Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé


SignetNOTES

des analyses

Abondant (d') « En outre, par surcroît » (Huguet). FuretiÈre ne donne pas cette expression, mais LittrÉ dit qu'elle n'est pas inusitée. Elle apparaît sous la plume de l'éditeur du Sireine, en 1606.
Absolution En 2013 encore, aux États-Unis, dans certains milieux, les romans n'ont pas perdu leur mauvaise réputation. Mme Luhrman, professeur à Stanford University, dans un article sur les pratiques religieuses dans les églises évangéliques, rapporte qu'une femme a confessé une addiction qu'elle regrette : elle lit trop de romans. « The Benefits of Church », NY Times, 21 avril 2013 (Voir ce site, 23 avril 2013).
Affectueux Vingt ans plus tôt d'Urfé se disait « affectionné » dans l'Épître de 1599. Le signataire du Jugemant se dit aussi « affectionné ». La formule de clôture de 1618 (texte de M. Gaume, p. 691) serait-elle plus familière ou plus moderne ? Le Dictionnaire de l'AcadÉmie de 1694 spécifie qu'affectueux « ne se dit que des paroles, des actions et non des personnes ». Affectueux est donc probablement une coquille.
Affige Affiche. Dans l'épître dédicatoire de La Triomphante entrÉe, d'Urfé emploie ce substantif que je n'ai pas trouvé dans les dictionnaires. Il s'agit d'un hispanisme, car LittrÉ signale une étymologie espagnole de afficher, afijar (Article Afficher).
Agathon Qui est cet Agathon ? Faut-il penser à un nom commun grec, « le bien » ? Le mot agathon figure dans les devises qui entourent les portraits du romancier et de sa muse à la tête de la première partie de L'Astrée (Voir Illustrations).

• L'auteur des Epistres s'adresse-t-il à Antoine Favre η, demande Maxime Gaume (p. 4).
D'Urfé appelle Favre η Agathon dans l'Épître à Marguerite de Valois η. Cependant, comme Favre η est un magistrat qui a une dizaine d'années de plus que d'Urfé, on comprend mal pourquoi le moraliste lui dirait dans une des épîtres : « le chemin que je t'ay frayé » (Epistres, I, 2, p. 14) ou surtout « tu ne peux sçavoir encor quel tu es » (I, 4, p. 30).

• Le chanoine Reure pense que le nom d'Agathon, dans Les Epistres morales, pourrait cacher celui de Gaspard de Genetines η (p. 77), un jeune homme de la suite d'Honoré d'Urfé.

• Jean-Pierre Camus η, en 1621, intitulera Agathonphile un roman dont le héros se nomme « Agathon ». Il soulignera alors que « Agathonphile » signifie « l'Amour du bien ».

• Chez Platon, Agathon est l'hôte qui reçoit Socrate dans le Banquet. Poète et dramaturge, cet Agathon a été l'ami de Pausanias, d'Aristophane et d'Euripide. Le jeune homme donne une description très conventionnelle d'éros tout au début du Banquet. Socrate lui pose alors des questions pour l'engager à réfléchir sur la véritable nature du dieu. Il oblige ainsi Agathon à reconnaître son erreur (199a-201c).

• En somme, l'Agathon des Epistres morales représente tout à la fois le jeune homme qu'on guide, l'ami par excellence et l'incarnation du bien. Quand d'Urfé s'entretient avec un jeune ami imaginaire, le lecteur devine l'écho des conversations d'Honoré avec son frère préféré, Antoine η. Voir Poèmes.
Agent « Celuy qui est commis pour faire les affaires d'un Prince, de quelque corps, ou de quelqu'un en particulier » (FuretiÈre). 
Aguerries Cette conduite qui n'est pas chevaleresque est celle de traîtres dans L'Astrée (III, 6, 223 verso).
Aiguilletté « Autrefois on estoit toûjours aiguilletté, pour dire, qu'on avoit le haut de chausses attaché au pourpoint avec plusieurs aiguillettes » (FuretiÈre). L'amant « aiguilleté » annoncé par Frosine dans L'Avare (1668) est un vieillard.
Alecto Nom de l'une des furies. Elle châtie les crimes commis contre les hommes. Ce n'est pas sa fonction dans L'Amedeide ; les actions qu'on lui attribue contredisent sa réputation.
Alexis (L') de Camus Dans un des livres de cet Alexis qui doit tant à d'Urfé, J.-P. Camus, en 1623, transpose les amours d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées η (L'Alexis, V, pp. 55-95). Le pieux Évêque η connaissait la troisième partie de L'Astrée, puisqu'il copie le poème d'Argantée (III, 6, 219 verso). Il adapte ces vers de misogyne pour critiquer au nom du Roi la légèreté d'une Gabrielle qui représente « un sexe si plein d'inconstance et d'imbecillité » (V, p. 78).

L'Évêque de Belley confie le récit de l'aventure à un religieux qui, dans sa jeunesse, aurait été page de Gabrielle. Le narrateur se reconnaît partial. Il multiplie les éloges de la beauté de sa maîtresse dans son exposé. S'il élimine le duc de Bellegarde et le mariage de Gabrielle, il souligne lourdement la jalousie de la jeune femme et la faiblesse du Roi. Le couple royal éprouve une passion « mal saine » (V, p. 78) ; les amours sont conduites « libertinement [...] et scandaleusement » (V, p. 74). Nul besoin de chercher bien loin pour déceler qui mérite le plus de blâme : Gabrielle.

• Le plus frappant et le plus intéressant, c'est l'habileté du romancier critique. Chaque qualité prêtée au Roi suppose des défauts chez sa partenaire : Henri est l'Hercule qui file devant Omphale (V, p. 58), il est le Pâris asservi à Hélène (V, p. 79), il est le Samson trahi par Dalila (V, p. 79). Plus encore, les surnoms choisis par Camus renferment la condamnation la plus catégorique des deux protagonistes. Gabrielle devient une Girabelle dont le cadavre monstrueux est « hydeux spectacle » (V, p. 88) ; elle évoque Jézabel. Le roi Henri, lui, devient Mandricard. Qui se souvient du Roland furieux sait que cet empereur sarrasin a aimé et séduit une volage Doralice. Quand cet homme meurt, vaincu par Roger, l'Arioste note que Doralice doit « choisir un autre qui, soit la nuit soit le jour, fût assez vigoureux pour répondre à ses désirs » (Chant XXX, II, p. 151). 

• L'histoire intercalée dans L'Alexis reste un peu plus près de la vérité que celle qui est intercalée dans L'Astrée dans la mesure où le Roi survit à Gabrielle. Ce récit démontre comment les agencements romanesques permettent de porter les jugements les plus durs sur le défunt roi.
Allambiquer Chez Étienne Pasquier, alambiquer signifie « distiller », sans nuance péjorative. Ronsard décrit son corps « alembiqué d'amour », transformé et prêt à s'envoler (cité dans Huguet).
Allégoriser Pasquier ne va pas « parler par allégories » (définition du verbe dans FuretiÈre), mais « expliquer selon le sens allegorique » (définition du Dictionnaire de l'AcadÉmie, 1694).
Altesse

Ce titre, dans le Testament et dans le Jugemant, désigne Charles-Emmanuel Ier, dit le Grand, duc de Savoie (1562 - 1630). En 1580, il succède à son père, Emmanuel-Philibert, dit Tête de Fer. Sa mère est Marguerite de France, la fille de François Ier, et son épouse est Catherine-Michelle d'Autriche, la fille de Philippe II d'Espagne. Il marie son fils, Victor-Amédée η, à la deuxième fille d'Henri IV, Chrétienne (Christine).
Le duc de Savoie, le maître d'Honoré d'Urfé pendant plusieurs années (Biographie), n'était pas un grand homme politique. Il « usa vainement sa vie et ses forces à poursuivre, par les armes et par les négociations, la réalisation de ses ambitieuses chimères [...] Ce prince aimait les lettres, et la bibliothèque de Turin lui doit sa fondation » (Pierre Larousse). MorÉri, dans son Dictionnaire, prête au Duc une douzaine d'enfants naturels. Le Prince a laissé un nombre étonnant de lettres écrites à son épouse - sept par jour parfois (Dufour, dans Lucinge, p. 181, note 201).

• René de Lucinge η, qui connaît bien le Duc, écrit « qu'il portoit le feu et l'eau » (p. 28). Samuel Guichenon, auteur d'une Histoire généalogique de la Royale Maison de Savoye qu'il dédie à Chrétienne de France, la belle-fille du Duc, se montre plus indulgent. Il explique que ce prince devait absolument fluctuer pour survivre. Pris entre la France et l'Espagne, il « les pouvoit difficilement avoir toutes deux pour amyes » (I, p. 867). Guichenon reconnaît que le Duc a eu « plus de courage que de bonheur » (I, p. 867). Ce prince, ajoute-t-il, « ne voyoit point le titre d’un Livre sans le lire tout entier » (I, p. 863).

• Stéphane Gal, emporté par sa sympathie pour le Duc, propose de comparer cet ambitieux chef d'État à Céladon (pp. 342-343) ! C'est plutôt dans les aventures d'Arimant et de Criséide qu'il faudrait chercher des allusions à la Savoie et à ses dirigeants. Composée à Virieu η, l'histoire se déroule en grande partie dans la région ; le destin de Criséide, selon l'oracle η, figure le destin de sa patrie, le pays des Libicins (III, 7, 284 recto).

• Voir Biographie d'H. d'Urfé et Jugemant. Le portrait du Duc dans la Galerie vient du livre de Guichenon (voir ce site http://www.migrations.fr/regimentfortbarraux.htm, 10 septembre 2017). Une copie du portrait que fit Van Dyck est dans ce site (12 mai 2015).

Amadis (Les) Les Amadis ont été le plus grand succès de librairie du XVIe siècle français. Leurs gravures, leur présentation soignée et leur orthographe régulière ont dû surprendre (Catach, p. 441). Plusieurs grands écrivains ont fait l'éloge des traducteurs de ce roman-fleuve dans les vers préliminaires (Pasquier η par exemple, dans les tomes 9 et 13). Du Bellay a composé une ode pour féliciter Herberay des Essarts, le maître d'œuvre :
     « Or entre les mieux appris
     Le chœur des Muses ordonne
     Qu'à Herberay soit le pris
     De la plus riche couronne :
     Pour avoir si proprement
     De son propre acoutrement
     Orné l'Achille Gaulloys,
     Dont la douceur allechante
     Donne à celuy qui le chante
     Le nom d'Homere François ».
(Cité dans Baret, p. 165).
En commentant les Remarques de Vaugelas, Patru cite souvent les Amadis. Leur premier traducteur, Herberay des Essarts « est le premier qui a eu quelque connoissance de la Langue Françoise » (II, pp. 592-593).

• À cause de leurs scènes licencieuses, Les Amadis ont une réputation déjà bien établie du temps de L'Astrée : ils représentent la quintessence du romanesque, les derniers éclats de la chevalerie et surtout une sensualité omniprésente. Les chevaliers des Amadis « se faisoient eux mesmes cocus », écrit un romancier, Vital d'Audiguier (p. 398). « Je voudrois avoir autant de centaines d'escus comme il y a eu de filles, tant du monde que de relligieuses, qui se sont jeadis esmeues, pollues et depucellées par la lecture des Amadis de Gaule », déclare un chroniqueur, BrantÔme (p. 535). Un poète, La Fontaine, se moque de la principale héroïne des Amadis, qui, « un pain sur la fournée emprunta » (p. 91). Amadis de Gaule et Oriane ont engendré ainsi Esplandian dès le tout premier volume !

• L'Astrée, comme Les Amadis, a choqué. La description de l'amour est telle qu'« il se glisse un venin imperceptible, qui a gagné le cœur avant qu'on puisse avoir pris du contrepoison », explique FuretiÈre dans le Roman bourgeois (p. 1006). Lire L'Astrée est nocif.
Amédée Jugemant. Prénom de plusieurs ancêtres de Charles-Emmanuel de Savoie. Selon les Epistres morales, le véritable « grand Amé de Savoye » (II, 3, p. 252) est Amédée VIII le Pacifique (1383 - 1451), le comte de Savoie qui s'est retiré dans un ermitage à Ripaille avant de devenir le pape Félix V (Menabrea, pp. 84-100). C'est le « beat Amedee » du Jugemant. Guichenon énumère les très nombreux éloges reçus par ce personnage (I, pp. 495-498).
Amour Rémy Belleau s'oppose à la conception rationnelle de l'amour dans un sonnet où il écrit :
     « Ou si l'Amour est rien, c'est bien je ne scay quoy,
       Qui vient je ne scay d'où, et ne scay qui l'envoye » (Bergerie, p. 98).

Rien peut signifier « quelque chose » dans l'ancienne langue (Huguet).
Ancienneté Pasquier pense aux us et coutumes de l'antiquité.
Huguet signale une première « epitre liminaire » en 1548, dans l'Art poétique de Sébillet. Mais il s'agit alors d'une préface, non d'un texte encomiastique composé par un tiers.
Andier « Andier, subst. masc. Espèce de chenet » (La Curne). Landier est la forme plus courante. « Ce qu'en plusieurs lieux de la France est appelé landier est ici nommé chenet. H. ESTIENNE, Precellence, p. 174 » (Huguet).
Anet P.-D. Roussel raconte l'histoire de ce château prestigieux situé à moins de 80 km de Paris. L'auteur se fonde sur des documents relevés par Ducerceau au XVIe siècle et par le comte de Camaran au XVIIIe siècle.
Après la mort de sa plus célèbre propriétaire, Diane de Poitiers, Anet appartient à un chef ligueur, Charles de Lorraine, duc d'Aumale. Henri IV est victorieux en 1590. Le duc d'Aumale s'exile en 1595 ; son château est condamné à être rasé. Le Roi donne plutôt la propriété au premier fils qu'il a eu de Gabrielle d'Estrées η, César de Vendôme. Henri embellit et agrandit le château (p. 129). Marie de Médicis η s'y rend le 26 mars 1610. Le château d'Anet gardera beaucoup de son éclat jusqu'en 1685 quand son propriétaire entreprendra des travaux importants et malencontreux pour recevoir Louis XIV lors d'une fête somptueuse (p. 180).
Anne d'Urfé 1555 - 1621. Frère aîné d'Honoré. Page à la Cour, il ne rentre en Forez qu'à douze ans (Longeon, p. 327). Il bénéficie alors de l'enseignement de Lois Papon η. Premier époux de Diane de Châteaumorand η, Anne est ordonné prêtre en 1603, après l'annulation du mariage η. Il devient Doyen de Notre-Dame de Montbrison. Il est probablement l'un des modèles de Lycidas, le frère de Céladon (voir Longeon, pp. 15-29).
Annius de Viterbe Giovanni Nanni (1432 - 1502), dit Annius de Viterbe.
Ce moine italien réunit et publie en 1497 des textes d'historiens anciens et surtout de Bérose, un historien chaldéen du IIIe siècle avant J.-C., dont l'œuvre n'existait plus que sous forme de fragments. Jean Bouchet déjà, en 1557, doutait de l'authenticité de Bérose, source de Jean Lemaire de Belges, précise-t-il (f° 1 verso).
« Tous les peuples occidentaux furent touchés par le contenu de l'ouvrage » de Viterbe, écrit C.-G. Dubois (p. 25). On pense aujourd'hui que le recueil de Viterbe est une compilation de textes apocryphes.
Annonciade « L'Ordre du Collier dit 'du Lac d'Amour', puis (après 1518) de l'Annonciade (Ordine Supremo della Santissima Annunziata) a été créé en 1364 (ou 1362) par le Comte Amédée VI de Savoie. Sa devise, FERT (Fortitudo Eius Rhodium Tenuit - Sa Bravoure a défendu Rhodes), fait directement référence à la défense de Rhodes contre les Turcs, opérée en 1315 par le Comte Amédée V de Savoie. Appartenant à la Maison de Savoie, le Duc en étant son Souverain Maître, l'Ordre de l'Annonciade a donc naturellement été le principal ordre du Duché de Savoie, puis des Royaumes de Sardaigne et d'Italie, jusqu'en 1946 » (Arnaud Bunel, Site Héraldique européenne, 13 septembre 2010).

• En 1618, Honoré d'Urfé et son frère sont nommés chevaliers de l'Ordre de l'Annonciade, promotion de la Chandeleur. Le brevet de Jacques η porte le n° 152, et celui d'Honoré le n° 164. Voir le collier de l'Annonciade dans ce site (10 février 2014). Stéphane Gal explique : « La réception de nouveaux membres était publique » et fastueuse. « Les chevaliers étaient présents à toutes les cérémonies du pouvoir » et « devaient entendre la messe chaque jour et assister aux fêtes liturgiques significatives [...] bien sûr à toutes les fêtes mariales » (p. 355) et aux joutes à thème associées aux célébrations religieuses (p. 361).

• Honoré d'Urfé, dans son testament, rend le grand collier η de l'Annonciade au duc de Savoie et se fait enterrer avec le petit (Doublet, p. 212, Testament). C'est l'usage, explique Arnaud Bunel, spécialiste en héraldique (message du 13 septembre 2010).
Anonymat Cacher les noms de lieux est, chez d'Urfé, un choix délibéré. « On tenoit caché et secret le propre nom de Rome, à ce que les ennemis ne le peussent appeller dehors : les Oracles respondoyent » (Equicola, f° 261 verso). Pline semble être à l'origine de cette crainte : les dieux protecteurs pourraient suivre ceux qui les appellent hors de la ville en leur promettant plus d'honneurs (XXVIII, 4).

• Deux lieux astréens demeurent mystérieux non parce qu'ils sont anonymes, mais parce qu'ils sont affublés de noms inconnus aujourd'hui : Mont-Suc (I, 4, 86 verso), première rencontre de Céladon et d'Astrée (Mont-Sup, propose Gaume, p. 187), et Isoure (I, 2, 21 recto), première rencontre de Céladon et de Galathée (Chalain d'Uzore, selon Gaume, p. 200). Voir la Carte du Forez.
Antoine d'Urfé 1571 - 1594. C. Longeon consacre un chapitre à ce frère chéri d'Honoré d'Urfé (pp. 222-237). Il le fait naître en mai ou juin 1572 et le considère comme un modèle de Silvandre (probablement uniquement pour sa connaissance de Platon). La devise d'Antoine était son anagramme : « Une ardente foy », écrit Anne d'Urfé η (Ibid., p. 225).
Antoine est à Tournon η avec ses frères, Christophe η et Honoré. Il y participe à la composition de La Triomphante entrÉe et y danse la moresque η (pp. 31, 119). Il devient en mars 1593 prieur de Montverdun, abbé de La Chaise-Dieu, puis, nommé par Henri III, évêque de Saint-Flour (Bernard, p. 225). Soutenu par le duc de Nemours, il participe à la Ligue η avec ses frères (Longeon, p. 234).
Philosophe néo-platonicien η, Antoine a publié deux dialogues pour lesquels Honoré d'Urfé a écrit un sonnet liminaire (Voir Poèmes). Dans L'Honneur et La Vaillance, les interlocuteurs, Uranophile et Polemophile, pourraient représenter Antoine, le sage, et Honoré, le batailleur. Auguste Bernard décrit un troisième opuscule (« De la beauté qu'acquiert l'esprit par les sciences ») dédié à Marguerite de Valois η (p. 221) et publié sans doute après sa mort (Longeon, p. 228).
Longeon relève avec raison que le nom d'Antoine d'Urfé est souvent associé à des aventures rocambolesques dans les documents de l'époque, et que sa mort même a pu se dérouler dans trois cadres différents (p. 233). Vraisemblablement, Antoine est mort tué par accident devant les murs de Villerest (Reure, p. 46). « Le plus cher de mes freres par sa mort me marqua de noir le premier d'Octobre » 1594, rappelle Honoré d'Urfé au début de ses Epistres (I, 1, p. 3).

• Le témoignage de La Mure est édifiant : « [Antoine d'Urfé] ne faisoit jamais voyage qui fut un peu long, qu'il ne fit conduire après soy une Bibliotheque portative, et n'eut dans son train des chevaux chargez de Livres pour s'en servir dans les desseins des compositions devotes qu'il avoit conceuës et commencees ». Il est mort « innocente victime de la rage de ces furieux l'an 1595 [sic] » (II, p. 324).
Appareance Jugemant. « Apparence. Vraisemblance, raison ; caractère de ce qui paraît raisonnable, sensé ; motif sérieux » (Huguet).
Apophétie Agrippa d'Aubigné forge ce terme lorsqu'il expose la disposition de ses Tragiques dans un texte prétendument écrit par l'éditeur : les Tragiques présentent des « prédictions de choses advenues avant l'œuvre clos que l'Autheur appeloit en riant ses apopheties » (Aux lecteurs, p. 7).
Arcadie de Sidney Albert W. Osborn expose les détails d'« une véritable bataille littéraire entre Baudoin et Toussaint Du Bray d'un côté, et Mlle Chappelain et Foüet de l'autre » (p. 87). Roméo Arbour apporte d'utiles précisions. En 1623, Toussaint consent à Jean Baudoin un « contrat très avantageux » pour L'Arcadie (Arbour, p. 98). Peut-être parce que la rivale de Baudoin, Geneviève Chappelain, est sa parente, Fouët, le 1e décembre 1624, réussit à obtenir lui aussi un privilège pour une traduction de l'Arcadie. Il bat de vitesse son rival en inversant l'ordre de publication des trois parties du roman. Baudoin s'entend mal avec Toussaint qui le poursuit en justice. Les deux hommes n'auront plus affaire ensemble avant 1630 (Arbour, pp. 247-248).
Arétuse Réponse aux Parfaits amants. Après Hésiode et Homère, Ovide (V, 572 sq.) rapporte la métamorphose d'Aréthuse en fontaine.

• Cette nymphe d'Artémis (Diane) fuyait Alphée, le fleuve qui l'aimait. La fontaine a inspiré des légendes (30 octobre 2014) : « On dit aussi que souvent on y voit des fleurs venues de Grèce, et qu'une coupe de bois jetée dans l'Alphée, en Grèce, réapparaît dans le puits d'Aréthuse, en Sicile ».

Pline (II, 235) écrit que dans « la fontaine Aréthuse à Syracuse [on retrouve] les objets jetés dans l'Alphée, qui traverse Olympie et a son embouchure sur la côte du Péloponèse ».
Arianisme Depuis le IVe siècle, des querelles théologiques divisent la chrétienté. L'une des discussions les plus violentes porte sur la Trinité η et sur la consubstantialité (même substance) des personnes qui sont en Dieu. Arius, un prêtre d'Alexandrie (Egypte), expose une théorie jugée hérétique : le Père est divin mais le Fils est humain. En 325 le concile de Nicée condamne Arius et sa secte, les ariens ou les unitaires. L'arianisme se répand quand même. Les persécutions aussi. Voltaire s'étonne à bon droit de la violence des luttes contre les hérésies, « ces subtils ergotismes qui ont coûté tant de sang » (Article Arianisme). Certaines folies n'ont pas d'âge.

La querelle reparaît au XVIe siècle, et l'arianisme s'impose en Allemagne et en Angleterre, pays protestants. Quand le concile de Trente débat de la Trinité, Claude d'Urfé, le grand-père d'Honoré, représente François Ier (Reure, p. 6). Honoré lui-même consacre un poème à la Trinité (Voir Poèmes).

L'Astrée démontre combien Honoré d'Urfé tenait au dogme de la Trinité η, et combien il cherchait à l'expliquer et à l'illustrer par la bouche d'Adamas. De plus, sa bibliothèque révèle qu'il s'intéressait assez aux hérésies pour acheter des livres sur ce sujet dès 1600 (DucimetiÈre, p. 758). La question a dû occuper toute sa famille. Dans un dialogue imaginaire, Antoine d'Urfé explique que l'arianisme serait né d'une mauvaise interprétation de Platon (L'Honneur, pp. 11-12).
Arioviste et César Arioviste répond aux députés « que s'il avait besoin de César, il irait vers lui ; que si César voulait de lui quelque chose, il eût à venir le trouver ; [...] enfin, qu'il lui semblait étonnant que, dans la Gaule, sa propriété par le droit de la guerre et de la victoire, il eût quelque chose à démêler avec César ou avec le peuple romain » (CÉsar, I, 34). Arioviste ajoute plus tard, en parlant à César lui-même « qu'en tuant César il remplirait les vœux de beaucoup de nobles et des principaux de Rome ; il le savait par leurs propres messagers ; et sa mort lui vaudrait leur reconnaissance et leur amitié » (CÉsar, I, 44).
Aristarque Dans l'épître dédicatoire de La Triomphante entrÉe, Honoré d'Urfé utilise ce nom propre devenu un nom commun. Aristarque de Samothrace, au IIe siècle avant J.-C., critique sévèrement les textes grecs anciens. Cependant Horace termine son art poétique en louant le sage qui fait des critiques judicieuses et qui devient un Aristarque.

• Très sensible à la critique, susceptible peut-être, d'Urfé s'adresse aussi à « Zoïle », dans le poème liminaire qui suit immédiatement l'épître dédicatoire de La Triomphante entrÉe. Zoïle est un critique du IVe siècle av. J.-C. qui a lui aussi calomnié Homère, et qui a connu une fin tragique.
Aristote (~384 - ~322). Philosophe grec dont les œuvres, rappelle Maxime Gaume, constituent « le cadre pédagogique obligatoire » au XVIIe siècle (p. 86). Marguerite de France, duchesse de Savoie, a encouragé les traductions et interprétations de l'Éthique de Nicomaque (Gorris Camos, pp. 135-173).
Nommé presque aussi souvent que Platon dans les Epistres, Aristote est pour d'Urfé « ce grand Genie [...] de la nature » (III, 18, p. 389) surtout à cause de ses Éthiques (L'Éthique à Nicomaque). La théorie de la connaissance, dans L'Astrée, est empruntée à Aristote (Adam, pp. 201-202).
La Poétique est évoquée dans le préambule du Jugemant et dans la préface de La Sylvanire (Gaume, pp. 25-26). D'Urfé a pu lire ce texte fondamental en latin ou en italien. Il reprend non seulement les chapitres consacrés à l'épopée (23 et 24), mais encore les chapitres consacrés à la tragédie et surtout la section 6 (1449 b).
Arménie Selon Jean Lemaire de Belges, après le déluge, Noé se serait installé en Arménie pour diviser le monde entre ses trois fils, Sam, Cham et Japhet (Dubois, p. 37). C'est en effet en Arménie que se trouve le mont Ararat (sommets à plus de 5 000 mètres) nommé dans la Genèse (8, 4). Une tradition qui remonte à Flavius Josèphe et Isidore de Séville considère Japhet comme le père des Européens ; c'est l'ancêtre de Dis Samothes.
Arquebuse Jugemant. « ARQUEBUSE. s. f. Arme à feu de la longueur d'un fusil, ou d'un mousquet, & qui se bande d'ordinaire avec un rouët » (FuretiÈre).
ARTFL ou Frantext en France (Accès réservé aux membres). Cette édition numérisée de L'Astrée de Vaganay reprend le texte des Slatkine reprints (1966) sans mentionner le nom d'Hugues Vaganay ou l'édition de 1925. Qui plus est, des dates sont données entre crochets et en caractères gras. Elles ne correspondent pas à des réalités mais à des vœux pieux, puisque le texte de Vaganay ne reprend pas les éditions originales !
On lit par exemple : « Urfé, Honoré d'. 1567-1625. [1607], L'Astre T. 1 ».
- Le texte présenté dans ARTFL n'est pas celui de 1607 (anonyme ou non), mais celui que Vaganay a retenu en 1925, c'est-à-dire celui de 1612 ! « 1607 » indique la véritable première édition. On retrouve la même information trompeuse dans les copies diffusées par Kindle Amazon.
Vaganay lui-même indique qu'il a utilisé les éditions suivantes (L'Astrée, V, pp. 551-561) : Tome I, T. Du Bray, 1612. Tome II, T. Du Bray ou Jean Micard, 1610. Tome III, N. et J. de la Coste, 1631. Tome IV, (1627 ?).
- La Sylvanire n'est pas de 1625 mais de 1627.
Asmodée et
Belial
Jugemant. Démons nommés dans la Bible. Le premier serait un ange déchu selon certains commentateurs.
Assignation « Une constitution de rente, un établissement de pension sur certaines terres ou revenus qui y demeurent affectés et hypothequés » (FuretiÈre). 
Assistance Jugemant. « Fortifiez-vous, et que vos mains ne soient pas lâches ; car il y a un salaire pour ce que vous ferez » (2 Chroniques 15:7). Les personnages bibliques nommés ont tous su agir et mériter l'aide de Dieu. Aide-toi et le Ciel t'aidera, lit-on aussi dans L'Astrée (II, 7, 450).
Asti Jugemant. Lors de la guerre de Succession de Montferrat η, le roi d'Espagne assiège Asti. D'Urfé mène l'une des troupes envoyées à la défense de la ville en juin 1615. La même année, la paix d'Asti consentie par les Espagnols a mis un terme à des combats auxquels d'Urfé n'aurait pas participé, selon le chanoine Reure (p. 193).
Le Duc de Savoie η a-t-il vraiment obtenu des conditions avantageuses ? Oui, car le représentant de l'Espagne est rappelé à Madrid. Non, car les hostilités reprennent (Gal, p. 413).
Astrée - On rencontre un Astree dans la Mythologie de Conti : Neptune possède une nymphe qui engendre « Astree qui par mesgarde coucha avec Alcippe sa sœur, et le lendemain reconoissant l'anneau qu'elle luy avoit donné, de dueil qu'il en eut se jetta dedans la riviere, qui fut pour ce regard dicte Astree » (p. 132).
- Rémy Belleau, en 1563 probablement selon son éditrice, compose une « Ode à la Paix » qui est une Ode à la déesse Astrée. Il appelle sur terre la « gente Deesse », « fille du ciel amoureuse » (pp. 34-36). Ces vers sont insérés dans la Bergerie, mais la déesse a « choisy pour hostesse » Catherine de Médicis, non des bergers.
Au temps Jugemant. Faut-il lire qui convienne au temps ?
Aubery J. Jean Aubery (1569 - mort après 1624). « Voleur » du Sireine, il est l'auteur d'un ouvrage manuscrit qui figure dans l'Inventaire de la bibliothèque d'Honoré d'Urfé : « Quatre livres escriptz à la main des Recherches de l'antiquicté d'Autun en quatre thomes » (Reure, p. 183).
Claude Lamboley consacre un article fort intéressant à ce Bourbonnais qu'il appelle Jean Aubery du Plessis. Les Aubery, comme les Papon η, appartiennent à des familles riches où l'on pratique des métiers sans déroger.

• La famille Aubery pensait descendre d'un chevalier qui avait suivi Godefroy de Bouillon en Palestine, et d'un autre qui escortait saint Louis en Egypte (Lamboley, p. 3). Le père de Jean Aubery est médecin, et sa mère, Louise de Lingendes, appartient à une famille de notaires. Jean a pu fréquenter le collège de Tournon η avant de s'inscrire à la faculté de médecine de Montpellier. Il obtient son doctorat en 1593. Il s'est marié à Moulins et s'est installé dans son château de Plessis. Son cousin, le poète Jean de Lingendes η, décrit de « vastes salles décorées de tableaux peints sur les murs » représentant des ancêtres valeureux (Lamboley, p. 9), ainsi que des dauphins, emblèmes de la famille.

• Jean Aubery, explique Lamboley, s'installe à Paris en tant que médecin avant 1604. Il pratique auprès du duc de Montpensier, puis en 1605 auprès d'Henri IV, et devient Surintendant des Eaux Minérales (Lamboley, p. 17). Aubery est surtout connu des érudits comme un écrivain bourbonnais, apprécié en son temps, auteur, entre autres, de L'Antidote d'amour et des Bains de Bourbon-Lancy et l'Archambaud (Lamboley, p. 1).
Malgré son admiration pour Ovide et Ronsard, Aubery a démontré que la médecine pouvait apporter un remède à l'amour (Id., p. 12). Il a aussi contribué à la vogue des eaux curatives. L'une d'entre elles, à Bourbon-Lancy, guérissait la stérilité féminine (Id., p. 13) - ce qui a dû intéresser les d'Urfé.
Jean de Lingendes adresse à Aubery des vers admiratifs d'un goût douteux qui rappellent justement que l'une des spécialités de ce médecin était de soigner la stérilité :
    « Tout de memse apprins-tu que tant de Lits steriles,
     Dedans ces tiedes Bains plus feconds devenus,
     Ne laissent les baizers de l'Hymen infertiles,
     Monstrant qu'en l'Eau salée a peu naistre Venus »
(Lingendes, « À Jean Auberri », p. 205).
Auditeurs L'auditeur peut être une « Sorte d'officier de justice » (La Curne).
Auditrice Léonide détient une sorte de record : elle entend neuf récits. Quatre fois elle est l'unique auditrice, deux fois, en tant que juge, elle est la principale auditrice.
Autel au Dieu Inconnu Réponse aux Parfaits amants. Dans les Actes des Apôtres, saint Paul, à Athènes, parle de cet autel (17, 22-23). Il convertit ses auditeurs en affirmant que son Dieu à lui est justement le « dieu inconnu » que révèrent les païens.

Pausanias, dans sa Description de la Grèce, évoque un autel aux dieux inconnus (I, 1, 4). Ce « dieu inconnu » prend d'autres formes encore à Rome, explique A. Longnon : Il existait « une divinité romaine que l'on nommait Tutela, et dont le culte reposait essentiellement sur une métonymie, car il consistait à adorer sous ce vocable le dieu inconnu protecteur d'une ville ». Ce nom (qui est la racine de Tulle) « apparaît au sud-ouest de la Gaule, de l'Espagne et des bords du Rhin » (p. 112).

• Le Larousse du XIXe donne de curieuses occurrences où le « dieu inconnu » est devenu le progrès ou encore la découverte de l'Amérique (Article Deo ignoto). Voir aussi Anonymat η.

• Je n'ai pas trouvé le nom d'un empereur qui aurait fait construire un autel au « dieu inconnu », comme l'écrit d'Urfé dans sa Réponse aux Parfaits amants.
Autre Jugemant. Cette comparaison fait écho à des préceptes de la Poétique d'Aristote : « C'est à peu près comme en peinture où quelqu'un qui appliquerait les plus belles couleurs pêle-mêle charmerait moins qu'en esquissant une image » (1450 b).
Aynsi que Jugemant. « Ainsi que. Alors que, tandis que, au moment où » (Huguet).
Bagasse Mot utilisé par Sully. « Vieux mot qui estoit un terme injurieux dont se servoient les petites gens en se querellant. Ainsi Regnier a dit, Bagasse, ouvriras-tu ? en parlant d'une servante. Ce mot vient de ce qu'en vieux François on disoit bague, pour dire, une putain, mot derivé de l'Allemand bag, qui signifie la même chose » (FuretiÈre).
Bâgé Dans le Testament d'Honoré d'Urfé, il s'agit du marquisat de Bâgé (ou Baugé) que Honoré et Diane ont acheté en 1612. « C'est elle seule, et de ses deniers propres, qui rachetait » cette terre (Reure, p. 152). Le couple s'y rend en 1613 (Trenard, p. 30). Une fille de Christophe η d'Urfé s'y marie en janvier 1621 (Dufour, pp. 129-130).
Bâgé-le-Chatel, dans l'Ain, un marquisat dont dépendaient vingt-cinq paroisses, est au cœur des pénibles transactions d'Honoré d'Urfé avec sa famille.
En 1575, le duc Emmanuel-Philibert de Savoie accorde Bâgé à Renée de Savoie η. Elle s'y installe et y marie deux de ses filles en 1581 (Archives de Savoie FRAD73-10F 330). Après la mort de Renée de Savoie, Jacques η, couvert de dettes, cède le marquisat à un de ses créanciers en 1602. En 1612, Honoré et Diane le rachètent. À la mort du romancier, Jacques η se considère maître de Bâgé. Diane et son héritier s'y opposent en vain. Les tribunaux donnent raison aux d'Urfé (Voir Héritages).

• Sur Bâgé / Baugé, voir la conférence de Michel Balandras dans ce site (22 avril 2015).
Bahut « BAHUT. subst. masc. Coffre couvert de cuir dont le couvercle est arrondi » (FuretiÈre).
Baïf Jean-Antoine de Baïf (1532 - 1589) est considéré par Claude Binet comme un « personnage [...] des plus doctes, et des premiers compagnons de Ronsard η » (« La Vie de Pierre de Ronsard ». Ronsard, éd. B. Macé, 1609, p. 1143). Féru de grec (Ibid., p. 1144), Baïf a composé et signé les épigrammes farcies de mythologismes qui accompagnent les portraits du poète et de sa maîtresse en 1552 (Les Amours, Paris, Maurice de La Porte).
Merci aux professeurs Bonnechere et Wechter pour leur aide.
Bailli Cotgrave donne une description détaillée des charges du bailli :
« A Bailife (but of much more authoritie than ours) a Magistrat appointed within a Province, or precinct certaine, to execute justice, maintaine the peace, and preserve the people from oppression, vexation, and wrong : To which end he takes notice of treasons committed, false money coyned; robberies, and murthers done ; rebellions, or seditions raised ; unlawfull, or populer assemblies made ; Armes borne, or souldiours levied, without warrant ; Protections, or Sanctuaries violated ; Pardons, and Charters abused ; Faires, markets, freedomes, and other priviledges usurped, or unjustly stood on : Hee makes proclamations in his owne name ; he calls the Ban, and Arriereban ; leads those that be raised by it ; and appoints th'ordinarie musters of his Province : hee determines Appeales from the sentences of Provosts, and other inferior Judges, at Assises, whereof he is the principall Judge ; and is thereby held the most proper Judge for Gentlemen, who have ever pretended that their causes must bee decided at Assises ; and yet for all this, (and though hee may have a Lieutenant) he is but a Deputie, either unto the king, or unto some lord ; every one whereof (unto the Chastellain) hath, or may haue, a Bailli within his territories ».

La Mure explique que le Bailli du Forez est « supréme officier » des comtes du Forez. Cette « dignité est en telle consideration qu'ell' est dans la tres-illustre Maison d'Urfé depuis prés de trois siecles » (I, pp. 42-43).
Balthazar Balthazar Dessay. Appelé simplement « Balthazar », il est désigné comme « serviteur » dans le Testament : « Serviteur domestique, celuy qui est aux gages d'un maistre, ou qui est attaché à luy par l'espoir de la recompense » (FuretiÈre).
Le Testament désigne aussi un « agent » nommé Lafont, que je n'ai pas réussi à identifier. L'agent est un « soliciteur » (Richelet) « commis pour faire les affaires » (FuretiÈre). Mais ce n'est pas Lafont qui traite avec les éditeurs.
C'est Balthazar Dessay qui, depuis 1614 au moins, est impliqué dans l'histoire de L'Astrée. Il est nommé dans les transactions qui entourent la publication de la troisième et de la quatrième partie de L'Astrée, ainsi que dans la parution des Astrées posthumes. Après 1625, il joue un rôle important dans l'établissement de l'Inventaire de Virieu-le Grand η.
Ce Balthazar, qui a pris femme quand il était au service du romancier selon le Testament, n'est sûrement pas Balthazar Baro, car celui-ci s'est marié bien après 1625, et à Paris (Piganiol, IV, p. 381).
Bandeaux Je remercie Jean-Marc Chatelain, Conservateur à la Bibliothèque Nationale de France, qui m'a mise en garde contre la tentation d'analyser ces figures énigmatiques pour essayer de les interpréter.
J'ai recopié dans mon édition les bandeaux de la deuxième et de la troisième partie de 1621. Je les ai agrandis pour que les motifs soient bien visibles. Voici la description des quinze bandeaux de la première partie :
- La dédicace est surmontée par un bandeau qui présente le dieu Amour entouré de plantes et de cornes d'abondance. Les lettres I et L, aux deux extrémités renvoient peut-être à Louis le Juste, Louis XIII. Cependant cette dédicace est adressée en fait à Henri IV, qui n'est pas nommé.
Les livres qui suivent renferment :
- des oiseaux au long cou qui ont déterré un insecte (Préface, livres 1, 5, 8, 9, 11) ;
- le dieu Amour, des cornes d'abondance et des huppes qui s'envolent (livres 2, 7) ;
- un masque (fontaine ?) entouré de démons (livres 3, 4, 6, 10, 12 et Tables).
Bastie Dans son étude des Noms de lieu de la France, A. Longnon note qu'au XIVe siècle, bastide désigne « des maisons de campagne ordinairement bâties avec une certaine rapidité » (p. 517).
Batterie Jugemant. C'est une recommandation de la Pléiade. Ronsard η écrit dans la préface de sa Franciade :
« Tu n’oublieras à faire armer les capitaines, comme il faut, de toutes les pieces de leur harnois, soit que tu les appelles par leur nom propre ou par periphrases ; car cela apporte grand ornement à la poesie héroïque » (cité dans Weinberg, p. 263).
Bautton Je n'ai pas trouvé dans les dictionnaires le nom de cet objet qui accompagne le chenet.
Bergerie Réponse aux Parfaits amants. « BERGERIE, se dit figurément en matiere spirituelle du lieu où se retirent les Fidelles qui sont sous la conduite d'un Pasteur » (FuretiÈre).
Bérold Ce prince figure dans une série de douze tableaux qui décorent la Galerie conçue par le duc de Savoie et réalisée par Federico Zuccari en 1580. Les membres de la Maison de Savoie défilent « dans une longue et interminable chevauchée » (Gal, p. 368). 
Biron Charles de Gontaut, duc de Biron (1562 - 1602). Ce maréchal de France est né d'une mère protestante et d'un père catholique. Il sert Henri IV qui le nomme maréchal en 1590 puis duc. Ambitieux et superstitieux (Hardouin de PÉrÉfixe, p. 133), Biron se laisse séduire par les offres du duc de Savoie η. Celui-ci désire que la noblesse se soulève contre Henri. Le complot est éventé par Jacques de La Fin. Biron, à la dernière minute, sauve la vie du Roi. Il est confondu à cause des lettres qu'il a écrites. Enfermé à la Bastille, il est jugé par le Parlement et décapité. Selon S. Gal, ce complot aurait été grossi par la propagande royale pour entretenir le désordre et affaiblir les partisans de la Savoie (p. 199).
Honoré d'Urfé ne semble pas avoir été impliqué dans la conspiration de Biron. Néanmoins, il a été inquiété (Reure, p. 118 sq.).
Bizarre En commentant les Remarques de Vaugelas, Patru, sans s'arrêter aux différences de graphie, considère que bigearrerie signifie fantasque et bizarrerie signifie extravagance (II, p. 594).

