarabande Espagnole ».

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19 SignetPièce d'or de Childéric

La figure de cette piece estant rejointe, avoit d'un costé une tour pour monstrer la constance : et de l'autre un Dauphin au milieu des vagues tourmentees, avec ce mot tout à l'entour, RIEN η les destins contraires (III, 12, 548 recto).

Le rapprochement d'un dauphin η et d'une tour η dans la pièce d'or que Childéric partage avec Guyemant a rappelé à Arnaud Bunel, distingué spécialiste d'héraldique (Voir son site, 18 octobre 2013), les armes d'une famille du Dauphiné que d'Urfé a probablement fréquentée, les La Tour du Pin. Voici un dessin fait par M. Bunel :

3_dauphin

Aujourd'hui, La Mure, une commune de l'Isère, combine encore dauphin et tour dans son blason (Voir ce site, 18 octobre 2013).

blason_la_mure

Le dauphin sans la tour figure dans le blason du Forez (Bara, p. 217). Celui-ci vient du site d'héraldique de A. Bunel (10 juillet 2013) :

3_dauphin_Forez 

Le dauphin se trouvait aussi sur des jetons η commandés par le grand-père d'Honoré d'Urfé, Claude, quand celui-ci était gouverneur du Dauphin, le fils d'Henri II, le futur François II (Claude d'UrfÉ, p. 30).

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20 SignetPierre Favre

Grâce à la récente canonisation du Père Favre η, j'ai pu trouver cette image pieuse qui date du 3 août 1546 dans un des sites des Jésuites (10 octobre 2014). La légende latine rappelle que ce prêtre savoyard se considérait comme un missionnaire et qu'il avait beaucoup voyagé en Europe. L'itinéraire qu'il a suivi de 1536 à 1546 se trouve aussi dans ce site (10 octobre 2014).

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21 SignetSaint-Germain l'Hermite

Un des séjours de François de Sales en Forez est rappelé sur cette pierre commémorative, près de Bonnet-le-Château :

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Merci à Sabine Cheramy.

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22 SignetLe Temple de Bonlieu et ses sources :

les temples de Vesta

Vincenzo Cartari (1531 ? - 1569) consacre le plus long chapitre de son analyse des Images des Dieux à « La Grand Mere » (pp. 264-313) qui « fust appellee Ops, Cibelle, Rhea, Vesta, Ceres » (p. 266) et « Bonne Deesse » (p. 308). Le temple rond de cette divinité est surmonté de la statue d'« une vierge, qui tenoit un petit enfant entre ses bras η » (p. 289). La gravure en taille douce qui illustre l'analyse a paru d'abord dans la seconde édition du texte italien, à Venise.

temple

V. Cartari, Les Images des dieux, traduites par Du Verdier, Lyon, P. Frellon, 1624, p. 288. Google.

Le traducteur de Cartari, Antoine du Verdier (1544 - 1600), est un Forézien de Montbrison célèbre pour sa Bibliothèque et son ambitieuse Prosopographie (qui commence à Adam !). Les gravures, explique-t-il dans une préface non paginée, donnent « faim de lire » le développement. Le « censeur au sourcil refroigné » doit admettre que « les images et statues des Dieux tiennent les premieres places entre les antiquitez ». Du Verdier empile les métaphores pour vanter « manteau fabuleux », « interieure escorce » et « viande de l'allegorie ». Il n'hésite pas à inclure des citations de Ronsard (p. 36), de Du Bellay (p. 167), ou de Baïf (p. 318) pour mieux « mythologiquement interpréter » (p. 292) les récits, car « les fables feignent » (p. 343).

Du Verdier ajoute au texte de Cartari sur le temple de Vesta un renseignement particulièrement précieux pour les lecteurs de L'Astrée. Ce temple figure « au revers d'une medaille d'or de Vespasien que je du Verdier ay : où est ceste inscription, Vesta » (p. 288). On peut encore admirer cette médaille frappée à Rome en 73. Elle présente un temple rond dédié à Vesta avec une figure à l'intérieur et deux autres à l'extérieur.

vesapsien

Classical Numimastic Group dans le site de Frédéric Weber (30 avril 2013).

Une médaille de Néron, moins riche, traite du même sujet : neron

Classical Numimastic Group (2 mai 2013).

Le temple de Vesta, l'un des plus anciens édifices romains, a brûlé lors de l'incendie de Rome. Néron a commandé sa reconstruction, et Vespasien l'a inauguré. Dans les Images des dieux, Cartari, son graveur et son traducteur se sont inspirés des médailles, mais en les modifiant. Comme ils savaient que Vesta n'avait pas de statue puisqu'il était interdit de la représenter, ils ont compris que la figurine centrale des médailles ne montrait pas la déesse. Ils ont préféré ajouter deux vestales à côté de deux feux. Ils ont aussi modifié la lanterne qui surmonte le dôme. C'est dans la gravure moderne seulement qu'on voit une femme portant un enfant.

Cartari et Du Verdier ont été influencés par l'analyse qu'Ovide consacre à la déesse dans les Fastes, pour les fêtes du mois de juin (VI, 257-282). « Loin de moi les poétiques mensonges », déclare le poète qui, bien entendu, n'a pas vu la déesse. Il s'attache à expliquer la forme de son temple : rond comme la terre pour que toutes ses parties soient à égale distance l'une de l'autre (VI, 275).

Honoré d'Urfé a tiré parti des commentaires ajoutés par Cartari :

Iceluy temple estoit grand, large et spacieux, et au milieu avoit un autel avec le feu allumé d'un costé et d'autre, à la garde duquel estoit une vierge au costé, et sur le plus haut du temple y avoit semblablement une vierge qui tenoit un petit enfant entre ses bras. Car il fut dit par les Anciens que Veste qui est signifiee par la vierge nourrist Jupiter, qui est le petit enfant (Cartari, p. 269).

Alors qu'Ovide souligne les rapports de la déesse avec Saturne, Cartari expose ses liens avec Jupiter :

[Vesta] obtint de Jupiter, comme dit la fable, apres la victoire contre les Titans, qu'elle seroit perpetuellement vierge, et auroit les premices de tous les sacrifices, d'autant que toutes les choses creées par lesquelles ils adoroyent anciennement les Dieux, ont leur estre et vie, par la chaleur qui les produit, et les fait naistre, ce qui vient du feu (Cartari, p. 290).

Les cérémonies de Vesta sont les mystères d'Eleusis. Elles

estoyent observees avec si grande religion, et tenues si secrettes, que quand elles estoyent celebrees, le Sacrificateur crioit à haute voix premierement, Sortez dehors, Sortez dehors, tous hommes prophanes : que tous les meschans s'esloignent d'icy. Car il n'y pouvoit entrer sinon ceux qui estoyent ordonnez pour icelles, et falloit qu'ils fussent bien purgez, et bien nets de toute mauvaistie (Cartari, p. 296).

Néron, dit-on, n'osa jamais entrer dans le temple ...

Plus tard, les « hommes prophanes » sont devenus tous les hommes :

ceste Deesse Bonne faisoit semblant d'avoir en si grande horreur le sexe masculin, qu'en ces ceremonies les femmes couvroyent tout ce qui estoit peint en la maison, ayant figure aucune de masle (Cartari, p. 309).

C'est encore dans Les Images de Cartari que d'Urfé a pu lire cet étrange renseignement qu'il rapporte dans L'Astrée (III, 2, 30 recto) : dans le temple de la Bonne Déesse,

le vin dont on usoit en ces ceremonies n'estoit point appelé vin, ains laict (p. 310).