Banderole
Première édition critique de L'Astrée d'Honoré d'Urfé


SignetNOTES

Quatrième partie

À telle heure IV, 2, 248. Faut-il comprendre à l'instant ?
« À telle heure tel disner. Au moment même, sur le champ, sans attendre. Exemple tiré d'un mystère du 15e siècle » (DMF). Néanmoins, il vaut mieux corriger une coquille et lire à tel heur. Heur signifiant « Chance bonne ou mauvaise » (Huguet) et À signifiant « Avec » (La Curne). L'expression, bien qu'archaïque, convient au contexte.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 265).
Aage IV, 4, 775. Celles de nostre aage.
Référence à la jeunesse de la narratrice et de ses auditrices.
Absence IV, 5, 928. Avantage de l'absence en amitié : Dorinde a mieux apprécié ses amies quand elle a cessé de les voir. Adamas a sagement relevé que l'absence embellit le souvenir (III, 4, 159 verso).

• Voir l'analyse des effets de l'absence dans la troisième partie η.

• L'une des Précieuses de l'abbé de Pure prépare un traité en trois livres sur l'absence et propose des titres et sous-titres qui rappellent non seulement les discussions des bergers de L'Astrée, mais encore Le Sireine (II, pp. 267-268).
Accident IV, 2, 167. Astrée comme bien experimentée à un semblable accident, le retenant par le bras.
La bergère a vu le désespoir de celui qui désire se tuer. Évocation du suicide de Céladon (I, 1, 5 recto).
Accord du verbe et du sujet - IV, 1, 20. L'honneur que je vous veux rendre et le respect que je vous porte, ne vous desagreant point, vous oblige.
Honneur et respect sont « fort semblables ». Voir Notes η.
Baro en 1627 corrige : « Je m'estimeray trop heureuse, si seulement je suis assurée que celle que je vous porte ne vous est point ennuyeuse, ny par sa grandeur, ny par ma petitesse » (1, p. 56).
- IV, 1, 59. Tout le reste ne sont que des vaines apparences.
Le DMF donne un exemple de construction similaire tiré d'un texte du Moyen Âge : « Tout le reste des villes de ce royaulme feroient le semblable ». Même situation dans un exemple donné par Huguet : « La reste des prisonniers luy dirent. Amadis, I, 20 ». On notera que dans ces deux exemples reste a pour complément un substantif pluriel. Il n'y a pas de complément dans L'Astrée, mais le mot apparences pourrait être un complément sous-entendu.
Baro en 1627 corrige : « Tout le reste n'est qu'une vaine apparence » (2, p. 84).

- IV, 2, 298. La façon et l'assurance m'oblige.
Baro en 1627 corrige : « La façon, luy dis-je, de laquelle vous avez vescu avec moy dés que vous m'avez veue, et l'asseurance que vous me donnez » (4, p. 290).

- IV, 3, 369. Le respect du sexe ; et l'honneur et la reverence qu'ils portoient à son habit, les faisoit aller.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 323).

- IV, 3, 419. Si l'Univers et tout ce qui y est compris, se regit et gouverne avec raison.
Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 351).

- IV, 3, 459. La tristesse et moy sont incompatibles.
Cependant, Honoré d'Urfé mettait le verbe à la première personne du pluriel dans des instances antérieures, notamment II, 4, 263 et III, 12, 504 recto.
Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 365).

- IV, 3, 455. Le gain et le profit puisse produire.
Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 369).

- IV, 3, 459. Cet instinct et ceste loy qui ne se peust effacer.
Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 371).

- IV, 4, 763. Jusqu'où passa la finesse et l'artifice.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 632).
Dans ces derniers cas, le verbe reste au singulier bien que les sujets soient différents. Comme dans la troisième partie η, d'Urfé ne s'interdit pas de laisser au singulier le verbe qui a deux sujets dont les sens sont complémentaires. Baro corrige l'accord seulement lorsque la phrase souffre d'une construction boiteuse ; c'est le cas après la façon et l'assurance (IV, 2, 298), qui ne sont pas synonymes.

- IV, 3, 442. Ces Empires et ces Monarchies sont exposees.
Accord de proximité.
Baro en 1627 conserve ce texte. (5, p. 363).

- IV, 3, 451. Pas une de celles que j'ay servies, qui a esté traictees.
Solécisme. Pourquoi le deuxième participe s'accorderait-il comme le premier ?
Baro en 1627 corrige : « Pas une de celles que j'ay servies, qui ait esté traittée » (5, p. 367).

- IV, 4, 886. Le taillis et le petit souslas qui estoit de l'autre costé du ruisseau.
L'accord est logique parce que la phrase signifie que, grâce au taillis (sujet de estoit), il y a un soulagement.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 696).

- IV, 4, 890. Il n'y a point de nos momes qui ne te doive ceder.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 698).

- IV, 4, 898. La plus aagee de toutes n'avoit pas plus de huict ou neuf ans, à ce qu'il sembloit, mais, comme je vis bien tost apres, si jolies et agreables sembloient de meilleure naissance, que celle de ce pauvre lieu.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 703).
Accord du participe présent - IV, 2, 271. Taches rouges [...] qui peu à peu se grossissants s'empoullèrent.
Se grossir pour signifier « Devenir plus important » (DMF) est impropre. Le participe présent est accordé (en nombre, pas en genre) en tant qu'épithète de tache.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 276).

- IV, 4, 639. Les autres deux ayants faict un grand amas.
Les auxiliaires Avoir et Être : « Jamais ils ne sont participes [...] ils sont toujours gerondifs » (Vaugelas, p. 426). Ayant n'aurait pas dû s'accorder avec le sujet.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 571).

