Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé
doigt_dPoèmes de Lingendes


SignetTémoignages


SignetJean Du Crozet (1565 ? - 1642)

Extrait de La Philocalie

Il se délectera en l'Astréane grâce.

Du Crozet,
p. 115.

1 SignetJean Du Crozet η dédie à Honoré d'Urfé le premier livre (long chapitre) de sa Philocalie, une pastorale parue en 1593 et rééditée en 1600 sous le titre L'Amour de la beauté. Quand il dédie le deuxième livre à Diane η de Châteaumorand qui est alors l'épouse d'Anne η d'Urfé, il lui écrit :

J'emploie les heures auxquelles je respire de mes plus sérieuses études à ces amoureuses récréations, à l'imitation de Monsieur le Chevalier d'Urfé votre frère [Honoré], qui désire contendre η avec tous ceux qui l'ont devancé de la palme d'éloquence, exprimant si naïvement son dire, que la fluidité cicéronienne semble revivre en lui (p. 66).

Au début du troisième livre, Du Crozet annonce sans ambages que L'Astrée aura une fin heureuse, malgré Galathée, grâce à « un grave et docte personnage », renseignements essentiels sur le dénouement du roman (Henein, p. 19). Je cite l'édition moderne, œuvre d'un groupe de Foréziens (Lyon, EMCE, 2008, pp. 114-115).

Si on retrouve un jour ces Bergeries si bien vantées par Du Crozet, on saura exactement à quoi ressemblait L'Astrée avant que son auteur connaisse la vie de guerrier et la vie de courtisan, et avant qu'il puisse exhiber son amour pour Diane η. Il est fort probable que la mythologie figurera au premier plan alors que le Ve siècle et la religion celte n'y paraîtront pas. Peut-être même que le duo archétype formé par Silvandre et Hylas va s'avérer une création tardive.

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2 SignetLivre troisième de l'Amour de la beauté du sieur Du Crozet

« [...] Le berger Athille compose ce sonnet en faveur de sa déesse : […]

Hardi, je veux même chose entreprendre.
Car c'est assez adoré vos beaux yeux,
Pour m'assurer ma divine de prendre
À l'avenir quelque chose de mieux.

Lequel il récita cent et cent fois ne pouvant comprendre le contentement qu'il aurait si sa proposition réussissait, et après avoir regardé de tous côtés s'il ne verrait personne, il en chanta à haute voix deux autres qu'il avait dressés sur les bergeries de Monsieur le chevalier d'Urfé qui lui avait fait cet honneur de les lui communiquer :

Céladon ne vit pas si nous n'appelons vivre,
De mourir sans mourir d'un million de morts,
Affligé de l'esprit et tourmenté du corps,
Pour Phénix en amour une amitié poursuivre.

Astrée ne veut pas à son berger survivre,
Croyant qu'il a souffert d'Alecton les efforts,
Mais elle ne verra de Cocyte les bords,
Sans avoir ce qu'Amour nous promet pour le suivre.

Pirame trop tardif à l'assignation,
Qui devait modérer son altération,
A sa chère Thisbé sacrifia sa vie,

Et Astrée à la fin, changeant sa cruauté,
Du Berger Céladon rendra l'ame assouvie,
Faisant ancrer son mas au havre souhaité.

Dialogue sur le même sujet
Amynte, Licidas

Où vas-tu Licidas ? Je cherche Céladon,
Qui souffre sans avoir la peine méritée,
Pour n'avoir pas voulu adorer Galatée,
Étant jà éclairé par un autre brandon.

Amynte
Ton frère reviendra avec le guerdon [récompense]
Qu'il a tant souhaité et son âme agitée
Échapppera des ceps [fers] de la troupe irritée,
Ayant à ses souhaits proprice Cupidon.

Licidas
Pourvu qu'il soit ainsi, je ne plaidrai sa gêne
Je ne plaindrai ses maux, je ne plaindrai sa peine :
Car après ses travaux étant récompensé,

Il se délectera en l'Astréane grâce,
Et ne se souviendra de l'encombre passé,
En suçotant le miel du corail de sa face.