• Dans la première partie de L'Astrée, cet adjectif est écrit bisarres en 1607, et bigearres en 1621 (I, 11, 369 recto). D'Urfé, en 1607, semble donc écrire comme on parle à la Cour. C'est aussi le cas pour je vas devenu je vais par exemple (Variantes).

• Dans la deuxième partie, on trouve bisarre en 1610 et en 1621 (II, 9, 580).

• Dans la troisième partie, on rencontre trois graphies : bisarre (III, 7, 274 recto) en 1619 et en 1621, puis bijare en 1619 et bijarre en 1621 (III, 3, 79 verso) !
Tout ce qu'on peut déduire de ces fluctuations, c'est que L'Astrée reflète les indécisions de l'époque.
Blandine Sa tombe, à l'abbaye d'Ainay, à Lyon, est profanée en 1562. En 1569, dans le Discours des premiers troubles advenus à Lyon, Gabriel de Saconay rapporte ces faits en énumérant les crimes du baron des Adrets (p. 242). Récit commenté par D. Crouzet, p. 199.
Blasmer Jugemant. Plutarque l'affirme : « Mais l'historien doit toujours dire la vérité quand il la connaît ; et lorsqu'il est partagé entre plusieurs traditions incertaines, il faut qu'il préfère celle qui est plus avantageuse aux personnes dont il parle » (855 f).
Blessure Jugemant. Bertoletto explique : « Peut-être que le poète a utilisé le mot plaie au lieu de coup ; bien que je ne me souvienne pas d’un tel exemple » (p. 162, note 1).
Boèce Un manuscrit intitulé Le Livre de la Consolation de philosophie de Boèce, traduit en vers français par Renault de Louhans, porte les armes de Claude d'Urfé (Gaume, p. 662).
Boèce imagine que Fortune prend la parole pour lui rappeler qu'elle l'a d'abord choyé ; grâce à elle, il a appris ensuite à la surmonter (MÉtry, pp. 59-70).
Boèce fait discourir des allégories dans sa Consolation. PÉtrarque η l'imitera en opposant Raison à Joie et à Crainte dans ses Remèdes Contre la bonne et la mauvaise fortune.

Valentinien a fait tuer Boèce en même temps que Ætius ; Fauchet le rapporte (p. 99). Honoré d'Urfé choisit de raconter l'assassinat de Ætius et de ne pas nommer Boèce.
Bouchon Huguet cite cette phrase de Pasquier pour illustrer la définition du mot : « Touffe de verdure, de feuillage servant d'enseigne à un cabaret ».
Brebis La bergère ne lui donne pas de nom. Dans la deuxième partie de L'Astrée, Diane aussi aura une brebis favorite et lui donnera un nom (II, 1, 27).
Bricolle Jugemant. « BRICOLE, a signifié chez les Anciens, une machine à jetter des pierres. Du Cange » (FuretiÈre).
Cabane Étrange lapsus de Pasquier. Galathée habite le « Palais d'Isoure » (I, 1, 7 verso). Astrée évanouie a été emportée « en la cabane plus proche » (I, 1, 5 recto).
Cabinet (Le) de M. de Scudéry Cet ouvrage de 1646 n'est pas illustré. On y lit ce commentaire du « Portraict de Monsieur le Marquis d'Urfé, peint avec une espée & une plume, De la main du Figino » :
     « Bien que je sois mortel, que je sois loing des Cieux,
       Par ces deux instruments dont ma gloire est suivie,
       L'on peut sans me flater, me comparer aux Dieux,
       Puis que comme eux je donne, & la mort & la vie »
(ScudÉry, I, p. 202).

• Ambrogio Giovanni Figino (1553 – 1608) est un peintre milanais que Le Tasse et Marino ont admiré. En 1605, il est allé à Turin, où il a dirigé des travaux dans le palais de Charles-Emmanuel, duc de Savoie. Il est retourné à Milan avant sa mort (Annalisa Perissa Torrini, mars 2007). Honoré d'Urfé, qui fréquentait la Cour de Savoie (Voir Urfé), a pu rencontrer le peintre. Avant la publication de L'Astrée, en 1607, il était déjà connu grâce à son Sireine et à ses Epistres morales.
Cadres Voir Mme Duportal qui décrit les frontispices dus à Firens en 1610, à Matheus en 1616 et à Gaultier en 1619 (p. 265, note 4).
Camus
(J.-P.)
Jean-Pierre Camus (1584 - 1652), évêque de Belley, est un protégé de François de Sales (1567 - 1622), l'évêque de Genève, l'ami et condisciple d'Honoré d'Urfé. François a sacré Camus évêque en 1609. Pendant 22 ans, Camus a été le pasteur de 84 paroisses dont 18 étaient en Dauphiné, 32 en Savoie et 34 en Bugey, province que la Savoie a cédée à la France en 1601, et qui comprend Belley (Camus, Esprit de Saint François de Sales, I, p. XXVI). Depuis sa jeunesse, l'évêque de Belley est amateur de romans. Dans une section partiellement autobiographique de L'Alexis, Camus décrit un groupe de jeunes gens lisant des romans : « Il me sembloit que nous lisions comme nous vivions, ou que nous vivions comme nous lisions » (VI, p. 35 sic pour 55).

• Camus parle d'Honoré d'Urfé en voisin et en ami. Au moins depuis 1620, les deux hommes se rencontrent fréquemment. « D'après une tradition plus ou moins fondée, communiquée à M. Reure par M. A. Callet (qui dit l'avoir lue dans un (?) manuscrit), Urfé serait venu chaque semaine à la Tour Ranquin près de Belley (maison de campagne de Camus [...]), où il avait rendez-vous avec Camus, un médecin de Belley et un gendarme retraité du duc de Savoie, et là on devisait des nouvelles du jour en cassant des noix » (Chapoy, p. 6, note 1)

Tallemant des Réaux juge que Camus « reprend bien les vices, et est tousjours dans le bon sens » (II, p. 67).

• Daniel Huet rappelle l'estime de Camus pour Honoré d'Urfé : « Il en pouvait parler avec assurance : car M. d'Urfé se trouvait son diocésain, par la situation de son Marquisat de Valromé, et de son Comté de Chasteauneuf, l'un et l'autre dans le Diocèse de Belley. Il se retirait souvent à Virieu η, chef-lieu de son Marquisat, éloigné seulement de trois lieues de la ville de Belley, où il allait de temps en temps visiter son évêque. Il s'y rencontra un jour avec S. François de Sales, dont il était ami longtemps auparavant, aussi bien que du savant Antoine Favre η, premier Président de Chambéry, qui s'y trouva aussi. M. de Belley rapporte une réflexion que fit alors M. d'Urfé, [...] disant que chacun d'eux avait travaillé pour l'éternité par des ouvrages qui ne périraient point ; que la Philothée était le livre des dévots (L'Introduction à la vie dévote, 1609), le Code Fabrien (Codex Fabrianus, 1606), était le livre des barreaux, et L'Astrée (1607 sq.), était le Bréviaire des courtisans. Enfin ce grand Évêque reconnaissait qu'entre tous les Romans, L'Astrée est un des plus honnêtes et des plus modestes ; et il ne se peut satisfaire en vantant l'agrément, la politesse, l'honnêteté, l'esprit, et la vertu de M. d'Urfé » (p. 848).

Camus jugeait que ses propres romans (1620 sq.) étaient le bréviaire des Halles.

Huet aurait dû préciser que Camus parle de livre et non de bréviaire dans l'Esprit du Bienheureux François de Sales. Sainte-Beuve, dans son Port-Royal, rapporte cette anecdote en remplaçant livre par l'amusant bréviaire lancé par Mlle de Gournay en 1626 (A. Adam, I, p. 133). Le « Livre qui sert de breviaire aux Dames et aux Galalnds de la Cour » est L'Astrée, lit-on dans « Les Advis ou les presens » (Gournay, II, p. 1127).

• Il n'empêche que Camus, « épigone téméraire », a probablement été choqué, en 1619, par la troisième partie de L'Astrée : les jeux d'Astrée et d'Alexis et l'attitude si ambiguë d'Adamas ont de quoi scandaliser. C'est en 1620 que l'Évêque se lance dans la carrière romanesque (à l'instigation de François de Sales probablement), et c'est sans doute avant 1622 que d'Urfé déclare à Camus, devenu fécond auteur de romans dévots : « C'est à cette heure que je puis dire [...] Terras Astrea reliquit. Si vous continuez, vous ferez perdre terre à tous les romans » (Henein, p. 55). Camus a pu ralentir la composition de L'Astrée (Voir Pleins Feux).

• On trouvera dans ce site (21 avril 2015) un portrait de Saint François, et dans ce site (30 septembre 2010), un portrait de Camus, par Philippe de Champaigne (Voir Galerie).
Caponi Capponi. Famille illustre de Florence (Voir le site de Wikipedia, 26 septembre 2014).
Caresser « Caresser les Muses » est une image assez banale pour se trouver dans FuretiÈre : « On dit qu'un homme caresse la Muse [...] pour dire, qu'il aime les Lettres, & sur tout la Poësie » (Article Muse).
Carnéade Ce philosophe grec du IIe siècle av. J.-C. n'a pas laissé d'écrits. Il s'est distingué dans la Nouvelle Académie par son scepticisme, et par la capacité qu'il avait de soutenir le pour et le contre. L'œuvre de CicÉron renferme des renseignements sur ce personnage. Dans la République par exemple, on voit comment Carnéade, par ses sophismes, maltraite la justice (p. 78).
Carybde Il s'agit de Scylla η et Charybde, des monstres marins situés des deux côtés d'un détroit. Les mythologues les présentent comme des jeunes filles métamorphosées. « Les fables en ceste sorte ont voulu, avec quelque plaisir, et gaillardise declarer la nature des escueils et rochers dangereux » (Cartari, p. 328).
Cédule « En termes de Banque, est un petit morceau de papier où les Banquiers et les Marchands écrivent leurs promesses, lettres de change, et rescriptions. On le dit aussi des autres billets, promesses & reconnoissances qui se font sous seing privé » (FuretiÈre). 
Cela dit L'expression figure dans la conclusion de Baro (éd. Vaganay, V, 3, p. 111). Sous la plume d'Honoré d'Urfé on trouve seulement : « Je n'ay pas pour cela dit que ... » (III, 10, 417 recto).
César Auguste Bernard aussi décrit les bonnes relations du Forez et des Romains de César : « Les Ségusiens ainsi que les Éduens lui avaient ouvert les porte de la Gaule ; il avait beaucoup trop d'égards pour eux, même dans leurs défections partielles » (I, p. 34). Lyon, en 1574, salue ainsi l'avènement d'Henri III : « Reprens cueur ô noblesse Gauloise en ce Cesar triomphant » (Claude de Montiornal, cité par G. Poirier, p. 51, note 7)
Pelletier du Mans va jusqu'à admirer le fait que le latin soit devenu la langue de la Gaule : « Jules César qui fut monarque du monde, n'avoit moindre solicitude et affection d'amplifier l'usance de sa langue que de dilater les fins de l'empire Rommain » (Préface de l'Art Poétique, In Weinberg, p. 113).
Cession « Acte par lequel un homme transmet à un autre un droit qui luy appartenoit » (FuretiÈre). 
Chambellan C'est « un officier de la couronne qui commande à tous les officiers de la chambre et de la garderobe du roi » (MorÉri, article Chambellan).
Chaslit « CHALIT. s. m. Bois de lit. Nicod croit que ce mot vient de chassis de lit. Il est vieux » (FuretiÈre).
Chasteauneuf Ce nom a été porté en particulier par une fille d'honneur de Catherine de Médicis, Renée de Rieux-Chasteauneuf. Dans le journal de L'Estoile, en 1577, « la demoiselle de Chasteauneuf, l'une des mignonnes du roy Henry III » s'enfuit avec un Florentin qu'elle tue en 1576 (cité dans Adam, Tallemant, I, p. 798).
Cheval Un cheval pouvait coûter cent trente écus (Bernard, p. 274). L'importance accordée aux chevaux dans les testaments ne doit pas étonner. Le grand-oncle d'Honoré d'Urfé lègue à ses deux petits-fils « son petit courtault noir et sa petite haquenée » (document cité par Panisse-Passis, p. 170).
Cheveux Ces remarques sur les cheveux des Turcs indiquent un goût de la précision et une recherche de ce que Corneille appellera le vraisemblable général. D'Urfé se montre, reconnaissons-le, aussi pointilleux que dans ses remarques sur les vers de Malherbe.
Chien Les Epistres mentionnent quatre fois le chien, toujours porteur de sens. Le chien d'Esope dédaigne le présent pour courir après le futur qu'il n'a pas (I, 5, p. 39). Le chien de Lycurgue illustre l'effet de la culture sur la nature (I, 8, p. 63). Le chien qui cherche de la nourriture démontre « l'instinct de nature » (I, 5, p. 35). Le chien évoque enfin la fidélité parce que « les anciens disoient le pleur estre du naturel du chien qui re­tourne souvent où il est bien traité, & s'enfuit de ceux qui le rudoient » (III, 12, p. 319).
Voir aussi le chien dans la troisième partie de L'Astrée η.
Chirurgien « Celuy qui sçait la Chirurgie, et qui en fait les operations, qui saigne, qui pense les playes, etc. » (FuretiÈre). 
Chrétien F. L'« ami » qui a trahi est probablement Florent Chrétien. Humaniste érudit, Florent Chrétien traduit le grec et le latin. Nommé précepteur du futur Henri IV puis bibliothécaire à Vendôme, il n'a pas laissé d'œuvres marquantes. Il a fait le portrait insultant de Ronsard η en Silène (F. Lavocat, p. 153). Il s'est réconcilié avec le poète avant 1578 (J. Pineaux, p. XXVIII sq.).
De Thou (dans le camps des catholiques qui soutiennent un futur roi protestant) écrit qu'à la mort de son fils, en 1582, Florent Chrétien a eu la courtoisie de lui adresser des vers, mais que Ronsard ne l'a pas fait (p. 94).
Florent Chrétien, à cause de la carrière qu'il a eue, de ses relations et des qualités de son esprit, est sans doute l'« ami » d'Honoré d'Urfé dans la République des Lettres. Ses convictions religieuses ou politiques ont pu l'engager à se retourner contre d'Urfé et à le dénoncer en 1595.
Christophe d'Urfé (1563 ? - 1597 ?) Christophe d'Urfé, Seigneur de Bussy en Forez, comte de Pont-de-Veyle et de Châtillon. Troisième fils de Jacques Ier d'Urfé et de Renée de Savoie. Christophe est maître de camp d'un régiment d'arquebusiers du duc de Savoie (Longeon, p. 208 sq.). Pendant les guerres de la Ligue, Christophe se bat en Bourgogne. Il est défait par Guillaume de Tavannes, gouverneur de la province (La Mure / A. Bernard, p. 61, note 3).
La date exacte de sa mort est encore inconnue : le 1er octobre 1594, selon le P. Anselme (p. 500, c'est la date du décès d'Antoine η), en 1596 ou 1598, selon Bernard (p. 61, note 3), avant le 2 décembre 1597, selon Chapoy (p. 14, note 2) et le chanoine Reure (p. 8), en 1597 selon Mme Lallemand (p. 298). Voir Généalogie et Héritages.

• On trouve aux Archives de Savoie (FRAD73-10F 330. Vues 1 et 2) une sommation sans date. Christophe d'Urfé, dit « capitaine de cent lances », se plaint de six bourgeois de Châtillon qui le poursuivent pour une prise noble faite en temps de trêve.

• D'après le Testament d'Honoré d'Urfé (Doublet, p. 211), Christophe a mis ses deux filles mineures, Charlotte-Emmanuelle η et Marie-Philiberte η, sous la tutelle d'Honoré.

• Dans son Histoire de Bresse et de Bugey, Samuel Guichenon donne ces renseignements : Christophe d'Urfé épouse Charlotte de la Chambre et devient ainsi « Comte du Pont de Vesle et de Chastillon ». Veuf, il hérite de sa femme. Il épouse en secondes noces Marie de la Forest, fille de Jean de la Forest, Baron de Grisse, Seigneur de la Forest en Auvergne, de Mortron et de Voulon, et de Françoise Coëffier d'Effiat. Ils ont deux filles : Charlotte-Emmanuelle d'Urfé, qui devient Marquise de Saint-Damien, et Marie-Philiberte d'Urfé, Dame de la Bastie. Comme Christophe meurt endetté, ses créanciers vendent certaines de ses terres au Duc de Lesdiguières (p. 94).

• Auguste Bernard ajoute que Christophe fut « capitaine de cinquante [sic] lances des ordonnances de Savoye », que sa fille aînée était la filleule du duc Charles-Emmanuel de Savoie η et qu'elle s'est mariée en 1621. Sa seconde fille, Marie-Philiberte, a épousé Antoine de Roquefeuil, seigneur de la Bastide en Albigeois (La Mure / A. Bernard, pp. 60-61).

• Pendant les guerres de religion, en 1589, Anne d'Urfé écrit que Christophe, son jeune frère, a une fois refusé de lui obéir : « Je ne l'ay peu voir depuis ni ne saurois jamais faire de bon cueur qu'il n'est reparé ceste faulte » (Bernard, p. 376).

• Comme Christophe d'Urfé signe un poème de la Triomphante entrée (UrfÉ, pp. 99-100), il était sans doute au collège de Tournon en même temps qu'Honoré. Quelques années plus tard, en Savoie η, les deux frères se promènent ensemble (Epistres morales, I, 9, p. 69).

• Honoré d'Urfé, en 1597, écrit des « Stances. Sur la Mort de Christophle d'Urfé, Seigneur de Bussy, Frère de l'Autheur, sous le nom de sa femme » (Second livre des DÉlices, pp. 14-16, voir Poèmes).
Clarine « Sonnette » (Huguet). Cet instrument se trouve dans La Diane de Montemayor. Un personnage de L'Astrée se nomme Clarine.
Codicille « Écrit par lequel on adjouste ou on change quelque chose à un testament, soit sous seing privé, soit par devant des personnes publiques » (FuretiÈre). 
Coistre « COUETTE. s. f. Quelques-uns disent Coite. Lit de plume qui sert à garnir une couche » (FuretiÈre).
Coldre Il y a dans le Jura une chapelle Saint-Étienne-de-Coldre qui date du IXe siècle (Voir ce site, 29 septembre 2014).
Collier « Cette partie du testament d'Honoré d'Urfé est plus un aide-mémoire sur la procédure à suivre après son décès (restitution du grand-collier), qu'un souhait particulier d'Honoré d'Urfé ». Arnaud Bunel, spécialiste en héraldique que je remercie encore une fois, m'écrit dans un message du 13 septembre 2010 :
« Dans pratiquement tous les ordres avec colliers (Jarretière, Saint-Esprit, Annonciade), il est de principe que le collier (dans le contexte de votre texte, le "grand collier") soit restitué au décès de son titulaire à la Chancellerie de l'Ordre. En effet, normalement, c'est l'Ordre qui est propriétaire de ces colliers, qui ainsi passent de génération à génération de chevaliers. Ce n'est que par exception que l'Ordre concède à un chevalier le droit d'être enterré avec ce collier.
Pour mémoire, en pratique, ce collier ('grand collier' dans le contexte de l'Annonciade) n'était porté que pour les cérémonies de l'Ordre, ou les grandes cérémonies de la maison de Savoie (les sacres tout particulièrement), en situation normale, c'est uniquement le 'petit collier', voire la miniature seule de l'Annonciade, alors suspendue à un ruban rouge, qui était portée ».
« Dans sa version récente (je pense remontant au XVIIIe maximum), le petit collier (Piccola Collana) est une version réduite du grand collier (Grande Collana) [...]. Pour la période antérieure, qui est celle qui vous intéresse pour Honoré d'Urfé, le petit collier était encore plus simple, puisque l'insigne, dans une version simplifiée, n'était suspendu qu'à une simple chaîne en or (voyez le portrait de Charles III de Savoie ci-joint) ».
Charles III
Charles III de Savoie (1486 - 1553) peint par Clouet
 
Colocation Ce mot signifie probablement emplacement.
Combat assigné Un combat peut être « assigné à certain lieu & heure, ensuite d'un appel ou d'un deffi » (FuretiÈre, Article Duel).
Dans L'Astrée, les bons chevaliers seuls suivent les règles (Lindamor et Damon vs Polémas).
Commisération « La tragédie doit imiter les faits qui suscitent la crainte et la pitié » (Aristote, 1452 b).
Conforment Ce n'est pas une coquille. « Conformer, verbe. Être conforme » (La Curne).
Confusion Le Jugemant renferme des tournures maladroites qui rappellent certaines phrases de L'Astrée. Par exemple
- la confusion due aux pronoms : Chiabrera est nommé seulement dans le dernier paragraphe. Plusieurs Il renvoient donc à lui. 14. le dernier il renvoie à Fernande. 16. le sujet de favoriser est Chiabrera, l'auteur partial. 25. Le sujet de rencontrer est Amédée. 28. Le sujet de avoir est Amédée. 42. Ils indique les poètes.
- la répétition : 16. ennuyeuse. 21. priz. 24. avantage. 6. et 30. remarque sur les cheveux. 29, 75. faire. 56. desfaitte.
- la double négation : 57.
Congrès Épreuve imposée aux maris accusés d'impuissance, car, pour l'Église, la procréation est inséparable du mariage. « Terme obscene. Action du coït qui se faisoit il n'y a pas long-temps par ordonnance d'un Juge Ecclesiastique en presence de Chirurgiens & de Matrones, pour éprouver si un homme étoit impuissant, aux fins de dissoudre un mariage. On a reconnu que les plus vigoureux & les plus effrontez n'ont pû soustenir la honte du congrés » (FuretiÈre). Tallemant des RÉaux raconte l'histoire de M. de Langey, « démarié » quand son impuissance a été démontrée autour de 1659 (II, pp. 887-896). Après la « visite » de la plaignante, Langey, qui prétend être ensorcelé, exige que son épouse se présente les cheveux épars « de peur de quelque caractère dans sa coiffure » (II, p. 891). Pendant cette épreuve, Mme de Sévigné est dans un carrosse, à côté, avec une amie, « on les entendoit rire du bout de la rüe » (II, p. 890). Le Larousse du XIXe siècle rapporte que le parlement de Paris abolit l'épreuve du congrès en 1677 (Article Bouhier, Jean).
Connotations Un exemple entre mille : dans un ouvrage dédié à Henri IV en 1594, Pierre Matthieu critique le duc de Guise quand il note que « La Ligue l'appelloit son Cæsar » (f° 159 recto). Il blâme ce César qui est « cause de la ruine de sa republique ». Il blâme Guise qui est cause « des miseres de la France » (f° 159 recto). Guise, « en ostant par la Ligue l'ordre et la Royauté [...] avoit rendu la France sans vie » (f° 161 verso). Pierre Matthieu cependant rappelle le prestige dont jouissait le duc de Guise. Beau et brave, la courtoisie le faisait saluer « jusques aux plus petits crocheteurs » (f° 161 recto).
Constamment Adverbe utilisé par MÉnage (p. 553). « D'une maniere certaine & indubitable » (FuretiÈre).
Contiennent Remplissent. D'Urfé se trompe en faisant suivre le verbe par un complément d'objet direct. « Contenir (intrans.). Être contenu » (Huguet).
Contrat Renée de Savoie devait recevoir « un revenu annuel de 2 000 écus η d'or d'Italie » (Doublet, p. 197, note 5, et pp. 199-200). Voir Transactions η.
Contrat dotal On y lit que la cérémonie se déroule le 11 janvier 1621 au château de Bâgé η devant le notaire Jean Reguibert. La mariée apporte « la somme de 20 000 ducatons η effectifs, laquelle somme [...] ledit seigneur marquis de Verromey [sic] et Beaugé promet paier en son propre et privé nom pour les droits paternels de ladite demoiselle Durfé dans sept ans ». Pendant ce temps, Honoré d'Urfé paiera chaque année « le juste revenu » de 6 %. Diane de Châteaumorand, « de son bon gré [...] et consentement dudit seigneur marquis de Verromey [sic] son mari [...] pour tesmoigner l'amitié qu'elle a toujours portée à ladite damoiselle [...] a constitué et constitue en augmentation de la dot [...] la somme de 5 000 ducatons η effectifs [...] desquels elle lui fait donation » (Dufour, pp. 129-130).

• « En cette année 1731, la moitié de cette dot [...] restait à payer, c'est-à-dire dix mille ducatons » (La Mure / A. Bernard, p. 61, note 1). 
Copie « COPIE, en termes de Libraires & d'Imprimeurs, est le manuscrit, l'original d'un Livre qu'on leur donne, sur lequel ils impriment. Il faut envoyer à l'Auteur demander de la copie. Ce sont les bonnes copies qui ont enrichy ce Libraire » (FuretiÈre).
Terme utilisé par Pasquier. L'équivalent du moderne manuscrit.
Corisande Elle se donne ce nom par devant notaire avant d'avoir rencontré Henri IV (CuÉnin, p. 157). Dans le premier livre des Amadis, « la belle Corisande » est une princesse accueillante. Reine de l'île Bravisande, Corisande envoie son chevalier servant, Florestan, se battre contre Amadis et son frère. Elle reçoit ensuite tous les combattants chez elle. La Corisande moderne a toujours refusé de vivre à la Cour auprès du Roi. Elle préférait le recevoir chez elle. Corisande surnommait son amant « Petiot ». C'est ainsi qu'Henri signe certaines des quarante-cinq lettres qu'il lui a envoyées, et qui ont survécu (Henri, p. 91). Montaigne et La Boétie ont écrit leur admiration pour « Corisande » (CuÉnin, p. 158).
Cornu « Gueres raisonnable » (FuretiÈre). Adjectif utilisé par Maupas.
Corrections La « Naissance d'une Pléiade [...] occupe pendant douze, quinze ou dix-huit mois une équipe de neuf personnes » (Voir ce site, 30 mai 2016).
Coter « Aléguer, citer » (Richelet). Ce verbe est dans Racan.
Couleur Après avoir expliqué la couleur « céladon », MÉnage ajoute : « Ces Dames ont de mesme appelé d'autres couleurs, couleur d'Astrée, couleur d'Espagnol malade, d'Amarante, de fille émue, de barbe à Neptune, etc. ». Patru renchérit, semble-t-il : « On disoit autrefois couleur de Sylvie, Celadon, et autres, et de la Sylvie, et du Celadon ; comme aussi du ruban Sylvie ou Celadon, en le faisant adjectif » (II, p. 567).
La première mention de ces couleurs si fantaisistes appartient probablement à Agrippa d'AubignÉ. Les noms figurent dans le roman qu'il publie en 1619, les Avantures du Baron de Fæneste (p. 680), et ils n'ont aucun rapport avec L'Astrée.

LittrÉ associe la couleur céladon avec le héros d'Honoré d'Urfé en déclarant « que le caractère de Céladon est d'une tendresse fade » (Article Céladon).

• Dans L'Astrée, les changements de couleur indiquent les émotions, mais la plupart des objets portent simplement des couleurs « diverses » (I, 1, 2 verso ; I, 11, 368 recto) ou nombreuses (III, 11, 458 recto). Le blanc reste la couleur de prédilection non pour les tenues pastorales, mais pour les vêtements liturgiques (III, 9, 371 recto) et surtout pour la description de la peau (I, 2, 27 recto ; II, 8, 521). Le teint le plus beau est alors comparé « au satin le plus blanc » (III, 7, 273 recto), image proposée dans les dictionnaires du temps. Le noir, couleur de deuil (I, 3, 62 verso, III, 6, 263 verso), est opposé au blanc (II, 5, 292 ; III, 4, 162 recto). Le vert est associé avec les amours de Galathée (I, 5, 124 verso ; II, 7, 456) et le roux avec l'originalité d'Hylas (I, 8, 235 recto, III, 7, 275 recto). La palette du romancier est tellement pauvre - et dans son roman et dans les vers qu'il y renferme - que la pléthore de couleurs de la quatrième partie posthume étonne le lecteur attentif.

• Des goûts et des couleurs on ne discute pas, dit le proverbe. L'Astrée donne : « Entre les couleurs il y en a qui plaisent à quelques uns, et qui déplaisent à d'autres » (I, 10, 321 verso). La conclusion tirée par Céladon est que la beauté féminine est variée : « Toutes beautez ne sont pas veuës d'un mesme œil ».

• Le père Menestrier s'appuie sur le poète Martial pour signaler que les Gaulois s'habillaient volontiers de rouge et les Romains de noir (pp. 328-329). D'Urfé l'ignore.
Cracher Je demande pardon à ceux que ce verbe pourrait choquer. FuretiÈre ne le traite pas comme un mot bas, et donne dans son Dictionnaire un proverbe voisin : « Qui crache contre le Ciel, il luy retombe sur le visage, pour dire, qu'on est chastié, quand on invective contre les Puissances ».
Même idée mais image différente dans Pierius : « Les Ægyptiens denotoient l'homme malin par la figure hieroglyphique de la caille, pour autant qu'elle trouble l'eau de la fontaine où elle a beu, entant qu'il luy est possible [...] grande malignité » (I, p. 448).
Crispin de Passe Françoise Bardon décrit une image du Cabinet des Dessins, au Louvre (INV. 22820) : « Nous signalons le dessin faussement attribué à Crispin de Passe, sur lequel d'Urfé, vêtu d'une peau de bête et couronné de feuilles de pampre, regarde sa Diane, le sein droit dénudé, l'arc dépassant l'épaule » (p. 183, note 6). Les gravures de L'Astrée ont évidemment été délibérément déformées.
Cussin « Coussin » (La Curne).
Custode Jugemant. « Gardien » (Huguet).
Dardagano Jugemant. Bertoletto reconnaît : « Il est vrai que Dardagan se plaît à décrire les habits et la parure de Bérénice ; mais je ne vois pas qu'il parle de son chant » (p. 177, note 2. Je traduis). Cette remarque nous rappelle que d'Urfé a lu une version de l'épopée qui n'est pas celle que connaît Bertoletto, et qui n'est pas celle qui est disponible aujourd'hui.
Dates des gravures Hugues Vaganay** reproduit le frontispice d'une édition de 1612 de la première partie, celui d'une édition de 1610 de la deuxième partie et celui d'une édition de 1631 de la troisième partie (V, pp. 551-555). Le portrait de l'auteur et celui de la dame (tournée à droite, ce qui est rare) viennent de l'édition de la troisième partie de Nicolas et Jean de la Coste en 1631 (V, p. 558). Les gravures qui précèdent les douze livres de chaque partie viennent des éditions complètes de 1647 et de 1733 (Vaganay**, V, p. 561).
Vaganay n'indique pas la source du portrait officiel de d'Urfé, ni celle du portrait équestre d'Henri IV.

• Comme je l'explique dans l'analyse, j'ai copié les gravures à partir d'exemplaires personnels d'une édition numérotée de Vaganay**. J'ai fait trois exceptions que je justifie : pour le portrait féminin, j'ai retenu le portrait de dame tournée à gauche de l'édition de 1620 (BMVR Alcazar, Marseille). Pour le frontispice de la troisième partie, j'ai retenu celui de l'édition de 1619 (Bibliothèque Mazarine, Paris). Pour le frontispice posthume, je recopie celui de l'édition de 1621 de la Watkinson Library (Trinity College, Hartford).
Dates des publications Pour la description des publications de Vaganay, j'ai respecté les dates indiquées dans le Tombeau. Les exemplaires signalés dans le catalogue de la BnF portent quelquefois des dates légèrement postérieures. Le nom de l'éditeur manque souvent.
David Dans la Bible, Dieu punit ce roi en tuant le premier fils né de son alliance adultère. David se repent ; Dieu lui pardonne. Son second fils est Salomon. (2 Samuel, 12). Le Duc de Savoie η se compare au roi David (Gal, p. 322).
Voir aussi les Notes de la troisième partie η.
Dédicace Comme le remarque Nicolas DucimetiÈre, Du Perron étant mort avant la publication de ses œuvres complètes, il ne peut pas les avoir offertes à d'Urfé (p. 751, note 27).
Delbene 1538 - 1608. Né à Lyon dans une famille originaire de Florence, Alphonse Delbene fait ses études en France. En 1566, Ronsard η lui dédie son Abbregé de l'art poetique françois. Delbene suit Marguerite de France en Savoie. En 1574, devenu sénateur, il est l'ami d'Antoine Favre η et membre de la Florimontane. Il consacre plusieurs ouvrages aux ducs de Savoie, mais se voit repoussé par Charles-Emmanuel η qui l'accuse de trahison à cause de ses liens avec la France. Nommé évêque d'Albi, Delbene quitte la Savoie vers 1600 (Voir ce site, 4 octobre 2014).
Derniers Honoré d'Urfé attache de l'importance à la fin des trois parties de L'Astrée comme à la fin de chacune des épîtres morales (Henein, pp. 16-18).
Desbiffée Ce participe se trouve dans l'épître du Libraire (Le Sireine, 1606). Debiffer signifie détruire. « To raze or scrape out » (Cotgrave).
Désolé Le « berger desolé » dans L'Astrée (I, 1, 16 verso ; I, 7, 220 verso ; I, 12, 399 verso), c'est Tircis, le veuf inconsolé et inconsolable. Les veufs, dans ces nouvelles frauduleuses, sont loin d'être désolés !
« Desolé Berger » s'applique aussi à Celion (I, 10, 341 recto) et à Caldion (II, 11, 688) ; la tristesse de ces jeunes gens est de courte durée.
Desse S'agit-il d'un parent de Balthazar Dessay η ? 
Dettes Il serait téméraire de tenter de calculer le montant des dettes énumérées dans le Testament. Le système monétaire des ducs de Savoie était moins cohérent que le système français de l'époque (Voir ce site, 29 juin 2014). La pistole est parfois appelée double.
Deuxième partie Cette partie a ses partisans. Maxime Gaume par exemple la trouve « moins marquée par le pessimisme » ; « l'auteur au moment de sa composition connaît à nouveau les honneurs » (p. 339).
Diane Diane de Châteaumorand η et Honoré d'Urfé se sont mariés en 1600. 
Dictionnaires Honoré d'Urfé et les graveurs ont pu consulter plusieurs dictionnaires de symboles ou manuels de mythologie consacrés aux commentaires de textes aussi complexes que ceux d'Ovide ou de Boccace par exemple (Voir Seznec, surtout pp. 269-299). Pour d'Urfé comme pour ses contemporains, la fable est à la fois un voile et une illustration. Les figures des dieux, prises symboliquement, sont instructives (Seznec, p. 315). Preuves d'érudition, elles inspirent de vastes et savants programmes iconographiques sur les murs des châteaux et palais, et lors des entrées royales (Zerner, p. 84). Les Jésuites en général et les Pères Richeome et Valladier η en particulier ont encouragé l'exploitation des mythes (Seznec, p. 324), et même la propagation de « divinités bâtardes ou barbares » (Seznec, p. 334).
J'ai travaillé à partir des quatre manuels les plus célèbres de l'époque, tous traduits de l'italien au XVIe siècle et tous illustrés, ceux de Pierius, Cartari, Ripa et Conti. Honoré d'Urfé les a très probablement connus. J'ajouterai pour compléter cette liste de sources l'ouvrage en français du Lyonnais Du Choul, Discours de la religion des anciens Romains (1581), précieuse source d'information dédiée à Claude d'Urfé, le grand-père d'Honoré.

Les Commentaires hiéroglyphiques de Pierius Valeriano, traduits par G. Chappuys en 1576, sont dédiés par le traducteur au duc Emmanuel-Philibert de Savoie. L'auteur signe Pierius ses épîtres dédicatoires, et Curio, le continuateur des Commentaires, nomme son maître Pierius. Ce dictionnaire des symboles est plus volumineux, plus varié et plus riche que les autres ouvrages de cette catégorie. Son index a rendu service à Malherbe lui-même ! À celui qui doit composer un carrousel, le poète écrit : « Pline et Pierius vous en donneront quelque sujet, si vous voulez voir leurs tables sous le nom d'amour ; car c'est là qu'il faut que tout se rapporte » (Malherbe, p. 361). La traduction que donne Montlyard en 1615 introduit dans les Commentaires hiéroglyphiques des citations de Ronsard. 

Les Images des dieux de Vincent Cartari, ouvrage traduit en 1581 par Antoine du Verdier, un Forézien qui a fréquenté les d'Urfé (Reure, p. 16). Cartari avance à coups de digressions. Il indique des sources littéraires d'un très grand intérêt.

L'Iconologie de Cesare Ripa parut en 1593. Nicolas DuciemetiÈre décrit une édition de 1603 que d'Urfé a achetée à Turin en 1617 (p. 754). Ripa propose des dessins précis qu'il commente avec soin. Son livre a eu vingt-cinq éditions dans diverses langues avant la fin du XVIIe siècle (Seznec, p. 328).