- IV, 4, 649. Le Rhosne et l'Arar s'assemblants.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 576).

D'Urfé, en 1624, et son correcteur, en 1627, appliquent l'ancienne règle, même pour les participes accompagnés d'un complément. C'était déjà le cas dans les rééditions de la première η et de la troisième η partie en 1621.
Maupas a expliqué : « Et notez qu'en termes pluriers, il est indifferent que ce participe soit singulier ou plurier [...] Mais il ne peut estre que masculin » (p. 310). Il ajoute que le masculin « semble plus coulant » et que le pluriel devrait être au masculin aussi, « bien qu'en plurier feminin on s'y peut accommoder ». Toutefois, si le participe présent a un complément, il vaut mieux le remplacer par le pronom relatif et le verbe conjugué (p. 311).

• Paulo de Carvalho étudie les problèmes soulevés par les entorses à la règle établie depuis 1679 : le participe présent doit « reste[r] invariable s'il régit un objet ou un circonstant ». Racine, Marguerite Duras et Céline par exemple ont accordé l'adjectif verbal sans qu'il s'agisse d'archaïsme ou de coquetterie d'auteur. L'accord renforce « le contenu événementiel » (pp. 115-117). Voir les observations de Grévisse dans le même sens (p. 702 sq.).

• L'accord insolite du participe présent dans L'Astrée devrait donc attirer l'attention du lecteur sur le sens du mot plus que sur les règles de Malherbe.
Accusées IV, 4, 818. En aymant une chose si parfaite, avec raison, et vous et la nature en devez estre accusees.
Même remarque dans la première partie η :
« La faute en est aux dieux » (Lingendes, p. 197).

• Voir Lingendes.
Acquis IV, 4, 750. Il avoit dés long temps secrettement acquis un des valets de chambre.
Synonyme de soudoyer ! La fin justifie les moyens. « La fin fait tout », dit l'adage (Cotgrave, Article Fin).
La situation est assez banale pour se trouver dans les dictionnaires : « Parmi les domestiques des Grands il y en a toûjours quelqu'un qui est traistre, qui est son espion, qui est payé pour prendre garde à ce qu'il fait » (Furetière).
Advis IV, 1, 47 ; IV, 1, 48.
Les oracles sont vrais η, leurs interprétations peuvent être fausses. C'est le cas par exemple de l'oracle η reçu par Adamas (II, 8, 494), de certains oracles de la troisième partie η ou de l'oracle des dames lyonnaises dans la quatrième η.
Aimable IV, 3, 628. La plus aymable ennemie.
Oxymoron remarquable ! Silvandre exagère. Phillis n'a jamais été une ennemie, mais une rivale qui s'amusait.
L'épithète évoque les termes du jugement qui a mis fin à la gageure : « Philis est plus aymable que Silvandre » (III, 9, 408 recto).
Aimant IV, 3, 540. Astree a des aimants extremes pour se faire aimer.
Devenu synonyme d'attrait ou de charme, l'aimant perd l'aura qu'il avait dans la première η, la deuxième η et la troisième partie η.
Aimer IV, 3, 503. N'aimer que pour aimer tout d'amour et de foy.
Ce vers d'Amilcar résume un credo du néo-platonisme η.
Marsile Ficin déclare  : « Tous continuellement nous aymons en quelque maniere » (Dédicace non paginée). Equicola affirme qu'Amour « est le fondement et principe de toutes les actions » (Livre 1, f° 53 recto). En traduisant le commentaire de Ficin sur Le Banquet de Platon, Guy de Le Fèvre de la Boderie explique :
     « C'est cet Amour doré qui donne à tous les hommes
     Tout cela qui leur sert, c'est luy par qui nous sommes,
     Luy par qui nous naissons, luy par qui nous vivons,
     Luy par qui reposons, et par qui nous mouvons »
(Épître non paginée).
Aisles - IV, 2, 327 ; IV, 4, 910. Évocation de Mercure.
Le dieu n'est pas nommé dans la quatrième partie, indice du retrait de la mythologie. Les ailes aux pieds qui disent la vitesse figuraient dans la troisième partie (III, 8, 349 recto).
Alchimie IV, 1, 149. C'est comme de l'Alchimie, pour peu que l'on la frotte elle rougit et montre incontinent sa fausseté.
Il ne s'agit pas ici de la science mais de l'objet appelé « Or d'Alchymie [...] de l'or qui n'en a que l'apparence & la teinture, & qui ne souffre point la coupelle » (Furetière).
Honoré d'Urfé s'intéressait à l'alchimie. Il en a parlé en présentant la poudre de sympathie η.
Allée IV, 1, 72 ; IV, 1, 96 ; IV, 1, 118 ; IV, 1, 155 ; IV, 2, 157 ; IV, 3, 490 ; IV, 3, 499 ; IV, 3, 512 ; IV, 3, 543 ; IV, 3, 555 ; IV, 3, 593.
La grande allée est l'artère principale du hameau. Elle possède ici des propriétés qui peuvent sembler difficilement compatibles : elle longe un ruisseau d'un côté, et un grand bois de l'autre. C'est le lieu où l'on se rencontre et le lieu où l'on mène les troupeaux.
Alliances IV, 1, 32. Ces nouveaux noms parmy elles [les druides et vestales] sont appellez des alliances.
Un nom d'alliance joue le même rôle qu'un anneau : il indique un lien.
Plusieurs religions encouragent le changement de nom. Chez les chrétiens, le nouveau nom souligne le baptême et l'entrée en religion ; comme on sait, la prise de voile est assimilée à une cérémonie de mariage. J.-P. Camus offre de nombreux exemples dans ses « histoires dévotes » et en particulier dans son Alexis où ses personnages choisissent même un nom de pèlerinage (II, p. 168). Les coutumes attribuées aux druidesses par Alexis ont pu sembler sinon sacrilèges, du moins hardies.