Auxquels ayant mis fin, il commença d'admirer l'heur et la félicité du pasteur emprisonné, lequel après avoir eu la fortune du tout ennemie et contraire à ses souhaits, était prédestiné non seulement d'être élevé sur la sommité de sa roue, mais d'avoir pour trompette de ses amoureuses gaillardises un grave et docte personnage, qui respirant des alarmes de Mars, se promène dans les jardinages des muses et fait amas de leur plus touffues et odorantes fleurs, pour faire connaître à l'avenir à nos neveux sa louable vigilance ».

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2 SignetCharles Sorel (1599 ? - 1674)

Le Berger extravagant (1627-1628)

Charles Sorel admire L'Astrée et son auteur.

« La derniere fois que l'autheur de L'Astrée vint à Paris, je l'allay visiter avec quelques uns de ma connoissance, et je trouvay de vray que ce que l'on m'avoit dit de sa vertu et de son esprit estoit au dessous de ce que je remarquois en luy » (Sorel, p. 504). Il ajoute plus loin : « Nous n'estions pas dignes d'avoir plus long temps parmy nous cet homme merveilleux que la mort nous a osté » (Ibid., p. 521).

Sorel rejette les écrits de ceux qui ont terminé le roman.

Il cite un épisode de la suite de l'histoire de Mélandre et Lipandas qui se trouve dans la Sixiesme partie de L'Astrée (1626, 2, p. 181). Lysis, son héros, explique :

« Ne voyez vous point que leur histoire n'a point encore de fin ? Celadon n'est pas rentré aux bonnes graces de sa maistresse ; il fait encore le personnage d'Alexis dans le quatriesme et dernier livre de celuy qui a commencé de mettre ses avantures par escrit : car pource qui est dans les livres que d'autres autheurs ont desja faits en suite, ou qu'ils pourront faire desormais, comme s'ils venoient de la part du vray Historiographe de Lignon, je ne suis pas obligé de les croire » (Ibid., p. 49).

En 1628, dans ses Remarques sur le premier livre du Berger extravagant, Sorel discute de la situation d'amants emprisonnés :

« Si l'on ne se contente de cecy, je diray bien encore que dans la sixiesme partie d'Astree l'on void l'histoire d'un Chevalier qui estant devenu amoureux d'une belle Dame qu'il avoit tenuë dans ses prisons, sous un habit d'homme, passoit son temps à baiser les chaisnes dont elle avoit esté attachée. Il faisoit bien plus, il les mettoit au tour de son col, et les portoit incessamment en se promenant par sa chambre. Que l'on considere s'il estoit moins extravagant que nostre berger » (Ibid., p. 555).

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3 SignetGabriel Guéret (1641 - 1688)

Le Parnasse réformé (1671)

pp. 109-116

Astrée se plaint du Jugement de Pâris (I, 4, 89 recto à 91 recto).
Silvandre se plaint de vivre parmi des bergers.
Honoré d'Urfé se plaint des suites écrites par Balthazar Baro.

« Heliodore voyant que sa faute ne se pouvoit excuser, se retira adroitement, et fit place à la belle Astrée dont les yeux ardans et le visage chargé d'une rougeur plus grande qu'à l'ordinaire, témoignoient que son ame étoit agitée de quelque passion violente. Apollon qui s'en apperceut luy demanda la cause de ce changement, et voicy ce que cette aimable Bergere luy répondit.