La Mythologie de Natalis Conti dit Noël Le Comte, ouvrage traduit en 1597 par Montlyard. La présence incongrue de vers de Ronsard η compense les fastidieuses répétitions. L'original latin de 1567 a connu une vingtaine d'éditions en un siècle, et il a pu influencer Ronsard (Seznec, p. 359). La traduction française est imprimée six fois au XVIIe siècle (Ibid., p. 327). Scaliger pourtant dédaignait Conti pour son absence d'originalité (Ibid., p. 271).
Donation Dans ce contrat signé le 15 février 1600 (dont le chanoine Reure a vu une copie dans les archives de Châteaumorand), il est stipulé qu'Honoré d'Urfé, s'il prédécède sans enfants, fait « donation [à Diane] de tous ses biens présents, et l'institue son héritière universelle » (Reure, p. 100). En 1621, Honoré donne à son épouse « une procuration générale pour le gouvernement et l'administration de tous ses biens » (Reure, p. 332). Voir Héritages.
Donna Dans le livre du Chanoine Reure, on lit « vous donna » (p. 139), ce qui rend le vers incompréhensible.
Pasquier peut se souvenir ici d'un vers où Ronsard décrit un roi « s'honorant d'honorer les hommes honorables » (Le Bocage royal, éd. Blanchemain, III, p. 271).
Dore Jugemant. La Dore (ou la Dora), affluent de l'Allier, est appelée « la rivière d'Or » dans L'Astrée (III, 10, 425 verso). Elle coule en Forez. C'est le Pô [Padus] qui arrose Turin. Curieusement, Bertoletto réfute la remarque d'Honoré d'Urfé, mais ne s'étonne pas de ce nom erroné (p. 155, note 1). Le fleuve dont il s'agit est sans doute un aflluent du Pô, la Doire Baltée nommée dans l'histoire de Criséide (III, 7, 283 verso).
Doria Jugemant. La famille Doria a vendu la principauté d'Oneille au duc de Savoie en 1579. Un capitaine Doria se bat aux côtés d'Honoré d'Urfé en 1625, et commet des imprudences (Saluces, p. 248). Plusieurs Doria se sont illustrés par leur vaillance. Le Doria qui se bat à Rhodes en 1310 pourrait être le célèbre Lamba Doria qui a vaincu André Dandolo, doge de Venise (Voir le site de Wikipedia, 26 septembre 2014). Les dates de naissance et de mort des personnages font problème : d'Urfé blâme ces inexactitudes.
Double « Petite monnoye de cuivre valant deux deniers » (FuretiÈre). Cependant, la Savoie confondait la pistole et le double (Voir ce site, 29 juin 2014).
Douze D'après un acte de 1599, dix enfants d'Urfé auraient survécu à leur père, mort en 1574 (Voir Héritages).
Du Crozet Dans Les Écrivains foréziens du XVIe siècle, Claude Longeon étudie ce mystérieux personnage (pp. 253-263). C'est dans sa seule œuvre littéraire que l'on trouve ce que nous savons de la genèse de L'Astrée. Jean Ducroset (1566 - 1642) s'est fait appeler Jean Du Croset (ou Du Crozet). Fils d'un marchand, il est né à Saint-Germain Laval. Il a fait son droit à Orléans puis il est devenu notaire royal en Forez et lieutenant des Eaux et Forêts. Il semble avoir réussi à ne pas prendre parti pendant les guerres de la Ligue η (p. 255).
Ducat «  All forraine coynes ; of whose values (often changed by the French Kings) no certaine interpretation can be given » (Cotgrave).
« Monnoye d'or & d'argent qui est battuë dans les terres d'un Duc, & qui vaut environ un écu η en argent, & deux étant d'or » (FuretiÈre). 
« Monnaie étrangère à laquelle François Ier donna cours en France, en 1546, pour une valeur de 46 sous et quelques deniers. Le ducat d'Espagne ou double ducat valut, sous Henri III, 6 livres 4 sous de monnaie française. Sous Louis XIII, le double ducat d'Espagne et de Flandre, appelé aussi ducat à deux têtes, valait 10 livres » (Site de numismatique, 18 juin 2014).
Ducaton « Monnoye qui est presque de même valeur qu'un ducat. Les ducatons de Venise valent à present trois livres sept sols. Les ducatons de Milan, de Flandres, etc. ont été de diverse valeur & empreinte, selon les temps & les lieux » (FuretiÈre). 
Duel Même dans Les Amadis, le duel pour la beauté n'est pas toujours une épreuve banale. Une dame impose ce combat à un chevalier qu'elle hait ; elle souhaite qu'il meure ou se fasse des ennemis (I, ch. 17). Serait-ce le cas du Chevalier barbare de L'Astrée ?
Sous la plume de Gohory, ce duel change encore de sens : les dames ne veulent plus rivaliser de beauté, mais démontrer que leur beauté est supérieure à la bonté des chevaliers des Amadis (XIII, ch. 49).

• Ces duels qui peuvent sembler futiles se rapprochent des joutes divertissantes et spectaculaires. Lors des fiançailles du prince de Savoie, les « tenants » défendent la primauté des quatre couleurs de Christine de France, la fiancée, et les « Advanturiers » se battent pour d'autres couleurs. Le Mercure franÇois consacre quatorze pages à la description de cette querelle en 1619 (pp. 70-84).

• Les vrais duels ont fait des ravages en France. Aux États Généraux, le représentant du Clergé a demandé plus de fermeté contre ce fléau : « On dit que les espees et les cousteaux se gastent si l'on les plonge dans le sang, parce qu'il leur oste naturellement la trempe et le trenchant » (Mercure franÇois, 1615, p. 217).
Ec. C'est ainsi que FuretiÈre abrège et cetera, « qu'on met avec un &, un c, & un point ».
Écriture Dans le Sireine, d'Urfé consacre trois strophes à la description de la composition d'une lettre pénible que le héros adresse à sa maîtresse maintenant mariée (p. 137). Non seulement l'exercice rend le berger plus malheureux, mais encore la missive s'avère inefficace. Diane refuse de la prendre (p. 175). Selvage s'en charge et la lit à Diane (p. 208). La jeune femme décide alors qu'elle ne montrera pas son amour à Sireine (p. 211). La lettre est néfaste.
Écu « Les écus d'or commencent en 1336, et valaient alors 25 sous. On les appelait ainsi parce que le roi y était représenté tenant un écu. [...] Depuis Louis XIII, on frappa des écus de 6 livres (Site de numismatique, 18 juin 2014) ».
« Monnoye d'or qui a eu diverse valeur selon les temps. Il vaut maintenant [1690] 114. s. Les anciens escus ne valoient que 27. sous » (FuretiÈre). « L'escu de France d'argent vaut d'ordinaire soixante sous : C'est à ce prix que se reduisent en comptant toutes les autres monnoyes d'or & d'argent. Il passe pour trois livres » (FuretiÈre). C'est le quart de l'écu d'or.
Édition complète Pour apprécier la chose, il faut se rappeler que les éditions complètes de L'Astrée sont souvent dépareillées. On trouve par exemple à l'Arsenal, sous la cote 8°BL-20631, la première partie de 1621, la deuxième de 1618, la troisième et la quatrième de 1624, et la Conclusion de Baro de 1628.
Éditions de L'Astrée La communication de Volker Kapp (AIEF, 10 juillet 2007) m'a rappelé l'importance capitale du travail de Mme JÜrgensen. À cause de mon allemand rouillé, j'ai demandé de l'aide à Sabine Cheramy et à Christiane Romero (Tufts University). Merci à tous.
Emmanuel d'Urfé Charles-Emmanuel (1604 - 1685). Fils et successeur de Jacques II d'Urfé η. (Voir Jacques). Il est malheureusement la principale source d'information de Daniel Huet η

• Voir Biographes d'Honoré d'Urfé.
Emmanuelle Charlotte-Emmanuelle d'Urfé. Fille aînée de Christophe η d'Urfé (mort en 1597) et de Marie de La Forest (MorÉri). Elle épouse Henri de Maillard, Comte de Tournon, marquis de Saint-Damien le 11 janvier 1621.

• Voir Événements et Héritages.
Emmanuel-Philibert Emmanuel-Philibert (1528 - 1580), duc de Savoie. « Un génie supérieur qui a devancé son siècle, et qui a été le véritable fondateur de la puissance de sa maison » (Pierre Larousse). Père de Charles-Emmanuel η, le maître d'Honoré d'Urfé. 
Enamouré « Enamourer. Rendre amoureux ». Huguet ajoute : « H. Estienne considère enamourer comme un vieux mot ».
Enclitique Adjectif et substantif masculin. « Se dit d'un mot qui s'appuie sur le mot précédent et qui, du point de vue phonétique, s'y intègre » (Le Grand Robert). Mot utilisé par Maupas.
Énée Réponse aux Parfaits amants. Au livre II de L'Énéide (590-630), Virgile raconte cette scène : Vénus, pour engager Énée, son fils, à fuir les ruines de Troie, lui montre les dieux qui ont participé à la guerre.
Enseigne « Officier d'Infanterie qui porte l'enseigne, le drapeau » (FuretiÈre
Éphore « Magistrat qui estoit establi à Sparte pour brider l'autorité des Rois [...] Les Ephores ont quelquefois chassé & fait mourir les Rois » (FuretiÈre). Mot utilisé par Camus
Épisode Jugemant. « Ce qui peut s'ajouter ou ne pas s'ajouter sans conséquence appréciable ne fait pas partie du tout » (Aristote, 1451 a)
Epistres morales Ce recueil d'épîtres est divisé en trois livres réunis en un volume. Le chiffre romain indique le livre, le chiffre arabe indique le numéro de l'épître et le numéro de la page suit.
Époque Le nom d'Honoré d'Urfé se trouve au cœur d'une histoire de la poésie française dans les Recherches de Pasquier. Le texte que je cite parut d'abord sous une forme différente dans le livre VI de l'édition de 1611. On lisait alors : « Or voyez ce qui m'est avenu de fraische memoire : communiquant puis nagueres de ce suject avecq' Messire Honoré d'Urfé, comte de Chasteauneuf, qui par un noble vœu, conjoint les armes et lettres ensemble, quelque peu apres voulant braver l'anciennete, il me feit present de ce vers ... » (Recherches, Paris, Laurent Sonnius, 1611, VI, p. 795. Édition numérisée par Google, consultée le 8 janvier 2014). Merci à Bruno Marty qui m'a indiqué cette édition.
Erisicthon Lettre des Parfaits amants. Erysichthon (en français moderne) est un roi de Thessalie que Cérès punit parce qu'il a coupé des chênes et tué les nymphes qui y habitaient. Son châtiment est une faim que rien ne peut assouvir. Il dépense toute sa fortune pour se nourrir, et puis vend plusieurs fois sa fille. Elle est protégée puis métamorphosée par Neptune. Erysichthon finit par se manger lui-même (Ovide, VIII, 738 sq.).
Errata du Sireine Auguste Bernard note que l'édition de 1611 du Sirène, « fort mal imprimée, [...] est accompagnée d'un très-long errata » (p. 153, note 1). Elle sort de chez Du Bray.
Eschevin « Officier qui est esleu par les habitans d'une ville pour avoir soin de leurs affaires communes, de l'entretien & de la decoration de la ville. A Paris il y a un Prevost des Marchands & quatre Eschevins. Ils ont un Bureau & une Jurisdiction qui s'estend sur tous les ports, & sur les Marchands de plusieurs marchandises qui y abordent par eau. Ils sont maistres de la navigation des rivieres qui y affluent » (FuretiÈre). Cotgrave traduit eschevin par « Sherife ».

• En 1590, la lettre qu'écrit Honoré d'Urfé est destinée à ces onze échevins : Louis Prost, Jean Yvernogeau, dit de Tolose, Antoine Teste, François Platel, Jean Charbonnier, Antoine Chartier, Jacques d'Aveine, Nicolas de Chapponay, Michel de Pures, Jean de l'Aigue, Claude Poculot (Menestrier, p. 65).

• Dans son éloge de la « Grandeur Consulaire » de la ville de Lyon, le père Menestrier considère les douze échevins comme les « Pères de la Patrie » (p. 37). Il signale que ces bourgeois élus deviennent nobles tout en gardant le droit de « trafiquer en gros sans déroger » (p. 91).

• Auguste Bernard est sévère pour les échevins de Lyon, « ces hommes du peuple anoblis, dont le but apparent était la liberté, et le but indirect l'affaiblissement de l'influence nobiliaire et l'élévation des gens de commerce. [...] Tous les nobles de la province se trouvaient à la solde de cette commune révolutionnaire, qui ne leur épargnait même pas les réprimandes » (p. 100). Les guerres de religion se doublent donc d'une guerre des classes.
Espale « Terme de marine. Distance de la poupe au banc de rameurs le plus en arrière » (LittrÉ).
Espérance Aux yeux d'Honoré d'Urfé, encourager l'espérance est le devoir du poète. Voir les Notes de la troisième partie η. L'espérance est une conséquence de la foi.
• « Espérance » est la devise et le « cri » des comtes de Forez (Longeon, p. 59, note 82).
Estimateur « Qui donne un juste prix aux choses » (FuretiÈre).
Estrangere D'Urfé parlait, lisait et écrivait l'italien. Il peut se sentir quand même incapable de juger de vers italiens où les métaphores abondent.

• Notons qu'en 1619, dans la troisième partie de L'Astrée, certains personnages sont sensibles aux difficultés des langues étrangères (III, 7, 276 verso). Voir Variantes.
Estre pour « Estre pour. Être destiné à » (Huguet).
Étimythologie « Etimytholgy » est un terme forgé par Laurence Horn, linguiste à M.I.T. (Cambridge, MA, États-Unis), puis à Yale (New Haven, Ct., États-Unis).
Étude Dans cette étude du roman, j'inclus et développe certaines des analyses que j'ai faites ailleurs.
Exploree Jugemant. Il faut peut-être lire éplorée ou expoliee (« Expolier, Depouiller », La Curne).
F.E.R.T. Jugemant. Devise de l'Ordre savoyard de l'Annonciadeη, sigle de Fortitudo Eius Rhodium Tenuit. « Sa Bravoure a défendu Rhodes », formule qui ferait référence à la bravoure d'Amédée V. Samuel Guichenon conteste cette attribution, car le « cry de Savoie », selon lui, serait plus ancien. Guichenon signale que FERT a pu signifier aux dires de certains « FRAPES, ENTRES, ROMPES TOUT » ! (I, p. 141)
Fable Dans L'Astrée, le mot reste synonyme de « Jouët, risée, entretien », et dans Les Epistres, de « chose fausse ». Dans Le Sireine, c'est le libraire qui donne à « fable » le sens de sujet (p. 42), « l'ame du Poeme ». Les définitions de fable viennent de Richelet.
Fabri Albert Callet donne des informations sur Hugues Fabri, correspondant η et ami d'Honoré d'Urfé, installé à Virieu η. C'est lui qui a accueilli Honoré en Savoie η et qui l'a présenté à Antoine Favre η (p. 140). Juge-mage du Valromey, Hugues Fabri gère les biens du romancier et s'occupe de ses procès (Trenard, p. 31, 33). C'est aussi lui qui compose l'acte de 1602 qui rapproche Honoré d'Henri IV. Il signe ce document : « Notaire royal ez baillages et provinces de Bresse et Bugey, Valromey et Gex » (Callet, p. 146). Il rend visite à Jean-Pierre Camus η avec d'Urfé (Callet, p. 153).

Bourgeois et sujet du duc de Savoie, Fabri appartient à une ancienne famille de juristes d'origine italienne. Il épouse Philiberte de Lucinge (parente de René de Lucinge η, seigneur de la cour de Savoie ?). Le couple a quatre fils, Antoine (filleul d'Antoine Favre η), Christophe, Ange, et Honoré (filleul d'Honoré d'Urfé en 1607). L'aîné, Antoine, s'engage dans le régiment d'Honoré d'Urfé en 1615, devient juge-mage comme son père et sera anobli en 1650 par le roi de France. Le benjamin devient jésuite. Il publie des ouvrages sur la philosophie et sur la circulation du sang (Trenard, p. 33). MorÉri, au tome V de son Dictionnaire, consacre un long article à Honoré Fabri. Il s'est opposé à Galilée et à Copernic, souligne le Larousse du XIXe siècle.

Après le décès d'Honoré d'Urfé, Diane se fait représenter à Virieu η par la veuve d'Hugues Fabri. Jean-Claude de Lévis-Châteaumorand se fera représenter par Christophe Fabri (Reure, p. 251). Pendant plusieurs années, tous les offices de juges et de bailli de Virieu restent dans la famille Fabri (Ibid., p. 253). Des Fabri président à l'inventaire du château de Virieu en 1625 (Ibid., p. 354).

• Le statut des Fabri s'explique : « La chicane est une dimension fondamentale de l'existence en Savoie au point d'étonner les fonctionnaires nouveaux venus dans leur poste » (Nicolas, p. 236).

• Je n'ai pas réussi à trouver de liens entre ces Fabri savoyards de bonne bourgeoisie et les Fabri nobles de Provence, en particulier avec Nicolas Claude Fabri de Peiresc.
Fauchet (C.) Claude Fauchet (1530 - 1602) est l'auteur du Recueil des Antiquitez Gauloises et Françoises (1579), et des Antiquitez et histoires gauloises et françoises. Contenant l'origine des choses advenues en Gaule et es Annales de France, depuis l'an du monde 3350 jusques à l'an 987 de Jésus-Christ (1599). Les 140 folios du Recueil sont développés dans les 947 pages des Antiquitez.
Honoré d'Urfé a puisé nombre d'informations dans l'œuvre de Fauchet (Voir Gaume, Appendices).

• Le Père Menestrier explique : « Les descriptions des Provinces, et des Villes où il y a des Monumens anitques ont fait donner le nom d'Antiquitez à plusieurs pieces Historiques » (Préface, n. p.).

• D'après Charles Sorel, lui-même auteur d'une histoire de France, Fauchet, « l'un des plus grands rechercheurs des antiquités gauloises et françoises » (p. 243), tient « de la prudhommie des anciens siècles » (p. 316).

• En 1599, Fauchet explique dans une épître au Lecteur que ses Antiquitez ont « esté aussi mal menees par la guerre que » lui, c'est-à-dire, qu'elles ont été prisonnières et qu'elles ont été mises à rançon (n. p.).

• « Je n'ay pas deliberé d'emplir ces Antiquitez de contes legiers, ou de risées qui se trouvent en plusieurs livres », déclare Fauchet (p. 101). Il s'inspire essentiellement de Jules César, de Plutarque, de Procope, de Tite-Live, d'Ammien Marcellin, et de celui qu'il appelle « Jornand », Jordanès (Fauchet, f° 83 recto), des historiens confirmés. Il nomme très souvent ses sources (par exemple, Fauchet, f° 71 verso), et donne un « Catalogue des autheurs alleguez » au début de ses Antiquitez. Il se méfie des « foibles tesmoignages » (Fauchet, p. 88). Il tente « d'esclaircir les opinions contraires, et les accorder » si possible (Fauchet, p. 76). Il explique qu'il compte surtout sur les écrivains « qui ont parlé de leur pays naturel » (Fauchet, f° 36 verso). Notons que Pasquier η, lui aussi historien, ne juge pas toujours utile de nommer ceux qu'il cite. « Entant que nous nous amusons à alleguer les anciens, nous ne faisons rien d'ancien », prétexte-t-il (Lettres familiÈres, VII, 12, p. 101).

• Pour « juger sainement », dit Fauchet, il faut trier et sacrifier, « d'autant qu'il n'est besoin mettre en une histoire plusieurs choses qui sont bonnes à dire en un traité particulier » (Fauchet, f° 57 recto). Il commente ce qu'il a écrit ailleurs (Fauchet, f° 64 recto). Un bon historien, pense-t-il, décrit le personnage « assez bien pour tirer un tableau de son effigie » (Fauchet, p. 97). Lui-même a quelquefois peur d'ennuyer ses lecteurs (Fauchet, f° 59 recto). Cependant, même au sujet des Francs qu'il désire favoriser, il refuse d'imiter ceux qui « eurent tout moyen de feindre, et dire ce qui leur vient en fantasie » (Fauchet, f° 61 recto). Quand il rapporte la rencontre de Saint Loup et d'Attila, Fauchet ajoute : « si vous croyez la Legende » (Fauchet, p. 94). Il n'est pas toujours aussi prudent.

• Pierre Larousse rapporte une curieuse anecdote sur les relations de Fauchet et d'Henri IV. Le Roi se moque du « laborieux » historien et le compare cruellement à un médaillon incrusté dans la pierre à Saint-Germain-en-Laye. Il se fait longtemps prier avant de lui accorder 600 écus η de gage et le titre d'historiographe.

MorÉri (vol. 5) juge que Fauchet « fut exact et tres judicieux ». Il rappelle que tous les ouvrages de l'historien ont été imprimés à Paris en 1610. De son côté, C.-G. Dubois trouve dans l'œuvre de Fauchet « une vulgarisation d'idées désormais répandues », et conclut : « On sent en lui une volonté d'enlever aux récits latins le respect absolu dont on les entoure et de créer une histoire qui s'oppose à l'idéal néo-antique par une inspiration nationale » (p 119).

• Le style de Fauchet réserve des surprises agréables. César par exemple est ce « Consul de Rome à qui les Gaules estoient escheuës à gouverner, ou guerroyer » (Fauchet, f° 33 verso), et qui devient « cest Empereur, non moins sçavant que vaillant » (Fauchet, f° 39 recto).

• Honoré d'Urfé, malgré sa sincère admiration pour le fondateur de la race mérovingienne, reprendra dans la troisième partie des renseignements romanesques et invraisemblables qu'il a lus dans Fauchet. Voir Mérovée.
Favre (A.) Antoine Favre (1557 - 1624), père de Vaugelas. Ce magistrat savoyard qui a fait ses études chez les Jésuites est célèbre pour son Codex Fabrianus, mais il a aussi composé une tragédie et des sonnets (Voir ce site, 30 septembre 2010, et celui-ci, 19 septembre 2014). En 1650, Guichenon, historien de la Bresse et du Bugey, fait l'éloge du juriste. Il écrit que Bourg, la ville où Favre a vu le jour, a « autant de sujet de se glorifier de sa naissance que les sept Villes de Grèce de celle du Grand Homère » (p. 162). Le statut du sénat en Savoie est particulier : l'office de sénateur n'est pas vénal mais héréditaire et récompensé par des honoraires. Dans les assemblées, le Sénat marche après le Clergé mais avant la Noblesse de naissance (Menabrea, pp. 149-150).

• La biographie d'Antoine Favre se trouve dans ce site (30 septembre 2010). Le haut statut du magistrat et l'état des finances de la Cour de Savoie transparaissent dans la description des fiançailles du prince héritier : En octobre 1618, avec François de Sales et une suite de plus de deux cents personnes, Favre se rend à Paris pour escorter le cardinal de Savoie, second fils du Duc. La Savoie demande alors la main de la fille d'Henri IV, Chrétienne (Christine) de France, pour le fils aîné du Duc, Victor-Amédée η. Favre écrit au Duc qu'il se mettra en route seulement lorsqu'il recevra de la Trésorerie les frais de son voyage (Mugnier, p. 8). Le sénateur a souvent connu des problèmes financiers. Avec huit enfants à sa charge, il avait un revenu de 966 livres ducales à une époque où, en Savoie, « au dessous de mille livres, sauver les apparences [tenait] du prodige » (Combaz, p. 46).

• Favre joue un rôle important dans la biographie d'Honoré d'Urfé, car il publie Les Epistres morales dès 1598.
Il explique les circonstances dans la dédicace au Duc de Savoie, texte que d'Urfé conserve dans les rééditions :
« ESTANT ces jours passez monsieur d'Urfé en telle extremité de maladie, qu'au jugement des Medecins il ne restoit espoir d'autre vie en luy que de l'eternelle, il luy advint entre les propos que la force de l'amitié peut arracher de sa foiblesse, de parler de moy, comme de celuy dont il regrettoit l'absence, [...] il enchargea l'un des plus confidens de ses amis là present, de garder soigneusement les discours qu'il avoit n'agueres composez en forme d'Epistres morales, avec une bien estroitte recommandation de me les remettre, pour en faire ce que je voudroy, comme de chose qu'il faisoit mienne » (Epistres morales, n. p.)

• À la fin de 1606, Favre fonde à Annecy l'Académie Florimontane. D'Urfé assiste à quelques séances. Les statuts, rédigés par Favre lui-même, veulent que les membres pratiquent l'« exercice de toutes les vertus ». Cette première Académie Florimontane cesse ses activités quand Favre abandonne Annecy et s'installe à Chambéry.
« C'est par Charles-Auguste de Sales, troisième successeur de Saint François, que nous connaissons les statuts donnés d'abord en latin en 1634 dans la biographie du Saint, puis traduits avec celle-ci la même année. D'après Charles-Auguste, la devise de l'Académie était Flores fructusque perennes. Elle fut reprise par l'Académie de Savoie fondée en 1820, ainsi que l'emblème : un oranger avec ses fruits. La Florimontane fut refondée en 1851 ». Ces renseignements viennent de ce site (30 septembre 2013).
Il est difficile de suivre Louis Trenard lorsqu'il compare l'Académie à l'Abbaye de Thélème (p. 34) !

• Les vers d'Honoré d'Urfé pour les Centuries de Favre sont dans Poèmes. Les « centuries » peuvent être « des annales rédigées par siècle » (LittrÉ), ici il s'agit plutôt de vers divisés par groupes de cent (Voir l'édition de 1601 dédiée à Marguerite de Savoie sur ce site, 3 novembre 2013).

• Antoine Favre, François de Sales (1567 - 1622), Jean-Pierre Camus (1584 - 1652) et Honoré d'Urfé (1567 - 1625) forment un quatuor d'écrivains qui, selon Camus, a œuvré « pour l'éternité ». Voir Camus η.

• On trouvera dans ce site savoyard (30 septembre 2010) un portrait d'Antoine Favre. Il y en avait un au château de Virieu η d'après l'Inventaire.
Favre (P.) Pierre Favre (ou Lefèvre). 13 avril 1506 - 1er août 1546. Pierre Favre a été béatifié en 1872 et canonisé le 17 décembre 2013 (canonisation équipollente, sans miracle).
Honoré d'Urfé avait une dévotion particulière pour ce prêtre dont on célébrait la mémoire le 1er août. C'est peut-être à cette date que le romancier faisait son pèlerinage annuel à Villaret η. Pierre Favre est originaire de ce village où une chapelle a été édifiée en 1600 ou 1601 à l'emplacement de la ferme de ses parents. François de Sales a consacré l'autel (Reure, p. 197). Détruite à la Révolution, la chapelle a été reconstruite en 1823 (voir ce site, 25 mai 2016).

Ordonné prêtre en 1534, Pierre Favre est un des premiers membres de la compagnie des pères Jésuites η fondée en 1539. Il a été le compagnon d'Ignace de Loyola et de François Xavier au collège Sainte-Barbe sur la montagne Sainte-Geneviève. La rencontre des trois hommes a été possible parce que Sainte-Barbe était un collège « international » qui recevait des élèves de partout et acceptait protestants et catholiques.

Pierre Favre a beaucoup voyagé en Europe pour convertir les Huguenots. Comme il a assisté au Concile de Trente, il peut y avoir rencontré Claude d'Urfé, le grand-père d'Honoré. Pierre Favre tenait une sorte de journal en latin de 1542 à 1545 (édité en 1960 par Michel de Certeau, un autre prêtre savoyard). Voir le site des jésuites (18 octobre 2014).

• Le portrait de Pierre Favre qui se trouve dans la Galerie vient de ce site (20 avril 2015). Une image pieuse le représentant se trouve dans les Notes en images η.
Femme Et pourtant, dans sa propre épopée, d'Urfé donne aux femmes un rôle honorable (Voir par exemple l'article de MÉniel), et même sympathique (Henein, p. 295).
Femmes En 2014, les cent derniers films américains présentaient 15 % de personnages féminins. Dans l'ensemble de la production cinématographique américaine, le pourcentage de femmes qui prennent la parole est de 30 %. Enquête de la CBC, dans ce site (8 septembre 2014).
Filles On sait peu de chose des six ou sept sœurs d'Honoré d'Urfé, et les renseignements recueillis dans des livres et dictionnaires sont parfois contradictoires.

- Françoise épouse Claude de Rochefort, seigneur de la Valette (MorÉri, X, article Urfé).
- Catherine épouse en 1602 Jean (ou Laurent) du Planet et lui donne deux fils, puis épouse en secondes noces Antoine de Monfaucon, seigneur de Montaigu (Chapoy, p. 2, note 1). Elle écrit un testament en 1610 et un autre en 1613 (Événements).
- Marguerite épouse Antoine de Bron (La Mure / Bernard, p. 65).
- Madeleine épouse Paul-Camille de Cavalque (Reure, p. 121). Elle vit à Parme où elle reçoit sa mère (Longeon, p. 20, note 13). Renée de Savoie meurt chez sa fille en 1587.
- Deux autres filles ont probablement été religieuses.

• La Mure fait de Françoise l'aînée, et de Catherine la plus jeune des filles d'Urfé. D'après lui, une seule aurait été religieuse (Diane) et une autre serait morte jeune (Gabrielle) (La Mure / Bernard, p. 65).

• Selon Guichenon, c'est le 16 août 1599, que Jacques II η d'Urfé et son frère Anne ont donné en dot à Catherine la seigneurie de Beyuiers (p. 13). Un manuscrit (Châteaumorand a2 16) confirme la chose (Héritages).

• C'est le 14 novembre 1581 que Catherine épouse Jean du Planet, d'après un document des Archives de Savoie (FRAD73-10F 330. Vue 28). Les articles pour le contrat de mariage sont signés au château de Baugé η. Parmi les signataires, on rencontre Paul Camille de Cavalque, (futur ?) époux de Madeleine d'Urfé, et Pascal Antoine de Rochefort, chevalier du Saint-Sépulcre, qui a épousé Françoise d'Urfé (FRAD73-10F 330. Vue 49a). Françoise est donc probablement l'aînée des filles d'Urfé.
Florence « FIL DE FLORENCE. A fine, and hard twisted thread, made in Florence » (Cotgrave).
Florin « Les florins de France ont esté appellez deniers, et ont eu divers prix et marques. Le florin de France valoit autrefois douze sols, dont les cinq font un escu. On compte encore en Dauphiné, en Provence et en Languedoc par florins. A Geneve il ne vaut que six sols » (FuretiÈre). 
En Savoie, trois florins font deux livres (Nicolas, p. 341).
« La monnaie d'or au type d'une fleur de lis très ornée tire son nom de Florence où elle fut frappée pour la première fois. Cette monnaie a eu une très grande vogue au XIVe siècle. Plus tard, le nom de florin a été donné à des monnaies d'argent » (Site de numismatique, 18 juin 2014).
Fodéré (J.) Jacques Fodéré, controversiste français, né à Bessan (Savoie) dans la seconde moitié du XVIe siècle, mort vers 1625. Ce cordelier a laissé une Narration historique et topographique des couvents de l'ordre de Saint-François et des monastères de Sainte-Claire, érigés en la province de Bourgogne, ou de Saint-Bonaventure (Lyon, 1619).
François de Sales, évêque de Genève, doit s'installer à Annecy parce que Genève est entre les mains des Huguenots. Il demande au Père Fodéré de faire des recherches sur l'histoire de la ville et de lui communiquer les résultats.
Folies Dans sa lettre à Pasquier, d'Urfé affirme que son roman est en partie autobiographique.
Quelques années plus tard, les amours de Madonthe seront traitées de « folies » (II, 6, 327). Les « folies » sont le plus souvent l'apanage des hommes dans L'Astrée, par exemple, rien que dans la première partie, Alcippe, Ligdamon, Filandre, Hylas, Polémas et Lindamor commettent des « folies ».
Folques Jugemant. Il s'agit de Foulques de Villaret, élu en 1305 grand maître des Hospitaliers de Saint-Jean (Voir le site de Wikipedia, 26 septembre 2014)
Fontaine des Muses Plusieurs fontaines sont consacrées aux Muses. Deux d'entre elles, la fontaine de Castalie et l'Hippocrène donnent aux poètes l'inspiration. D'Urfé lui-même mentionne l'Hippocrène dans la préface de la première partie (L'Autheur à la Bergere Astrée).
Fors « Horsmis, excepté » (FuretiÈre). À cause de ce « fors », on comprend que les « Lettres » dont parle Pasquier sont celles que d'Urfé lui a envoyées, et non les Epistres morales.
Fortune Maurice Magendie a remarquablement bien étudié l'influence de L'Astrée dans Le Roman français au XVIIe siècle de l'Astrée au Grand Cyrus (Paris, Droz, 1932, 437 p.). Henri Coulet l'a rappelé en 1967 et en 2000 (p. 144). Comme le note Camille Esmein-Sarrazin, à la fin du XVIIe siècle, le roman d'Honoré d'Urfé transcende les genres, car il n'est pas toujours « associé aux caractéristiques du roman pastoral ou sentimental » (p. 304).
Des informations ont pu être ajoutées au sujet de l'œuvre de tel ou tel écrivain influencé par L'Astrée ; elles n'apportent rien de nouveau sur Honoré d'Urfé, même si L'Astrée de Racine par exemple est d'un grand intérêt (Wine, p. 30), de même que les fascinantes réécritures analysées par Marta Teixeira Anacleto (p. 113 sq.), les jeux décrits par Mmes Denis et Lavocat (p. 279 sq.), ou encore la surprenante lecture d'« une divagation onirique par une autre divagation onirique » (Gefen, p. 343).
Les traductions anciennes du roman sont encore méconnues. L'exemple donné par Mme JÜrgensen étudiant les traductions allemandes devrait être imité. Un jour peut-être la traduction anglaise des deux premières parties de L'Astrée (John Davies, 1658) attirera un chercheur. Elle renferme des surprises : les bergers appellent Paris Sir ...
Foüet Robert Foüet a l'imagination bornée : il se contente de copier les vers qui accompagnent le portrait de Philippe Sidney. Le romancier anglais possédait déjà « le sçavoir de Minerve, et de Mars le courage ».
Fracastor Jugemant. Jérôme Fracastor est un médecin humaniste italien du XVe siècle (Voir ce site, 10 février 2017). Les Fracastoro sont une famille illustre, souligne Bertoletto (p. 158, note 1). Chiabrera a voulu honorer une dizaine de familles bien qu'elles n'aient rien à voir avec les croisades. Il en avait le droit, affirme Bertoletto, car « un poème n’est pas un arbre généalogique » !
France consolée (La) Le mariage royal chanté par Favereau a eu lieu en 1615. La dédicace de La France consolée mentionne une première édition anonyme (Voir l'étude de Sylvain Garnier). Ce poème d'une centaine de vers, farci de mythologismes (par exemple Favereau, p. 91), est anti-malherbien au possible. L'auteur s'adresse pourtant à Malherbe, représentant des modernes. Il le nargue, semble-t-il, en se donnant ostensiblement pour modèle Ronsard η, amateur de vers de sept pieds et parangon des anciens. L'intérêt de Favereau pour la prosodie italienne devait être connu bien avant 1625, puisque c'est à ce poète que Chapelain adresse la lettre qui sert de préface à l'Adone du Marin en 1623.
Frangipane « On se sert de ce mot en parlant de certains gans qu'on nomme gans de frangipane, du nom d'un Italien qu'on apelloit Frangipani qui inventa le parfum avec lequel on parfuma prémierement ces sortes de gans » (Richelet). La frangipane est une crème d'amandes pilées (Larousse du XIXe). Mot utilisé par Tallemant des Réaux (II, p. 305).
Franstat Étienne Brunet note : « Il y a des discordances entre l'étendue déclarée et l'étendue observée, que je ne m'explique pas » (message du 23 mars 2016).
Franstat L'article de Brunet consacré à Franstat doit paraître début Juin 2016 dans les « Actes du Colloque JADT 2016 ».
Franstat On doit cette édition d'un extrait de L'Agathonphile au Père Sage (Textes Littéraires Français, 1951).
Friction La Savoie francophone est souvent francophile. Le Piémont parle italien et se rapproche souvent de l'Espagne. Les deux volumes du Cléoreste de Camus (1626) sont là pour rappeler à qui l'ignorerait la profonde inimitié de la France et de l'Espagne.
À Turin, le 6 juin 1611, le bruit court un jour que le duc de Savoie η a été assassiné par un étranger. Immédiatement, les Savoyards s'en prennent aux Français et les jettent en prison. Le Duc a dû circuler à cheval dans la ville pour calmer les esprits (Gal, p. 394).
Fringalet Fringale n'est pas encore dans les dictionnaires au XVIIe siècle, mais bien fringuer : « Agiter, remuer [...] Il vient de fringal, vieux mot Celtique, ou bas-Breton, qui signifie, se donner du bon temps » (FuretiÈre).
Frontispice - Lettre des Parfaits amants. « Frontispice du livre. Ces mots signifient devant de livre, mais en ce sens il est un peu vieux, & en sa place on dit tête, ou devant de livre. On dit Préface pour mettre à la tête d'un livre, & non pas si bien pour mettre au frontispice d'un livre » (Richelet).
Les signataires de la lettre renvoient évidemment à l'interdiction qui se trouve dans L'Autheur à la Bergere Astrée.

- Dans sa lettre à d'Urfé, Pasquier aussi appelle « frontispice » le début d'un livre, le fronton.
Gabrielle d'Estrées Gabrielle d'Estrées attirait, et attire encore, des compliments à double tranchant et d'acerbes critiques.
Le duc de Sully n'y va pas par quatre chemins lorsqu'il décrit sa violente opposition à l'union du Roi et de cette « bagasse η de Gabrielle » (IV, p. 160). À peine plus nuancé, J.-P. Camus, en racontant dans L'Alexis η les amours d'Henri IV, note que le peuple, « hydre à plusieurs testes, et à autant et plus de sens » (L'Alexis, V, p. 81), déteste Gabrielle, orgueilleuse beauté.
À la Cour, écrit-il, « quelques uns qui regardoient d'un œil traversé la grandeur monstrueuse de sa fortune, disoient que ces accidens estoient des signes manifestes de l'ire du Ciel sur elle, et de la main de Dieu appesantie sur son dos » (ibid., V, p. 83). Pour Camus, le destin de Gabrielle illustre ce psaume : « J'ay veu le pecheur relevé par dessus les Cedres du Liban, je suis repassé incontinent apres, et il n'estoit plus, et son lieu n'a point esté treuvé en la terre des vivans, estant effacé de leur nombre » (ibid., V, p. 56).
Gaultier Ph. Philippes Gaultier (1592 - 1631), reçu libraire et imprimeur le 9 janvier 1625. Sa boutique est rue des Amadiers, à Paris, puis sur le Pont-Neuf. Sa marque est le pélican. Sa veuve, Marie Pichon, s'installe à Québec en 1636 (Voir ce site, 20 avril 2015).
Geneviève En 1535, les Parisiens ont porté les reliques de sainte Geneviève en procession. Pierre Le Juge le rappelle en 1586 dans son histoire de la Sainte (Crouzet, p. 230).
Genevois Jugemant. Il faut ici lire génois (Bertoletto, p. 157, note 1). L'auteur et son personnage ont le même pays d'origine. Honoré d'Urfé aurait mauvaise grâce à le reprocher à Chiabrera.
Gentilhomme Alors qu'il était « Escuyer et Chambellan η ordinaire » du duc de Savoie η, Honoré d'Urfé devient simple « Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy » après son mariage et sa réconciliation avec Henri IV, autour de 1602 probablement (Reure, p. 119-120). Son nom malheureusement ne figure pas dans l'État de la maison royale de Griselle.

• Sophie de Laverny étudie les droits et devoirs de ceux qui font partie de la maison du Roi. La fonction de Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy donne accès à la vie privée du souverain. Elle est réservée à des nobles qui doivent servir à la Cour quatre mois par an (après 1618 la durée va changer). C'est « tout à la fois une dignité, une fonction, un titre d'honneur qui confère un rang social et un objet de commerce » (p. 83). Henri IV a créé des offices pour les vendre (p. 142), mais aussi pour attirer près de lui les anciens Ligueurs. Sous Henri IV, « pas un Prince qui n'eust de la peine à se faire payer de ses appoinctements, et pas un Pensionnaire qui dés ce temps là n'ait appris à s'accoustumer aux retranchemets de cestuy-cy » (Mercure franÇois, 1614, p. 397).

Souvent coûteuse pour le bénéficiaire, la charge peut être léguée ou vendue. Le Cahier de doléances de la Noblesse aux États Généraux de 1614 demande la « revocation du Contract ou Party communément appellé la Paulette, ou Palote, qui rendoit héreditaires les Offices de Justice et Finance, moyennant une contribution par an au grand préjudice du Roy et de l'Estat » (Mercure franÇois, 1614, p. 72). Le Tiers État, lui, se plaint du « nombre effrené d'Officiers qui est si tres grand, qu'il est quasi plus aisé de rencontrer un Officier que de trouver un homme sans office » (Mercure franÇois, 1614, pp. 99-100).

Louis Batiffol note que si les gentilshommes servent par quartier, c'est parce que leur service à la Cour leur revient cher. « La misère des gentilshommes sans grande fortune était lamentable » (p. 156). Malherbe nous apprend que suivre la Cour n'était pas toujours agréable. Il écrit le 15 octobre 1606 par exemple : « Demain nous allons à Nemours, puis à Montargis, puis à Briare, puis à Sully, et enfin en tant de lieux que je ne sais où j'en suis. La peste de Paris serait bien plus supportable que toutes ces incommodités » (p. 365).