• Le plus célèbre nom d'alliance réunit Montaigne et Mlle de Gournay. On lit dans les Essais : « J'ai pris plaisir à publier en plusieurs lieux l'esperance que j'ay de Marie de Gournay le Jars ma fille d’alliance, et certes aymée de moy beaucoup plus que paternellement, et enveloppée en ma retraite et solitude, comme l'une des meilleures parties de mon propre estre » (II, 17, p. 324).

• Les religieuses échangeaient-elles effectivement des « noms d'alliance » ? La chose n'est pas impossible, étant donné la récurrence des interdictions entourant les amitiés particulières conventuelles.
Le Concile de Trente (1545-1563) a examiné les règlements des monastères féminins et recommandé « la réactualisation de la clôture [et] l'observation des vœux monastiques » (Zarri, 18). Il a aussi interdit les cellules partagées et dénoncé les relations amoureuses (Ibid., 22). À cette époque, les Protestants de leur côté condamnaient la vie conventuelle et le célibat des prêtres, pratiques qui encourageaient les conduites homosexuelles et hors normes. Des années plus tard, les lettres et instructions de Mme de Maintenon proscrivent les amitiés tendres, « la peste des religions », c'est-à-dire la maladie des couvents (p. 168).
Amande IV, 2, 276. Il en paye l'amande.
Huguet ne distingue pas Amande et Amende.
Celui qui rompt une promesse de mariage doit payer une amende. Furetière explique : « On a appellé autrefois repentailles, la peine ou amende qu'on faisoit payer à ceux qui vouloient rompre un mariage contracté, non seulement à la partie contestante, mais même aux Prelats de l'Eglise » (Article Repentailles).

• Dans Monsieur de Pourceaugnac, l'arrivée inopinée d'une épouse qui sert à éloigner le prétendant riche soutenu par le père de l'héroïne est un procédé comique, rappelle G. Spielmann (p. 250).
Ambition IV, 4, 744. L'ambition qui ne s'esloigne guiere des courages genereux.
Il s'agit du désir d'être reine. Dorinde, évidemment, attribue son aspiration à un « courage [...] genereux ». Daphnide aussi éprouvait « ceste sacree Ambition » (III, 4, 163 recto) quand elle espérait épouser Euric.
Ces visées féminines ne ressemblent pas à l'ambition que d'Urfé admire, celle qui agit comme un aiguillon de la vertu : « Jamais homme ne fut vrayement ambitieux, et du tout eslongné de la vertu » (Epistres morales, I, 21, p. 183). L'ambition, comme la curiosité η, n'a pas la même valeur chez les femmes et chez les hommes. Les vertus ne sont pas du tout aussi « hermaphrodites » (Vaugelas, p. 299) que certains substantifs.
Amer IV, 3, 409. La bouche qui est amere rend de mauvais goust toutes les viandes.
On juge les autres d'après soi-même ?
Dans les adages et proverbes, l'amertume doit plutôt se déguiser. « Ce qui est amer à la bouche est doux au cœur, pour dire, que les medecines qui sont ameres font du bien au corps » (Furetière). On lit dans la préface de La Sylvanire que la médecine amère se met dans un récipient aux bords couverts de sucre (p. 11). L'image est dans Lucrèce, note l'éditrice de la pastorale (p. 11, note 19). L'image est aussi courante ; on la retrouve fréquemment dans l'histoire dévote (par exemple dans Palombe de Camus, pp. 244 et 427).
Amour Plusieurs réflexions sur l'amour ne font pas appel au dieu Amour dans la quatrième partie.

- IV, 2, 217. L'amour est le désir du bon et du beau. Pensée fondamentale des néo-platoniciens η. Equicola énumère de multiples définitions de l'amour avant de conclure qu'il est surtout désir du beau et du bien (Livre 2, f° 129 recto).

- IV, 4, 824-825. L'image du penchant de glace dit bien les périls de l'amour inclination η.
Amour de soi IV, 3, 509. C'est pour l'amour que vous vous portez que vous avez ces soings de Cyrceine.
Thèse chère à Equicola : « Nous aymons autrui, pour l'amour et bien-veillance que nous avons à nous-mesmes » (Livre 2, f° 90 recto). « L'Amour de nous mesmes est le principe et l'origine de toutes les affections » (Livre 2, f° 97 verso). « Qui doute que la bienveillance, la delectation et la charité que nous avons envers nous mesmes [ne soit] la racine [...] de tous noz desirs [...] est certainement un homme fort stupide, qui n'a cognoissance ny de soy ny d'autre » (Livre 6, f° 308 verso).
Amour et amitié André Grange a tenté d'analyser les distinctions que d'Urfé introduit entre amour et amitié. Il a vu de « nombreuses ambiguïtés impossibles à lever » (p. 129). Pour éclairer un peu ce problème à la fois sémantique et philosophique, il faut examiner les occurrences en les attribuant aux locuteurs, et donc les replacer dans leur contexte. On apprécie alors les habiles manipulations du romancier η.

- IV, 1, 92 ; IV, 2, 173 et IV, 2, 176. Phillis reste le personnage qui distingue le mieux et le plus souvent les deux sentiments η. C'est peut-être pour cela qu'elle s'étonne la première de l'extrême amitié d'Astrée pour cet Alexis qui ressemble tant à Céladon (IV, 3, 538).