Il y a long-temps, dit-elle, que je tiens captif le ressentiment d'une injure que l'on ma faite. J'ay voulu la dissimuler autant que j'ay pû, mais enfin je me suis persuadée que je trahirois mon honneur si je n'en poursuivois la vengeance ; et si parmy les plaintes de tout le Parnasse je ne mêlois les miennes qui sont plus legitimes que toutes les autres. C'est vous, poursuivit-elle en jettant les yeux sur Durfé, c'est vous qui êtes l'auteur de l'injure dont je me plains, et vôtre plume temeraire a jetté des traits dans mon Histoire qui me blessent dans la partie de l'ame la plus sensible. Je ne suis pas plus delicate qu'une autre : poursuivit-elle, j'excuse les emportemens amoureux, lors qu'une passion toute pure les produit, un baiser surpris galamment n'efaroucha jamais ma pudeur, et je say qu'il y a de petites privautez que l'amour inspire, et que la raison ne condamne pas. Mais quand je considre que je suis une des trois Bergeres que vous presentez à Celadon toutes nuës, de quel œil puis-je regarder une avanture si injurieuse à ma vie ? Et ne dois-je pas croire, ou que vous avez eu mauvaise opinion de ma pudeur, ou que vous m'avez prise pour une esclave que vous vouliez vendre à ce Berger. Si je ne me flatte point dans ma beauté, je croy que mon visage tout seul pouvoit bien faire une conqueste ; Il y avoit assez de feu dans mes yeux pour brûler un cœur, et je puis dire sans presumer trop, que ma nudité n'étoit point de l'essence de ma victoire.

Celadon voulut prendre le party de Durfé, mais Sylvandre luy dérobant la parole : Il ne faut point, dit-il, perdre le temps en des discours inutiles ; ce jour consacré à la réforme ne doit étre employé qu'à des remontrances serieuses ; et ce n'est point icy le lieu d'excuser une nudité qui ne peut être défenduë que par de mauvaises raisons. Ouy, poursuivit-il en se retournant vers Durfé, vous avez bien fait des choses à la legere, et pour ne point sortir de moy-même, n'est-il pas étrange que vous me fassiez quitter la fameuse Ecole des Massiliens pour me travestir en Berger, et me faire debiter sous cet habit de grandes leçons Philosophiques capables d'épouventer toutes les Bergeres. Avois-je amassé tant de science pour la voir perir dans un Roman ! Mes raisonnemens graves et serieux devoient-ils se perdre sous les bocages ? Et faloit-il que n'ayant à passer pour habile homme qu'une seule fois en ma vie, je ne le fusse qu'à contre temps ? N'esperez pas que je vous pardonne jamais cette imprudence, j'en demande justice à Apollon, et je ne suis pas homme à me laisser prendre à l'éclat d'une pannetiere de soye et d'une houlette d'argent.

Durfé plein de dépit de ne savoir que répondre aux remonstrances d'Astrée et de Sylvandre, déchargea sa colere sur son continuateur Baro. Quelle fantaisie vous a pris, luy dit-il, de continuer mon ouvrage pour corrompre par une mauvaise conclusion les beautez d'un commencement qui s'est fait par tout des admirateurs ? Quel droit aviez-vous sur mon dessein et sur mes pensées pour vous en saisir apres ma mort ? Et faut-il qu'une mauvaise pitié que vous témoignez avoir euë de ce que mon Roman étoit imparfait, vous ait conseillé de l'âchever pour le rendre encore plus défectueux. Vous me direz peut être que vous ne m'avez point fait de tort, et qu'on ne m'accusera jamais de vos fautes : Si cela étoit ainsi, je vous les pardonnerois volontiers : Mais on croira toûjours que vous avez travaillé sur mes memoires. On se souviendra que vous avez été mon Secretaire, que dans les Conferences que nous avons euës ensemble, je vous ay découvert tout mon sein, et de cette sorte j'auray la meilleure part dans vôtre ouvrage, et mon nom recevra tous les reproches qui devroient tomber sur le vôtre. Je ne veux point entrer dans le détail de toutes les choses qu'on pourroit justement reprendre dans votre continuation, vous les voyez maintenant aussi bien que moy ; vôtre esprit libre et dégagé des vapeurs terrestres qui l'offusquoient, connoist toutes ses erreurs ; mais en verité je ne puis me tire de ce dénoüememnt que vous faites par des clefs, je ne comprens pas quel rapport elles ont avec les amours de vos trois Bergeres : Et si vous n'aviez les railleurs de vôtre côté qui diront que vous voulez donner à ces filles la clef des champs, il seroit impossible de penetrer dans les Misteres de ce dénoüement.

Durfé s'alloit emporter plus loin, quand tout d'un coup Polexandre fendit la presse, et fit remarquer sur son visage tous les caracteres d'un homme irrité ».