Dans l'organisation de la Cour, les chevau-légers, habillés de rouge (TLFI), forment une compagnie qui suit les gardes du corps du Roi ainsi que les gendarmes de la Garde (Wikipedia, 5 juin 2014). FuretiÈre les décrit ainsi : « CHEVAU-LEGER, est un cavalier ordinaire & legerement armé, qu'on appelle autrement Maistre, & qui est dans un corps de regiment. On l'appelle ainsi, par opposition aux Gens d'armes, qui étoient autrefois des gens pesamment armez & de toutes pieces. Il y a pourtant quatre compagnies d'ordonnances qu'on appelle particulierement Chevaux-legers, qui n'entrent jamais en corps de regiment, qui sont les Chevaux-legers de la Garde du Roy, de la Reine, de Monseigneur le Dauphin, & de Monsieur ; & on dit au singulier un Chevau-leger, & au plurier vint-&-un chevaux ».
Germains Pline explique qu'il y a « cinq races germaines ». La première comprend les Burgondes, la deuxième les Cimbres et les Teutons, la troisième, un autre groupe de Cimbres, la quatrième comprend les Suèves et la cinquième les Basternes (IV, 28). « Le mot de Germain s'est dit autrefois des habitans d'Allemagne ; & en ce sens il est Suedois, à ce que dit Mr. Rudbecks dans le livre intitulé Atlantico, cité dans le Journal d'Hollande de Janvier de l'année 1685 » (FuretiÈre).
Le mot germain n'apparaît pas dans les trois premières parties de L'Astrée. Il survient dans le roman de 1624.

• On trouvera une carte des tribus de Germains dans ce site (20 avril 2015).

• Un historien moderne suisse appelle ces milliers de Germains qui pénètrent en Gaule « les émigrants » (Flutsch, p. 29).
Glorifier « Charles-Emanuel se vantoit d'être sorti des Empereurs d'Orient par cette Branche de Lascaris η », ce qui est vrai. La suite est plus étonnante : « Le duc de Weymar le reconnoissoit pour son parent ». Charles aurait pu demander le rang de prince, mais ne se sentant pas assez riche pour le faire, refuse « contre l'avis de sa Sœur, qui aspiroit fort à cette élévation » (Huet, p. 73). Cette sœur est probablement Geneviève η d'Urfé (Voir Jacques II d'Urfé η).
Grand Robert L'édition de référence de L'Astrée est celle de 1610 dans ce dictionnaire ! Depuis 1869, on connaît l'édition de 1607 de la première partie, ce que le chanoine Reure rappelle en 1910 (p. 135).
Grandeur Nouvelle remarque sur le vraisemblable, conforme à « l'opinion générale », dans la Poétique (Aristote, 1461 a). Voir aussi Cheveux η.
Graphie L'Astrée moderne distingue « conter » et « compter », « penser » et « panser », « peut être » et « peut-être ». Elle donne « adieu » et non « à dieu », « bonheur » et non « bon heur », « autre fois » et non « autrefois », etc.
Grener « Monter en graine, produire de la graine » (FuretiÈre).
Guélard Dans la troisième partie par exemple, les gravures des livres 7 et 9 se prêtent à plus d'une interprétation.
Guillemets La deuxième partie se distingue parce qu'elle ne présente pas de guillemets dans les marges, parce qu'elle est paginée non foliotée, et parce qu'elle ne jouit pas d'un frontispice original.
Le fait que la deuxième partie est la seule qui, dans l'édition de 1621, ne commence plus par une dédicace est particulièrement ironique. C'est en publiant cette partie, en 1610, que d'Urfé offre son roman pour la première fois ! La deuxième partie semble traitée en paria dans l'édition complète de 1621.
Habits de gentilhomme En Savoie, « un habit somptuaire représente la valeur de deux années de travail d'ouvrier » (Nicolas, p. 173), c'est-à dire sept à huit cents florins η de Savoie (id., p. 341).
Habits des bergers Ce n'est pas dans L'Astrée d'Honoré d'Urfé que la baronne a pu trouver un modèle : « le paisible habit de Bergers » (I, 2, 32 verso) n'est jamais décrit dans le roman (Henein, pp. 102-104). Les tenues de fête des paysannes étaient pourtant bariolées et séduisantes, selon les auteurs de La Vie quotidienne en Savoie (Nicolas, p. 173). Twyla Meding examine les vêtements des contes de fées à la lumière de la pastorale. Elle constate « un décalage temporel » qui permet à ce qui est vague de devenir un signe du merveilleux (p. 333).
Hélépole « Terme d'antiquité. Machine en forme de tour qui s'employait aux sièges des villes » (LittrÉ). Ce substantif figure dans une traduction de Plutarque.
Historien René de Lucinge η. Il avoue dans La Manière de lire l'Histoire : « Mon premier gibier en ceste leçon furent les romans en vulgaire françois lesquels je sçavois par cœur ». Il énumère des titres, puis ajoute plus tard (en 1614) « et autres que le mespris doit eclypser de la cognoissance des studieux » (p. 64).
Hommes de lettres L'exception est Fernand Desonay. En 1928, ce critique commence son compte rendu du livre de Magendie par : « Je n'ai pas lu l'Astrée » ! Il relève que Vaganay a donné « une réimpression moderne de l'édition de 1612 » (p. 629).
Honneur Cette remarque (que d'Urfé répète) sur les effets indirects du surnaturel explique une variante de la première partie de L'Astrée : un chevalier admirable n'est plus dit victorieux grâce à la fortune, mais grâce à sa valeur (I, 9, 287 verso). Voir Variantes.
Horace Quintus Horatius Flaccus (~65 - ~8). Ce poète latin n'est pas nommé dans les Epistres, mais son Épître aux Pisons, une lettre adressée à un père et à son fils, des hommes de lettres, est un incontournable de la critique littéraire.
Le Jugemant d'Honoré d'Urfé prend aussi la forme d'une lettre, mais le ton de l'auteur est loin d'être aussi détendu que celui d'Horace.
Huet (D.) Voir le site que Jean-Paul Fontaine consacre à « Huet, le 'savant des savants' » (17 décembre 2015).
Le goût de l'évêque d'Avranches pour les romans remonte à son enfance. Joseph d'Avenel, dans sa biographie de Huet, écrit : « Un jour il avait fait avec ses sœurs la partie de lire l'Astrée ; le roman avait été porté à la campagne ; mais souvent au milieu de la lecture l'émotion gagnait tout ce jeune auditoire, et l'on fermait le livre pour pleurer » (p. 135).
Huet a reçu la confirmation des mains de J.-P. Camus η (p. 16).
Il a d'abord rencontré Charleval à une soirée où il dansait - ce qui a étonné Charleval (p. 109).
Le biographe souligne aussi la passion de Huet pour la mythologie (p. 17).
Humbert Humbert aux Blanches-mains, comte de Maurienne, est le héros de La Savoisiade η d'Honoré d'Urfé.
Hylas Rappelons deux variantes de la première partie. Dans l'édition de 1607, le jeune homme voyage « dissimulé » (I, 8, 252 verso) ; il est appelé « Berger » (I, 8, 256 recto) ; l'édition de 1621 met « Étranger » et le dit « déguisé ». Cependant, d'autres occurrences de « Berger » restent inchangées dans le même livre (I, 8, 258 verso).
Illustrations : 1626 Dans l'édition de Robert Foüet, en 1626, le graveur, Crispin de Passe le jeune (Arbour, pp. 122 et 248), en reproduisant le portrait mythologique d'Honoré d'Urfé, a changé l'expression du visage, la peau du lion, le cadre et même les vers (La Sixiesme partie, n. p., Voir Gallica, 29 octobre 2013).
Indiction « Au temps de la reformation du Calendrier en 1582. on comptoit la dixiéme année de l'Indiction qui estoit alors commencée : desorte qu'en commençant à compter par dix depuis cette année où on est, et en retranchant quinze autant de fois qu'on le pourra de la somme entiere, on aura l'année de l'Indiction courante » (FuretiÈre). « Révolution de quinze années que l'on recommence toujours par une, lorsque le nombre de quinze est fini » (LittrÉ).
Inédits Les faits rapportés ne sont pas toujours commentés. Un renseignement donné aux auteurs par Bethsabée Dreyfus reste difficile à interpréter. À la question « Quel a été votre premier désir ? », Rohmer répond en parlant « des brindilles qu'enfant il ramassait dans son jardin pour brûler Jeanne d'Arc » (Baecque et Herpe, p. 483). L'enfant aurait-il vu « La Passion de Jeanne d'Arc » de Carl Dreyer, film de 1928 ? Cela ne semble pas probable, compte tenu des divertisssements familiaux à Tulle et du dédain du jeune Schérer pour le cinéma, « le dernier des arts » (Id., p. 16, p. 40).
Insinuation « Enregistrement d'un acte dans des Registres publics » (FuretiÈre). 
Instruction Les fonctions de la poésie sont : docere, placere, movere, enseigner, plaire et émouvoir. Il se peut que d'Urfé prenne discrètement position dans la querelle qui a opposé Guarini et Le Tasse sur les fonctions de la poésie (Giavarini, p. 32).
Inventaire Le chanoine Reure se trompe-t-il lorsqu'il écrit que l'inventaire a été dressé tout de suite après le décès d'Honoré (Reure, p. 354) ? D'après ce manuscrit, un inventaire aurait suivi la mort de Diane. Il se peut, évidemment, qu'il y ait eu deux inventaires, mais qu'un seul soit parvenu jusqu'à nous (Inventaire).
Irénisme Corrado Vivanti étudie la politique religieuse d'Henri IV à la lumière de cette théorie antique de la tolérance. Le Roi a cherché à arrêter la violence religieuse par les édits de Nantes et de Rouen. Il s'est beaucoup informé sur ce qui séparait ses sujets. Il a encouragé et organisé des débats savants entre des modérés des deux camps (Vivanti, p. 179). Sully n'approuvait pas son maître dans ce domaine. « Vous essyâtes d'empêcher de tout votre pouvoir » cette conférence entre Du Perron et Duplessis-Mornay, reconnaît-il dans ses Mémoires rédigées à la deuxième personne du pluriel (IV, p. 200).

• La tolérance religieuse qui caractérise la deuxième partie de L'Astrée est une réponse à l'irénisme d'Henri IV, le dédicataire de ce volume (Voir Pleins feux et Évolution).
Ironie J'ai analysé longuement l'ironie qui, à mon avis, caractérise L'Astrée (Henein, p. 141 sq.), roman qui n'est pas « un paradis désespéré ». Proche de l'illusion, l'ironie, arme de Socrate, pose des questions dont elle prétend ignorer les réponses, elle fait un clin d'œil au lecteur et l'engage à sourire. Il suffit de considérer les significations cachées de certains noms propres de L'Astrée pour s'en convaincre. Voir Pleins feux et Parallèles.
Ismaël Pasquier renvoie à la Genèse (16:11). Saint Paul commente cet épisode sans nommer les fils dans l'Épître aux Galates (4:22 sq). Parce que « ces choses sont allégoriques », il compare le fils de l'esclave à la Jérusalem actuelle et celui de la femme libre à la Jérusalem d'en haut.
Italie Le Duc de Savoie η se pose en « rempart de toute l'Italie » (Gal, p. 191) parce qu'il a éloigné les hérétiques des villes (ibid., p. 207), et parce qu'il se bat pour la réputation et la liberté de l'Italie (Ibid., p. 418). Il resserre les liens par les mariages italiens de ses filles (Ibid., p. 415).
Jacques d'Urfé Jacques II d'Urfé (1560 - 1657), frère d'Honoré, épouse le 12 juillet 1596 Marie de Neufville η († 1635). Ils ont deux fils et quatre filles. Le fils aîné est Charles-Emmanuel (1604 - 1685). Le second meurt au berceau. Les filles sont Geneviève η, Anne-Marie, Gabrielle η, et Élisabeth-Aymée (La Mure / Bernard, pp. 71-75). Les armes de Jacques II sont dans le site d'A. Bunel (29 décembre 2013). Les bras tendus au-dessus du cimier suggèrent la grande violence d'un Matamore η.

• Jacques II garde toujours le nom de Paillard η propre aux cadets de la Maison d'Urfé. Nomen est omen ? Les Archives de l'Ain (26 juin 2012) conservent un document qui prouve que Jacques a eu un fils hors mariage en 1588 comme le rapporte A. Callet (p. 134).

• Jacques a grandi dans la Cour du Duc de Savoie (Reure, p. 18, note 1, et ce site, 20 mars 2013). En 1589, il participe aux guerres de religion aux côtés de son aîné, Anne (Bernard. p. 354, et la lettre de 1589, Ibid., pp. 372-373). En mai 1599, Anne quitte le monde et abandonne ses droits d'aînesse. Jacques devient Marquis d'Urfé et prend le nom de Lascaris η. En 1614, il représente la noblesse du Forez aux États Généraux (Mercure franÇois, 1614, p. 24).

• Jacques a souvent manqué d'argent (Voir Héritages). Le 6 octobre 1610, à Paris, pour tenter de se renflouer, il s'associe avec deux gentilshommes qui vont faire du commerce aux Indes dans trois vaisseaux. Amiral en Sardaigne (sous le duc de Savoie η), Jacques II connaît la mer ; il promet trente mille livres à ses associés. Malheureusement, on ignore tout du succès de cette expédition (Rochigneux, pp. 52-62).

• Jacques est au service du duc de Savoie en 1613 quand il participe à la bataille de Montferrat η à la tête d'une armée de « 9 000 François » (Guichenon, I, p. 819). Il reçoit, comme Honoré, le titre de chevalier de l'Annonciade η le 2 février 1618 (Guichenon, I, p. 828). Ses titres sont nombreux : « Jacques Paillard d'Urfé de Lascaris, Marquis d'Urfé, de Baugé et de Valromey, Comte de Sommerive, de Châteauneuf, de Saint-Lus, Baron de Virieu-le-Grand, Seigneur de La Bastie, de Rochefort, de Saint-Didier et de Bussy » (Arnaud Bunel), « Baron de Marinan, Maynac et Neufville en Limousin, Seigneur aussi de S. Just, [...] sainte Agathe », ajoute La Mure (II, p. 481).

• En 1610, Catherine d'Urfé, nomme son frère, Jacques, comme exécuteur testamentaire. Trois ans plus tard, elle remplace Jacques par Honoré (Archives de Savoie FRAD73-10F 330. Vue 75 et Vue 78).

• En 1625, Jacques est l'héritier universel d'Honoré d'Urfé (Voir Testament). Très vite, des procès l'opposent à l'héritier de Diane de Châteaumorand morte en 1626, un an après son époux (Reure, p. 359). Voir Généalogie et Héritages.
En 1627, pour des raisons qui restent mystérieuses, Jacques quitte brusquement le service du duc de Savoie (Voir Généalogie). Non seulement il se retire en Forez, mais encore il cède la charge de bailli à son fils qui n'a que vingt-trois ans.

• Devenu veuf, en 1635, à soixante-quinze ans, Jacques se remarie. Il fait construire sur le mont d'Isoure une chapelle dédiée à Sainte Geneviève (La Mure / Bernard, p. 71). Il aurait eu plus de cent ans à sa mort aux dires de Huet (p. 851), qui répète une ancienne légende rapportée par La Mure (La Mure / Bernard, p. 75, note 2).

Le fils et héritier de Jacques est Charles-Emmanuel (1604 - 1685), bailli η du Forez (Voir ses armoiries η). Il épouse en 1633 Marguerite d'Alègre, née en 1620 (?), fille de Christophe d'Alègre, baron de Saint-Just, et de Louise de Flageac (elle-même fille de Pierre de Flageac et de Marguerite de Rostaing).
Le couple d'Urfé a communiqué à Daniel Huet des informations sur Honoré (p. 851). La femme semble mieux informée que son mari. Elle prétend avoir laissé les écrits d'Honoré d'Urfé - « en grand nombre » - à un « M. de Pondevaux η » (Guichenon nomme souvent les Pont-de-Vaux dans son Histoire de Bresse et de Bugey). Huet mentionne une sœur de Charles-Emmanuel qui aurait eu des prétentions nobiliaires (p. 851), peut-être Geneviève η.

Marguerite d'Urfé meurt le 6 novembre 1683 et Charles-Emmanuel le 2 novembre 1685. Leur fils aîné, Louis, futur évêque de Limoges, est le filleul de Louis XIV. Aux renseignements donnés par MorÉri et dans ce site (10 mars 2013), il faut ajouter une anecdote que rapporte Daniel Huet, et que Moréri a choisi de cacher : Marguerite d'Urfé raconte fièrement à Huet que Louis, encore enfant, a brisé les statues de la Bastie parce qu'il les trouvait choquantes (p. 852). George Sand exploitera habilement cet épisode (I, p. 256).

• Devenu Évêque, ce même Louis d'Urfé se plaint à son frère « de ce que le nom d'Urfé sembloit ne devoir être connu que par l'Astrée [...] méchant livre [qui] déshonore d'autant plus notre nom qu'il est entre les mains de tout le monde ». Le frère suggère en plaisantant que l'Évêque fasse condamner le roman en assurant que les propositions de Jansénius s'y trouvent (Mémoires de l'abbé Arnauld, cité par Bonafous, pp. 213-214, note 1). 

Geneviève, l'aînée de Jacques II et de Marie de Neufville, née en 1596 ou 1597, figure dans l'État de la maison de Marie de Médicis (Griselle, p. 398). Elle vit au Louvre et reçoit un salaire annuel de 200 livres (Carmona, p. 64). Elle est la demoiselle d'Urfé « n'ayant gueres de bien » qui brille à la Cour parce qu'elle est « jolie et spirituelle », selon Tallemant des RÉaux (I, pp. 592-593). « Fort galantisée », ajoute Tallemant, elle séduit Bassompierre, mais épouse Charles-Alexandre, duc de Croy en 1617, et le suit à Bruxelles. En 1623, Louis de Dourlens lui dédie son roman, Les Adventures guerrières et amoureuses de Licide.
Le duc de Croy est assassiné en Belgique le 5 novembre 1624 (La Mure / Bernard, p. 72, note 2). Le chanoine Reure donne le 9 novembre et A. Adam aussi (note aux Historiettes de Tallemant, p. 1200). Reure analyse un libelle où Geneviève est accusée d'avoir tué son époux, soi-disant avec la bénédiction des Jésuites (p. 14). Elle désirait épouser en secondes noces le duc de Spinola, le dédicataire de la cinquième partie de L'Astrée composée par Baro, note le chanoine Reure (p. 15).
Veuve, Geneviève épouse Antoine de Mailly, chevalier de Malte (« mari de conscience », écrit Tallemant, I, p. 587, mariage secret), mais reste « fort pauvre » (Tallemant, I, p. 588).

• Geneviève commande un « armorial contenant les alliances et les branches des Urfé » (Claude, p. 210). C'est donc peut-être elle qui parlait de noblesse avec son frère (Huet, p. 851).

• La fille de Geneviève, Mademoiselle de Mailly, est dans la suite de Marie de Gonzague, reine de Pologne. Quand Mademoiselle de Mailly se marie, en 1652, Loret rappelle dans la Muse historique qu'elle est
        « Assez proche parente
        De ces bergères de renom
        Qui hantoient les bords du Lignon »
(Tallemant, I, Note d'A. Adam, p. 1202).

• Van Dyck η a peint Geneviève veuve (Voir ce site, 30 septembre 2010) et avec ses trois enfants (Voir ce site, 30 septembre 2010). Il imitait peut-être François Clouet qui a peint un grand nombre de veuves portant le deuil en blanc (Bentley-Cranch, p. 248).

Gabrielle est la plus intéressante des nièces d'Honoré d'Urfé pour les lecteurs de L'Astrée. Elle a eu en sa possession un manuscrit de la quatrième partie de L'Astrée qu'elle a fait publier en 1624, du vivant de son oncle (Koch, p. 390). Rien ne prouve que le romancier le lui ait donné. Gabrielle assiste à la mort d'Honoré d'Urfé en 1625 et bénéficie d'un legs (Voir Testament). À une date inconnue, Gabrielle « mourut fille à Paris », selon La Mure. Elle sera enterrée, comme son père et comme Geneviève, au couvent de Sainte Claire de Montbrison (La Mure / Bernard, p. 75).

MorÉri se trompe lorsqu'il écrit que deux filles de Jacques II, Gabrielle et Isabelle Aimée, auraient été religieuses.
Il s'agit d'Anne-Marie et d'Élisabeth-Aymée, religieuses chez les Clarisses de Montbrison. En 1640, Anne-Marie devient Abbesse. En 1660, Élisabeth meurt (La Mure, II, p. 473).

• J'ai malheureusement confondu Gabrielle et Geneviève dans l'article que j'ai consacré en 1990 aux « Vicissitudes de la quatrième partie de L'Astrée ». C'est à Gabrielle que nous devons la suite authentique du roman.
Jas On rencontre les noms de Jacques et de Gaspard de Jas dans l'entourage d'Honoré d'Urfé et de Diane de Châteaumorand. Gaspard est témoin lors de la signature du contrat de mariage de Diane et d'Honoré en 1600 (Reure, p. 99). Il se trouve ensuite à Virieu η, près de d'Urfé en 1602 (Reure, p. 116). Jacques est à Châteaumorand (Reure, p. 160), comme l'indique le Testament de Diane.
Le nom de Jas revient fréquemment dans le Bulletin de la Diana, parce qu'une seigneurie et une paroisse portent ce nom en Forez. Une Marguerite de Jas qui a vécu à Lavieu a été demoiselle d'honneur de Jeanne de Bourbon au XIIIe siècle (Durand, p. 297). À la fin du XVIIe siècle pourtant, le château de Jas n'appartient plus à la famille Jas.
Jésuites Ignace de Loyola (1491 - 1556), avec six compagnons (dont Pierre Lefèvre ou Favre η), fonde la Compagnie de Jésus en France en 1537 et la soumet à la seule autorité du Pape. Les Jésuites soutiennent les décisions du Concile de Trente et se spécialisent dans l'enseignement. La Sorbonne et les tenants du gallicanisme comptent donc parmi leurs adversaires.
Le dictionnaire de Richelet renferme un article informatif consacré à la hiérarchie des Jésuites (anciennement dit Jésuistes). Les ennuis des Jésuites français ont commencé en 1563 au moment de la fondation du Collège de Clermont à Paris (site du lycée Louis-le-Grand aujourd'hui), et ils se sont intensifiés au moment de l'assassinat d'Henri III, en 1583. L'histoire des Jésuites en France est marquée par l'ouverture et la fermeture de collèges prestigieux et gratuits soutenus par les dons de familles nobles (et surtout par la Maison de Lorraine). En temps de crises, les Jésuites se réfugiaient en Avignon, terre papale. C'est là qu'ils accueillent Marie de Médicis η à son arrivée en France en 1600.

• En 1565, l'Université de Paris choisit Étienne Pasquier η pour plaider contre les revendications du Collège de Clermont (Voir ce site de juristes, 31 octobre 2013). Pasquier confesse qu'il était alors « un advocat non advocat », un avocat sans cause, un jeune homme soutenu par des amis puissants. Le fait qu'un Pasquier Brouet, Jésuite, lui ait communiqué des informations sur la Compagnie convainc la Sorbonne de confier le dossier à ce quasi-inconnu (Pasquier, Lettres familières, XXI, 1, pp. 344 à 350). Fort habile, Pasquier refuse tout salaire se disant le « nourrisson » de l'Université (Ibid., XXI, 1, p. 352). Il sera nommé ensuite à la Chambre des comptes de Paris.
Dans le virulent et satirique Catéchisme des jésuites que Pasquier tire de son expérience, le jeune avocat attaque le nom de la « Compagnie de Jésus » et le titre de « Père » donné à ces prêtres sans paroisses, qui ne sont pas obligés de lire le bréviaire. Il blâme autant leurs prétentions militaires que leurs ambitions intellectuelles. Pasquier relève cinquante-deux « incompatibilités entre les propositions de la compagnie de Jésus et les libertés de l'Église gallicane » (Sutto, p. 280). Ce Catéchisme annonce - mais de très loin - Les Provinciales de Pascal.

• En 1589, Henri III est assassiné après avoir fait tuer le duc de Guise et son frère. Le régicide est Jacques Clément, prêtre dominicain ligueur et ancien élève des Jésuites. Le 27 décembre 1594, Jean Châtel tente d'assassiner Henri IV. Avant d'être démembré, il avoue qu'il a étudié au Collège de Clermont. On découvre chez Jean Guignard, bibliothécaire et régent de ce collège, un manuscrit où se trouve une incitation au tyrannicide η : « Le Béarnais, bien que converti à la foi catholique, serait traité plus doucement qu'il ne mérite si on lui donne la couronne monachale (c'est-à-dire si on le dépose) ; si on ne peut le déposer sans guerre, qu'on guerroie ; si on ne peut faire la guerre, qu'on le tue » (cité dans le Larousse du XIXe, Article Régicide).
Jean Guignard est pendu et brûlé le 7 janvier 1595. Pont-à-Mousson, ville où il a résidé, l'inscrit parmi les martyrs (Voir Études publiées par des pères de la compagnie de Jésus. Tome 71, Amiens, 1897. Site consulté en juillet 2010). Les Jésuites sont bannis de France.

• En 1603, l'Édit de Rouen marque la volonté de réconciliation d'Henri IV. Le Roi permet aux Jésuites de revenir en France. Il fait aussi démolir la pyramide couverte d'injures qui avait été érigée à la place de la demeure du père de Jean Châtel (Hardouin de PÉrÉfixe, p. 138). Pierre Coton (1564 - 1626), un Jésuite forézien, est nommé auprès d'Henri IV, comme une sorte d'otage ambassadeur et gage de bonne volonté. Les relations du Roi et de son confesseur semblent avoir été excellentes (Bremond, II, pp. 77-133).

En 1610, après l'assassinat d'Henri IV, les Jésuites sont si souvent associés au tyrannicide η que le Père Coton doit proclamer leur innocence dans une Lettre déclaratoire de la doctrine des Pères jésuites adressée à la Reine (Royal, pp. 25-28). Mademoiselle de Gournay aussi compose la même année un « Adieu de l'âme du Roy de France et de Navarre Henry le Grand à la Royne, avec la Defence des Peres Jesuites » (I, pp. 191-235). Étienne Pasquier η lui-même reconnaît que les Jésuites ne sont pas responsables de l'assassinat du Roi. Le Père Richeome, jésuite, le souligne encore en 1613 : « Le sieur Pasquier, ennemy juré de nostre ordre, et qui nous faict criminelz par tout où il peut, nous prononce innocents de ce crime » (cité dans Royal, p. 51, note 52).

• En somme, les Jésuites sont impliqués dans les assassinats royaux en 1589 puis en 1610, aussi bien que dans les tentatives avortées. Aux États généraux, en 1614, le Tiers État demande « qu'on leur feist abjurer les dogmes, touchant les meurtres des Roys » (Mercure franÇois, 1614, p. 145).
Jeton « On fait des jettons d'or & d'argent, de cuivre. Les villes & plusieurs corps font battre des jettons chacun avec leurs devises pour en faire des presents » (FuretiÈre).
Jugemant Deux problèmes de graphie dans ce titre :
- Amedeide est le titre italien conservé par le premier éditeur de ce texte, G. Bertoletto. Cette graphie est généralement préférée à Amadeide, même en français (Voir par exemple Gorris, p. 80).
- Jugemant est la graphie donnée (sans commentaire) par G. Bertoletto, l'éditeur du texte.
Cet usage de ant au lieu du moderne ent dans le titre du « Jugemant » et ailleurs (briefvemant, sambler) survient aussi dans les éditions de L'Astrée, mais plus rarement. On rencontre fromant (III, 2, 29 verso) par exemple. Les mots en ant sont quelquefois corrigés en 1621 : desmantir que l'on trouve en 1607 (I, 11, 352 recto) et en 1610 (II, 9, 582), ou momant qui apparaît en 1619 (III, 1, 4 verso). Cependant, le incontinent de 1619 devient incontinant en 1621 (III, 2, 41 recto ). Voir Othographe η.
L'Astrée Ceux qui s'étonnent de la présence de l'article défini devraient penser à deux autres œuvres d'Honoré d'Urfé : Le Sireine et La Sylvanire. Sans jamais juger utile de s'expliquer, d'Urfé adopte une convention littéraire italienne (L'Aminte, Le Roland furieux, La Fiamette), imitant ainsi, une fois de plus, les écrivains de la Pléiade (L'Olive). J.-P. Camus η fera la même chose, mais de manière non systématique (L'Alexis, Le Cléoreste). Si Vaugelas accepte cet italianisme (p. 253), Patru se montre sévère envers « cet idiotisme Lombard, qui menace notre Langue de la barbarie du Gothisme » (II, p. 592).
Lorsque GrÉvisse (Article 316) décrit l'usage italien de l'article défini devant les noms d'écrivains (Le Tasse), il considère que, dans les autres cas, il s'agit de prénoms féminins (La Champmeslé) dotés d'une nuance péjorative (p. 256). Claude Duneton reprend cette explication dans un article consacré au film de Rohmer. Chez d'Urfé, l'article défini est un italianisme réservé aux titres pour dénoter le modèle savant d'œuvres pastorales. Si l'amateur de paradoxes avait voulu suggérer l'article traditionnel paysan (La Pernette), il l'aurait introduit dans le corps même du roman.
La Mure
(J.-B. de)
Jean de La Mure (1616 ? - 1675), chanoine, sacristain η du chapitre de Montbrison, et historien. Le chanoine Reure lui consacre plusieurs pages (II, pp. 18-26). Sans La Mure, il aurait été impossible de traiter de l'histoire du Forez (Bernard, I, p. 2). « C'est à lui seul que le Forez est redevable de la conservation de son histoire », déclare en 1810 l'éditeur anonyme de l'Histoire des ducs de Bourbon et des comtes de Forez de La Mure (p. XXXIX).
L'Histoire Universelle, Civile et Ecclésiastique du pays de Forez de La Mure est un « ouvrage capital [...] qu'on trouve partout dans le Forez » selon le chanoine Reure (II, p. 24), mais qui était difficile à trouver au début de ce siècle. Un grand merci à Paul Bouchet qui m'a offert cette œuvre en deux volumes.

• Jean de La Mure, premier historien du Forez, est né à Roanne de François de La Mure (mort en 1637) et de Jeanne Gayardon de Grésolle, nièce du Père Coton, confesseur de Henri IV et de Louis XIII. Jean de La Mure fait ses études chez les Jésuites de Roanne. En 1653, il est chanoine de Notre-Dame de Montbrison et se consacre à l'étude du Forez, sa « chère patrie » (La Mure, p. LXII). Nommé historiographe du Roi en 1654, il fait des recherches commandées par Mademoiselle de Montpensier, qu'il appelle « nostre Françoise Pallas » (La Mure, p. XXXIV).

• La Mure publie d'abord un Projet d'Histoire du Forez, puis, dix-neuf ans plus tard, en 1674, les deux volumes de son Histoire civile et ecclésiastique du pays de Forez. C'est encore aujourd'hui une mine d'informations sur l'histoire, la géographie et le folklore de la région. L'un des premiers, La Mure comprend que l'histoire d'un pays, ce n'est pas seulement l'histoire de ses rois.

• Chercheur et collectionneur infatigable, il possède un cabinet de curiosités, - « curieuse galerie » (La Mure, p. LXI) - qu'il décrit lui-même. Il y a réuni entre autres merveilles des langues de serpent de Malte (La Mure, p. LXII), une vierge sculptée sur une dent d'éléphant, un bréviaire manuscrit de la main de saint Anselme, des médailles représentant tous les empereurs romains, des médailles et des monnaies des rois de France, et des portraits de personnalités foréziennes, dont Anne et Honoré d'Urfé, Jean Papon η et Pierre [Papire] Masson, tous « portraits au naturel » (La Mure, p. LXV). Parmi les « curiositez litterales », un seul ouvrage n'appartient directement ni à l'histoire ni à la religion, les Nuits attiques d'Aulu-Gelle (La Mure, p. LXII), un recueil d'anecdotes sur les sujets les plus variés.

La Mure, dans son Histoire [...] du Forez, ne se montre pas amateur de romans. Il admire « l'ancienne et illustre maison d'Urfé » (II, p. 369) bien plus qu'il n'admire L'Astrée. Il connaît mal l'œuvre d'Honoré d'Urfé. Il ne nomme même pas Les Epistres morales. Il affirme que, dans L'Astrée, cet « ingenieux, mais fabuleux ouvrage » (I, p. 73), se trouverait « une imaginaire Druide qu'il [D'Urfé] nomme Adamas » (I, p. 224, je souligne). La Mure reconnaît toutefois que ce livre « fabuleux et fameux [...] a rendu par tout ce païs celebre » (I, p. 224). Lui-même intitule le second volume de son Histoire [...] du Forez, L'Astrée Sainte ; il le consacre à la description de la vie religieuse en Forez, en expliquant que cet ouvrage « merite bien mieux le nom d'Astrée, que ce fabuleux assemblage de Bergers et Bergeres » (II, Au Lecteur, p. 262).

• Historien austère, La Mure a laissé plusieurs ouvrages aussi précieux que pénibles à lire. Comme il le reconnaît lui-même, il a refusé de « s'attacher à la pompe d'un style flatteur » (La Mure, p. LXXVII). Les lecteurs doivent donc accepter répétitions et digressions multiples, culte pour la noblesse, et surtout « étimytholgies η » farfelues, comme par exemple celle d'Usson (La Mure, I, p. 135) ou celle de Montbrison (I, p. 46).
Claude Longeon se montre excessivement sévère quand il parle de « la stupidité de La Mure » (p. 236, note 42).
La Rosière Abraham Roux, dit La Rozière (Reure, p. 351). C'est le seul et unique secrétaire avéré d'Honoré d'Urfé.
Lait Cette transformation évoque une information prétendue scientifique que Pasquier donne en brossant l'histoire de la médecine : « À l'issue de la grossesse, le sang se transforme en laict » (Lettres familiÈres, XIX, 16, p. 306).
Lancastre À cette date, le duc de Lancaster pourrait être Thomas Plantagenet (1280 ? - 1322), petit-fils d'Henri III d'Angleterre (Wikipedia, 10 octobre 2014). Celui-ci ne participa pas à une croisade, mais il fut vénéré comme saint et martyr.
Langue « Nation [...] Les chevaliers de Malte disent encore langue Espagnole, langue Françoise, langue Allemande » (La Curne).
Laquais « Valet roturier qui suit à pied son Maistre, et qui porte ses livrées [...] Quand un laquais a bien servi, on luy doit faire apprendre un mestier pour sa recompense » (FuretiÈre). 
Lardanchet Les Lardanchet sont des éditeurs établis depuis 1899 à Lyon, rue Président Carnot, encore actifs en 2014. En 1935, quand meurt Henri Lardanchet, paraît un « Hommage à Lardanchet », une brochure de 34 pages qui réunit des articles signés, entre autres, par Charles Maurras, Albert Thibaudet et Louis Mercier (voir ce site, 10 juin 2015).
Lascaris Les Lascaris sont une dynastie d'empereurs de Byzance de 1202 à 1259. Peu après 1259, Eudoxie Lascaris, fille de l'ancien empereur de Byzance, épouse Pierre de Vintimille. La famille Vintimille-Lascaris vit à Nice au XIVe siècle et adopte le nom et les armes des Lascaris. Jean-André Lascaris (mort en 1535) réunit les nombreux manuscrits grecs de la célèbre bibliothèque des Médicis ; François Ier l'invite à Paris. Paul Lascaris (mort en 1657) est grand maître des chevaliers de Malte. Un Honoré Lascaris de Vintimille meurt en 1546 (Larousse du XIXe, Articles Lascaris).

• Renée de Savoie, la mère d'Honoré d'Urfé, descend de René de Savoie (bâtard légitimé) et d'Anne de Lascaris. Elle hérite de ses oncles maternels et de son frère morts sans postérité η (Voir Généalogie). Son fils aîné porte le nom de Lascaris (Anne puis Jacques II η). La tradition a perduré. Le fondateur de Baie-D'Urfé dans la banlieue de Montréal se nomme François-Saturnin Lascaris d'Urfé (1644 - 1701). Il n'est pas du tout oublié aujourd'hui (Voir ce site, 10 octobre 2013).

• En 1758, Casanova rencontre la marquise d'Urfé, riche et naïve veuve d'un descendant de Jacques II d'Urfé η. Dans ses Mémoires, Casanova ne se souvient pas de L'Astrée mais seulement du nom d'Anne d'Urfé (V, p. 147). La marquise lui montre la collection de manuscrits que possède la famille d'Urfé, et surtout les ouvrages sur l'occultisme (V, p. 408). Celle que Cazotte appelle « doyenne des Médées françaises » (cité par J. Branchu, Casanova, Mémoires, V, p. 407), admiratrice de Paracelse, bernée par Casanova, reçoit une danseuse italienne qui descendrait des Lascaris. La marquise croit que l'union de la danseuse et de Casanova permettra sa propre régénération (V, p. 167).

• « Le P. Anselme dit que [...] une des petites-filles de cette Renée de Savoie-Lascaris, s'étant mariée dans une des branches de la maison de Mailly, il fut stipulé que les enfans qui en naîtroient porteroient le nom de Lascaris » (La Chesnaye, VIII, article Lascaris). Cette petite-fille de Renée est Geneviève d'Urfé, fille aînée de Jacques II η.

Fontenelle (1657 - 1757), grand admirateur de L'Astrée, compose une « Énigme singulière » sur le nom d'une Mademoiselle Lascaris, « fille de feu le marquis d'Urfé » (Poésies, p. 270). De qui s'agit-il ? Jacques II η est décédé en 1635, léguant le titre de Lascaris à son fils, Charles-Emmanuel, mort en 1685. La fille de ce dernier, Marie-Françoise, a pu porter le titre de Lascaris. Selon MorÉri, elle était « alliée à Jean de la Rochefoucaud, marquis de Langheac », sans doute par son mariage. Une descendante de Geneviève d'Urfé pourrait aussi avoir porté le titre de Lascaris (Voir ci-dessus le renseignement donné dans La Chesnaye).

• C'est parce qu'il est fier de son ascendance, qu'Honoré d'Urfé conçoit une apophétie η pour rappeler les Lascaris dans L'Astrée (II, 12, 842). Quand les Vénitiens ont pris Constantinople en 1202, ils ont fondé l'Empire latin de Byzance (Constantinople) qui sera gouverné par les Lascaris.
Lectures Voici la liste que donne Auvray :
« [Fringalet η] machoit à bouche déclose
Un curedent de bois de rose.
Au reste ce beau gaudisseur,
Ce papelard, ce cajolleur,
Sçavoit tout l'art d'aimer d'Ovide,
Les Advantures de Floride,
Nerveze, Ronsard, Tahureau,
Amadis, Astrée, et Belleau :
Il sçavoit courtiser les Dames
Se feindre des feux et des flames,
Composer en prose et en vers,
Escrire la lettre à l'envers,
Et casser dessous la moustache
L'anis confit et la pistache » (Auvray, p. 192).

Gaudisseur, « Bon vivant, homme gai » (Huguet).
Papelard, « Hypocrite » (La Curne). « Flatteur » (FuretiÈre). 
Cajolleur, « Bavard » (Huguet).
Se feindre, « Feindre » (Huguet).
Escrire à l'envers, écrire comme devant un miroir. Jeu que pratique Lois Papon η dans un poème (Voir À Mlle Panfile).

Dans l'énumération des lectures, Ovide, Ronsard η et Les Amadisη sont des classiques qui n'ont pas besoin de commentaires.
Les Advantures de Floride est un roman de Béroalde de Verville paru en 1601.
Antoine de Nervèze est le parangon du roman sentimental antérieur à L'Astrée. Son nom est associé à un style souvent ridiculisé.
Jacques Tahureau est surtout connu pour ses Dialogues facétieux publiés en 1565 et réédités en 1602.
Rémy Belleau, poète de la Pléiade, a publié sa Bergerie en 1565.
Les références et le vocabulaire de Jean Auvray sont également désuets. L'auteur (1580 - 1624 ?) est pourtant contemporain d'Honoré d'Urfé. C'est son homonyme parisien qui a composé dans les années 30 des tragédies tirées de L'Astrée.
Légitime « Droit que la loy donne aux enfans sur les biens de leurs pere & mere, & qui leur est acquis, ensorte qu'on ne les en peut priver par une disposition contraire » (FuretiÈre). 
Lettres patentes « LETTRES PATENTES, sont des Lettres du Roy scellées du grand sceau, qui servent de titre pour la concession de quelque octroy, grace, privilege, de quelque establissement » (FuretiÈre, Article Patent).
Leviatan Léviathan est un monstre ou un démon nommé dans la Bible.
Lévis Diane de Châteaumorand (1561 - 1626) appartient par sa mère à la Maison de Lévis ou Lévy. Gabrielle de Lévis-Charlus hérite de son oncle le titre et le domaine de Châteaumorand. Elle épouse en 1556 Antoine le Long de Chenillac et lui donne une fille, Diane.
Les Lévis sont une famille ancienne - et très fière de l'être. Le chanoine Reure est plein d'indulgence pour ces prétentions nobiliaires (pp. 28-29) décrites plus objectivement dans le Larousse du XIXe siècle :
Les Lévis se donnaient des ancêtres bibliques et des ancêtres francs. À Châteaumorand, dans un tableau, la Vierge Marie - qui vient de la maison de Lévy (celle du roi David) - appellerait « Mon cousin » un chevalier de Lévis. Par ailleurs, la devise de la famille, « Dieu aide au second chrétien », signifierait qu'un dénommé Lévis aurait été baptisé tout de suite après Clovis.
On comprend que Diane ait traité de haut une belle-famille qui, elle, ne remonte qu'au XIIe siècle !