- Astrée et Alexis sont les personnages qui auraient dû séparer amour et amitié. Elles refusent de le faire (IV, 1, 21 ; IV, 1, 23 ; IV, 1, 25; IV, 1, 30), au point que, à leurs yeux, l'amitié confirmée indique l'amour (IV, 1, 33).

- Diane appelle l'amour amitié (IV, 1, 80). Le romancier aussi appelle amitié les sentiments de la bergère pour Silvandre (IV, 2, 173). L'emploi de amitié écarte tout rapprochement entre le sentiment éprouvé par la jeune fille et une imprudente passion pour un inconnu.

- Dorinde, en racontant son histoire, ne distingue pas amitié et amour (par exemple IV, 1, 38 ; IV, 2, 260 ; IV, 2, 293). L'amitié pourtant s'avère le contraire de l'amour quand il s'agit des sentiments que lui inspire un chevalier mort en la défendant (IV, 3, 381).

- Le romancier rapproche et confond amour et amitié quand il décrit les sentiments de Léonide pour Céladon (IV, 5, 917). Il y a là un déguisement sémantique qui reflète l'ambivalence des sentiments de la nymphe depuis la première partie (I, 12, 397 verso).
Amour et science IV, 2, 236. Peu capable de sçavoir que c'estoit que d'aymer.
Lorsque Dorinde prétend qu'elle ne savait pas ce qu'était l'amour, elle souligne sa grande jeunesse, non son ignorance. En effet, elle décrit alors le moment où Bellimarte prend la relève. Or il s'agit du cinquième prétendant à la main de la jeune fille ! Les bergers du Lignon, eux, savent aimer au berceau.

•Voir Amour.
Ancestres - IV, 1, 12. Nostre ancestre.
En parlant de l'origine des hameaux ou de la Gaule, d'Urfé, auparavant, utilisait plutôt le pluriel, nos ancestres.

-IV, 3, 486. Le serment de ses Ancestres.
Le renvoi aux règles établies par les ancêtres d'Alcippe engage le lecteur à s'interroger sur les origines de Clindor, fils de Cléante. Ce berger du Lignon qui s'est installé impunément à Marcilly contrevient aux lois pastorales qu'il rappelle lui-même ! Honoré d'Urfé aurait peut-être mieux harmonisé le statut et le discours du personnage.
Ancienne IV, 2, 233. Ancienne ville de Lyon.
La Curne remarque que l'adjectif ancien « exprime moins l'idée d'une existence antérieure, que celle d'une longue existence ».
Animaux Voir les animaux dans la troisième partie η. Dans la quatrième, on rencontre :
Caméléon η, Cerf η, Chat huant, Cheval η, Chien η, Larve, Lion η, Loup η, Orfraie, Ours η, Sanglier η, Serpent η et Tigre η.

Les bestes η sont dites féroces. Les animaux et les troupeaux associés aux bergers sont rares. Le lecteur aperçoit des troupeaux à mener (IV, 3, 399) ou à confier (IV, 3, 543), ainsi que quelques brebis et chèvres (IV, 1, 56). Ils font partie du paysage. Comme ils n'inspirent ni descriptions ni commentaires au romancier, ils n'appellent pas d'analyses.

• Notons que Dorinde parle de brebis pour indiquer une condition misérable peu enviable (IV, 3, 418). Par ailleurs, à deux reprises, cette dame traite l'homme d'animal farouche (IV, 1, 39) ou perfide (IV, 2, 364). De son côté, une autre dame lyonnaise, Circène, loue la vie pastorale sans parler de brebis, et nomme des animaux pour illustrer la violence (IV, 1, 60).
Aparence IV, 3, 409. Lycidas sera-t-il infidèle ? Phillis affirme qu'il y a si peu d'aparence qu'il le soit.
D'Urfé et ses personnages oublient les relations de Lycidas avec Olimpe (I, 4, 107 recto).
Apostrophe - IV, 2, 233. Madame.
Dorinde s'adresse ainsi à la seule Alexis.

- IV, 4, 710 ; IV, 4, 744. Madame.
À qui s'adresse Dorinde ? Elle parle alors dans le secret (IV, 4, 638) à des amies qu'elle appelle « mes compagnes » (IV, 4, 714).
Apprehension IV, 4, 901. L'appréhension déforme. Dans ses Epistres, d'Urfé démontre que c'est l'appréhension qui fait craindre la mort (I, 6, p. 255). C'est d'ailleurs la malveillante fortune qui souffle l'appréhension aux hommes (I, 11, p. 96).
Armes IV, 3, 366-367. Armées à la façon des Bourguignons. Voir Notes en images η.
Je dois à Jean-Pierre Reverseau ces observations :
« Les spécialistes des armes font dériver de Bourguignon le terme bourguignote qui correspond à une défense de tête utilisée par les gens de pied aux XVIe et XVIIe siècles, mais on le retrouve (idem pour heaume) jusqu'au XXe, chez les poilus des tranchées pour caractériser leur petit casque ! [...]
La cotte d'armes en escailles correspond à la lorica segmentata des Romains, c'est-à-dire, une cuirasse constituée de lames de métal ; on a utilisé en Europe des protections de ce type au Moyen Âge, mais elles ont disparu au XVIe. La construction de la brigandine portée alors est différente. Le javelot est également connu en Europe au XVIe, mais son usage restreint est souvent réservé aux festivités ».
En somme, « l'auteur cherche à évoquer, en désignant leurs équipements à travers des termes devenus quasi génériques et intemporels, une troupe de guerriers antiques » (Message du 16 décembre 2016).

• On peut voir la photo d'une bourguignote qui a appartenu à Henri II dans le livre de J.-P. Reverseau (p. 32). Voir celle du Metropolitan Museum dans ce site (2 octobre 2018), on la doit à Filippo Negroli (1510-1579).
Arrest IV, 1, 91. Ils en prononceront bien tost l'Arrest.
« Arrêt » peut signifier décret ou interruption. Alexis suggère que la mère et le prétendant sont en mesure de décider du destin de Diane. Cette remarque aurait pu (dû ?) rappeler à la bergère l'autorisation qu'elle a donnée à Paris (III, 11, 487 verso).
Assaisonnement IV, 4, 657. Dorinde dit que les Rois ont moins de liberté que les hommes auxquels ils commandent. Elle insère une métaphore saisissante : Ce pouvoir de commander aux hommes, qu'on dit estre un assaisonnement.
La remarque appartiendrait-elle à Avit, cousin germain de Sidoine Apollinaire et conseiller de Gondebaud ? C'est un écrivain cultivé, amateur d'images originales. Seules quelques-unes des nombreuses lettres que cet évêque a adressées à des princes ont été retrouvées. Des fragments de sa correspondance, de ses poèmes, de ses homélies et d'une épopée biblique inachevée ont paru en 1529 et en 1611 (Avit, préface de E. Malaspina). Malheureusement, on ne rencontre pas cette image dans les textes publiés.

• L'association du pouvoir et du plaisir se rencontre dans les Annotations sur les guerres civiles de Blaise de Vigenère : « Le commander [est] l'un des plus doux et savoureux appasts de tous autres, et dont on s'enyvre et transporte plus aiseement » (p. 415). Jules César, continue Vigenère, appréciait ce plaisir puisque, d'après Suétone, il répétait ces vers d'Euripide :
     « Pratiquez la vertu ; mais, s'il vous faut régner,
     Vertu, justice et lois, sachez tout dédaigner » (Jules César, 30). Vigenère donne une tout autre interprétation à ces vers audacieux : « Que s'il faut violer η le droict, cela se doit faire seulement pour régner, et que partout ailleurs garder la pieté et justice [...] » (Annotations sur les guerres civiles, p. 274).

Vigenère encore traite l'assaisonnement de compensation. L'autorité royale ressemble à l'autorité divine, « mais il faut aussi qu'elle soit accompagnée de son assaisonnement, assavoir quand elle est establie sur de bonnes loix et constitutions » (Annotations sur les guerres civiles, p. 415).

• Les philosophes, en règle générale, se montrent peu sensibles au plaisir de régner. Pensons au Roi sans divertissement de Pascal et surtout au Roi vu par Sénèque et revu par d'Urfé : les rois sont « beaucoup plus miserables qu'heureux, puis qu'ils sont beaucoup plus impuissants, qu'ils ne sont puissants » (Epistres, II, 12, p. 324).

• Je remercie Christian Allègre pour ses recherches et conseils.
Asseurez IV, 1, 152. Elle en a veu les effets tres-asseurez.
Il y ici une exagération évidente que Phillis commente grâce à quatre questions rhétoriques. Les effets tres-asseurez de l'amour de Silvandre pour Madonthe sont cautionnés uniquement par le discours de Laonice (III, 11, 478 recto).
Assistance IV, 4, 866. La Royne Methine où j'eusse bien peu me retirer estoit tant necessiteuse d'ayde et d'assistance.
La fuite de Childéric a laissé la Reine sans soutien (III, 12, 548 recto).
Assoupissement IV, 2, 270. Un tel assoupissement que l'on ne me pouvoit éveiller.
Loin d'être anodin ce renseignement est un symptôme de la maladie : « La petite verole commence par de grands assoupissements » (Furetière, Article Assoupissement).
Astrée IV, 1, 51. Faut-il comprendre qu'il pourrait y avoir d'autres Dianes, mais qu'Astrée est tout à fait unique ?
On notera que, comme dans la troisième partie, les étrangers connaissent la réputation du Forez (Voir par exemple III, 4, 159 recto).
Attend IV, 4, 778. Bon heur qui t'attend.
Sigismond envie l'éventail qu'il offre à Dorinde. Déjà dans la troisième partie η, des fleurs ont inspiré l'amant qui aurait voulu être, comme elles, près du lit (III, 4, 153 recto). C'est ainsi qu'Honoré d'Urfé adapte et anoblit un thème poétique particulièrement enjoué.

• En 1579, aux Grands jours de Poitiers, les poètes ont rivalisé d'habileté pour chanter la puce qui trônait sur le sein de Mademoiselle des Roches. Étienne Pasquier a convoité la place de l'insecte (Œuvres, II, p. 945 sq.). Ronsard déjà chantait en 1560 :
     « Que pleust à Dieu que je peusse
     Pour un soir devenir puce »
(éd. Blanchemain, VI, p. 397).
Longtemps après, humour et vraisemblance se combinent lorsque Guy de Maupassant souhaite que le poème qu'il envoie à une dame lui tienne lieu d'éventail tout en lui rappelant l'auteur des vers (Voir ce site, 20 juin 2017).
Audace IV, 2, 263. Aime, ose et continue.
Cette formulation lapidaire est d'Honoré d'Urfé. « Pour estre heureux, un Amant doit oser », affirme le romancier ailleurs (III, 11, 465 recto ; les italiques sont dans le texte). L'audace est la qualité qui manque à Céladon (Voir Asag).

Puisque d'Urfé attribue cette sentence de la quatrième partie à un « oracle », il pourrait s'inspirer d'une recommandation du Tasse dans la Jérusalem délivrée : « Ose, souffre, espère » (Chant X, 21). Le romancier a conservé le premier impératif et le rythme ternaire.