• D'après Wikipedia (2 février 2014), « Le village de Lévis-Saint-Nom s'est tout d'abord appelé Saint-Nom-de-Lévy, et cela jusqu'en 1818 ». Le site (2 février 2014) de la commune donne aussi cette information, mais explique curieusement : « La raison en est que Saint Nom avait été donné comme patron à la paroisse dès le 8ème siècle ».
Lieux Le square d'Urfé, à Paris, dans le XVIIe arrondissement, ne se trouve malheureusement pas dans un quartier fréquenté par le romancier. Voir dans Notes en images et dans Cartothèque les lieux où le romancier a vécu.
Ligue « Traitté de confederation entre des Princes ou des Estats pour attaquer un ennemy commun, ou s'en deffendre, quand ils ont le même interest de Religion, ou d'Estat. Il y a eu plusieurs Ligues saintes faites par les Princes Chrestiens contre les Sarraisins, & les Infidelles, qu'on a appellées Croisades. [...] Il y a eu aussi des Ligues odieuses de sujets revoltés contre leurs Princes, comme dans les guerres de la Ligue sous Henri III » (FuretiÈre). Cette dernière Ligue, si sévèrement condamnée par Furetière en 1690, est responsable des guerres de religion qui ont commencé au XVIe siècle.

• Les catholiques réunis sous la bannière de la Sainte Ligue refusent qu'un protestant, Henri de Navarre, succède à Henri III, le dernier des Valois. Les rivalités des grandes maisons françaises, les interventions de puissances étrangères, et les ambitions individuelles enveniment la cohabitation des catholiques et des protestants de 1585 à 1598. Il s'ensuit, comme l'écrit Étienne Pasquier, un catholique non-ligueur, « une infinité de meurtres au peuple et de desobeissances à nos Roys » (p. 358).

• « L'époque de la Ligue est [...] la seule où le Forez ait vu des opérations militaires de quelque importance », souligne le chanoine Reure (p. 422).

• Les remous de la biographie d'Honoré d'Urfé suivent de près les soubresauts de la Ligue et les aléas de la guerre civile. Le Chanoine Reure (p. 34 sq.) et Maxime Gaume (p. 292 sq.) l'expliquent évidemment. Pour avoir une vision plus globale et plus complète de la situation politique de la France, j'ai consulté le livre de Jean Babelon, l'Histoire et dictionnaire des Guerres de Religion (Robert Laffont, 1998), et ce site qui rapporte objectivement et succinctement l'histoire de la Ligue (10 décembre 2012).

• Vainqueur de la Ligue, Henri IV est représenté terrassant une hydre. Du temps d'Henri III, pour Ronsard, Belleau et Baïf, l'hydre était la « bête mythique du parti protestant » (Poirier, pp. 19-20).
Ligustique « Les Alpes commencent à la Mer Ligustique que nous appellons la Riviere de Genes » (Guichenon, I, p. 3).
Lingendes (J. de) Jean de Lingendes (1580 - 1616) est un poète appartenant à une famille noble du Bourbonnais. Il est le cousin du médecin, Jean Aubery η (Lamboley, p. 11) et le gendre d'Antoine de Laval (Longeon, p. 395). Il devient évêque de Mâcon selon le chanoine Reure (p. 305). Il semble pourtant que c'est un autre Jean de Lingendes, Jean VII de Lingendes, né en 1595 et mort en 1665 qui devint évêque de Sarlat en 1642 puis de Mâcon en 1650.

MorÉri signale que Jean de Lingendes figure dans La Clélie de Mademoiselle de Scudéry (Histoire d'Hésiode, VIII, 2).

• C'est le Lingendes né en 1580 que Tallemant des Réaux nomme et cite. Il « disoit que les trois livres qu'il aimoit le mieux, c'estoit la Bible, Erasme et L'Astrée » (II, p. 324). Il ne faut pas confondre ce Lingendes avec son neveu, souligne Antoine Adam (Tallemant, II, Notes, p. 1183).

• L'un des derniers écrits de Jean de Lingendes est une longue « Élégie pour Ovide » qui se trouve dans les Métamorphoses d'Ovide traduites par Renouard et publiées en 1619 (Voir Gallica). Les poèmes de Lingendes mériteraient d'être mieux connus. Voir par exemple dans ses Œuvres complètes, la remarquable consolation qu'il écrit pour Mme de Rohan (Lingendes, p. 214).

• Dans les « Stances η » qu'il a composées pour Le Sireine en 1599, Jean de Lingendes décerne à Honoré d'Urfé le titre d'« Apollon de nostre aage » (p. 203). Il faut se demander avec Griffiths, l'éditeur de Lingendes, pourquoi d'Urfé n'a pas conservé ces vers dans les éditions de son Sireine (p. XV). D'Urfé a commis la même indélicatesse avec la dédicace à Marguerite de Valois η qu'il avait écrite.

• D'Urfé composera des Stances pour Les Changemens de la Bergere Iris en 1605 (Voir Poèmes) pour rendre la politesse à Lingendes, son jeune ami.
Un quatrain annonce alors le madrigal de Ligdamon dans L'Astrée, en 1607, « Amour en trahison » (I, 3, 68 verso) :
      « Oublie ton Amour, ou souffre son outrage,
      L'un est de vray Amant, l'autre de genereux,
      Si tu n'es courageux, sois au moins amoureux,
      Et si tu n'es Amant, sois homme de courage » 
     (Lingendes, p. 252).

Le Sireine η a été publié grâce à une indiscrétion d'un cousin de Lingendes, Jean Aubery η.
Lion de Némée Ce combat d'Hercule est représenté à la Bastie d'Urfé. Je remercie Sandrine Beal, Médiatrice culturelle référente au Château de la Bâtie d'Urfé, qui a bien voulu répondre à ma demande de confirmation (16 septembre 2013).
Livres Jugemant. Il faut comprendre « chants ». Le héros ne serait pas nommé dans deux chants successifs.
Plus loin, d'Urfé barre « ch » et met livre (63), mais laisse chant un peu plus loin (67) et dans les intertitres. Dans le manuscrit de La Savoisiade (MÉlanges), d'Urfé découpe sa propre épopée en livres. « Les Italiens divisent leurs poëmes épiques en chants », précise pourtant Richelet.

• Sur la distinction entre les deux termes, voir D. Bjaï (p. 59, note 26) et MÉniel (p. 321).
Lorette Notre-Dame de Lorette (Voir ce site, 10 mai 2013). Église dédiée à une vierge invoquée « pour obtenir des enfants aux personnes stériles » (Reure, p. 121). Le roi Henri III offrit une coupe à N.-D. de Lorette pour avoir un héritier (Yates, p. 392, note 22). Louis XIII aussi fera un vœu à cette Vierge (Batiffol, p. 412).
Lucinge René de Lucinge, seigneur des Alymes (1553 ? - avant la fin de 1615). Savoyard francophone, Lucinge est ambassadeur à Paris de 1585 à 1589. Il négocie le Traité de Lyon en 1601. Le duc de Savoie η, déçu par les conditions obtenues, demande à Lucinge de lui rendre ses lettres. Lucinge refuse de se démunir de ces témoignages de son obéissance et de sa fidélité. Par prudence, il s'exile sur ses terres dans le Bugey.
Samuel Guichenon admire Lucinge, « premier Maistre d'Hostel » du duc (p. 109), qui serait mort ruiné (p. 3) après 1617 (p. 117). Il donne sa généalogie, ses armes et sa biographie dans son Histoire de Bresse et de Bugey (p. 138 sq.). D'après lui, c'est « l'Adieu » trop hardi que Lucinge publie à Chambéry qui l'aurait obligé à quitter la Savoie (p. 140).

• Parmi les écrits de Lucinge, le très original Dialogue du François et du Savoysien (1593) publié pour la première fois par A. Dufour en 1961, mérite une place spéciale.

• Il est plus que probable que d'Urfé et Lucinge se sont connus. Le fait que Lucinge - qui raconte sa vie et décrit ses lectures - ne dise rien de L'Astrée me paraît incompréhensible.
Voici la liste de tout ce qui rapproche ces deux hommes impliqués à divers titres dans le Traité de Lyon :
admiration et amitié pour le duc de Nemours mort en 1595 (Lucinge, pp. 165-169), combats sous le duc de Mayenne, admiration pour Ronsard η, estime pour Desportes, fréquentation de la cour du duc de Savoie η, amour des romans, admiration pour Plutarque et Amyot, relations avec Brantôme et Toussaint Du Bray, méditation sur l'HISTOIRE (que Lucinge écrit toujours avec des majuscules dans son livre sur l'histoire, p. 45). De plus, deux frères de Lucinge étaient chevaliers de Malte (Lucinge, note de Dufour, p. 41, note 72), et un autre était baron de Virieu η (Lucinge, note de Dufour, p. 184, note 206). Notons enfin que l'épouse d'Hugues Fabri η, le notaire d'Honoré d'Urfé, se nomme Philiberte de Lucinge.

• Plus encore, le premier livre publié par Lucinge, Dispregio del mondo, est une traduction de Giovanni Botero (1544 - 1617), un jésuite (A. Dufour, Lucinge, p. 7) que d'Urfé a rencontré. Le dernier livre de Lucinge, La Manière de lire l'histoire, publié en 1614, n'a pas pu laisser d'Urfé indifférent.

• Honoré d'Urfé « obtint en 1603 un exemplaire du traité conservé aujourd'hui à Dijon qui avait appartenu à Lucinge lui-même et qui contient de très utiles corrections de la main de ce dernier » (Lucinge, note de M. Heath, p. 8). Est-ce que Lucinge aurait offert ce volume à d'Urfé ?
Magicien Différence intéressante. L'Astrée présente des magiciens (I, 11, 367 verso ; III, 2, 55 verso). Le seul soi-disant sorcier est un jeune homme qui se vante (II, 12, 783).
Magiciennes Le thème des magiciennes dont on doit se libérer figure les méfaits du désordre des sens. Les ballets de Circé (1581) et d'Alcine (1610) illustrent la vogue du thème (BÉhar et Watanabe-O'Kelly, p. 492).
Maglians Il faut lire Maillans. Guichenon nomme François-Balthazar de Maillans, « l'un des Ordinaires servans de la maison du Roy, Baillif et Gouverneur des Ville et pays de Gex », et lieutenant colonel « du Régiment d'Urfé en la guerre de Gennes » (p. 158). Guichenon nomme aussi le frère de François-Balthazar, Antoine-Balthazar de Maillans, écuyer (p. 159). Leur père, en 1563, a fait hommage à Emmanuel-Philibert de Savoie, avant de devenir Conseiller d'État en 1594. Les Archives de l'Ain possèdent des papiers appartenant à la famille Maillans de 1550 à 1788 (28 octobre 2014).
Maille « MAILLE, se dit aussi du tissu de plusieurs filets de fer dont on fait une arme deffensive. On portoit autrefois des chemises de maille, des Jaques de maille sous le pourpoint, sous la casaque, pour se deffendre de l'épée & du poignard » (FuretiÈre).
« JACQUE. s. f. Vieux mot qui signifioit une petite casaque [...] Elle s'appelloit aussi hautbert » (FuretiÈre).
Mal Avant le début de 1619, Honoré d'Urfé a souffert d'une maladie des yeux (Voir Biographie).
Marguerite de Valois 1553 - 1615. Fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, celle qu'on a appelée la reine Margot a épousé Henri de Navarre, le futur Henri IV, en 1572. Séparée de son mari, elle est arrêtée et exilée par son frère en 1586. Elle choisit la Ligue et vit en exil pendant vingt ans. Elle compose ses Mémoires et note : « La cour est un Prothée qui change de forme à toute heure » (Marguerite, p. 115). De son côté, Henri, en écrivant à l'une de ses maîtresses, appelle son épouse « la Dame aux chameaux » (Henri, p. 89). Est-ce parce que le chameau est « sujet à s'escarteler » (FuretiÈre) que le Roi utilise cette image injurieuse ?

• Marguerite déclare en 1598 « qu'étant née fille de France, ayant été fille, sœur et femme de rois, et seule restée de toute la royale race des Valois », elle est prête à s'effacer, mais pas pour mettre à sa place Gabrielle d'Estrées η, « une femme de si basse extraction et qui avait démené une vie si sale et si vilaine » (cité dans Sully, IV, pp. 91-92). L'annulation du mariage d'Henri et de Marguerite aura lieu le 24 octobre 1599, après la mort de Gabrielle. « On allégua le défaut de consentement de Marguerite, la consanguinité et la 'parenté spirituelle' puisque Henri II, père de Marguerite, avait été le parrain d'Henri de Navarre » (Bayrou, p. 520). En léguant ses biens au premier fils légitime d'Henri, Marguerite consolide « le bien-fondé d'une transition qui ne s'est faite que l'épée à la main » (Viennot, p. 94). De plus, en revenant sur la scène politique, elle intéresse davantage ses contemporains ; ils vont la nommer dans leurs écrits (Viennot, p. 101).

• Après l'annulation, en 1605, Marguerite revient donc à la Cour. Le petit Louis l'appelle alors « maman ma fille » (Bayrou, p. 533). En 1614, Malherbe note que « cette pauvre princesse est volontiers excessive en ses libéralités » (Lettre à Peiresc, p. 650). À la mort de Marguerite, en 1615, dans le Journal de la Régence de Marie de Médicis, Pontchartrain écrit que la princesse, « pleine de bonté et de bonnes intentions [...] ne faisait mal qu'à elle-même » (I, p. 156).

• De son vivant même, Marguerite a eu une réputation sulfureuse. Alexandre Dumas a encore noirci cette image en 1845, dans sa Reine Margot, et Patrice Chéreau ne l'a pas améliorée dans son film en 1994 (voir ce site, 20 novembre 2013). Les éditeurs des Mémoires de la Reine ne sont pas plus généreux. Ludovic Lalanne lui prête vingt-trois amants - y compris ses deux frères et son cuisinier (Marguerite, p. XXV, note 4). Il n'inclut pas Honoré d'Urfé. Jeune ligueur, d'Urfé a pu recevoir à Usson les faveurs de Marguerite, ce qui expliquerait, note Auguste Bernard, « l'aversion qu'Henri IV eut toujours pour l'auteur de l'Astrée » (p. 135). Olivier Patru a proposé de voir Marguerite derrière l'impérieuse Galathée de L'Astrée, mais les raisons qu'il avance sont faibles (II, p. 500).

• Marguerite était une femme d'une grande culture. « C'est Montaigne en femme », écrit l'un de ses admirateurs (cité par Viennot, p. 349). Sa bibliothèque renfermait plus de mille manuscrits (Batiffol, p. 302). On a traité dans son salon de la querelle des femmes aussi bien que du combat des anciens et des modernes et des écrits des néo-platoniciens η (Viennot, p. 218). Brantôme rapporte que Marguerite a consacré une journée de discussions à Jules César (McGowan, p. 269). Le prestige de la reine de Navarre était tel qu'il est possible que Shakespeare, en 1595, se souvienne de la cour de Marguerite dans Love's Labour's Lost, Peines d'Amours Perdues (Babelon, p. 268). Hilarion de Coste écrit que le séjour de la Reine a fait du château d'Usson « un Thabor pour sa devotion, un Liban pour sa solitude, un Olympe pour ses exercices, un Parnasse pour ses Muses, et un Caucase pour ses afflictions » (cité par Piganiol, V, p. 522).
Étienne Pasquier applique l'expression « vivre à la franche Marguerite » à celle « qui conduit rondement et sans tromperie ses deportements » (Lettres familières, XXII, 5, p. 398). Cette expression ancienne est déjà dans le supplément du Godefroy, où elle ne renvoie pas à Marguerite de Valois.

• Honoré d'Urfé a fréquenté la Cour de Marguerite de Valois non seulement à Usson, mais encore à Paris. En 1595, il lui a adressé une épître qu'on peut encore lire dans l'édition de 1608 (Cliquer ici), mais qu'il a supprimée. Deux des frères d'Honoré ont dédié des œuvres (Yon, p. 301) à cette Reine que leur ami, Loys Papon η, a chantée comme « la Belle du désert » (Papon, I, pp. 1-38).

• On peut voir Marguerite avec ses frères sur un détail d'une tapisserie (Musée des Offices, Florence) dans ce site (30 septembre 2010).

• Voir Galerie des portraits. Copie d'une gravure de Mercier qui se trouve dans la traduction anglaise des Mémoires de Marguerite de Valois [EBook #3841, David Widger]. Site Project Gutenberg (30 octobre 2014).
Marie de Médicis 1575 - 1642. Originaire de Florence, Marie de Médicis est mariée en 1600 à Henri IV. Elle apporte une dot considérable, mais le Roi et Sully lui reprochent fréquemment ses dépenses outrancières (plus de 400 000 livres par an, Batiffol, p. 473) et sa passion pour les bijoux. La robe qu'elle porte pour le baptême du Dauphin est ornée de 32 000 perles et 3 000 diamants (Carmona, p. 99). Bien que Marie donne six enfants au Roi, c'est en 1610 seulement qu'elle est couronnée, la veille de l'assassinat de son époux. Par lettres patentes, le 25 juillet 1611, Marie reçoit les revenus de son douaire ; le comté de Forez est parmi la quinzaine de terres qui lui reviennent (Batiffol, p. 512).

• Après l'assassinat du Roi, Marie se fait nommer Régente. Elle verse des gratifications considérables aux nobles (Carmona, p. 308). Elle convoque puis dissout les États Généraux en 1614. Elle répond alors à tous les reproches par une phrase lourde de sens : « Je l'ay faict pour esviter pis » (Mercure franÇois, 1614, p. 332).

À cause de son soutien inconditionnel pour Leonora Galigaï et son époux, Concini, et ensuite à cause de ses ingérences dans la politique extérieure de la France, Marie a des relations particulièrement difficiles avec son fils, Louis XIII. Exilée en 1617, elle s'enfuit en 1619, mais revient en 1620 et fait construire le Palais du Luxembourg (voir ce site, 20 janvier 2013). Malgré (ou à cause de ?) l'influence de Richelieu, ministre qu'elle a elle-même désigné, elle sera exilée en 1630 et elle mourra à Cologne en 1642.

• « Gentilhomme ordinaire de la chambre du Roy η », Honoré d'Urfé fréquente la Cour à partir de 1602, et il a pu s'inspirer de ce qu'il voyait autour de lui. La Reine a une dizaine de demoiselles d'honneur qui portent une toilette uniforme « de toile et d'argent » (Batiffol, pp. 140-143), qui rappelle celle des nymphes de L'Astrée. L'une des plus belles demoiselles de la suite de la Reine est Geneviève d'Urfé, fille de Jacques II η d'Urfé et nièce du romancier. Le mariage de la jeune fille a lieu au Louvre en 1617 ; Honoré et Diane ont pu y assister (Bernard, p. 72, note 1).

• Dans ces conditions, pourquoi Honoré d'Urfé, de son vivant, n'a-t-il dédié aucune de ses œuvres à la mère de Louis XIII ?
Trois réponses au moins sont possibles (Voir Urfé) :
- D'Urfé faisait partie du cercle de Marguerite de Valois η, la première épouse d'Henri IV, et c'est à cette princesse qu'il a dédié ses Epistres morales en 1608.
- Plus tard, en 1613, Marie de Médicis, devenue Régente, prit position contre Diane de Châteaumorand lors de son conflit avec le comte de Saint-Géran (Reure, p. 165-168 ; Héritages). Marie s'élève fréquemment contre les duels qui déciment la noblesse. 2 000 gentilshommes meurent rien qu'en 1606 (Carmona, p. 187).
- À cette époque, sans aller jusqu'à s'engager dans le parti des Malcontents, Honoré d'Urfé a soutenu la cause du duc de Savoie. Marie de Médicis alors rejetait les projets d'alliance avec la Savoie η conçus par Henri IV (Reure, p. 188).

• Durant son exil à Blois, en 1618, Marie de Médicis monte un théâtre et commande à Boisrobert une traduction de la pastorale de Guarini, Il Pastor fido (Carmona, p. 373). C'est peut-être à cette date qu'elle commande à d'Urfé une pastorale écrite à l'italienne. La Sylvanire commence par une dédicace à « la Reyne mere du Roy, Marie de Médicis » (Voir l'introduction de l'éditrice de La Sylvanire, p. IX). Ce volume ne voit le jour qu'en 1627, après la mort d'Honoré d'Urfé. Il se peut que La France consolée de Favereau (qui imite aussi les vers libres italiens) ait incité d'Urfé à ne pas publier son œuvre (Voir la biographie de d'Urfé) η.

• En 1619, la version romanesque des amours d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées (Histoire d'Euric) n'a rien pour plaire à la Régente. Dans les années vingt, Marie de Médicis est de nouveau à couteaux tirés avec Louis XIII, « Deuxième guerre de la mère et du fils » (Carmona, p. 362).
Honoré d'Urfé a probablement attendu un moment opportun, une accalmie, pour dédier un livre à la mère du Roi sans pour autant se ranger du côté des partisans de la Reine-Mère.

• Balthazar Baro, dernier secrétaire η du romancier, dédiera à Marie de Médicis sa propre version de la quatrième partie de L'Astrée en 1627.

• Marie de Médicis s'intéressait aux arts, beaucoup plus qu'à la littérature. Elle a dansé dans trois grands ballets en 1601, 1605 et 1609 (Paquot, p. 55, note 1). Mme Johnson rappelle que la Reine a pratiqué dans sa jeunesse la gravure sur bois (p. 103), qu'elle a choisi les figures mythologiques qui ornaient ses appartements (p. 110), qu'elle a songé commander des figures de certaines femmes illustres (p. 111) ; aucune d'entre elles n'appartenait aux romans ou aux poèmes héroïques.

• Une version grandiose et trompeuse de la biographie de Marie de Médicis se trouve dans les vingt-quatre tableaux que la Régente a elle-même commandés à Rubens, et qui ont été exposés en 1625 dans le Palais qu'elle se fait bâtir, le Luxembourg (Voir ce site puis celui-ci, 20 janvier 2013). Ces tableaux sont aujourd'hui au Louvre (Site, 10 novembre 2013).
Rubens glorifie la vie rêvée de l'orgueilleuse Marie de Médicis (Voir ce site, 10 novembre 2013). On se demande pourtant si la Reine a vraiment demandé au peintre des Muses « ni tout à fait nues, ni trop lascives » (Johnson, p. 115) ! Elle ne semble ne pas avoir été obéie.
Comme ces tableaux ont été installés entre 1622 et 1625, Honoré d'Urfé ne les a probablement pas vus. Voir l'article de Fanny Cosandey dans ce site (10 novembre 2013).

• Amateur d'art, dès 1604, Marie a aussi commandé la statue équestre d'Henri IV, qu'elle a inaugurée en 1614 (Batiffol, p. 453).

• D'Urfé a pu voir une surprenante Marie de Médicis jeune représentée en Junon par Barthélémy Prieur (1536 - 1611). Voir ce site (30 septembre 2010).

• Le portrait de Pourbus qui est dans la Galerie vient d'un site consacré à « Agnès, Diane et les autres » (20 octobre 2014).
Marie de Neufville « Fille de messire Antoine de Neufville, baron de Magnac en Limousin [...] que du Chesne, en ses Antiquités, nombre parmy les maisons les plus illustres de ce pays-là » (La Mure / Bernard, pp. 70-71).

• Première épouse de Jacques II η d'Urfé, Marie de Neufville est liée aux deux manuscrits de la quatrième partie de L'Astrée (Voir Choix). En 1623, elle accompagne sa fille lorsque celle-ci donne l'œuvre à l'éditeur, François Pomeray (Koch, p. 390). En 1627, elle se dit la créancière d'Honoré d'Urfé lorsqu'elle remet à Balthazar Baro un manuscrit de la quatrième partie de L'Astrée qui aurait appartenu au duc de Savoie η (Koch, p. 393). Le Testament du romancier ne nomme pas Marie de Neufville parmi les créanciers. Un document inédit nous apprend que cette dame veut témoigner contre son mari lors des disputes qui suivent la mort de Diane de Châteaumorand (Héritages).

• D'après une lettre de Peiresc datée du 15 juin 1625, la marquise d'Urfé s'est rendue « dernièrement » à Marseille. Elle espérait alors marier sa fille (Gabrielle η probablement) avec un ancien favori de Louis XIII, François de Baradat. Elle espérait aussi que Geneviève η, devenue veuve en 1624, épouserait en secondes noces le duc de Spinola. « Voila de beaux chasteaulx en Espaigne », conclut Peiresc. Il note ensuite sèchement que l'époux de la marquise d'Urfé, Jacques II η, « est allé à Turin pour les funérailles de l'autheur de L'Astrée » (pp. 199-200).

• Marie de Neufville meurt en 1635 à Bâgé η où elle est enterrée (La Mure / Bernard, p. 75).
Marie d'Urfé Il s'agit de Marie-Philiberte, la seconde fille de Christophe η d'Urfé. Elle a épousé Antoine de Roquefeuil, seigneur de la Bastide en Albigeois (La Mure / A. Bernard, pp. 60-61).
Masse Cette masse nommée dans le Jugemant est la massue η hautement symbolique. Elle peut représenter la victoire de l'amour ou de la séduction : Cupidon fabrique son arc avec la massue d'Hercule (Voir le tableau du Parmesan dans ce site, 14 février 2017).
Est-ce que d'Urfé songe alors à son portrait en Hercule qui doit paraître quelques mois plus tard, dans l'édition de 1619 de la troisième partie ? Voir Illustrations.
Massue En écartant la massue, Honoré d'Urfé souligne que la victoire sur le lion de Némée est due à l'inspiration, non à un vil objet. Hercule lui-même rappelle l'intervention divine chez ThÉocrite : « Un dieu m'inspira la pensée de me servir des griffes mêmes du lion pour le déchirer » (XXVe idylle), et non de la massue.

Fauchet explique l'image d'Hercule en citant Cedren (Georgius Cedrenus, XIe siècle) : la peau de lion indique « le cœur genereux » et la massue « l'aide de la Philosophie » (f° 5 recto et verso). Elle « denote la Philosophie » (Pierius, I, p. 63). Hugues Salel, en 1545, dans la préface de sa traduction de L'Iliade, écrit :
     « Les anciens disoient estre impossible
     Tirer des mains d'Hercules invincible
     La grand massue » (In Weinberg, p. 127).
Maupas et Vaugelas Mme Ayres-Bennett montre que Vaugelas a cité l'œuvre de Maupas en 1618 dans une version non publiée de ses Remarques (p. 272). Vaugelas renvoie alors à la p. 155 de la Grammaire franÇoise, c'est-à-dire à l'analyse du pronom en.
Maurice « Patron et Protecteur de Savoye », écrit Guichenon (I, p. 113). À la fin du IIIe siècle, Maurice, un copte d'Égypte, conduisait une légion thébéenne dans les armées romaines. Ses hommes et lui ont refusé de tuer les habitants d'une ville savoyarde qui s'étaient convertis au christianisme. Les légionnaires meurent martyrs. Au Ve siècle, le roi Sigismond, personnage de L'Astrée, fonde un monastère à Saint-Maurice d'Agaune. (Voir le site des Petits Bollandistes, 10 octobre 2014).

• Les comtes (puis ducs) de Savoie ont une dévotion particulière pour ce Saint. L'anneau de saint Maurice leur est remis lorsqu'ils montent sur le trône (Guichenon, I, p. 93). Il y a un ordre de Saint-Maurice, institué par Amédée VIII. Emmanuel-Philibert de Savoie a acquis les reliques du Saint (Menabrea, p. 142). Charles Martel aurait utilisé la lance et le casque de Saint Maurice pour arrêter les Sarrasins à Poitiers (Gal, p. 325).
Maurienne Humbert aux Blanches Mains, le héros de La Savoisiade η, est comte de Maurienne au XIe siècle. La longue vallée de la Maurienne, à cause de sa position stratégique, sert de cadre à plusieurs batailles entre 1592 et la fin du siècle. Le Chanoine Reure décrit la bataille à laquelle d'Urfé prend part en 1598 (pp. 69-71). 
Maxime Je remercie Christian Allègre qui m'a aidée à trouver la source de cette citation.
Médaille Dans la version de 1733, l'auteur, prudemment, supprime la description de la pièce d'or qui doit être partagée (L'Astrée de M. d'Urfé, pastorale allégorique, III, p. 592).
Mercier
(L.-E.)
On sait peu de chose sur Louis-Émile Mercier (1870 - 1951), poète catholique. La BnF n'a pas réussi à réunir toutes ses œuvres. Le catalogue signale Nos lettres du Sinaï : correspondance de deux jeunes écrivains à la fin du XIXe siècle : 1889 - 1902 / Louis Aguettant et Louis Mercier (Paris, L'Harmattan, 2003, 252 p.). Le court article de Wikipédia (10 juillet 2012) sur ce natif de Coutouvre (Loire) doit être complété par le témoignage touchant de l'Abbé Jean Canard (Voir ce site, 3 janvier 2013).

Le Bulletin des Facultés catholiques de Lyon apporte quelques informations anonymes mais utiles.
En 1923, Mercier vient de publier « sous le titre de Petites Géorgiques, un volume exquis de toutes façons » dont la prose est « aérienne », « savoureuse » et « poétique » (p. 54). Ce livre paraît à Paris, chez Calmann-Lévy, et renferme 333 pages.
En 1925, le Bulletin signale que Louis Mercier, dans le Journal de Roanne dont il est le rédacteur en chef, annonce « la réédition de L'Astrée par Hugues Vaganay, l'érudit Lyonnais » (Bulletin des Facultés catholiques de Lyon, 1925, p. 30).

• La préface que Mercier donne à L'Astrée se trouve également dans la Revue des Deux Mondes du 15 janvier 1926.
Meshuy Meshuy ou Meshui signifie « Désormais » (Huguet). Pasquier a 78 ans quand il écrit ces mots.
Mettre en œuvre « Faire travailler » (Huguet). Pasquier explique donc qu'on l'engageait en tant qu'avocat, mais non en tant que poète. Il n'écrit pas de vers sur commande.
Modèles Les deux autres modèles ont leur aire de spécialisation bien mieux délimitée. Plutarque, le tout premier, illustre le mode de pensée du romancier, le parallèle, ainsi que sa position sur la fonction morale de l'histoire. Le Tasse, le seul cité sans être nommé, désigne l'occupation des personnages, l'amour. Deux noms encore surviennent : Sannazar est le modèle rejeté ; Platon, supprimé après l'édition de 1607, présente un jugement sévère sur l'amour et les amoureux.
Molard Molard signifie « surélévation de terrain, tertre, colline » (Longnon, p. 597).
Montbrison Ce couvent fondé par Pierre d'Urfé en 1496 a connu un incendie le 17 juillet 1624 (Site Forez Histoire, 20 septembre 2010). Voir Montbrison dans L'Astrée.
Montferrat Jugemant. Le Duc de Savoie η soutient contre l'Espagne les droits de sa fille, Marguerite de Savoie, veuve du marquis de Montferrat. La guerre de Succession de Montferrat dure quatre ans (1613 - 1617). Ce fut « une de ces vives et rapides campagnes où le duc s’entendait à merveille et où il payait ardemment de sa personne », selon un historien moderne (Menabrea, p. 166). La guerre se termine par des traités glorieux pour le Duc de Savoie, selon le site de Wikipedia (26 septembre 2014).
Honoré d'Urfé participe au combat en 1615 « malgré l'opposition et même la défense expresse de la régente », Marie de Médicis η (Reure, p. 188).

Bertoletto explique que Chiabrera ne pouvait pas nommer Montferrat et risquer d'offenser le duc de Montferrat qui lui offrait une pension (p. 180, note 2).
Montormentier Le hameau de Montormentier, près de Vichy, est célèbre pour son église (voir ce site, 5 juillet 2014). Il a appartenu à la maison de Châteaumorand (Reure, p. 9).
Morceaux choisis C'est probablement l'édition de Gérard Genette (1964) qui a guidé les choix de Rohmer, mais le cinéaste s'est arrêté autour de la page 200. Baecque et Herpe signalent que, « dans ses années de télévision scolaire, [Rohmer] a eu entre les mains un projet d'adaptation par Georges Gandu, qui exprimait bizarrement l'impossibilité de filmer L'Astrée » (p. 460).
Mort C'est l'amour qui ressemble à la mort, selon Ursace (II, 12, 791).
Mort de Mérovée Ce décès a eu lieu en 458 d'après Fauchet (p. 100) et Bouchet (f° 33 verso), en 459 ou 462 d'après Du Haillan (p. 24), et en 457 d'après les historiens modernes. Il a été annoncé aux Foréziens dans la deuxième partie de L'Astrée (II, 7, 484) et raconté dans une histoire intercalée de la troisième partie (III, 12, 507 recto).
Je retiens 458, date que donne Fauchet η, l'historien que d'Urfé suit le plus souvent.
Mortel Jugemant. L'épisode figure dans L'Astrée : Ursace prend Céladon pour le dieu Mercure (II, 10, 644). D'Urfé, comme Virgile η, explique pourquoi le chevalier romain a cru avoir une vision.
Mousquet « MOUSQUET. subst. masc. Arme à feu qu'on porte sur l'espaule, qui sert à la guerre, qui prend feu avec une mesche » (FuretiÈre).
Muraille Jugemant. D'Urfé fait-il allusion aux fortifications longtemps inachevées de Rhodes ? Les Hospitaliers les renforceront après avoir pris la ville (Voir ce site, 27 septembre 2014).
N. D. Jugemant. Notre Dame (la Vierge Marie) a pu secourir Doria η, capitaine génois, lors d'un combat contre les Turcs.
Naissance Alors qu'Auguste Bernard fait naître Honoré d'Urfé en 1568 (p. 127), le chanoine Reure démontre que le romancier a vu le jour en 1567 (p. 1). La confusion est due en partie à une confidence du romancier, et en partie à une modification du calendrier.

• Dans la première de ses Epistres morales, d'Urfé η donne quelques rares informations sur sa biographie. Il écrit que son frère, Antoine η, est mort en octobre 1597 alors que lui, Honoré, était dans la « vingt-septiesme annee de [s]on aage » (I, 1, p. 4).
Cette formule est poétique. En 1461, François Villon, né en 1431, a commencé son « Grand Testament » en donnant son âge d'une manière aussi imprécise :
      « En l'an trentiesme de mon aage » ...

• Le calendrier a changé en France au XVIe siècle, à cause d'une ordonnance η de Charles IX : le Roi a décrété que tout le pays commencerait l'année le 1er janvier 1567, « auparavant elle commençoit au lendemain de Pasques environ le 25. Mars » (FuretiÈre). Charles Boy explique, dans le site du Forez (30 septembre 2010), que la Provence (où est né d'Urfé) suivait le nouveau régime avant cette date, c'est-à-dire que les églises de Marseille changeaient le millésime le 1er janvier avant 1567.
Nature Rappel des liens de sang qui attachent les d'Urfé à la Maison de Savoie (Généalogie). Dans l'épître de 1599, Honoré d'Urfé évoquait plutôt : « Le Ciel et mon affection » (Épîtres). Il n'est plus question de liens dus à la nature ou au ciel dans le Jugemant, en 1618.
Néo-platonisme Honoré d'Urfé ignorait évidemment ce mot qui date du XVIIIe siècle. L'Antiquité et le Moyen Âge ont vu se multiplier les écoles issues de la pensée de Platon. Elles se distinguent sur des points de doctrine, souvent à cause de considérations religieuses. Saint Augustin représente le néo-platonisme chrétien, Avicenne η le musulman et Léon L'Hébreu le juif (Adam, pp. 202-203). Marsile Ficin η et Pic de la Mirandole η figurent le néo-platonisme médicéen.
Mario Equicola η, disciple de Ficin, ne sépare pas tous ces penseurs dont il fait l'éloge. Il écrit par exemple : « Philon, lequel a esté nommé Platon, pour la similitude des sens, et de l'elegance » (f°  101 recto). Honoré d'Urfé imite ses sources. Dans ses Epistres morales, en citant les textes de Platon traduits par Ficin, d'Urfé n'a pas conscience de s'écarter du « divin Platon » (Epistres, III, 3, p. 89). Pétrarque, en donnant la parole à saint Augustin, reste disciple de « ce divin génie », Platon (PÉtrarque, p. 96).
Bien malin qui devinerait une différence entre platoniser et druiser dans L'Astrée, comme le note K. Wine (p. 155).

• Maxime Gaume analyse les philosophes néo-platoniciens que d'Urfé cite (p. 392 sq.). Il souligne l'importance d'Aristote η (pp. 86-87), mais il attribue à Platon la place prééminente (p. 429). Plusieurs chercheurs se sont penchés ensuite sur le platonisme de L'Astrée. Élisabeth Aragon décèle « une véritable perversion » des théories platoniciennes (p. 21). Rolland conclut que c'est « moins un roman néoplatonicien qu'un roman du néoplatonisme » (p. 175)
Ninive Jugemant. Ville de Mésopotamie, non loin du moderne Mossoul en Irak. Dans la Bible, les prophètes prédisent la chute de cette ville riche et incroyante. Les habitants se repentent. Le livre de Jonas rapporte l'histoire de cette ville qui sera détruite en 612 av. J.-C.
Noyer « C'est un bois fort estimé pour faire des meubles » (FuretiÈre).
Nuncupatif « Testament fait de vive voix et devant témoins » (LittrÉ). Il doit être signé par sept témoins (Pierre Larousse). 
Nymphe Réponse aux Parfaits amants. Honoré d'Urfé évoque ici le destin de Sémélé.
Olographe « Holographe. Qui est escrit entierement de la propre main de celuy qui fait queslques depositions » (FuretiÈre). 
Ordinaire Jugemant. « Ce qui arrive souvent, ou toûjours », alors qu'une « belle » ou « heureuse » métaphore est « hardie » (FuretiÈre).
Comparaisons et métaphores font partie intégrante de la langue épique (Bjaï, p. 62), car l'auteur doit proposer des termes intéressants et surprenants. D'Urfé donne l'exemple d'ailleurs en faisant appel à la moisson (Jugemant, p. 151). D'Urfé est injuste ou incomplet dans sa critique du style !
Ordonnance Cette ordonnance de Charles IX fait partie de l'Édit de Roussillon (1564). Comme l'explique l'auteur de la page consacrée à ce texte dans Wikipédia (6 juin 2012), en France, à cette époque, selon les régions, l'année commençait soit le 1er mars, soit le 25 mars, soit à Noël, soit à Pâques. L'édit entre en vigueur le 1er  janvier 1567.
Orsino Jugemant. La famille italienne des Orsini est célèbre au Moyen Âge. Le personnage nommé par Chiabrera aurait pu être Giovanni Battista Orsini, 39e grand maître de l'ordre des Hospitaliers de Saint Jean (Site de Wikipedia, 29 septembre 2014). Comme ce personnage meurt à Rhodes en 1476, il ne peut pas avoir participé à la bataille rapportée dans L'Amedeide.
On comprend ainsi le reproche que fait d'Urfé : Chiabrera nomme des familles célèbres, même si elles n'ont pas eu de représentant notoire du temps de la bataille qu'il décrit.
Orthographe D'après le manuscrit autographe d'une lettre de 1599, Honoré d'Urfé lui-même écrivait subjet. Dans L'Astrée de 1621, subjet remplace quelquefois le sujet de 1607 (I, 3, 57 verso).
Mais le romancier écrivait aussi raporter, alors que L'Astrée de 1621 remplace le raporter de 1607 par rapporter (I, 3, 50 verso). Il écrivait prudance, presanter et entieremant, graphies qui ne figurent ni dans L'Astrée de 1607, ni dans celle de 1621. Voir aussi Jugemant η.
Dans les manuscrits de La Savoisiade η cités par Bruno MÉniel on rencontre : pleignant, clairté (p. 405), genouil, pleignoient, sambler de, justemant (pp. 508-511). Voir aussi MÉlanges.