• Dans L'Aminte aussi, Daphné donne le même conseil (II, 2, p. 45) : « Oste-moy ces amans respectueux, c'est faict de luy s'il en est là logé : conseille-luy plustost tout le contraire [...] qu'il soit entreprenant ». Supporte tout et tiens bon, recommande Ovide dans L'Art d'aimer (p. 65) ; parce que « l'amour est une espèce de service militaire. Arrière, hommes lâches » (p. 67).
La pensée qu'on lit dans L'Astrée a plus d'un parrain. Elle illustre une réflexion d'Equicola : « Venus chasse et hait les timides » (Livre 6, f° 327 verso). Elle adapte une réflexion de Virgile η qui écrit dans L'Énéide que la fortune sourit aux audacieux (X, 284). D'Urfé lui-même explique ainsi la chose : « Veritablement la Fortune ayme davantage les jeunes, c’est qu’elle ayme ceux qui sont entierement à elle » (Epistres, II, 14, p. 126).

• Voir les Notes de la deuxième partie η.
Autre - IV, 1, 62. L'autre à qui l'on rendra un bien qu'elle a volontairement perdu
Il s'agit évidemment d'Astrée. Voir Mort η.

Phillis considère que les trois derniers vers de l'Oracle η la concernent :
  Mais qui, sans que de vous l'ouverture en soit faite
  L'Oracle vous dira tenez pour resolu
  Ce qu'elle ordonnera, car c'est mon interprete
.
Elle comprend que l'antécédent de qui est un pronom sous-entendu, celle, et se croit désignée par les dieux. Les dames lyonnaises, Florice, Palinice et Circène, font la même erreur quand elles jugent que celle qui doit leur répéter les vers est un troisième personnage (IV, 1, 64). Mais l'antécédent de qui devrait être L'autre à qui l'on rendra un bien [...] et qui [...] l'oracle vous dira.
Astrée perd ainsi la chance d'être à son tour juge d'un procès romanesque.

- IV, 3, 568. L'autre y mettant toute sa force, le il qui suit, puis le celui et le qui de la page suivante sont tous des pronoms mis pour le quelqu'un qui tente de séparer le couple. Voir Songe d'Astrée η.
Autrement IV, 3, 576. Si j'avois fait autrement.
Diane reconnaît qu'elle a été trompée, mais elle juge qu'elle a agi convenablement en condamnant Silvandre.
Même réaction orgueilleuse et illogique chez Galathée apprenant, dans la première partie, que Lindamor se battait pour défendre l'honneur de la femme qu'il aime (I, 9, 289 recto). Honoré d'Urfé se souvient peut-être de l'orgueil de Guenièvre reprochant à Lancelot une hésitation dans le Chevalier de la charrette de Chrétien de Troyes (Henein, pp. 221-222).
Autres IV, 2, 332. Le pere mesme y consent, et peut-estre d'autres encore que vous ne croyez pas.
Il s'agit du consentement de Dorinde, gagnée, comme son père, par les présents de Bellimarte.
Avarice - IV, 2, 345 ; IV, 2, 346. L'avarice de Bellimarte est le désir d'acquérir d'autres biens. D'Urfé ne distingue pas clairement l'avarice de la cupidité. Dans les Epistres par exemple, l'avare est aussi insatiable que l'hydropique (I, 8, p. 64).

- IV, 3, 508. L'avare expose sa propre vie pour la conservation de l'or qu'il aime.
L'amour de soi agit comme l'avarice. Désir de conservation, l'avarice est la plus forte des passions. « L'avarice contient en soy tous les vices » (Furetière).
Bague Le Traité d'André le Chapelain donne des détails sur les coutumes liées à la bague : « La femme porte la bague qu'on lui donne à la main gauche car c’est elle qui est habituellement le plus préservée des contacts malhonnêtes et indécents, et au petit doigt, [en lui] résident, dit-on, la vie et la mort de l'homme, l'anneau tourné vers la paume, parce que tous les amants sont tenus de garder leur amour secret » (p. 175).

Toutes les occurrences de bague dans la quatrième partie sont dues à Dorinde.
- IV, 4, 682. Sa servante, Darinée, en reçoit une donnée par Ardilan, qui prétend l'épouser.

- IV, 4, 805. La bague que Dorinde reçoit est offerte par Sigismond.

- IV, 4, 821. C'est une caution des intentions du Prince.
Bague « se dit premierement de l'anneau qu'on porte au doit, & sur tout de celuy qu'on donne en la ceremonie du mariage » (Furetière).

- IV, 4, 910. Dorinde remet une bague au vieillard qui la secourt. Criséide, elle, en s'enfuyant, a offert à son sauveteur quantité de bagues ainsi qu'un diamant de valeur (III, 8, 344 verso).
Bal IV, 2, 231 ; IV, 2, 233.
Qu'elle décrive les activités des hommes, qu'elle raconte sa jeunesse ou qu'elle expose les divertissements de cour, Dorinde démontre amplement l'importance de la danse pour Honoré d'Urfé.

• Si la danse est le premier art qu'apprennent les jeunes filles dans L'Astrée, c'est aussi le premier talent d'un chevalier (III, 12, 509 verso) et le seul enseignement offert aux bergers par Alcippe (III, 10, 425 verso). « Que personne donc ne condanne le bal & la danse, comme chose qui apartient à un homme mol & effeminé », déclare Equicola (Livre 5, f° 254 recto).