• « Tous les verbaux en ent [...] et tous les adverbes [...] ont un e en cette dernière syllabe », l'Académie l'affirme, mais signale que la « vilaine et ridicule orthographe de mettre un A en ces mots cy » « commence à s'introduire » (Marty-Laveaux, p. 82). Cette graphie en réalité est ancienne puisque Mme Catach la trouve chez plusieurs auteurs du XVIe, (pp. 378, 400, 405 sq.) y compris Ronsard η (p. 428) et Montaigne (p. 450). Claude Longeon explique que, à cause du prestige de Ronsard justement, les Foréziens usent et abusent du « an ». Il cite l'exemple d'Antoine de Laval, un écrivain forézien à qui Catherine de Médicis donne un office à la Cour (Longeon, p. 390). Laval plaide la cause du « an » et conclut : « Quant à ce qu'on trouve rude un a pour e, je trouve ridicules ceux qui s'en rient » (Longeon, p. 107).
Il faut souligner que les dictionnaires du XVIIe siècle donnent pancher et non pencher, et surtout qu'un lexicographe aussi « moderne » que Richelet, en 1680, écrit au mot Venger : « Venger, v.a. On prononce vangé et même on écrit aussi vanger ».
Ottoman Jugemant. Adjectif qui généralement qualifie Empire. LittrÉ explique l'étymologie du mot : « Turc, otsmâniyy, descendant d'Otsman, ou appartenant à Ostman, adjectif formé du nom d'Otsman ou Otman Ier, fondateur de la dynastie qui règne aujourd'hui sur les Turcs ». L'« Ottoman » d'Honoré d'Urfé et de Chiabrera n'est pas une antonomase.
Osman Ier (1290 - 1326) règne effectivement lorsque les « Ottomans » se battent contre les troupes d'Amédée de Savoie. L'historien Guichenon écrit que les croisés ont vaincu « Otthoman premier Empereur ou Roy des Turcs » en 1310 ou 1315 (I, pp 362-363). Ailleurs, il note que cela « tient un peu de la fable » (I, 126).

MÉniel souligne que les anciens Ligueurs ont traité du thème des croisades comme d'une métaphore pour les guerres religieuses (p. 389).

• Voir le site de Wikipedia (20 octobre 2014) et celui des très curieuses Salles des Croisades à Versailles (20 octobre 2014).
Ovide Publius Ovidius Naso (43 av. J.-C. - 17 ?). Poète latin qui a dû vivre en exil en partie peut-être à cause de son Art d'aimer. Le très docte Equicola l'estime : il « est en amour toute flamme, et son dire facile » (f° 281 verso).
Ovide et Virgile η sont si étroitement liés dans la culture occidentale que des colloques ont été consacrés en 2010 et en 2011 à « La Représentation du « couple » Virgile-Ovide dans la tradition critique et littéraire » (Presses Universitaires du Septentrion, 2015).

Ovide a cherché sciemment à se distinguer de son prédécesseur en altérant les mythes, et quelquefois en les modifiant. Au XVIe siècle, l'œuvre d'Ovide a connu plus de trois cents éditions, contre une centaine pour celle de Virgile (Fournier, p. 42).

• Le cas du mythe d'Astrée illustre fort bien les positions différentes sinon opposées des deux poètes. La Vierge anonyme et ambivalente des Bucoliques de Virgile (IV, 5) s'anime dans les Métamorphoses. La première déesse appartient au futur, la seconde au passé. C'est Ovide qui lui donne avec le nom d'Astrée une place de choix dans le récit des premiers âges de l'humanité (I, 150).

• La tête d'Ovide, dans la Galerie, vient de ce site (10 octobre 2014).
Pages Exactement 2 764 pages in-8°. C'est la somme des feuillets numérotés dans les éditions préliminaires de 1607, 1610 et 1619. Les folios non-paginés au début et à la fin du volume ajoutent une petite centaine de feuillets à l'ensemble.
Paillard Nom donné aux cadets de la Maison d'Urfé depuis le XIVe siècle. La Mure explique : Arnulphe d'Urfé épouse Antoinette Paillard, dame de Mursault. Antoinette meurt sans enfants et lègue tous ses biens aux d'Urfé à condition que le cadet porte le nom de Paillard - Arnulphe était le cadet à l'époque (La Mure / Bernard, p. 24).
Palinure Pilote d'Énée chez Virgile. Au chant 6 de l'Énéide, il perd la vie avant que le bateau arrive à bon port (Grimal). Palinure est coordonné à Tiphys η, le pilote des Argonautes.
Pante Il faut peut-être lire « pant », graphie ancienne de pan selon le DMF.
Papon
(J. et L.)
Qui est le principal modèle du druide Adamas ? Les critiques hésitent entre Jean Papon et son fils, Loys.

• À la fin du XVIIe siècle, Olivier Patru, dans ses Éclaircissements, affirme : « Adamas est un Lieutenant General de Montbrison, dont le nom m'est échappé, mais qui étoit de grande vertu, révéré de toute la Noblesse du Païs, & l'arbitre de tous les différends de la Province ; [Honoré d'Urfé] en a fait le grand Druyde, pour lui donner l'autorité & de l'âge, & de la Religion » (II, p. 504). Adamas serait Jean Papon.
À la fin du XVIIIe siècle, Henry Maynard, dans son Voyage au mont Pilat, sur les bords du Lignon et dans une partie de la ci-devant Bourgogne, écrit : « Ne vous attendez pas à retrouver aujourd'hui [...] le grand druide Adamas, ou Monsieur l'abbé Papon » (cité dans Papon, Notice, pp. XLVII-XLVIII). Adamas serait Loys Papon.
En 1970, Claude Longeon considère qu'Honoré d'Urfé s'est « inspiré de Loys Papon pour créer son Grand Druide Adamas ; il résumait la justice sans défaut, la dignité de l'Église et la noblesse de la Poésie » (p. 78).
En 1977, Maxime Gaume conclut : « Adamas est à la fois, Jean et Loys Papon, mais, à notre sens, beaucoup plus Jean que Loys » (p. 210).
Qui faut-il croire ? Le druide de L'Astrée possède-t-il des traits de Jean ou de Loys ?

• Jean Papon (1507 - 1590), fils d'un notaire, est un juriste qui a été nommé lieutenant-général des baillis η du Forez (Claude d'Urfé, puis Jacques, et enfin Anne). Il a acheté le château de Goutelas en 1557. Il a composé en 1576 un Recueil d'arrestz notables où il rapporte au moins deux événements qui pourraient avoir des échos dans L'Astrée : les démêlés d'un sieur de Lupé avec la justice (Lupéandre ? Henein, p. 37), et l'histoire de Martin Guerre (Ligdamon ? Henein, p. 202). Jean Papon a reçu des lettres de noblesse en 1578. Il a eu une fille et trois fils : Étienne, Loys, son favori, Sibylle et Melchior. Il a écrit deux fois son testament (1579 et 1582), source de précieuses informations (Longeon, pp. 35-58). Étienne, bien qu'avocat, a déçu son père à cause de ses incartades financières et autres. Il est mort, peut-être de la peste, en 1581, sans laisser d'enfants (Longeon, pp. 59-65). Sibylle, elle, est morte entre 1579 et 1582 en laissant une fille, Renée. Jean Papon a « nourri et entretenu » sa petite-fille, mais ne lui a légué que quelques plats d'argent (Longeon, p. 44).

• Un Étienne Papon est nommé en tant que conseiller au baillage de Forez dans le testament de Diane de Châteaumorand. Il s'agit probablement d'un filleul du fils de Jean Papon (V. D., p. 98).

• Le fils puîné de Jean Papon, Loys Papon (1539 - 1599), est prieur de Marcilly et chanoine à Notre-Dame d'Espérance. Il a passé dans sa jeunesse quelques années à Paris avec Étienne, son frère aîné. Au début des guerres de religion, il a été arrêté et mis à rançon par les armées protestantes du baron des Adrets qui ont attaqué Montbrison en 1562. La Mure rapporte cette bataille qui a eu lieu la veille de la fête du patron de la ville, saint Aubrin, le 14 juillet (II, p. 285). La Mure ne nomme pas Loys Papon. Il savait peut-être que cet Abbé « vivoit un peu trop sans doute à la façon des moines de Thélèmes [sic] » (Papon, Notice, p. X). Loys Papon a eu un fils naturel, Louis, qui, en 1596, lui a succédé en tant que curé de Saint-Georges-en-Couzan (Longeon, p. 70).

• Loys Papon est poète, musicien et calligraphe émérite. Un spécialiste du Forez le considère comme « le plus original et le plus vigoureux des poètes foréziens » (Longeon, p. 90). Papon a été un ami et un maître pour Anne d'Urfé. Bien qu'il ait beaucoup écrit, ce n'est qu'en 1857 que ses Œuvres complètes ont été publiées ; elles sont suivies par un Supplément en 1860. Elles sont accompagnées d'une excellente Notice de cinquante et une pages due à « Guy de la Grye, forézien », pseudonyme de François-Régis Chantelauze.

• Loys Papon a composé en 1587 une Pastorelle mise en musique et jouée à Montbrison le 27 février 1588 (Voir l'édition établie par C. Longeon, et ce site, 30 septembre 2010). Il se peut qu'Honoré d'Urfé y ait assisté (Papon, Notice, p. XLIV). Le titre quasiment générique de la Pastorelle ne doit pas cacher le fait qu'il s'agit d'un texte basé, comme L'Astrée, sur l'histoire de France. Loys Papon est aussi l'auteur d'un curieux « Discours à Mademoiselle M Panfile » (1581) suivi de trente-six « Emblèmes et devises d'amour » illustrés et calligraphiés par l'auteur lui-même. L'hymne que Papon dédie en 1597 à Marguerite de Valois η est aussi richement présenté. Mythologismes et néologismes caractérisent le style souvent déroutant de Loys Papon, fervent épigone de la Pléiade.

• Deux des Emblèmes η de Papon se reflètent dans L'Astrée.
- Celui où figurent des plumes s'intitule Pennes perdues et s'achève par ces vers :
    « Ce service qu'il voue à celle qui se feint,
     Comme plusmes au feu ce sont pennes perdues »
    (Papon, I, p. 70).
Alcippe exilé « reprit sa devise qu'il avoit porté durant tous ses voyages, d'une penne de Geay, voulant signifier PEINE J'AY » (I, 2, 45 verso).
- Papon illustre aussi la fermesse qui se retrouve dans le dessin d'Arimant (III, 8, 335 recto).

• Loys, et non son père, Jean, a inspiré le personnage d'Adamas. Son âge et ses activités littéraires le rapprochent d'Honoré d'Urfé. Longeon se montre excessivement indulgent quand il écrit : « Il résumait la justice sans défaut, la dignité de l'Eglise et la noblesse de la Poésie » (p. 78).
Par ailleurs, les aventures si particulières de Loys Papon ont pu frapper le romancier. Honoré d'Urfé précise dans la deuxième partie de L'Astrée que la demeure d'Adamas a été construite par le père du druide (II, 10, 628). Il dit aussi qu'Adamas a une nièce orpheline, Léonide, et qu'il a perdu un frère qui lui était cher (II, 7, 432). Le lecteur de L'Astrée devine qu'Adamas doit reconnaître comme son fils et héritier Silvandre. Ces informations si précises ne s'appliquent pas du tout à Jean Papon, alors qu'elles conviennent parfaitement à son fils, ce Loys Papon qui, comme Adamas, fait partie du clergé.
Paremants Jugemant. « Muraille, rempart » (La Curne).
Parfaits Amants Les noms des quarante-huit signataires de la lettre des Parfaits amants sont dissimulés sous des surnoms empruntés à L'Astrée. Borstel, lui-même, l'intermédiaire, porte le nom d'Alcidon.

• Dans le premier groupe de signataires, les seigneurs, plusieurs noms viennent d'histoires intercalées dans la troisième partie. C'est sans doute la dernière qu'ils aient lue. Dans le second groupe, celui de leurs suivants, presque tous les noms viennent de personnages qui apparaissent dans la première partie du roman.

• Les noms d'Astrée, de Phillis et de Diane sont dans le premier groupe ; celui d'Hylas aussi, alors que celui de Silvandre est dans le second.

• Je n'ai pas réussi à retrouver le nom d'Ingiande dans L'Astrée. Il s'agit sans doute d'Ingrande, la mère de Mérovée (III, 12, 507 recto).

• 31 % des noms empruntés par les lecteurs allemands appartiennent à des Bergers.

• Je suis frappée de noter que les noms de personnages travestis, ceux qui changent de sexe grâce à un déguisement, manquent tous à l'appel ! Il s'agit de Filidas, de Filandre, de Callirée, de Mélandre, de Criséide, de Silviane, et, bien sûr, de Céladon, nom réservé à Honoré d'Urfé par les Parfaits Amants …

• La lettre est datée du Carrefour de Mercure ; c'est le lieu de rencontre des Bergers à partir de la deuxième partie (II, 1, 8).

• La date du « premier mars » est-elle un hasard et une heureuse rencontre ?
Dans l'édition anonyme de 1607, c'est ce jour-là, début de l'année romaine, que Climanthe a coupé le gui sacré. Dans l'édition de 1621, d'Urfé a préféré une date « gauloise » et imprécise, « sixième de la première lune » (I, 5, 126 recto). Les princes allemands auraient-ils lu une Astrée où la date n'avait pas encore été corrigée, c'est-à-dire celle de 1607 ?

• L'un des signataires choisit le nom de Melide, qui figure dans l'édition de 1607 (I, 11, 377 verso) et dans l'édition de 1612 (éd. de Vaganay, I, 11, p. 451), mais qui est devenu Melinde en 1621.

• Les membres de l'Académie ne semblent pas connaître la quatrième partie publiée par les soins de Gabrielle η d'Urfé. Ce volume est sorti en France en janvier 1624. Honoré d'Urfé l'aurait fait saisir en mai.

• Mme JÜrgensen analyse l'Académie des Parfaits Amants à la lumière des débuts de la guerre de Trente ans, quand des princes protestants allemands, pour s'opposer aux Habsbourgs, ont cherché des alliances dans des pays catholiques. Le Burgrave Christian de Dohna (1583 - 1637), Christian d'Anhalt-Bernbourg (1568 - 1630), et Bernard, duc de Saxe-Weimar (1604 - 1639), se sont rendus à Turin auprès du duc de Savoie η. Ils ont rencontré Honoré d'Urfé en août 1617 (pp. 361-364). Depuis 1600, les princes allemands ont une association avec Henri IV contre l'Autriche. Christian d'Anhalt est leur commandant en chef. La France leur a versé d'importants subsides (Carmona, pp. 145-146).

• Bernard, duc de Saxe-Weimar, fait partie de l'Académie. Il a choisi comme surnom Aristandre (étymologie : le meilleur homme ou le plus noble). Il est le plus jeune des seigneurs allemands en mission à Turin (Voir son portrait dans ce site, 10 juin 2014, et Wikipedia en version anglaise, 12 juin 2014).

• On s'étonne, dans ces conditions, que d'Urfé prétende ignorer l'identité de tous les signataires (Voir sa Réponse).
Il le fait peut-être par courtoisie, imitant Adamas qui prétend ne pas reconnaître Daphnide, une dame déguisée dont on lui a annoncé l'arrivée, et dont il possède le portrait (III, 2, 45 verso).

L'Astrée est l'un des livres favoris de Frédéric V de Bohême (1596 - 1632). Ce prince s'est fait peindre avec son épouse dans un cadre pastoral qui serait inspiré par le roman (Slatkes, 28 avril 2014). S'il s'agit du tableau de Cornelis Van Poelenburgh (voir ce site, 10 juin 2014), il est difficile d'y déceler un quelconque souvenir de L'Astrée.
Parfum Dans la première partie, Climanthe, le faux druide, parle trois fois de parfum (I, 5, 135 verso, 136 recto, 137 recto). Il s'agit alors de l'encens masle qui doit couvrir le corps dénudé des nymphes.
L'encens honorifique brûle dans le temple de la Bonne Deesse (III, 2, 30 verso). Ailleurs, les odeurs sont vaguement douces et belles (II, 3, 173), à moins qu'elles n'émanent d'un soporifique (III, 7, 294 recto).
Deux objets sont parfumés dans les hameaux et à la cour : la boîte en cuir qui renferme le portrait d'Astrée (II, 5, 296) et des gants où l'on dissimule une lettre (II, 6, 351).

• Les parfums figurent aussi dans un proverbe : « Les senteurs rendent plus d'odeur estant esmeuës » (I, 3, 68 recto). Cette remarque se trouve également sous la plume d'Antoine d'UrfÉ : la vertu est comme les « senteurs, qui ne jettent aucune odeur sans estre agitee » (La Vaillance, Dédicace, n. p.).
Parolle Jugemant. Dans L'Astrée, Mandrague par exemple enchante la fontaine sans prononcer un seul mot. Elle « n'y oublie rien qui y soit necessaire », note seulement le romancier prudent (I, 11, 375 recto). Plutarque lui-même recommande la discrétion quand il s'agit de décrire un oracle : « Je dirai comme Hérodote : Que close soit ma bouche ... » (14).
Particule LittrÉ explique : « On laisse le de, même sans prénom, qualification ou titre : 1° devant les noms d'une syllabe ou de deux avec un e muet : de Thou a bien écrit ; j'ai vu de Sèze ; 2° devant les noms qui commencent par une voyelle ou une h muette : l'Armorial de d'Hozier ; à moi d'Auvergne ; le fils de d'Orléans » (Article Nobiliaire).
C'était aussi l'usage au XVIIe siècle, puisque FuretiÈre écrit : « L'Astrée de d'Urfé » (Article Roman). Honoré d'Urfé lui-même dit : « Mon frere de Bussi » (Epistres, I, 9, p. 71). Le d fait tellement partie du nom que Renée de Savoie est dite « dame durfé », et qu'Henri III la nomme « la dame de Durphé » (manuscrits cités par Panisse-Passis, p. 164).
Pasquier (E.) Étienne Pasquier (1529 - 1615). Dans la rubrique qu'il consacre à Étienne Pasquier, au tome 8 de son Grand dictionnaire, MorÉri résume élégamment les multiples qualités de ce juriste parisien : « Tous ces ouvrages sont pleins de génie, de sel, d'agrémens, et de ce qu'on appelle urbanité ».

• Pasquier résume lui-même sa vie dans une épitaphe composée en 1609 (cité dans FeugÈre, p. 140) :
       « Quel je fus, quel je suis, passant, si tu fais doute,
       Arrête-toi un peu en ce lieu, et m'écoute.
       Autrefois au barreau du Palais de Paris,
       Entre les avocats étant de quelque prix,
       Par un vœu solennel j'ordonnai que ma vie
       S'éloignât du mépris, s'éloignât de l'envie.
       Voguant entre ces deux, je me mis sur les rangs ;
       La cause des petits je pris contre les grands :
       Puis d'avocat du roi aux comptes j'eus l'office ;
       Henri pour mon repos m'élut à son service ...
       Enfin, content de peu, dans ma vieille saison,
       J'ai fait une retraite honnête en ma maison ».
La devise que Pasquier se donne dans son Monophile est Genio & Ingenio (n. p.).

• Comme Honoré d'Urfé, Pasquier a publié des œuvres qui appartiennent à des genres différents, voire opposés. D'abord, il s'est intéressé à la casuistique amoureuse (par exemple son Monophile en 1554), et ensuite à l'histoire. Dans Les Recherches de la France, à partir de 1560, il étudie le passé gaulois de sa patrie, les textes médiévaux et l'évolution de la langue. C'est donc à un spécialiste de la Gaule et de la littérature que d'Urfé a offert la première partie de son Astrée. C'est aussi à lui qu'il a demandé en vain une pièce liminaire pour la deuxième partie (Voir Lettres). Les deux hommes ont dû discuter alors de rhétorique, puisque d'Urfé propose à Pasquier des palindromes (Pasquier, VII, pp. 663, 668-669).

• Retenons que Pasquier a souffert des méfaits de la Ligue η, « la calamité publique », dit-il, qui lui a pris son plus jeune fils puis sa femme (Pasquier, p. 213). Il a toujours soutenu Henri IV. Il n'aimait ni le duc de Savoie η, ni les Jésuites η - son Catéchisme des Jésuites (1602) le démontre abondamment. Il a blâmé les Jésuites qui séduisaient les fils de famille avec un « artifice impiteux » (Lettres familiÈres, XI, 9, p. 194). Le père Richeome semble être son ennemi personnel ; il le compare à « une putain stranate [traînée ?] du bourdeau » (Id., XXI, 2, p. 363).
En 1571 cependant, Pasquier a été avocat au Parlement pour les Nemours, des Ligueurs (Vester, p. 187). Après les guerres de religion, Anne puis Honoré d'Urfé, Ligueurs convertis, ont échangé vers et lettres avec Pasquier (Voir Lettres).

• Voir Galerie des portraits.
Pasquier et liminaires Pasquier a composé une épigramme latine de vingt vers pour vanter la supériorité de Ronsard (Œuvres I, éd. de 1623, p. XXV. Éd. Blanchemain, dans ce site, 10 juin 2012). Ce même Pasquier a écrit un sonnet pour féliciter Claude Colet, traducteur du neuvième livre des Amadis (1551), et un autre encore pour Jacques Gohory, traducteur du treizième livre (1571).
Patel M. Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lyon, Maurice Patel reçoit le Prix Rebouleau en 1926 (Gallica, 6 mai 2014).
Payé Diane de Châteaumorand, elle, avait promis 5 000 ducats (Reure, p. 334). En 1731, la somme promise n'avait pas encore été versée (Bernard, p. 61, note 1).  Voir Héritages.
Peluche « PELUCHE. s. f. Estoffe toute de soye, dont les filets traversans sont couppez comme ceux de la panne & du velours, mais dont on a laissé le poil plus long » (FuretiÈre).
Perdon Jugemant. « Pardon » (Huguet).
Perdu de courage Jugemant. « Perdu de » signifie être transporté par un sentiment (La Curne), éperdu, téméraire. Faut-il plutôt comprendre que l'auteur présente un héros qui semble avoir perdu courage ?
Perrault (Ch.) Yvonne Bezard explique que ces portraits ont été réunis par Michel Bégon (1628 - 1710) avec l'aide d'Esprit Cabard de Villermont (1628 - 1707). Lubin (1637 - 1695), Edelinck (1649 - 1707), Van Schuppen (1627 - 1702) et Simonneau (1645 - 1728) gravent les planches. Charles Perrault (1628 - 1703) rédige les notices.
Fougueux défenseur des modernes, Perrault porte le titre d'Amateur honoraire de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture (Christian Michel, Grove Art on line, 19 juin 2012). Michel Bégon, le maître d'œuvre, a dépensé 1 200 livres « pour conduire à la perfection ce livre de grand luxe » (Bezard, pp. 216-217). Selon Mme Bezard, Honoré d'Urfé « semble le plus maniéré et le plus efféminé des cavaliers Louis XIII » (Bezard, p. 217).
Perruque À l'article Coin, le Larousse du XIXe donne cette information : « Comme Louis XIII aimait les cheveux longs, les courtisans de la vieille cour, qui étaient à demi-rasés, furent contraints, pour se mettre à la mode, de prendre des COINS ou perruques (Legendre) ».
Petites filles modèles Rohmer explique qu'il apprécie le style de la Comtesse de Ségur, et plus précisément l'abondance de dialogues. Il condense les trois ans que dure le récit original en quelques jours et il en modifie la fin (Baecque et Herpe, pp. 71-79). Le cinéaste traitera L'Astrée de la même manière !
C'est à son Conte d'automne qu'il compare Les Petites filles modèles (Id., p. 486). Est-ce que son Astrée serait le pendant de Après la pluie le beau temps ?
Pétrarque (F.) Pétrarque a une place privilégiée et originale dans L'Astrée, S. MacÉ le souligne (pp. 66-67). Pour apprécier les choix d'Honoré d'Urfé, il faut se rappeler que, en tant que poète, Pétrarque avait la réputation non-usurpée d'être un auteur difficile.

Le pétrarquisme est une dérive du langage poétique que Malherbe condamne non sans raison. Les sonnets de Pétrarque, selon Malherbe, « estoient à la grecque » (Tallemant, I, p. 110). Comme le démontre Mme Duperray, Du Bellay et Ronsard η admirent le poète italien, tout en le considérant comme l'incarnation d'un excès. Du Bellay écrit « Contre les Pétrarquistes » pour opposer « pétrarquiser » et « d'amour franchement deviser » (Divers jeux rustiques). Ronsard juge que la vraie douleur empêche de « pétrarquiser » (Les Amours de Cassandre) (Duperray, pp. 80-81).

• Les prosateurs aussi nomment Pétrarque, et le louent plus franchement. Equicola consacre plusieurs pages de son traité sur l'amour à la description et à l'éloge de plusieurs de ses œuvres (f° 9 verso à 14 verso et 298 recto à 301 recto). Dans son Monophile, Étienne Pasquier met Pétrarque au rang de Ronsard et du Bellay (f° 120 recto), grand compliment sous la plume d'un écrivain aussi patriote. Gil Polo, dans la suite de la Diane de Montemayor, annonce l'avènement d'un poète qui doit égaler Pétrarque (trad. de Chappuys, III, pp. 152-157). D'Urfé ne l'a pas ignoré.

• Honoré d'Urfé et Pétrarque ont été quelque temps des exilés volontaires, amoureux d'une Dame lointaine et interdite. Tous deux ont prêté des noms antiques à des amis imaginaires auxquels ils s'adressaient. Tous deux ont laissé des épopées inachevées. Ils ont été tous les deux profondément affectés par l'expérience de la traversée des Alpes et par le spectacle de la nature qui les entoure. Comme le note Mme Wine, par leurs écrits, ils ont tous les deux rendu célèbre un cours d'eau (p. 220). B. Germa voit des ressemblances entre Céladon et Pétrarque (p. 110).
D'Urfé et Pétrarque citent les mêmes modèles antiques et partagent les mêmes valeurs ; une édition critique des Epistres morales le prouverait sans peine. Pétrarque, néo-platonicien η féru d'histoire, collectionnait les effigies des hommes de l'Antiquité (Sorolla, p. 668). Un moment tenté par la pastorale, il en a décrit le secret mécanisme (Lettres sans titre, pp. 16-18 ; Voir Pleins feux). Qui plus est, « les peintures esclatantes » de L'Astrée (I, 2, 27 verso) semblent des réminiscences des « statues éclatantes » du palais de Syphax dans L'Afrique (Livre III, pp. 119 sq.). Faut-il ajouter que le culte du romancier pour le nom de « Diane » rappelle le culte du poète pour le nom de « Laure » ?

• Voir Illustrations. Sur la curieuse évolution des portraits de Pétrarque et de Laure, voir Rieger.
Pied Jugemant. Il faut comprendre que le critique compare les armées. On peut compter jusqu'à cinq cents porte-enseignes dans la première et sept mille trois cents hommes à pied dans la deuxième. Il s'agit de l'infanterie qui sera opposée à la cavalerie.
Pimandre Ces dix-sept traités ont été traduits en 1579, par François de Foix-Candale, à l'instigation de Marguerite de Valois η, protectrice d'Honoré d'Urfé. Ils portent le titre du premier traité : Le Pimandre de Mercure Trismegiste (Gallica, 30 septembre 2010).

• Le nom du Prince consort forézien est de bon augure. Sa première action aussi. Ronsard rappelle dans le Bocage royal (dédié à Henri III) que le roi sage réunit autour de lui « les hommes mieux appris » et les interroge (éd. Blanchemain, III, p. 271).
Pistole « Monnoye d'or estrangere battuë en Espagne, et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant [1690] de la valeur d'onze livres, et du poids des louïs, et au même titre et remede » (FuretiÈre).
« Monnaie d'or d'Espagne de la même valeur que les louis d'or, qui devint au XVIIe siècle une monnaie de compte représentant 10 livres » (Site de numismatique, 18 juin 2014).

• La valeur de la pistole était différente en Savoie. Parfois appelée double, elle valait jusqu'à 24 livres (Voir ce site, 29 juin 2014).
Plaisir Deux siècles plus tard, Pierre Larousse peut cependant affirmer le contraire : la femme jouit plus que l'homme et vaut « deux hommes et demi » quand il s'agit d'énergie sexuelle. En contrepartie, le crâne de l'homme renferme plus de cervelle que celui de la femme (Article Femme).
Platoniser Néologisme relevé dans Huguet et utilisé dans les Epistres morales (II, 9, p. 298). « Platoniser », parler comme Platon, est à la fois un procédé didactique, une manière d'argumenter, et une conception particulière de l'esprit humain.
Voir Druiser.
Poëte Il s'agit de Clément Marot (1497 - 1544). Le nom du poète est imprimé dans la marge.
Poétique Le qualificatif ne renvoie pas aux vers mais à l'« Art qui enseigne à bien ordonner des ouvrages de Poësie » (FuretiÈre).
Poille « Poile. Chambre chauffée » (Huguet).
Pollux Depuis Homère, il est d'usage de présenter Pollux avec son jumeau, Castor. Fils de Jupiter et de Léda, les dioscures sont beaux, jeunes, tout habillés de blanc et montés sur de puissants chevaux. Ils ont leur constellation, celle des Gémeaux. Cartari décrit longuement ces spécialistes de la lutte, de l'équitation et de la navigation (pp. 236-242). Il arrive que l'on nomme Castor seulement pour indiquer les deux jeunes gens, note-t-il (p. 241). En fait, c'est Pollux que l'on nomme seul. Demi-frère d'Hélène, c'est un immortel, alors que Castor, demi-frère de Clytemnestre, est mortel. Quand Castor meurt, Pollux obtient de le rendre immortel en proposant à Jupiter que son frère et lui vivent et meurent à tour de rôle. Pollux est d'ailleurs la plus brillante des deux étoiles (Voir le site de Mythologica, 2 juillet 2014).

• En comparant Antoine d'Urfé η à Pollux, étoile qui guide les navigateurs, Honoré d'Urfé dit ses liens avec ce frère chéri qui doit mourir tragiquement deux ans après. L'image semble prémonitoire. Jamais d'Urfé ne recyclera ce poème.

• Auguste Bernard ne voit pas l'intérêt de ces « mauvais vers louangeurs » (p. 215) que le chanoine Reure aussi méprise (p. 9).
Pont-de-Vaux Je remercie Arnaud Bunel (Site Héraldique européenne) qui m'a indiqué la voie à suivre pour identifier correctement ce M. de Pont-de-Vaux que nomme Daniel Huet.
Charles-Emmanuel de Gorrevod, né à Bourg-en-Bresse le 13 décembre 1569, est le filleul puis le page de Charles-Emmanuel de Savoie η. Il sauve la vie de l'archiduc Albert de Habsbourg lors de la bataille de Nieuport en 1600. L'archiduc le remercie en érigeant la baronnie de Marnay en Marquisat la même année. Le 29 novembre 1607, de Fontainebleau, Henri IV écrit à Charles-Emmanuel de Gorrevod pour l'autoriser à se retirer aux Pays-Bas. Gorrevod reçoit l'ordre de la Toison d'or en 1612, après avoir commandé deux fois la Cavalerie de Savoie. À Bruxelles, il épouse Isabelle de Bourgogne le 8 février 1621. En février 1623, Louis XIII érige le comté de Pont-de-Vaux en Duché. Charles-Emmanuel de Gorrevod décède le 4 novembre 1625 dans le château de Marnay. Il laisse deux fils et une fille morte en bas âge (Guichenon, III, pp. 200-201).
Honoré d'Urfé est mort cinq mois avant M. de Pont-de-Vaux, et, jusqu'en 1627 au moins, la famille de Jacques η d'Urfé se targuait de découvrir une suite manuscrite de L'Astrée. Les papiers du romancier ont donc probablement été remis non à Charles-Emmanuel de Gorrevod, mais à sa veuve ou à l'un de ses fils. L'aîné, Philippe-Eugène de Gorrevod, duc de Pont-de-Vaux, mourra en 1681 sans laisser d'enfants. Le benjamin, Charles-Emmanuel II de Gorrevod, marquis de Marnay, deviendra archevêque de Besançon et mourra en 1659.
Portrait de Diane jeune Merci à Thomas Poiss et à Sabine Cheramy qui ont eu tous les deux l'amabilité de m'envoyer une photo de cette gravure.
Portrait de Renée de Savoie Ce dessin de Clouet se trouve dans le livre du comte Panisse-Passis (n.p.). Le portrait d'Honorat de Savoie aussi.
Portraits de Diane Diane est née en 1561. Son portrait jeune a dû être dessiné quand elle avait une vingtaine d'années, avant son mariage avec Honoré d'Urfé donc.

• Charles-Emmanuel η d'Urfé confie à Huet que Diane « devint fort grosse avec l'âge, qu'elle était souverainement belle, mais qu'elle était idolâtre de sa beauté ; et que par l'extrême soin qu'elle en prenait, elle se rendait insociable ; toujours enfermée, toujours masquée, toujours en garde contre le soleil » (Huet, p. 859).

• Le portrait qui montre Diane à 64 ans, s'il date vraiment de 1626, dément les informations données par les d'Urfé (Voir Illustrations).
Portraits du romancier Il y a eu plusieurs portraits officiels du romancier, semble-t-il (Claude, p. 212). J'en ai mentionné deux : celui du Cabinet η de Scudéry (1646) et celui de Van Dyck gravé par Van Schuppen, dans les Hommes illustres de Perrault η (1699). La gravure que j'étudie est une autre copie du portrait de Van Dyck (Voir Illustrations). Malheureusement, le site de « La Diana » situe le portrait d'Honoré d'Urfé en gentilhomme en 1599 (Voir ce site, 30 avril 2014) - à cause du titre de « Chevalier de Malthe » ?
Le chanoine Reure reproduit le portrait gravé par Pieter Baillue et date cette image de 1622. Le chanoine signale d'autres portraits perdus (Reure, pp. 368-371), dont l'un se trouvait à Châteaumorand et faisait pendant au portrait de Diane (Reure, p. 52). Cela prouve que ce portrait de Diane est vraisemblablement antérieur à 1625 (décès de d'Urfé).
Portraits du couple Je remercie Jean-Marc Chatelain d'avoir attiré mon attention sur la disposition des illustrations.
Poste Voyager en poste. Rapidement. « Courir sur des chevaux de poste » (Dictionnaire de l'AcadÉmie, 1694). « POSTE, est un lieu choisi sur les grands chemins de distance en distance, où les couriers trouvent des chevaux tout prests pour courir et faire diligence [...] se dit aussi de l'espace qui est entre les deux maisons de poste. Chaque poste est d'une lieuë et demie, ou de deux lieuës » (FuretiÈre).
Préfaces Le texte et le ton de la préface contredisent ostensiblement l'anonymat de l'édition de la première partie en 1607.

« En matière de fiction, la question reine est à coup sûr : "Ce livre est-il autobiographique ?", et la réponse reine : "Oui et non" » (Genette, p. 332).
Quiconque lit les préfaces des trois parties de L'Astrée l'une après l'autre apprécie encore plus la pertinence de la remarque de Genette. Construites sur des prosopopées qui traitent la fiction en réalité et la réalité en fiction, ces préfaces extrêmement riches marquent des moments forts dans les relations du romancier avec son œuvre : réserve surmontée avec difficulté dans la première partie, en 1607, appréhension teintée d'orgueil dans la deuxième partie, en 1610, et enfin consécration mélancolique dans la troisième, en 1619 (Henein, p. 26).

• D'Urfé appréhende le jugement de ses lecteurs. Jeune encore, dans La Triomphante entrÉe, il honnit les critiques les plus redoutés de l'antiquité, Zoïle et Aristarque η. Les critiques hypothétiques de L'Astrée prennent divers visages (Wine, pp. 122-125).

• D'Urfé ne méprise pas la critique littéraire. La Sylvanire est précédée d'une analyse substantielle. C'est peut-être l'une des raisons pour lesquelles le duc de Savoie η lui demande de juger L'Amedeide de Chiabrera.

• « La préface regarde en amont, et construit une genèse, afin de mieux contrôler, en aval, la réception de l’œuvre ». Ce commentaire apporté par Jeanneret aux Nouvelles Récréations de Bonaventure des Périers (p. 41) s'applique fort bien aux préfaces de L'Astrée.
Preigne Subjonctif présent du verbe Prendre.
Printemps Honoré d'Urfé aussi utilise la métaphore des saisons de la vie (par exemple II, 7, 477).
Prix À combien se vendaient les ouvrages français du XVIIe siècle du temps d'Edwin Tross η ? D'aimables libraires spécialistes de livres anciens (« Le Bateau Livre » à Montpellier, « Librairie Pierre-Josse » à Charcé) m'ont suggéré de consulter le Manuel du Libraire de Brunet (Gallica, 30 septembre 2010).
Astrée en 5 volumes, Paris (Rouen), 1647, petit in-8, figures. 15 à 25 francs.
- Aubigné, Les Avantures du Baron de Fœneste, 1630, pet. in-8. 30 francs.
Le Meurtre de la fidélité, 1609, pet. in-12. 20 francs.
- Nervèze, Amours diverses, Lyon, Ancelin, 1615, in-12. 50 francs.
Gravures et reliures, évidemment, font monter les prix :
- Perrault, Les Hommes illustres, Paris, Antoine Dezallier, 1696-1700, 2 vol. in fol., avec 100 portraits [dont celui de d'Urfé] gravés par Edelinck et autres, vendu par Tross η, 61 francs en 1865. Relié en vélin, vendu par Tross η, 203 francs en 1868.
Prix de L'Astrée J'emprunte cette expression à Charles Asselineau. Dans une nouvelle savoureuse qui date de 1860, il raconte qu'il a assisté à des enchères de livres dans une salle où se trouvait Edwin Tross. Asselineau considère alors 300 francs comme un « prix exorbitant » pour une « édition délicieuse » de Manon Lescaut ; il finit pourtant par la payer 1 500 francs ! Malheureusement, aucun de ces chiffres n'est tout à fait fiable : la transaction était un cauchemar soufflé par le démon du bibliophile. Asselineau n'a rien acheté (« L'Enfer du Bibliophile » se trouve dans ce site, 30 septembre 2010).
Protestants en Forez « Dès 1535 des livres hérétiques circulent à Clermont, et en 1540, un moine, venu d'Allemagne, convertit à la religion nouvelle les consuls de la ville. […] La Réforme [...] réussit surtout à Issoire, Aurillac, Saint-Pourçain et Moulins » (Caire-Jabinet, p. 128). Claude Longeon reconnaît que les historiens foréziens aiment à penser que le pays abrite peu de protestants, alors qu'en fait, il y a eu conversions et temples : « Placé entre le protestantisme lettré de Lyon, le protestantisme batailleur du Vivarais et le protestantisme propagandiste d'Isoire, le Forez était exposé » à la religion nouvelle (pp. 30-32).
Proverbes Méprisés par le XVIIe siècle des classiques, les proverbes étaient mis « sur un pied d'égalité avec les maximes des sages de l'Antiquité » par les écrivains du Moyen Âge et de la Renaissance (Gallego, II, p. 184). Étienne Pasquier leur consacre une large part du huitième livre de ses Recherches (p. 693 sq). L'intérêt d'Honoré d'Urfé pour les proverbes et sentences ne se dément pas tout au long de sa carrière d'écrivain. Il apprécie « ces Proverbes qui roulent par la bouche du peuple », « petites subtitlitez », déclare-t-il dans la préface de sa dernière œuvre, La Sylvanire (pp. 9-10). Plus encore, la leçon de la fontaine de la Vérité d'amour η (et donc la leçon de L'Astrée) tient dans un proverbe : Veritas filia temporis, célèbre maxime d'Aulu-Gelle commentée par Plutarque (Henein, p. 213).

Cette liste de proverbes tirés de L'Astrée est très loin d'être complète : « Il n'y a pas de feu sans fumée » (I, 12, 385 recto), Amour « blesse aussi bien dans les cours que dans nos bois » (I, 7, 212 verso), « Un clou chasse l'autre » (II, 9, 569), « prendre la peau du renard » (II, 4, 224), « Qui ne sçait oublier s'en aille » (III, 7, 272 recto). Voir aussi Chien η.
On devine même un proverbe derrière certaines expressions : « Plus on vous veut serrer, et moins on vous estraint » (III, 1, 9 recto), la sonnette à pendre au coup du chat (III, 5, 189 verso), « un peu sage Nocher [...] se perd d'un second naufrage » (III, 1, 9 recto).

• On rencontre un proverbe dans le très lyrique Sireine (« Un malheur ne vient jamais seul », p. 86), ainsi que dans les doctes Epistres morales (« Dessous un fer rouillé n'est moins preux un Achille », I, 21, p. 181). On lit dans La Sylvanire :
     « Pour une que j'en perds
     Deux soudain j'en recouvre » (v. 1002-1003).
Prudence Jugemant. « Science, habileté » (Huguet). La prudence, évidemment, peut être aussi une vertu qui « aide toutes les vertus et opère en toutes », selon la belle expression de saint Thomas que cite B. MÉniel (p. 451).

FuretiÈre illustre la relation de sagesse et prudence : « On dit proverbialement, qu'un homme a plus d'heur que de sagesse, que de science, quand malgré son peu d'industrie & de prudence, les affaires ne laissent pas de luy reüssir » (Article Heur).

• Dans Les Epistres, on lit : « La prudence est comme gardienne et conservatrice de toutes les choses qui sont bonnes, de laquelle les jeunes estans privez pour la plus part, ne peuvent arrester le cours fuytif de ces choses volages » (I, 14, p. 127-128).
Publiciste « Écrivain politique » (LittrÉ). C'est le métier d'Albert Callet (1846 - 1925), le responsable de la renaissance d'Honoré d'Urfé à Virieu-le-Grand η au début du siècle dernier (Trenard, pp. 67-68). Les articles qu'il consacre au romancier sont originaux. Si son zèle est remarquable, son imagination et ses négligences sont dangereuses.
Qualifiez Lettre des Parfaits amants. « Une personne qualifiée, qui a de la noblesse, ou un grand merite » (FuretiÈre).
Quand & quant Lettre des Parfaits amants. « Ensemble, en même temps. [...] Cette phrase est populaire » (FuretiÈre).
Que ce soit Jugement. Dieu punit tousjours les traistres, et mesmes que ce soit veulent attanter a la vie de leur prince souverain.
Faut-il comprendre que Dieu punit les traîtres même s'ils s'en prennent à celui qui a mis en danger la vie de leur chef ?
Quelque Jugemant. Ce mot rend la phrase incorrecte. Il faut comprendre seulement lorsque.
Qui Jugemant. « Quelque chose qui » (Huguet).
Rabel Notamment I, 5 (Phillis pour Silvie), I, 12 (Amerine pour Mélandre), II, 4 (Parthénopé pour Palinice), III, 5 (Silvandre pour Paris). Personnages qui manquent dans la chaîne des curieux (II, 7), Personnages ajoutés (I, 7 ; I, 11).
Raillerie Deux vers de Ronsard η décrivent fort bien les talents d'Honoré d'Urfé dans ce domaine :
     « Et que le moqueur soit à moquer si adestre,
      Que le moqué s'en rie et ne pense pas l'estre ».
(« Estreines au roy Henri III », cité par G. Poirier, p. 68).
Rares  Lettre des Parfaits amants. « Se dit aussi de ce qui est caché, difficile à trouver, ou à faire » (FuretiÈre).
Rassembler Lettre des Parfaits amants. Si la langue des Parfaits Amants peut sembler archaïque, cette réflexion est éminemment moderne :
Apprendre par cœur des livres pour s'assurer qu'ils ne disparaîtront jamais ... Image frappante qui annonce Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953) : Au XXIVe siècle, l'État fait brûler les livres en les exposant à une température de 451° Fahrenheit. Le héros, un pompier prénommé Guy (homme en anglais), décide de sauver les livres : des hommes et des femmes les apprennent par cœur. François Truffaut adapte la nouvelle au cinéma en 1966. 
Recette Le civet de lièvre a droit à un bel article dans Wikipedia (2 juillet 2014). Diane de Châteaumorand n'y est pas nommée, bien que l'origine de la recette soit dite savoyarde. Le symbolisme prêté à ce plat est étonnant. Un prédicateur du XVIe siècle appelle une série de sermons « civet de lièvre » ! Voici l'un des rapprochements les plus frappants : comme on dépiaute le lièvre, il faut arracher la peau du chrétien pour que le parfum pénètre ...
Diane est présente dans le livre que Patrick Rambourg consacre au civet en 2000 (Voir ce site, 2 juillet 2014).
Lucien Tendret, avocat à Belley, en 1892, dans La Table au pays de Brillat-Savarin (Gutenberg Reprint, 1981, p. 176 sq.), donne la recette du « civet de lièvre de Diane de Châteaumorand » :

« Cette recette a été, dit-on, conservée par les Bernardins de l'abbaye de Saint-Sulpice qui l'auraient ensuite propagée dans le Valromey.
Dépouillez et videz le lièvre, le placez dans un vase assez grand pour le contenir, l'arrosez d'un verre de vinaigre de vin, d'un demi-verre d'huile d'olive, ajoutez du sel, du poivre, un bouquet de thym et un oignon coupé en rouelles. Mettez en réserve le foie noir et le sang soigneusement recueilli. Retournez souvent le lièvre dans sa marinade et attendez au moins douze heures avant de le cuire. Hachez ensemble un oignon, vingt-cinq grammes de lard gras et frais, coupez le lièvre en morceaux et mettez le tout dans la terrine noire avec soixante-dix grammes de beurre frais. Après vingt minutes de cuisson, les morceaux de viande auront une teinte gris blanc et auront rendu leur mouillement ; les saupoudrez de trente grammes de farine, faites mijoter pendant vingt-cinq minutes et remuez souvent. Répandez dans la terrine une cuillerée à pot de bouillon de bœuf et une égale quantité d'excellent vin rouge, salez, poivrez et faites cuire pendant encore trente-cinq minutes. Avant l'achèvement de la cuisson, pilez le foie noir, le réduisez en purée fine et la délayez en y versant la marinade dont on aura retiré le thym et l'oignon. Mêlez le sang à cette préparation, le passez au tamis, et cinq minutes avant de servir l'incorporez au civet ; faites bouillir. Goûtez la sauce, si elle est fade, l'assaisonnez d'un filet de vinaigre suivant le précepte de Martial : « Nec cibus ipse juvat morsu fraudatus aceti ». « Le mets n'a pas de saveur s'il y manque une pointe de vinaigre ». Terminez par l'addition d'une cuillerée d'huile d'olive. Le civet peut être fait la veille du jour où il doit être mangé ; il est meilleur après avoir été réchauffé. Sa succulence dépend de la qualité du lièvre et de la quantité de sang recueilli ; la couleur du ragoût doit être celle du bon chocolat cuit à l'eau ».
Recherche Jugemant. « La maison de Savoie ne permettait pas aux historiographes d’accéder à ses archives » (MÉniel, p. 205). En insistant sur l'importance de la documentation, d'Urfé peut suggérer que le Duc η devrait autoriser l'accès aux sources.
Recherches Honoré d'Urfé nomme l'œuvre maîtresse d'Étienne Pasquier η. Le premier des dix volumes des Recherches de la France a paru en 1560 et le dernier en 1621, après le décès de l'auteur. Cet ouvrage a tellement transformé l'historiographie qu'il figure en 1986 parmi les Lieux de mémoire de P. Nora avec un article de C. Vivanti (« Les Recherches de la France d'Étienne Pasquier. L'invention des Gaulois », II, 2, pp. 212-245). La première édition critique des Recherches date de 1996 (éd. Marie-Madeleine Fragonard et François Roudaut).
Redoutée « Titre honorifique » (La Curne). Cet adjectif est dans l'acte de baptême d'Honoré d'Urfé
Rééditions Pour Jean Baptiste Du Pont, voir Variantes confrontées.
Dans son édition de L'Histoire comique de Francion, Antoine Adam favorise ce qu'il appelle la « première rédaction » du Francion, celle de 1623, qui est anonyme (pp. 1258-1259). L'éditeur publie aussi les ajouts (même décevants), donne le nom d'un auteur prétendu, mais ne doute pas un instant de la responsabilité de Sorel. Mme de Vaucher Gravili, pour éditer les Histoires tragiques de Rosset, choisit la troisième édition, celle de 1619, parce qu'elle comprend quatre histoires ajoutées au texte original (p. 29). Avec raison, elle ne s'interroge pas sur l'authenticité du texte qu'elle publie.
• Les études génétiques, sous l'impulsion de Bernard Beugnot, ont ravivé l'intérêt de la critique pour les variantes. Mme Mathieu-Castellani propose une formule frappante - « Jardinier, cuisinier, couturier, l’écrivain greffe, farcit, coupe et coud » (p. 122) ; elle étudie alors les « variations idéologiques » chez Ronsard η, poète qui, par exemple, a remplacé « Dieu » par « Amour » dans la réédition d'un de ses poèmes (p. 118). Dans le cas de Montaigne, l'édition de 1595 des Essais « apporte un millier d'allongeails à l'édition de 1588 » (GrÉsillon, p. 275).
Religion Jugemant. « RELIGION, se dit aussi des Ordres Militaires composez de Chevaliers qui vivent avec certaines regles, & qui portent un certain habit » (FuretiÈre). La « religion de St. Jehan », c'est le futur ordre de Malte, dont le nom complet est Ordre souverain militaire hospitalier de saint Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte.

• Saint-Jean-d'Acre est la capitale militaire du Royaume latin de Jérusalem, fondé par les croisés. En 1291, après la chute de l'empire byzantin, les Templiers et les Hospitaliers s'installent à Saint-Jean-d'Acre. Chassés, ils décident de s'emparer de Rhodes. Ils y réussissent avec l'aide de croisés - dont Amédée V de Savoie - en 1310. Un siècle plus tard, lorsque les Turcs vont reprendre cette île, l'Ordre s'installera à Malte. En 1565, les Turcs assiègent Malte. La victoire des chevaliers est commémorée avec éclat aujourd'hui encore. Le 8 septembre 2015, on a célébré le 450e anniversaire du siège de Malte (Voir ce site ou celui-ci, 2 octobre 2015).

• Honoré d'Urfé, ancien chevalier de Malte, n'ignorait rien de des errances tragiques de l'Ordre. Descendant d'Anne de Lascaris η, il montre son intérêt pour les croisades dans L'Astrée à travers une « apophétie »η annonçant la bataille de Lépante en 1571 (Voir Naupacte).

• Samuel Guichenon, historien de la Savoie, rappelle en 1660 ces exploits de « Amé le Grand ». Il les situe en 1315 et il note que cela « tient un peu de la fable » (I, pp. 126 et p. 362-363), sans évoquer l'épopée de Chiabrera. Il classe pourtant cet écrivain parmi les « excellents Poëtes Italiens » (I, p. 869).
Remarques Notons qu'à la fin de ses Remarques, Vaugelas consacre trois pages aux « Fautes d'impression ». Maupas n'y songe pas, mais il invite le lecteur étranger à se rendre auprès de l'auteur pour recevoir « enseignement plus ample » (n. p.).
Rémunération Jugemant. « On ne doit pas y voir les bons passant du bonheur au malheur [...] ni les méchants passant du malheur au bonheur » (Aristote, 1452 b).
Renée de Savoie Épouse de Jacques Ier d'Urfé, mariée en 1554 et morte en 1587. Renée de Savoie a échangé des terres η avec Emmanuel-Philibert de Savoie en 1575 (Reure, p. 151). Voir Généalogie.

• Son portrait, dû à Clouet, se trouve dans le livre de Panisse-Passis. Voir Galerie des portraits.
Reproductions Ce portrait est aussi sur la base Joconde. Un dessin représentant Honoré et Diane se trouve également sur cette base (10 octobre 2014). Ces dessins ressemblent aux gravures originales de L'Astrée, celles de 1619 et de 1621.
Ressemblance La réédition du Parallèle, en 1625, n'introduit pas cette dernière ressemblance. L'assassinat des deux chefs d'état se trouve dans le parallèle entre César et Henri composé par Sully et publié en 1615 (cité par M. Martin, 19). 
Reure
(O.-C.)
Chanoine Odon-Claude Reure (1848 - 2 avril 1923). Le Bulletin des Facultés catholiques de Lyon, apporte de précieux renseignements sur la vie et l'œuvre du Chanoine (adresses de Gallica vérifiées le 20 avril 2015).

• Dans le numéro de 1923, une substantielle notice nécrologique de Louis Monnery (pp. 26-28) nous apprend que O.-C. Reure est mort à Saint-Martin-d'Estréaux, dans la seigneurie de Châteaumorand dont le château est resté dans la même famille de 1390 à 1884. Reure y serait aussi né, mais Louis Mercier le considère plutôt comme un écrivain roannais (Astrée, Éd. Vaganay, I, p. VI).

• Après des études faites à Lyon dans la maison des Chartreux, le Chanoine Reure a obtenu son Doctorat en 1891 « avec une thèse sur les gens de Lettres à Rome et leurs protecteurs » (Monnery, p. 26). Il a occupé ensuite pendant trente ans la chaire de Littérature Latine à l'Université Catholique de Lyon.

• Il a consacré ses loisirs à la composition d'une Histoire du château de Châteaumorand qu'il a publiée en 1885. Diane de Châteaumorand l'a fasciné, et, par contrecoup, il s'est intéressé à Honoré d'Urfé et à son Astrée. L'Académie française lui décerna en 1910 le prix Montyon pour La Vie et les œuvres d'Honoré d'Urfé. Ce prix de 1 000 francs était à l'époque destiné à récompenser une œuvre ou un personnage vertueux. C'est le pieux Chanoine qu'on distinguait.

• Infatigable et toujours intéressé par le Forez, ses habitants et ses visiteurs, le Chanoine Reure a publié une soixantaine de volumes, de brochures et de mémoires. Ajoutons à tout cela qu'il donnait des causeries qui ressemblaient à des voyages guidés ! Le 23 janvier 1903 par exemple, il a promené son auditoire sur les routes du Bourbonnais en offrant « les renseignements les plus piquants les plus curieux » (Article anonyme, Le Bulletin des Facultés catholiques de Lyon, 1903, p. 20).

• D'autres articles consacrés au Chanoine Reure dans le Bulletin de 1923 le dépeignent comme un homme « réservé et parfois même un peu original d'allures », un « généreux et excellent ouvrier » (p. 54).

• Ses multiples travaux fourmillent de renseignements précieux que l'on aimerait voir un jour réunis. L'ouvrage qui a fait sa notoriété, La Vie et les œuvres d'Honoré d'Urfé, mériterait sinon une édition critique, du moins une édition refondue (respect de l'ordre chronologique, citations complétées, notes corrigées, répétitions supprimées, etc.).
Revoquera « Rappeler, faire revenir » (Huguet).
Rhude Jugemant. « On dit aussi, qu'un cheval a le pas, le trot rude, pour dire, qu'il fatigue son cavalier » (FuretiÈre). Honoré d'Urfé reconnaît ici que l'abus d'images lasse le lecteur. Il brûle ce qu'il a adoré !
Rohmer (E.) Eric Rohmer (1920 - 2010). Auteur du film Les Amours d'Astrée et de Céladon sorti en France en septembre 2007.
Ce film d'esthète rapporte assez fidèlement l'histoire des héros, mais s'arrête sur une scène de reconnaissance audacieuse imaginée par le cinéaste. Le dénouement se déroulerait à la première rencontre d'Astrée et de Céladon travesti chez le druide Adamas, tout au début de la troisième partie du roman donc. Le film ne montre pas le Forez !

• Avec moins de 100 000 entrées, Les Amours n'a pas été un succès (Voir la fiche Box Office dans ce site, 10 janvier 2017). En 2010, Françoise Etchegaray, assistante de Rohmer, a déclaré qu'elle regrettait que personne n'ait « acheté le film à l'étranger ; même les Québécois, parce qu'ils ne comprenaient pas le texte » (cité par Delorme, p. 34). Les Québécois (comme les Français) ont trouvé ce film ennuyeux et prétentieux d'une fidélité trompeuse - qui reste au ras des mots. La critique a d'ailleurs été très divisée en France. Pour plus de détails, voir un dossier de presse dans Rohmer.
Rôle sacré des femmes La portée des fonctions publiques des femmes dans la culture gauloise est une question encore controversée. Dans la deuxième partie de L'Astrée, « les Gaulois s'arrestoient bien souvent au jugement de ces femmes Druydes » (II, 8, 505).

• D'après CÉsar, chez les Germains, « c'était la coutume [...] de faire décider par les femmes, d'après les sorts et les règles de la divination, s'il fallait ou non livrer bataille » (I, 50). Plutarque précise dans les Vertus des femmes (ch. 6) : « Les Gaulois ont conservé l'usage de délibérer touchant la guerre et la paix en compagnie de leurs femmes et de requérir l'arbitrage de celles-ci dans les contestations qui s'élèvent entre eux et leurs alliés ». En revanche, Strabon affirme que, « chez les Gaulois, les occupations des hommes et des femmes sont distribuées juste à l'inverse de ce qu'elles sont chez nous » (Livre IV, ch. 4). Chez les Goths, d'après JordanÈs, les femmes se conduisent comme les Amazones (I, 7).

Fauchet, dans son Recueil, juge la Gauloise « encores plus forte que son homme quand la colere luy a eschauffé la teste » (f° 8 verso). Il reconnaît aux femmes un rôle de conseillères pacificatrices (f° 11 verso). Autre son de cloche dans ses Antiquitez : « Si les femmes avoient grande autorité en choses de consequence » (p. 13), et si elles servaient de conseillères en temps de guerre et en temps de paix (p. 13), « les maris avoient puissance sur elles de vie et de mort, comme sur leurs enfans » (p. 11). Fauchet participe à sa manière à la querelle des femmes ... Taillepied aussi peut-être, puisqu'il déclare : en Gaule, « on ne recouroit aux femmes, ny à tous indifferemment, mais par bonne police on avoit recours aux Druides Vacies » (cité par Dubois, p. 94).

• Un curieux ouvrage du Président Rolland publié en 1787 et intitulé Recherches sur les prérogatives des dames chez les Gaulois, proclame que les Gaulois regardaient les femmes comme des divinités (p. 18) et que les Germains leur reconnaissaient la capacité de prédire l'avenir (p. 20). En 1177 avant Jésus-Christ, en Gaule, certaines femmes élues « délibéroient de la paix et de la guerre, et jugeoient les différens qui s'élevoient entre les Juges de chaque canton ». La situation a changé avec l'avènement du druidisme, note cet auteur anticlérical. Les Gaulois « toujours vainqueurs sous le gouvernement des femmes, devinrent tributaires des Romains sous celui de ces ministres de la religion » (p. 21). Malgré tout, les druides « firent partager à leurs épouses les fonctions du Sacerdoce : elles offrirent même des sacrifices et s'attribuèrent le don de deviner » (p. 23).

• Ces notations contradictoires entraînent une conclusion : d'Urfé aurait pu suivre des sources en imposant à ses Gauloises soit un rôle politique prépondérant, soit au contraire une place plus discrète. Il a choisi un moyen terme (Voir Feux). La gynécocratie qu'il imagine est originale, mais elle n'a ni étonné, ni intéressé ses premiers lecteurs.
Roman de la Rose Rêve romanesque et allégorique écrit en vers et paru au XIIIe siècle. La première partie, la plus courte, est de Guillaume de Lorris. La seconde, la plus savante, est de Jean de Meun (ou Meung). Honoré d'Urfé « répond » au Roman de la Rose depuis son adaptation du jugement de Pâris dans la première partie, jusqu'à l'élaboration des lois du dieu Amour dans la deuxième. Les propriétés de la fontaine merveilleuse η se distinguent des caractéristiques de la fontaine de la Rose parce qu'elles reposent sur des raisonnements (Henein, p. 194 sq.).

• Dans la bibliothèque de Claude d'Urfé se trouve un ouvrage intitulé C'est le Roman de la Rose moralisé cler et net translaté de rime en prose par Jehan Molinet, Paris, pour Anthoine Vérard (Longeon, p. 155). L'image de la reliure est dans ce site (10 octobre 2013). Gustave Reynier le premier a montré l'influence du Roman de la Rose sur le roman sentimental (p. 8 sq.). A. Saly a beaucoup développé cette analyse.

• Les superbes illustrations médiévales du Roman de la Rose sont réunies par la BnF dans ce site (20 mai 2013).
Ronsard
(P. de)
Pierre de Ronsard (1524 - 1585), membre de la Pléiade, surnommé « prince des poètes ».

• Ronsard a montré qu'il connaissait et appréciait la poésie pastorale dans le Bocage (1554) et les Élégies, mascarades et Bergerie (1565). Il a composé une histoire des temps mérovingiens, la Franciade (1572), et des Sonnets et Madrigals pour Astrée (1578). Honoré d'Urfé possédait les œuvres complètes du poète dans leur édition de 1584 (DucimetiÈre, p. 763).

• Ronsard était aussi considéré comme un professeur de langue ; cette expression proverbiale aujourd'hui oubliée le prouve : « On dit qu'un homme a donné un soufflet à Ronsard, pour dire, qu'il a fait une grosse faute contre la Langue, à cause que Ronsard avoi[t] composé une Rhetorique » (FuretiÈre, Article Soufflet).

• Honoré d'Urfé écrit dans ses Epistres morales qu'il s'est retrouvé en prison en 1595 parce qu'il a été dénoncé par un homme qu'il croyait son ami :
     « Une personne qui a pensé, Pour se mettre en
       honneur, de se prendre à Ronsard
 ; et qui, se voyant
       incogneu, a creu que brusler le temple de Diane le ferait
       renommer » (Au lecteur, non-paginé).
Qui est cet Erostrate des guerres de religion ?

D'Urfé reprend une formule utilisée par Ronsard lui-même. Quand le poète a lu les savantes insultes du « Temple de Ronsard », il a répondu à son adversaire : « Pour te mettre en honneur, tu te prends à Ronsard » (Gaume, p. 150, note 28). Mais comment s'appelle ce traître qui a dénoncé d'Urfé après s'être attaqué à Ronsard ? Le Chanoine Reure avoue : « Il y a là des énigmes que je ne puis expliquer » (p. 50). Maxime Gaume juge la périphrase des Epistres « difficile ou même impossible à résoudre » (pp. 149-152).

• Pour découvrir le nom de l'ami traître, il faut revenir à la formule utilisée par l'auteur des Epistres, la prendre au pied de la lettre et s'interroger sur le « Temple de Ronsard ». La critique attribue ce texte anonyme qui date de 1563 soit à Jacques Grévin soit à Florent Chrétien η (P. Champion, pp. 184-185). Le premier, mort en 1570, ne peut même pas avoir connu d'Urfé. Le second en revanche meurt en 1596 seulement.

• Voir Galerie des portraits.
Rothschild La Bibliothèque Nationale de France a consacré en 2012 une exposition à James de Rothschild (1792 - 1868), « banquier, industriel, philanthrope et amateur d'art ».

• Voir le Dossier de presse dans ce site (5 octobre 2012).
Roux Jugemant. C'est la couleur de la chevelure d'Hylas (I, 8, 235 recto ; III, 7, 275 recto.). Voir aussi les notes η.
Roys Jugemant. Le duc de Savoie η s'est en effet battu contre le roi de France, Henri IV, et contre le roi d'Espagne, Philippe III, son beau-père. L'information se trouve dans le Jugemant et dans l'Épître de 1618.
S Pierre Wechter me communique ces deux renseignements dans un message du 3 novembre 2014 :
1. Le s long devrait être différent (Unicode 0192 au lieu 017F) dans le texte cité par Marty-Lavaux. J'ai reproduit le caractère utilisé par l'imprimeur de Marty-Lavaux, mais celui-ci se serait trompé.
2. La remarque sur le s long serait de l'autre Corneille, Thomas. « Antoine-Augustin Renouard écrit en 1817 à propos de l'Avis au Lecteur inséré dans l'édition de 1663 des œuvres de Pierre Corneille : ‘Une note de l’édition de 1718 apprend que cet avertissement est de Thomas Corneille’ ».
Les dictionnaires du temps ne portent pas trace d'un débat sur le s court ou long. À l'article S, FuretiÈre donne cette information curieuse : « On dit proverbialement, qu'un homme qui a trop beu fait des esses, pour dire, qu'il va en serpentant à la maniere d'une esse, qu'il ne se peut soustenir, ni marcher droit. On dit aussi, Allonger les s, pour dire, Faire une tromperie dans un compte. Car autrefois on finissoit tous les articles par des s. qui signifioient des sous ; & quand on les allongeoit par enbas, ils formoient une f., qui signifioit des francs ».
Sacristain « En quelques lieux ce mot signifie la même chose que Tresorier » (FuretiÈre). Titre que porte le chanoine J.-B. de La Mure η.
Saillir « Sauter » (Huguet). Verbe utilisé par Claude Fauchet.
Saint-Flour « Cet Évêché renferme dans son Diocèse quatre cens Paroisses, et vaut environ dix ou douze mille livres de rente » (Piganiol, V, p. 185).
Saintour « Le prix Saintour, créé en 1889, est un prix annuel de Littérature, récompensant un auteur ayant fait une étude de la langue française depuis le 16e siècle. Ce prix n'est plus attribué depuis 1989 » (Courrier du Secrétariat de l'Académie française, 29 mai 2012).
Saint-Thomas Dans cette église consacrée en 1621, se trouvent une chapelle dédiée à François d'Assise, et une autre dédiée à la Madone de l'Annonciade η (Doublet, p. 205). 
Salle haute « Salle haute. Au Moyen Âge, pièce située au premier étage du château, réservée au maître à la famille et aux intimes » (TLFI).
Selon Cotgrave, Chambre haute signifie plutôt « A dining chamber », une salle à manger.
Saluces Le marquisat de Saluces est une très importante source de revenus, explique Lucinge en décrivant Les Occurrences de la paix de Lyon (p. 87). Mais le pays est rude et difficile à défendre (Gal, p. 207). Lucinge considère Saluces comme « la pomme de discorde » et « le brandon » enflammé (p. 21) entre la France et la Savoie (Voir Arpin, p. 157).
En 1582, Charles-Emmanuel η souhaite épouser une nièce de Henri III. Il demande que le marquisat de Saluces fasse partie de la dot. Après avoir essuyé un refus, il épouse une princesse espagnole, la fille cadette de Philippe II. Le Duc de Savoie profite ensuite des désordres des guerres de religion pour annexer Saluces en 1588 (Gal, p. 191 sq.). Mais Henri IV reprend le marquisat. Le Duc le regagne à la suite du Traité de Lyon. Il est obligé de céder en échange Gex, la Bresse et le Bugey. Il avait distribué des terres dans ces régions à près de 800 gentilshommes (A. Dufour dans Lucinge, p. 89, note 174), dont Honoré d'Urfé.
San Damiano Henri de Maillard, marquis de Saint-Damien et comte de Tournon, est le fils de Prosper-Marc Maillard, comte de Tournon, membre de l'Académie Florimontane. Son mariage avec Charlotte-Emmanuelle η d'Urfé a eu lieu le 11 janvier 1621 (Reure, p. 334).
En 1619, un marquis de Saint-Damien célibataire participe à un tournoi organisé pour célébrer les fiançailles du prince Victor-Amédée de Savoie avec Christine de France (Mercure franÇois, 1619, pp. 80-81).

• Voir Événements et Héritages
Sand (G.) Sand remercie deux amis qui lui prêtent L'Astrée en 1856 et en 1857 (Correspondance, Textes réunis, classés et annotés par Georges Lubin, Paris, Garnier, 1979, XIV, p. 30 et p. 339). Elle ne possédait donc pas le roman, ou du moins elle ne l'avait pas sous la main. Le héros, Sylvain de Bois-Doré possède une Astrée in-folio (Sand, I, p. 82). Je n'ai pas trouvé cette édition de luxe dans les bibliographies. Notons que Mme Koch décrit un exemplaire d'une Astrée in-quatro (p. 387).

• Le moderne buste de d'Urfé à Virieu est posé sur une Astrée en deux volumes in-folio.
Savoie L'Astrée, qui se déroule au Ve siècle, ne nomme pas la Savoie, mais seulement les Helvétiens, les Allobroges, les Libicins et les Salasses. La Savoie est alors un pays en devenir, une promesse.
L'histoire de la Savoie se dessine dans l'Histoire de Cryseide et d'Hylas et la Suitte de l'histoire de Cryseide et d'Arimant.

• La Savoie du XVIIe siècle comprend trois territoires. Le premier, entre la Bourgogne et le Rhône, abrite les domaines de d'Urfé. Il est cédé à Henri IV en 1601. Le deuxième, la Savoie proprement dite, a pour capitale la francophone Chambéry. Le troisième est en Italie du Nord. Il comprend le Piémont dont la capitale est Turin (Carmona, p. 21). En 1618, après le Traité de Lyon donc, un ambassadeur vénitien décrit la « structure éclatée » de ce duché fait de trois territoires (Savoie, Piémont et Comté de Nice) que tous les ducs de Savoie tentent de rendre compacts (J.-P. Pantalacci, pp. 3-6).

• Les tiraillements entre les puissances voisines de la Savoie, racontés avec de grands détails par Guichenon, se poursuivent et s'intensifient du temps d'Honoré d'Urfé. La réconciliation du romancier avec Henri IV se fait grâce au Traité de Lyon signé par la France et la Savoie en janvier 1601 (Menabrea, p. 159).

Paradin, l'un des premiers historiens de la Savoie, signale que le nom du pays a changé « de male voye, en sauve voye » (p. 83). On lit dans la Guide des chemins de France : « La duché de Savoye, dicte comme Saulvoye (a raison qu'au paravant, et du temps des Allobroges, c'estoit un dangereux passage au pied des monts) ou bien du nom ancien Sebusiani, lesquels a present on nomme Savoisiens, commence a Lyon, en montant le long du Rosne d'un costé, jusques a Lozane : et de l'autre, costoyant les montaignes, jusques aux Alpes. [...] Les chemins de ce pays ne sont grandement frequentez, que pour le passage des Itales » (Estienne, pp. 149-150). L'étymologie « Salvia via est plus que douteuse mais [elle] exprime ce qui fut le souhait de ses comtes » (Menabrea, p. 32). Voir Alpes.

• Samuel Guichenon préfère rattacher la Savoie à Sabaudia à cause de « l'inscription Romaine qui se voit au village de Meyseri en Chablais, faite du temps des Antonins » (I, p. 9). Il souligne, dans son histoire de la Savoie, les liens étroits et nombreux qui rattachent les ducs de Savoie à la famille royale française. Vingt-sept rois de France sont descendus par les femmes de la famille royale de Savoie (I, pp. 84-85). Louis XIII par exemple écrit en 1612 : « Nostre tres-cher Oncle le Duc de Savoye » (Guichenon, p. 192).

Guichenon relève que les ducs de Savoie n'ont pas vu de sobriquets ajoutés à leurs noms. Au contraire, on a souligné les « avantages de corps et d'esprit dont Dieu les avoit favorisez ». Charles-Emmanuel de Savoie η est dit « le Grand ». Le premier « tesmoin » est Humbert aux Blanches-mains (Guichenon, I, p. 95), le héros de la Savoisiade η d'Honoré d'Urfé.
Les Français sont infiniment moins respectueux η envers le duc de Savoie.

• Le site des Archives de Savoie offre des cartes du pays qui remontent à 1562 (15 mai 2014). Voir aussi ce site (10 octobre 2014).

• Voir Généalogie.
Savoisiade (La) Seuls quelques vers de cette épopée inachevée ont été publiés, peut-être sans le consentement de leur auteur (UrfÉ). Dans des MÉlanges manuscrits (f° 64 sq.), on trouve des notes qui renferment une sorte de généalogie détaillée ainsi qu'une liste de familles illustres savoyardes.
Le livre premier de « La Savoye » commence par des vers qui rappellent le début du Sireine et de L'Énéide de Virgile :
     « D'un grand Prince saxon je chante les allarmes ».
« La Beroldide » qui suit (f° 70 sq.) a une caractéristique qui annonce La Sylvanire : le verso est en vers libres et le recto en vers rimés.

• Dans la préface de son Histoire de la Maison de Savoie, Guichenon écrit : « Honoré d'Urfé [...] avait projeté l'histoire de Savoie en vers héroïques français qu'il intitulait : La Savoisiade, dont j'ai le M. S. mais il n'acheva que la vie de Berold » (p. XX).
Dans son Histoire du Bugey, Guichenon cite aussi le manuscrit de la Savoysiade (avec un y cette fois), dont il possédait le livre 5, précise-t-il (p. 13). Il reconnaît que d'Urfé « a esté curieux de remarquer les noms de tous les Gentill-hommes, et Cappitaines que le Prince Berald » amena d'Allemagne (p. 234). Il cite quelques vers pour contredire cette « fiction de poète » (p. 349), car « cette piece tient plus de la Poetique que de l'Histoire » (p. 234). D'Urfé a fait la même observation dans son Jugemant sur L'Amedeide
(#19).
Guichenon approuve le choix du héros de La Savoisiade. Il explique que Humbert aux Blanches-mains « fut nommé aux Blanches-mains, soit à cause de la pureté de ses actions pendant qu'il fut Gouverneur du Royaume de Bourgogne, soit parce qu'il avait les mains belles » (I, p. 192).

• Bruno Méniel précise que d'Urfé a commencé son travail en 1599 et qu'il l'a abandonné le 29 novembre 1606, laissant déjà 800 vers de plus que La Franciade de Ronsard (MÉniel p. 29). L'ouvrage s'intitule tour à tour la Berolide, la Savoye, la Savoisiade et la Savoysiade (MÉniel, p. 204). Le Duc de Savoie devait être satisfait du travail de d'Urfé puisqu'il a demandé à l'auteur le Jugemant d'une autre épopée. Cependant, pour expliquer l'inachèvement de La Savoisiade par des raisons « extérieures à l'œuvre », MÉniel rappelle la difficulté des relations avec le duc de Savoieη (p. 209). J'ajouterai que l'accueil fait au Jugemant sur l'Amadeide peut avoir définitivement découragé d'Urfé.

MÉniel cite de larges extraits de La Savoisiade (encore inédite). Le lecteur habitué à la discrétion de L'Astrée s'étonne de découvrir dans le poème héroïque d'amples descriptions d'objets somptueux, et en particulier de costumes et d'armes (MÉniel, pp. 353, 405 et surtout p. 507). En revanche, le lecteur se retrouve en terrain familier quand il rencontre galerie de portraits et ekphrasis (p. 351), rivalité de la nature et de l'art (p. 358), duel judiciaire (p. 385), « amoureuse escolle » (p. 396), et même évocation des Lascaris η (p. 358).
Dans La Savoisiade comme dans L'Astrée, un amant désespéré se jette à l'eau (p. 397) et un travestissement féminin présente des surprises (p. 403). Notons enfin que le dénouement de La Savoisiade devait être heureux, car d'Urfé suit les directives du Tasse : « La fin qui convient le mieux à cette espèce de poème est la fin heureuse » (cité par MÉniel, p. 434).
Savonne Jugemant. Savone. Ville de Ligurie annexée par Gênes au XVIe siècle (Voir le site de Wikipedia, 26 septembre 2014).
Scylle Il s'agit de Scylla et Charybde η, des monstres marins situés des deux côtés d'un détroit. Les mythologues les présentent comme des jeunes filles métamorphosées. « Les fables en ceste sorte ont voulu, avec quelque plaisir, et gaillardise declarer la nature des escueils et rochers dangereux » (Cartari, p. 328).
Secrétaire « Se dit aussi des domestiques de quelques Grands Seigneurs, ou des gens de robbe, qui leur servent à faire leurs despêches et leurs affaires, qui sont les extraits des procés qu'ils ont à rapporter, et qui les advertissent, quand ils sont en état » (FuretiÈre). Voir aussi Secrétaire.

• On ne soulignera jamais assez que ce n'est pas à Balthazar Baro que le Testament donne le titre de secrétaire.
Serge « SERGE. s. f. [...] C'est une estoffe commune & legere de laine croisée » (FuretiÈre).
Sergent « En termes de Guerre, se dit d'un bas Officier d'Infanterie qui est dans chaque Compagnie, armé d'une halebarde, et preposé pour faire garder les distances, et dresser les files & les rangs » (FuretiÈre). 
Service En 1618 par conséquent, d'Urfé n'envisage pas de retourner auprès du roi de France.
Sexe des noms Ménage s'interroge sur le bien-fondé de certains des noms de personnages de L'Astrée (MÉnage, pp. 338-339).
Pourquoi en effet cette désinvolture peu commune dans le choix de noms qui ne conviennent pas au sexe du personnage :
Alcippe, Amasis, Aminthe, Chrisante, Cléon, Daphnis, Égide, Eudoxe, Forelle, Isidore, Mélandre ? Hermant signifie homme fort, mais d'Urfé met le nom au féminin (HermanTE) pour l'attribuer à un ami d'Hylas. Alexis est un nom d'homme que d'Urfé impose à la fille d'un druide. Et que dire du chien Driopé qui s'est emparé du nom d'une nymphe ?  
Il y a aussi un désir de surprendre dans le nom de Sireine (masculin), si aisément confondu avec sirène (féminin). Fernand Brunot lui-même est tombé dans ce piège (Bibliographie, p. XXII). Le modèle de Sireine est l'espagnol Sireno !
Silves de la Selve Silves de la Selve appartient à la quatrième génération des Amadis. Il évolue dans les volumes XIII, XIV et XV. Silves est le fils d'Amadis de Grèce, qui est le fils de Lisuart (ou Lisvart), qui est le fils d'Esplandian, qui est le fils d'Amadis de Gaule, dit Amadis Sans Temps ...

• Silves, né dans une forêt, doit se faire reconnaître par son père, Amadis de Grèce, grâce à « l'ardente épée » gravée sur son bras à sa naissance. Les épreuves qu'il subit sont originales.

• Silves réussit à pénétrer dans cinq châteaux qui communiquent les uns avec les autres ; les vertus y résident. Dans le château de Justice, Miséricorde, Cruauté et Équité se disputent l'honneur de se mettre plus près de Justice. Le chevalier déclare alors que la justice miséricordieuse est plus juste que la cruelle (Amadis, XIV, ch. 32, f° 43 recto). Silves sert aussi d'arbitre à trois chevaliers errants de confessions différentes qui se battent pour montrer la supériorité de leur religion. Il blâme le chrétien, le juif et le musulman d'en être « venus aux mains à l'occasion de leur foy, attendu que pour attirer l'un à la foy de l'autre, il y faut aller par douceur et non par force d'armes » (Amadis, XV, ch. 44, p. 368).

• Dans sa dédicace à Mme de Mandelot, épouse du lieutenant-général du Lyonnais, Gabriel Chappuys, traducteur érudit, déclare que sous une « fabuleuse histoire », il présente Silves, « l'exemple d'un bon, sage et secourable Prince » (Amadis, XV, pp. 4-5).

• Honoré d'Urfé peut avoir rencontré Chappuys.
Gabriel Chappuys (1546 ? - 1612 ?), né à Amboise, séjourne à Turin et dédie sa traduction des Commentaires de Pierius au duc de Savoie η. Autour de 1576, il se retire à Lyon où il fréquente Antoine du Verdier. Il s'installe à Paris en 1583, espérant devenir historiographe d'Henri III. C'est alors qu'il traduit les suites de La Diane de Montemayor. Fidèle aux rois qui se succèdent, il jouit de la fonction de secrétaire interprète auprès de Louis XIII (notice de M. Bideaux dans Chappuys, pp. 11-39).
Sireine, (Le) : manuscrits C. Marcos précise que le manuscrit qu'il a consulté et qui se trouve à la Bibliothèque Nationale de France (Manuscrits français 12486) porte deux dates : Commencé à Chambéry le 24 novembre 1596, et terminé à Virieu η le 1er juillet 1599. Il est dédié au duc de Savoie. Voir MÉlanges,

• Le second manuscrit, celui que le chanoine Reure a consulté (p. 72), se trouvait à Turin (il a brûlé en 1904). Il portait une seule date : Virieu, le 16 juin 1600.
« Le manuscrit du Sireine de la bibliothèque nationale de Turin porte imprimées en or, sur sa reliure, les mêmes lettres D et H entrelacées, et de plus deux C entrelacés (Châteaumorand, Diane, Honoré). Ne serait-ce pas la clef du poème ? » (Reure, p. 67).
Sireine, (Le) : publications Jean Aubery η (1559 - 1620), médecin à Moulins, s'est emparé du manuscrit du Sireine et l'a publié en 1604 chez Jean Micard avec une dédicace à Diane de Châteaumorand (Griffiths, éd. de Lingendes, p, XII). D'Urfé n'a pas fait interdire cet ouvrage. Il a modifié les vers publiés par Aubery lorsqu'à son tour il a fait éditer Le Sireine en 1606 (chez le même libraire et avec le même privilège). Il a dédié son œuvre à une dame anonyme qui pourrait être Diane de Châteaumorand.