• Il est tout à fait étonnant qu'on ait pu écrire : « Parce qu'il ne veut pas qu'un autre mode d'expression puisse menacer la toute puissance des mots, Urfé supprime presque toute danse de son roman » (Longeon, p. 172, note 2). Maxime Gaume, lui, reconnaît l'intérêt des exercices physiques dans l'éducation des Jésuites η (p. 63) sans souligner toutefois la danse qui jouit d'une place considérable dans La Triomphante entrée organisée dans un collège jésuite.

• Voir aussi Danses η et Danse des sauvages η.
Barbare IV, 2, 303. Faire alliance avec ce barbare.
Pourquoi Bellimarte, le Wisigoth installé chez les Bourguignons, est-il dit Barbare par Dorinde ? pour souligner les distances (Voir Neustriens). Ce chevalier vient de loin et déplaît (initialement) à la jeune fille.
Barbouillée IV, 4, 889. Si tu jouës aussi bien le personnage de la barboüillee que tu en as le visage.
Quand Darinée se noircit le visage, Dorinde rit malgré les périls qui l'entourent.

Bien avant la Jalousie du Barbouillé de Molière (voir ce site), le personnage de l'Enfariné faisait partie du répertoire comique en France et en Italie. Henri IV puis Marie de Médicis η ont invité à la Cour Arlequin et sa troupe (Tallemant, I, p. 12 et Note, p. 679).

Cependant, l'expression « jouer le personnage de la barbouillée » peut étonner dans le contexte du récit de Dorinde. Furetière explique : « On dit proverbialement, Se moquer de la barbouillée, pour dire, Faire des propositions extravagantes & ridicules ». Littré donne un commentaire un peu différent : « Se moquer de la barbouillée, se dit d'une personne qui débite des choses absurdes et ridicules, et aussi d'une personne qui, ayant bien fait ses affaires, se moque de tout ce qui peut arriver ». Aucune de ces informations ne convient à la situation de Dorinde ou à celle de sa suivante.
Bataille IV, 4, 640. Les champs Authunois.
Honoré d'Urfé reprend une partie seulement de ce qu'il a lu :
Gondebaud, trahi par ses frères, perd la bataille des Champs Authunois (Fauchet, p. 111). Il s'enfuit vêtu de la peau d'ours d'un soldat, se cache trois jours, puis revient attaquer ses frères à Vienne (Gascogne, p. 12).
La fiction est moins extraordinaire que la réalité.
Beaucoup de raison IV, 4, 734. Ce chastiment luy fust donné, avec beaucoup de raison.
Selon Ardilan, Gondebaud était dans son droit lorsqu'il a fait tuer Chilpéric, puisque celui-ci avait voulu s'emparer de la couronne qui revenait à Gondebaud en tant que fils aîné de Gondioc.
Fauchet affirme que Gondebaud était effectivement l'aîné (p. 112). Favrod le confirme aujourd'hui (p. 12). D'autres historiens considèrent plutôt que Chilpéric était l'aîné et donc le Roi légitime des Bourguignons (Plancher, I, p. 36).
Honoré d'Urfé ne partage pas le parti-pris de Grégoire de Tours contre les Bourguignons, mais il reconnaît la cruauté des châtiments imposés par le Roi à ses rivaux.
Beauté Les discussions sur la beauté complètent les débats antérieurs (voir par exemple III, 5, 204 recto). Maxime Gaume démontre que d'Urfé, en traitant de la beauté, résume la pensée de Marsile Ficin (p. 442).

- IV, 1, 99. Pour Silvandre, c'est « une proportion et un meslange de couleurs ». Les néo-platoniciens η relèvent ces caractéristiques dans leur analyse de la beauté. Equicola cite Augustin, qui « veut que [la beauté] soit une convenance de parties bien colorées, pleines de grace, concorde, & proportion » (Livre 2, f° 133 recto). Marsile Ficin considère que la beauté, selon l'âge, est « une gratieuse temperature de couleurs » (p. 147). Il souhaite notamment que le corps masculin soit égal à huit ou neuf têtes et que la longueur du visage soit égale à trois nez (p. 163). Equicola aussi entre dans les détails : il désire par exemple que « la largeur du nés sur la bouche soit autant, et se rapporte à la longueur d'un œil » (Livre 2, f° 133 recto). Pour définir les proportions, Equicola se base sur l'image rendue célèbre par Léonard de Vinci, l'homme de Vitruve (voir ce site, 26 juin 2017). Les extrémites des jambes et des bras tendus forment un cercle (Ibid., Livre 2, f° 133 verso). Il cite longuement la description que fait Boccace : le nez « non Aquilin bien assis en son lieu [...] de la mesure laquelle est requise à un beau visage [...] la stature convenable & bien proportionée en tous les membres » (Ibid., Livre 1, f° 26 recto-27 recto). Equicola relève que différents peuples ont différentes caractéristiques (Livre 4, f° 232 verso) et que les poètes de différentes origines décrivent la beauté féminine (Livre 5, f° 278 recto). Il rappelle ensuite : « Quintilian dit que les amans ne peuvent pas juger la beauté de l’aymée » (Livre 2, f° 118 recto).