La dédicace de Jean Aubery est reproduite par le chanoine Reure (pp. 3-4) :

« Madame,
C'est estre larron de bonne conscience que de vous rendre aux yeux de tous ce que je desrobay chez vous en cachette : pendant le sejour que je fis aupres de vous, je prins une copie de Sireine dans le cabinet de Monseigneur Durfé, d'où je le ravi pour lui faire voir le jour qu'il doit recevoir de vous, puis qu'il est né de luy. Je vous le rends en le donnant à tout le monde, et le mets entre vos mains pour avoir de l'honneur de mon larcin, que je ne pouvois espérer qu'en vous le rendant : Sireine luy mesme sera le suppliant du pardon que je desire, et qu'il me doit faire meriter, puis je le rends à sa Diane, que seule il desiroit ; aussi vous l'ayant rendu, il sera le gage envers vous de son affection et de la mienne ; et en ceste asseurance vous le présentant, par luy je me présente à vous, Madame, pour votre tres-humble et tres-fidelle serviteur,
J. Aubery ».
Sireine, (Le) : vers de Lingendesη
Cinquante-quatre vers écrits pour l'édition de 1604 (Lingendes, Œuvres poétiques, pp. 201-203). 

« LE BERGER PHILENE
A MONSEIGNEVR D'URFÉ
STANCES
Soucy du Ciel, cœur généreux,
Qui dans ces beaux vers amoureux
Fais plaindre le Berger Sireine,
Ces vers rendent son mal si doux
Qu'un chacun peut estre jaloux
De n'avoir enduré sa peine.
Pour m'esjouyr en mon tourment,
Je vay quelquesfois présumant
Qu'en ces vers tu m'as voulu
    peindre.
Et m'estime bien fortuné
Du mal que l'Amour m'a donné
Puis que par eux je puis m'en
    plaindre.
Je me pense heureux aujourd'huy
De ce qu'il m'a tant faict d'ennuy
Pour vne infidèle que j'aime.
Et parmy mes malheurs divers
J'aime tant ma peine en ces vers
Que pour eux je l'aime en moy-
   mesme.
Aussi dans ce triste discours
Il m'y semble voir mes amours
En l'oubly de ma belle ingratte,
Ce m'est trop de presumption,
Mais las ! en telle affliction
Permets moy qu'ainsi je me flatte.
J'y voy Sireine plein de foy,
Non pas plus fidèle que moy,
J'y voy son cœur remply de
    flamme,
Le mien est autant enflammé,
Je l'y vois encor bien aimé,
Je le fus autant de ma Dame.
Tout d'vn coup il est affligé,
Je fus tout de mesme outragé,
Oublié de celle qu'il aime.
Pareil subiect de mes ennuis.
Et bref ce Sireine je suis
Autant que Sireine luy mesme.
Je me mire en luy cependant
Que je vay le jour attendant,
Car pour accuser la meurtrière
Qui fut aveugle à mes amours,
Et mit en ténèbres mes iours,
Je verray bien tost la lumière.
Lors ceux qui verront mes    tourmens
Nous jugeront égaux Amans
En subject, ainsi qu'en martyre,
Et que l'esgalant en malheur,
Vray compagnon de sa douleur,
Je ne luy cède qu'en bien dire.
En ce poinct il fait mieux que moy.
Mais ce bien-dire vient de toy.
De toy l'Apollon de nostre aage :
Que Sireine est heureux Amant,
Puis qu'Apollon plaint son tourment
Quand le traict de l'Amour
    l'outrage ».
Sites pour illustrations  Le site de « La Diana » offre le portrait officiel du romancier ainsi qu'un frontispice (30 septembre 2010). Entre 2000 et 2014, les images numérisées de L'Astrée ont souvent changé d'adresse ou disparu. Par exemple, le portrait d'Honoré d'Urfé avec les signatures de L. Beaubrun et J. Briot était dans le site du Lycée Honoré-d'Urfé en février 2007, il n'y est plus.
Soit ou Honoré d'Urfé n'utilise pas cette expression pléonastique dans L'Astrée. Huguet donne des exemples de « ou soit ».
Soupçon « La perfection de l'amitié présuppose l'assurance de la vertu de la chose qu'on aime, et la jalousie η en présuppose l'incertitude » (FranÇois de Sales, livre 3. Cité par R. Garapon, p. 132).
Sources allemandes Intriguée par les sources allemandes de Edwin Tross η, j'ai interrogé Alfred Noé, professeur à l'Université de Vienne (Autriche). Il a eu l'amabilité de faire des recherches et de me communiquer ces renseignements :

« Plus qu'une ville universitaire, Augsbourg [en Bavière, la ville où se trouvait cet exemplaire de L'Astrée] était, aux 15-17e siècles, un centre d'imprimerie et une ville de commerçants internationaux, parmi lesquels on cite avant tout les Fugger. Il me paraît donc très probable que le volume en question provienne d'une des nombreuses bibliothèques patriciennes de la ville, dispersées après les ruines aussi nombreuses de ces familles pendant les 17-18e siècles. J'ai tout de suite vérifié, mais dans le catalogue de la bibliothèque Fugger vendue à Vienne en 1655, il n'y a malheureusement pas d'Astrée ».
Suivre Jugemant. Dans L'Astrée, c'est le dilemme soumis au Conseil des Six-Cents.
Sujets communs Les épisodes communs sont surtout dans la première partie. En 1633 et en 1733 les graveurs présentent la noyade de Céladon, la première promenade à Isoure, le Jugement de Pâris, le commencement de la gageure de Silvandre, la mort de Filandre, l'arrivée au temple d'Astrée, le viol d'Isidore, la visite d'Euric, la fin de l'aventure de Criséide et le retour du valet d'Andrimarte.
Superficie du Forez C'est la superficie de la province à la fin du XIVe siècle, calculée d'après les travaux d'Étienne Fournial (Colombet-Lasseigne, p. 87, note 99). Claude Longeon précise que, au XIIIe siècle, le comté du Forez avec ses 300 paroisses couvrait à peu près 380 000 hectares (p. 22), ce qui correspond à 3 800 kilomètres carrés.
• Voir aussi Estendue η du Forez.
Sylvanire (La) Pastorale dramatique qui appartient à un genre illustré par Le Tasse : la « fable bocagere » du sous-titre rappelle que L'Aminta est dite « favola boscherecchia ».
D'Urfé explique dans La Sylvanire que cette nouvelle bergère est habillée à l'italienne, car, il y a « quelques années », la Reine l'a commandée à l'auteur. Marie de Médicis η parlait mal le français (Carmona, p. 31), et ne cachait nullement ses préférences pour la littérature italienne et surtout pour La Jérusalem délivrée du Tasse. L'héroïne de La Sylvanire n'est pas italienne, l'auteur le souligne. Elle est « originaire de ce pays de Forests, qui en France est particulierement à vostre Majesté », écrit Honoré d'Urfé à Marie de Médicis (p. 3). Ce qui est « italien », c'est le recours aux vers libres.

• Le fait que La Sylvanire, œuvre posthume, jouisse d'une dédicace écrite par l'auteur et que la quatrième partie n'en ait pas suggère que la pastorale dramatique était terminée, alors que le roman ne l'était pas.

• Pourquoi Honoré d'Urfé n'a-t-il pas publié plus tôt sa pastorale ?
Il a pu découvrir qu'il venait trop tard. Sa pièce illustre brillamment une théorie du vers libre qu'il explique dans sa longue préface. L'influence évidente de Marino sur ce texte devait conforter l'italianisme de la Reine mère. Le problème, c'est que cette conception de la prosodie française n'est plus originale. Elle a été illustrée par Jacques Favereau dans La France consolée, épithalame pour les noces du très chrétien Louis XIII, roi de France et de Navarre, et d'Anne d'Autriche, infante d'Espagne (Graziani, p. 196). Favereau expose ses vues sur le vers libre des Italiens dans ce poème qu'il dédie à Henri de Savoie, duc de Nemours. Le mariage royal a eu lieu en 1615. La France consolée porte un privilège de mai 1625 η. Par conséquent, il n'est pas impossible que d'Urfé ait volontairement gardé La Sylvanire dans ses tiroirs après avoir découvert avec du retard que son apport n'était plus original.

• La tradition veut que les rois s'intéressent à la prosodie. « Charles IX (ou Catherine de Médicis) imposa à Ronsard d’écrire sa Franciade en vers décasyllabiques » (MÉnager, p. 327, note 1). On s'étonne que Marie de Médicis η n'ait pas souhaité une mise en musique de la pastorale dramatique italianisante qu'elle a commandée. La Reine connaissait le plus célèbre musicien de l'époque, Monteverdi (1567 - 1643) ; celui-ci a probablement participé aux célébrations du mariage royal en 1600 (Voir ce site, 12 février 2015). Honoré d'Urfé lui-même n'envisage pas une mise en musique de sa pastorale.
Terre Jugemant. G. Bertoletto proteste, et sans doute bien des lecteurs italiens !
Terrier « TERRIER. adj. m. & substant. Recueil de reconnoissances des vassaux ou tenanciers d'une terre seigneuriale, qui contiennent les rentes, droits & devoirs dont ils sont tenus envers leur Seigneur ; ce qui luy sert de titre pour exiger telles redevances » (FuretiÈre).
Teste Jacques Teste est nommé dans les contrats qui exposent les transactions financières de Jacques II d'Urfé η. L'Armorial de Dauphiné (éd. de 1867) nomme « noble Jacques Teste, sieur de Taney, premier échevin de la ville de Lyon » avant 1602 (p. 692). Avant lui, trois autres membres de sa famille ont fait partie des échevins de la ville (Claude, Barthélémy et Antoine) (pp. 371-376).
• Le père Menestrier dessine les armes de Jacques Teste dans son Eloge historique de la ville de Lyon (n. p.).
Thèse Jugemant. « Proposition generale qu'on allegue, & qu'on offre de deffendre & de soustenir » (FuretiÈre).
Tissure Jugemant. « TISSURE, se dit aussi figurément d'un discours, d'un ouvrage. La tissure de l'Eneïde est bien autant à estimer que l'expression » (FuretiÈre).
Honoré d'Urfé suit les préceptes de La Poétique. « L'agencement des faits » est essentiel. Il faut une action « complète et entière, ayant une certaine étendue », telle « qu'on puisse aisément l'embrasser du regard » (Aristote, 1451 a).
Tombeau d'Honoré d'Urfé Auguste Bernard écrit en 1839 :
« À peu de distance de la Bâtie, il y a un petit tertre formant un carré long bordé autrefois de six arbres (trois de chaque côté), et connu sous le nom de tombeau de Céladon. La tradition porte qu'un d'Urfé y a été enterré. Ce tertre, qui est aujourd'hui en culture, perd insensiblement sa forme primitive ; il n'y reste déjà plus que deux tilleuls à demi brisés par les orages. Avant la révolution, ce lieu se trouvait dans un petit bois, et servait de but de promenade aux visiteurs. À en juger par la forme du terrain, il semble que ce monticule ait été arrosé par un bras du Lignon » (p. 169, note 1).
Topinambours Ou Topinamboux ? Le topinambour est un tubercule « dont le goût est analogue à celui des fonds d'artichaut, mais plus sucré » (LittrÉ). Richelet et FuretiÈre donnent Taupinambour. Cette plante provient du pays des Topinamboux ou Toupinambaux, terre que l'on a située d'abord au Brésil, et ensuite au Canada grâce à l'Histoire de la Nouvelle France de Marc Lescarbot (LittrÉ). Les Topinamboux figurent dans des ballets de cour parce que des explorateurs en ramènent en France en 1611 (Paquot, p. 66).
Tournon Collège de Tournon. Dans l'épître dédicatoire de La Triomphante entrÉe, Honoré d'Urfé évoque François de Tournon (1492 - 1562), le fondateur du collège (Voir ce site, 20 avril 2015). De Thou fait l'éloge de « l'illustre François Just de Tournon » qui a étudié avec lui sous Jean Dorat (p. 6). Ce Cardinal, « seul protecteur des gens de lettres » (p. 41) après la mort de François Ier, « n'étoit pas homme de Lettres ; mais comme il avoit le cœur élevé et qu'il vouloit soûtenir son rang, il aima toute sa vie les Sciences, et ceux qui en faisoient profession. Le beau Collége qu'il fit bâtir à Tournon dans le Vivarais, d'où cette maison illustre a tiré son nom, en est une marque, et toute sa vie en fut une preuve continuelle » (p. 73).
Grâce au Cardinal, le collège jouissait de rentes (Massip, p. 14) et produisait 500 bacheliers par an (Id., p. 19).
Gabriel Faure écrit que, d'après le Chancelier de l'Hospital, dès 1560, le collège de Tournon est « une école vaste et superbe, où les études sont florissantes ». Plus de 2 000 élèves y sont réunis (n. p.).
Transactions Les Archives de Turin et les Archives de Savoie renferment des documents qui complètent les quelques remarques du chanoine Reure. Trois moments forts sont à isoler : le testament d'Anne de Lascaris η, les démarches de sa petite-fille, Renée η de Savoie, marquise d'Urfé, après le décès de son frère (Voir Généalogie), et enfin les difficultés rencontrées par Jacques II d'Urféη (Voir Sommerive).
Triomphe Triomphe de Galathée (Pleins feux). « On dit proverbialement, qu'il ne faut pas chanter le triomphe avant la victoire, pour dire, que les choses peuvent changer » (FuretiÈre).
Il ne s'agit pas d'une victoire dans ce tableau.
Triomphe garde ici son sens archaïque : « Magnificence.
— Lendemain estoit la grande teste du sacre, à laquelle les femmes se mettent en leur triumphe de habillemens. RABELAIS, II, 22. — Les nopces furent celebrées à la plus grande triumphe dequoy l'on se peult adviser. Amadis, I, 32 » (Huguet).
Tristes Jugemant. On déduit de cette remarque que d'Urfé n'envisage pas d'inclure dans L'Astrée une tristesse prolongée ou un dénouement tragique.
Bertoletto ajoute ici son commentaire le plus positif : « Excellente la note du Critique ; il a été dit dans l’antiquité que rien ne sèche plus vite que des larmes » (p. 179, note 3).
Tristes amours L'ouvrage intitulé Les Tristes Amours de Floridon berger & de la belle Astree Naïade comprend deux nouvelles reliées ensemble. Le privilège est donné au Berger désolé - titre que ne porte aucun des deux récits. Le livre est dédié à un certain M. de Chambrey. Honoré d'Urfé n'a écrit de dédicace que pour des membres de la famille royale, Marguerite de Valois η, Henri IV, Louis XIII, le duc de Savoie et Marie de Médicis η. Seul Le Sireine est dédié en 1604 à une dame anonyme qui est probablement Diane de Châteaumorand, la Diane qui ne ressemble pas à l'héroïne du Sireine (Voir Épîtres).
La préface des Tristes Amours prend la forme d'une lettre « Au lecteur ». L'auteur promet au lecteur qu'il trouvera plaisir et contentement dans son livre. Les aventures se déroulent essentiellement en Dauphiné (p. 5) et en Sicile (p. 8). D'après une curieuse liste de préceptes, l'amant est requis de jouer en public le rôle d'un inconstant volage (p. 128) ; nous sommes à des années-lumières des thèmes et des procédés d'Honoré d'Urfé.

• L'héroïne des Tristes amours de Floridon, une « naiade », se prénomme quelquefois « Astrée » (pp. 12, 15) et quelquefois « Claironde » (p. 13). Des dieux compatissants transforment en fleuve deux torrents de larmes versées par son amant, Floridon (p. 36). Vénus dialogue avec les personnages. Lorsqu'au dénouement les héros s'évanouissent de joie et qu'on leur fait respirer du vinaigre (p. 67), le lecteur le moins perspicace pense avoir entre les mains une maladroite parodie de L'Astrée.

• Le second volet du diptyque, Les Amours de Poliastre et de Doriane, annonce les plus sombres des spectacles d'horreur de Jean-Pierre Camus η. Une femme, amoureuse de l'amant de sa fille, empoisonne son époux (p. 13) puis tente d'empoisonner sa rivale (p. 23). La jeune fille, Doriane, est prévenue par une servante. Avant de s'enfuir avec son amant, elle dérobe « quinze mil escus en or, et force pierrreries » (p. 27). C'est le genre de précisions qu'on ne rencontre pas chez d'Urfé ; Criséide par exemple s'est contentée d'emporter « quantité de bagues » (III, 8, 343 verso). Tandis que Poliastre et Doriane affrontent naufrage et pirates, la mère est convaincue de meurtre. Elle rend l'âme sur le bûcher (p. 35). Doriane est séparée de son amant. Dans le pays des Topinambours η, elle tue de sept coups de poignard un païen qui tente de la violer (p. 49). Plus tard, quand Poliastre et Doriane se croisent par hasard, ils ne se reconnaissent pas « par ce qu'ils avoient tous deux des barbes d'artifice » (p. 55).

• Le chanoine Reure est embarrassé : « Ce mince opuscule est donc d'Honoré d'Urfé, bien qu'il soit très faiblement conçu et exécuté » (Reure, p. 334). « Ce denier ouvrage n'est pas d'Honoré d'Urfé » (Reure, p. 345).

• Malgré tout cela, Maxime Gaume écrit : « Nous hésitons à attribuer la totalité de cet ouvrage à Honoré d'Urfé » (p. 583). Laurence Plazenet aussi hésite. Elle affirme que le Berger désolé « est tout entier nourri de L'Astrée ». Bien qu'elle conclue qu'« il est difficile de croire que cette brève narration [la première] soit véritablement d'Honoré d'Urfé » (p. 85), elle ne rejette pas définitivement l'attribution (p. 88). Elle admet seulement dans une note que la deuxième nouvelle n'est pas d'Honoré d'Urfé (p. 84, note 210).

• La critique interne démontre que ces deux nouvelles n'appartiennent pas à l'Honoré d'Urfé que nous connaissons. Dans le cas d'œuvres publiées dans des circonstances aussi étranges que ces deux textes, la critique externe doit évidemment céder le pas à la critique interne. Le privilège porte bien le nom du romancier, mais cela ne signifie pas que d'Urfé l'ait demandé. Jean Aubery η et Antoine Favre η ont obtenu des privilèges en bonne et due forme pour Le Sireine et pour Les Epistres morales sans avoir le consentement d'Honoré d'Urfé.
Tross E. Le libraire et éditeur Edwin Tross est un homme de lettres qui a édité des textes français du XVIe siècle, et qui privilégiait les caractères de civilité :
                         civilite
Son édition des œuvres de Louise Labé est dans le site de l'Université de Toronto (10 octobre 2014). E. Tross incarnait « l'idéal du libraire-savant » (Voir ce site, 15 mai 2014). Il a eu au moins deux librairies à Paris autour de 1850 (5, rue Neuve-des-Petits-Champs et 11, place de la Bourse). Membre de la Société Littéraire du Québec, il s'intéressait aussi à la Nouvelle France : en 1870, on a vendu aux enchères à New York plus de deux mille ouvrages traitant de l'Amérique du Nord lui appartenant (Catalogue of Scarce and Curious Books, Including the Collection of M. Tross).
Typhis Il s'agit de Tiphys, le premier pilote des Argonautes. Parce qu'il meurt de maladie, il doit être remplacé (Grimal). En juxtaposant le pilote de l'Argo à Palinure η, le poète de l'Énéide, d'Urfé réunit deux grands récits mythiques de voyage.
Tyrannicide Honoré d'Urfé aborde ce sujet dans L'Astrée avant et après l'assassinat d'Henri IV. Toujours, il se montre opposé au châtiment du prince pécheur. Cependant, il n'est pas interdit de penser que, peut-être, « son cœur penche en faveur des insurgés » (Gheeraert, p. 62).

• En 1610, Ursace affirme que la vie de l'Empereur Valentinien est sacrée - malgré le viol d'Isidore (II, 12, 847). En 1619, les seigneurs foréziens demeurent aux côtés de Childéric malgré le pillage de la maison de Silviane. Clidaman paie sa fidélité de sa vie (III, 12, 545 recto). Le sage Lindamor a tenté en vain de dissuader son maître.
La position d'Honoré d'Urfé ressemble à celle d'autres penseurs du temps, comme par exemple Jean Bodin dans sa République. Pour Calvin aussi, il n'est pas légitime de se révolter contre les tyrans quels que soient leurs forfaits. Seul un prince étranger pourrait légitimement les attaquer (Weber, p. 305). La position du romancier est notable cependant parce qu'elle contredit la doctrine de certains Jésuites η.

• Le degré de responsabilité des Jésuites η dans les régicides est un sujet brûlant du temps d'Honoré d'Urfé et encore aujourd'hui, puisque les Jésuites ont été soupçonnés aux États-Unis d'avoir fait assassiner Lincoln (Ganss, p. 338) et même Kennedy (voir ce site par exemple, 2 novembre 2013).

• Un historien espagnol jésuite, Juan de Mariana (1536 - 1624), publie en 1599 un ouvrage sur les problèmes de succession. Il s'appuie sur la pensée de Thomas d'Aquin qui distingue le châtiment de l'usurpateur de celui du Prince légitime (Cottret). Mariana vise alors les princes protestants et répond à Machiavel. Dans le De Regis et Rege institutionis, Mariana ne condamne pas l'assassinat d'Henri III par le moine Jacques Clément.
Mariana considère qu'on doit punir le « tyran d'usurpation », mais que le « tyran d'exercice » ne sera châtié qu'après avoir eu une chance de se repentir (Royal, p. 25). En France, comme le Roi est l'élu de Dieu, condamner le Prince, c'est blâmer Dieu. En 1605, Mariana est publiquement censuré par les Jésuites (Ganss, p. 347). En 1610, Mademoiselle de Gournay plaide la cause des « pauvres desolez Jesuites » (I, p. 207) en soulignant que, Mariana n'ayant pas été traduit, l'assassin d'Henri IV ne pouvait pas l'avoir lu (I, p. 214). La même année, les Pères Coton et Richeome rivalisent d'éloquence pour défendre leur ordre (Royal, p. 40).

• Lors de l'assemblée des États Généraux, le Tiers-État s'oppose à la théorie du tyrannicide dans le tout premier article de son cahier de doléances. Il veut ainsi affirmer les privilèges du Roi et affaiblir l'autorité du Pape (Mercure, 1614, p. 145 sq.). Clergé et noblesse s'opposent à l'« Article du Tiers » (Carmona, p. 278).

• « Il faut tuer le roi ». C'est le titre provocateur de l'exposition présentée en 2010 au Château de Chantilly à l'occasion du quatrième centenaire de l'assassinat d'Henri IV (Voir ce site, 20 avril 2015).
Uniquement Cet adverbe utilisé par Pasquier signifie : « Par dessus tous » (Huguet).
Unité d'action Jugemant. En nommant en premier cette règle aristotélicienne, d'Urfé est en avance sur son temps. Maxime Gaume souligne que c'est en 1623 seulement que Chapelain mentionnera cette règle qui fait qu'un poème héroïque n'est pas un roman (p. 25).
V. A. Jugemant. Charles-Emmanuel de Savoie η a donc lu l'épopée de Chiabrera avant de demander le jugement d'Honoré d'Urfé (voir par exemple 11.).
Vaganay L'édition d'Hugues Vaganay nous a longtemps fait croire que Bellinde mourait en même temps que Celion (I, p. 420). C'est Ergaste - devenu inutile - qui perd la vie. L'éditeur a déformé le noms de peuples : Les Salasses (III, 7, 283 verso) par exemple s'appellent les Salastes chez Vaganay (III, p. 366) et encore les Salastres chez Maxime Gaume (p. 227). On trouvera plus d'exemples de mauvaises leçons dans Vaganay.
Valésiens Jugemant. Il s'agit des habitants du Valais, les Valaisans. Le Valais et la Savoie ont eu de nombreux heurts. La Maison de Savoie et les évêques de Sion se disputent le Haut-Valais et le Bas-Valais.
Valladier (A.) André Valladier (1565 - 1638). Ce Jésuite forézien était professeur d'humanité et de rhétorique à Avignon quand il a composé Le Labyrinthe royal. Il quitte la Compagnie en 1608 et devient abbé à Metz. Invité à Paris par Henri IV, il composera en 1610 une oraison funèbre du Roi (Hennequin, p. 273). Le dictionnaire de MorÉri rapporte longuement la vie agitée de ce personnage en se fondant sur sa Tyrannomanie étrangère, un curieux texte autobiographique de 1626.
Valromey « On nomme ainsi le pays situé entre les chaînes de montagnes du Colombier et de Cormaranche, vallée du Séran, c'est un territ. couvert de prairies entourées de grands arbres, on y trouve quinze gros villages et une quantité de ham. ; il s'étend sur une longueur de 12 à 15 k. et sur une largeur d'env. 6 k. Champagne qui paraît la capitale de ce pays est sur une éminence. Le Valromey était paraît-il un lieu d'exil des Romains » (Archives de L'Ain, 11 juin 2012).
Valteline Nom de la vallée de l'Adda. La population de langue italienne et catholique est soumise aux Ligues grises protestantes et de langue allemande. En 1620, l'Espagne intervient pour libérer la région et s'assurer un passage entre ses terres en Italie et aux Pays-Bas. Henri IV, d'accord avec Venise, se fait donner l'exclusivité du passage. L'Espagne s'y oppose. En 1617, la Valteline se révolte (Carmona, p. 358). En 1624 des troupes pontificales défendent la vallée mais favorisent les Espagnols. La Savoie, avec l'assentiment de la France, veut rendre la vallée aux Grisons et surtout affaiblir ainsi l'Espagne dans la région (Gal, p. 423).

• Voir une carte dans ce site (15 avril 2014).
Van Dyck Antoine Van Dyck (1599 - 1641) exerce ses talents de peintre en Italie, en Flandre et à Londres. Après son séjour à Turin, Van Dyck s'est rendu à Palerme durant l'été 1624. Il y a rencontré Sofonisba Anguissola, une célèbre femme peintre que Vasari nomme, et qui avait perdu la vue (Wikipedia, 10 septembre 2013).

• Marcel Proust consacre à Van Dyck des vers qui ne devraient pas être oubliés.
     « Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
     Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
     Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir...
     Sans s'en douter, qu'importe, elle te tend les palmes ! »
Pastiches et mélanges. Le poème est dans le site de Webnet. (27 avril 2014).
Variantes En présentant en 2001 la toute première édition génétique et électronique d'un texte français, Alain Goulet écrit : « Nous avons laissé de côté essentiellement tout ce qui nous a semblé corrections de fautes d’impression (erreurs de lecture, et corrections typographiques : coquilles ou mastics) » (« Principes de l'édition génétique »). Ce cédérom des Caves du Vatican reste néanmoins un modèle qui enrichit considérablement notre connaissance d'André Gide.
Variantes linguistiques Pour plus d'informations sur toutes les variantes linguistiques, voir le livre de Mme Sancier-Chateau ; sur le pronom sujet en particulier, pp. 109-117.
Vaugelas et Urfé Mme Ayres-Bennett écrit : « Une forte proportion d'usages critiqués [dans les Remarques] sont d'Urfé, la question se pose de savoir si Vaugelas pensait à cet auteur en rédigeant sa remarque » (p. 269, note 58). Olivier Patru, en ajoutant ses commentaires aux Remarques, tire seulement deux exemples de forme vieillie de L'Astrée : pleurs η et hante. Patru se trompe dans le cas de pleurs qui est bien au masculin dans le roman. Par ailleurs, Patru se montre plus sévère envers Malherbe qu'envers d'Urfé : nommé sept fois, Malherbe est blâmé cinq fois.

• Les hommes de lettres ne se sont pas tous ralliés à Vaugelas. Dans l'Histoire de l'Académie de Pellisson, on trouve une Requête des Dictionnaires peut-être due à Ménage (I, p. 51). Les plaignants condamnent comme « une extrême injustice »
      « [...] la haute impertinence
       Qu'un étranger et Savoyard
       Fasse le procès à Ronsard η » (I, p. 484).

• Dans sa biographie de Vaugelas, André Combaz rappelle que le fils d'Antoine Favre est arrivé à Paris en 1607 pour devenir « officier domestique » chez les Nemours (p. 81). En 1610, d'Urfé aussi aurait habité chez les Nemours, sur la rive gauche donc (Id., p. 118). En 1615, Vaugelas présente le cavalier Marin dans le salon de Mme de Rambouillet (Id., p. 122). Malgré ses fonctions à l'hôtel de Nemours et au cœur de la naissante Académie française, Vaugelas est mort pauvre. Selon un testament peut-être apocryphe, il aurait demandé qu'on vende son coprs pour payer ses créanciers (Id., p. 301).
• On trouve dans ce site (30 septembre 2010) un portrait de Vaugelas accompagné d'une courte biographie et d'un poème audacieux qu'il adresse à une princesse.
Vérité « À trop discuter la vérité se perd », dit saint Augustin lui-même dans Mon secret (PÉtrarque, p. 47).
Vers La mort d'Henri IV a entraîné la publication de très nombreuses louanges en prose et en vers. Choqué, Pasquier compose un sonnet (qu'il ne publiera pas) contre ce « tas d'escrivasseurs » prétentieux (Lettres familières, XX, 3, p. 339). Lui-même écrit en latin qu'il faudrait la main d'Homère, de Lysippe ou d'Apelle pour oser décrire le Roi défunt, c'est-à-dire qu'il faudrait réunir l'art d'un poète, d'un sculpteur ou d'un peintre de génie.
Vice d'écriture « C'est un vice de Clerc, un vice d'escriture, pour dire, Ce n'est que la faute du copiste, ou de celuy qui a escrit trop viste, & non de l'Auteur » FuretiÈre (Article Vice). Romancier et lexicographe, Furetière a dû beaucoup souffrir des carences des éditeurs.
Victime Jugemant. La remarque d'Honoré d'Urfé explique la future réaction des contemporains de Racine, scandalisés par le geste d'Ériphile. Cet « heureux personnage », selon la préface d'Iphigénie, désigné par les dieux comme victime, se tue au dénouement.
D'Urfé ne semble pas considérer Alceste comme une victime qui se sacrifie ; elle échange volontairement sa vie contre celle de son époux.
Victor-Amédée 1587 - 1637. Victor-Amédée, dit le Lion de Suze. Fils de Charles-Emmanuel η de Savoie. Époux de Christine (Chrétienne), sœur de Louis XIII. Il succède à son père en 1630 et meurt sept ans plus tard à Verceil

• Chrétienne, sœur chérie de Louis XIII, apporte en dot quatre cent mille écus η (Gal, p. 409). Le Mercure franÇois décrit complaisamment les fêtes données en 1619 en l'honneur de son mariage (pp. 70-84).
Veuve, Christine se fera donner le titre de Madame Royale.
Vierges enceintes Comme ces images changent d'adresse fort souvent, j'ajoute des références supplémentaires. Mis à part le site consacré à ce sujet dans l'incontournable Wikipedia, on trouvera d'autres vierges enceintes à Berlin (Visitation de Jacques Daret, 1404 - 1470), dans une église de Sainte Marie la Mer (près de Perpignan) et dans l'église du Moulleau (Arcachon) (17 mai 2016).
Vigenère • Dans l'édition originale de 1576, c'est Henri III que VigenÈre compare à César dans une longue dédicace non-paginée. Le Roi court un danger : ressembler à César. Les lecteurs, eux doivent apprendre que leurs ancêtres se sont battus valeureusement contre celui qui a cherché à les divisier pour les conquérir.

• L'analyse que M. Jeanneret fait des éditions d'Ovide au XVIe siècle éclaire aussi les Annotations et Commentaires de Vigenère : « Les textes d'escorte servent moins à programmer une interprétation docile, au second degré, qu’à faciliter l'accès au sens littéral » (p. 36).
Vigny
(A. de)
Merci à Michel Fournier (Université d'Ottawa) qui a attiré mon attention sur cet épisode.

• Sophie Vanden Abelle-Marchal, l'éditrice de Cinq-Mars, signale en note que Vigny cite une édition de L'Astrée en 10 volumes datée de 1733. Ce renseignement vient de Marc Citoleux, « Les Sources de Cinq-Mars », RHLF, 1923, pp. 182-191. Il s'agit de l'édition de l'abbé Souchay, dite édition qui, évidemment, n'existait pas un siècle plus tôt, du temps de Cinq-Mars (1620 - 1642) ! Cette Astrée de 1733 se trouve dans ce site (30 septembre 2010).

• M. Citoleux, dans l'article cité plus haut, relève toutes les erreurs de Vigny, mais affirme quand même que le romancier « déforme ce qu'il connaît le mieux » (p. 183) !

• Citoleux examine l'amour, la mésalliance et l'ambition chez Vigny et d'Urfé puis conclut, avec raison, que « Cinq-Mars est bien de l'école des Céladons » (p. 191). On peut appartenir à cette école tout en connaissant mal L'Astrée.
Villaret Dans Les MÉmoires et documents publiés par l'Académie salésienne (Volumes 5-6), le chanoine Mercier, en 1882, apporte des renseignements supplémentaires tirés de deux inventaires de la chapelle dressés en 1658 et en 1661.

• Honoré d'Urfé avait une dévotion particulière pour Pierre Favre η. Il voulut d'abord « faire mettre une lampe allumée au-devant de l'autel et en faire une fondation perpétuelle », mais le curé l'a convaincu de fonder plutôt une grand-messe (p. 70). « L'illustrissime Sgr Honoré d'Urfé [...] donna plus tard 800 florins η, monnaie de Savoie » pour fonder une messe le 1er août, anniversaire de la mort du Père Favre, et l'autre « la 3e fête de la Pentecôte ». Douze messes annuelles sont dites respectant les intentions d'Honoré d'Urfé (p. 85). Si « la 3e fête de la Pentecôte » signifie le troisième dimanche après la Pentecôte, c'est le jour où se célèbrait jadis le Sacré-Cœur (voir ce site, 30 juillet 2015).

• D'Urfé offre également en 1618 une plaque de laiton qu'il a payée 100 ducats η, et qui porte le nom du Bienheureux en lettres d'or. On y trouve une épitaphe en latin qu'il peut avoir composée, ainsi qu'un tableau représentant la Vierge et l'enfant. Montré à genoux, le Père Favre reçoit un lys de l'enfant (p. 71). Le tout est « orné d'un Jesus a la Cime et des armoiries dudict Sgr d'Urfé au bas » (p. 72).

• On s'étonne, dans ces conditions, que d'Urfé ne lègue rien à cette chapelle dans son Testament.
Villefranche-sur-mer Dans le comté de Nice, ce port fortifié qui appartenait à la Maison de Savoie était le lieu de résidence de l'Amiral, Jacques II d'Urfé η.
Violer L'image vient-elle d'Ennius ? « Ennius a dit que si le droit se doit violer, que ce doit estre pour regner » (Epistres morales, II, 7, p. 275).
Virgile Publius Vergilius Maro (~70 - 19). Ce poète latin est le grand absent de la première préface de L'Astrée. « To forget Virgo », c'est « to forget Virgil », oublier la Vierge Astrée et oublier Virgile vont de pair, note avec humour K. Wine (p. 18). Mais cela n'explique pas pourquoi d'Urfé n'écarte pas également de sa préface le nom de bien d'autres poètes de l'Antiquité (ibid., p. 21). Le romancier, de toute manière, comme plusieurs autres conteurs de l'époque, s'inspire surtout des Métamorphoses d'Ovide η - vaste banque d'aventures (Henein, pp. 44-46).

• Les Epistres morales démontrent la familiarité de d'Urfé avec Virgile et surtout avec son Énéide. Dès l'épître au lecteur, d'Urfé se compare avec Énée, autre exilé qui cherche à sauver sa réputation et son honneur, remarque MÉniel (p. 474).

• Le portrait de Virgile qui se trouve dans la Galerie vient d'un tableau du XVe siècle qui est dans ce site (2 octobre 2014).
Virieu-le-Grand Le chanoine Reure a tenté d'analyser les documents qui décrivent les droits d'Honoré d'Urfé et de son épouse (p. 176 sq.) Le résumé donné dans les Archives de l'Ain m'a paru plus clair. Merci à Valéry Vesson pour son aide (9 septembre 2013). Voir Transactions η.

• En 1582, le duc de Savoie , remit Virieu η à Renée de Savoie, marquise de Bâgé η, en lui adjoignant Châteauneuf, en échange du comté de Rivoles en Piémont η. Quant à la terre de Châteauneuf, elle resta châtellenie jusqu'en 1582, date de son union avec la seigneurie de Virieu-le-Grand, pour former un comté, sous le titre de Châteauneuf, le 24 avril 1584, érigé en faveur de Renée de Savoie. Renée laissa cette terre à Jacques d'Urfé η, son second fils. Celui-ci à son tour la remit en 1599 à son frère, Honoré. Virieu-le-Grand est la capitale du Valromey η. C'est en faveur d'Honoré et à sa demande que cet ensemble fut érigé en marquisat, par Louis XIII, sous le titre de Valromey η, en février 1612.

• De plus, comme le souligne le chanoine Reure, Jacques η avait cédé à Sébastien Zamet η certaines terres que Diane et son époux ont dû racheter (voir Bâgé η).

• La brochure composée par Louis Trenard apporte les renseignements suivants : Entouré de montagnes, arrosé par le Furan, le Séran et l'Arène, Virieu se trouve à côté de lieux aux noms suggestifs, la Forêt du Fays et la cascade de Clairefontaine (Trenard, pp. 9-10). On y a trouvé des traces du passage des armées de César, des ruines d'un temple de Mercure et un autel funéraire du Ve siècle. Au XVIe et au XVIIe siècle, l'une des deux églises de Virieu est restée réservée aux protestants (Trenard, p. 22). Voir le site de Virieu (20 avril 2015).

• Le château, propriété des descendants de Jean-Claude de Lévis-Châteaumorand, est vide quand il brûle le 18 avril 1726. Voir le plan η proposé par A. Callet et les photos qui le suivent.
Visitation Cette fête qui rappelle la visite de la Vierge Marie chez sa cousine, sainte Élisabeth, était jadis célébrée le 2 juillet (Voir ce site, 5 février 2014), un samedi en 1583. Les élèves sont au collège, car les vacances scolaires correspondaient au mois des vendanges, septembre.
Vraisemblable Jugemant. Je réunis ici le numéro des sections où d'Urfé relève des fautes contre le vraisemblable : 9, 13, 14, 15, 16, 20, 21, 22, 25, 27, 47, 51, 53, 68. Dans plusieurs instances, il s'agit plutôt de manquements à la bienséance, mais le critique n'introduit pas cette notion (Voir par exemple 1, 9, 20, 22, 54).
Il faut ajouter à ces renvois au vraisemblable, les remarques sur ce qui est « ordinaire » (« Ce qu'on a accoustumé de voir, de dire, de faire », FuretiÈre), sur « l'ordre de la guerre », sur « l'opinion receue », ou même sur « l'appareance η » (Voir 35, 49, 55, 56, 57, 60, 76).
Vray Maxime Gaume souligne fort bien ce que ce critère a d'original en 1618 (p. 16, note 15 ; et Gaume, pp. 269-270). Voir aussi MÉniel, admirateur de la « lucidité critique » de l'auteur (p. 502).

• Étienne Pasquier η, plus clairvoyant ou plus sincère que d'Urfé, reconnaît dans ses Recherches qu'il est « fort difficile à celuy qui escrit une Histoire de ne falsifier la verité » (cité par B. MÉniel, p. 461).
Zamet (S.) Sébastien Zamet (1549 - 1614) a été le créancier des rois de France. Marie de Médicis recourait souvent à ses services. Zamet a aidé Henri IV, et il l'a reçu dans son hôtel de la rue de la Cerisaie, près de l'Arsenal. On sait que le Roi demandait à être reçu chez ceux qu'il privilégiait. Gabrielle d'Estrées η est morte chez Zamet. Le Larousse du XIXe reproche à Zamet son « patelinage italien », et rappelle qu'il se présentait en riant comme « seigneur de dix-sept cent mille écus » - Henri IV l'avait pourtant anobli.

• Honoré d'Urfé est en relation d'affaires avec Zamet au moins depuis 1599 (Reure, p. 179).