• Une notation esthétique surprend : « Le proverbe court presque par tout, femme masle, et masle femme ont grace » (Equicola, Livre 2, f° 134 recto). Cet adage n'est pas entré dans les dictionnaires français, mais il a son application dans les Amadis : c'est Pentasilée, une amazone dont la devise est « Hermafroditique Valeur » (XIII, ch. 58), qui réunit les trente éléments qui font la parfaite beauté (XIII, ch. 56).
Honoré d'Urfé illustre l'adage cité par Equicola quand il prête tant d'attraits à ses personnages travestis, Filandre, Callirée, Mélandre, Criséide, Céladon en Alexis, Silviane, et même Ardilan ; l'exception étant Filidas, travestie à sa naissance. J.-P. Camus de son côté décerne à un « beau Palatin » « la palme de la beauté » féminine : il s'agit d'une femme habillée tantôt en homme, tantôt en femme (L'Iphigène, II, p. 321). Equicola, soulignons-le, s'oppose pourtant fermement au travestissement en faisant appel et à la Bible et à Quintilien (Livre 5, f° 267 recto). Toutefois, il attribue à la séduisante Vénus à la fois le sexe féminin et le sexe masculin (Livre 2, f° 108 verso).

- IV, 1, 101. Y a-t-il une « idée de la beauté » ? Oui, répondent Silvandre et ses amis. Il y en a plusieurs, rétorque Hylas, partisan de la diversité.
Honoré d'Urfé, dans se Epistres, ne contredit pas tout à fait la thèse de l'inconstant puisqu'il décrit « les degrez de beauté en l'Univers » (II, 4, p. 257).

- IV, 1, 106. Silvandre arrive en chantant la beauté de Diane, Hylas défendra-t-il la beauté de Stelle ? Le romancier s'amuse à retarder le duel oral. Pour les philosophes, ce débat serait vain puisque « les amans ne peuvent pas juger la beauté de l’aymée » (Equicola, Livre 2, f° 118 recto).

- IV, 1, 134. Les lois du dieu Amour interdisent à ce duel sur la beauté de parvenir à une solution (voir Parallèles) :
     « Que son Amour fasse en effect,
      Qu'il juge en elle tout parfaict » (II, 5, 285).
Nulles laides amours, répète d'Urfé (I, 12, 401 verso ; II, 8, 534). Selon Hylas, les vieilles et les laides traiteront de dieu l'avocat de la fidélité puisqu'elles seront aimées malgré tout (III, 9, 368 recto).

- IV, 1, 137. Hylas, en répétant que la beauté est une question d'opinion, dit encore à sa manière Nulles laides amours. L'amour « accidental » (Equicola, Livre 2, f° 125 verso), celui qui provient du libre-arbitre, dépend évidemment d'un jugement personnel plus ou moins bon. Le proverbe dit d'ailleurs « Toute chose se vend au prix de l'œil. All things are sold at the price the eye sets on them » (Cotgrave). Un jeu-parti, de manière ingénieuse, dit combien la beauté est relative. Faut-il choisir beauté ou intelligence chez la femme aimée ? Réponse : l'intelligence, parce que la beauté vient avec l'amour (André le Chapelain, p. 221, note 45).

- IV, 1, 139. Quand Silvandre explique que la beauté est un rayon qui vient de Dieu, il reprend une réflexion d'Adamas (II, 2, 117) qui est aussi dans les Epistres (II, 4, p. 232). Equicola, plus lyrique cette fois, écrit que la beauté est « un resplandissant éclair du souverain bien » (Livre 2, f° 139 recto et verso). Les dictionnaires eux-mêmes donnent des connotations platoniciennes à la beauté. Pour définir Beau, bel, belle, Richelet propose : « Poli, leste [...] Honnête, sage, vertueux [...] Heureux, glorieux ».

- IV, 1, 140. Hylas note que les amants aiment des femmes de diverses couleurs. Il a déjà décrété que lui-même aimait toutes les couleurs (II, 12, 889). Nous préférons ce qui nous ressemble, réplique Silvandre (IV, 1, 141). Voir Diversité η.
Belle IV, 2, 318. Depuis 1607 (I, 4, 96 recto), cette apostrophe ne déplaît pas à d'Urfé.
Bellinde IV, 1, 90. Alexis ne sait pas que Paris est parti consulter Bellinde (III, 11, 487 verso). Elle rappelle l'usage qui rend essentielle l'approbation des parents.
Cette étape est si importante que le Parlement a longtemps résisté à l'application du Concile de Trente pour laisser au consentement paternel tout le poids que lui attribuait la coutume française. « Il faut à fin que le mariage soit legitime que celuy qui veut avoir la femme en mariage qu'il la demande à ses parens, et ceux qui ont charge d'elle », soutient Benedicti dans la Somme des péchés en 1584 (p. 485). Pas de modification dans les rééditions.
Berger IV, 4, 880. Il falloit estre desguisez [...] en l'habit que vous me voyez, et que luy mesme me fist apporter, et luy en berger.
Clotilde a recommandé à Dorinde le déguisement pastoral η et le séjour en Forez (IV, 4, 866). Peu après, le costume de berger est suggéré et donné par Sigismond. C'est un oracle qui désignera le Forez.
Bergère IV, 1, 37. Nous saurons plus tard qu'il s'agit de Dorinde (IV, 1, 73).
Bêtes farouches - IV, 1, 36. La cruauté de toutes [les créatures] les plus farouches.
Faut-il voir les gardiens de la fontaine de la Vérité d'amour η dans ces animaux auxquels Astrée se dit prête à s'immoler ? Les dieux donc châtieraient ainsi la bergère si elle cessait d'aimer Alexis. Cependant, les conditions de l'enchantement précisent que les bêtes s'en prendraient à celle qui douterait de la fidélité de celui qui l'aime. Ce n'est pas le cas.

- IV, 4, 892. Je me figurois que c'estoient des Loups ou quelques autres bestes farouches.
Dans la bouche de Dorinde, ces bestes représentent tous les dangers.
Bible Échos de versets bibliques :
- IV, 2, 187. Tenu de deffendre les affligez.
Cette sentence prononcée par Silvandre rappelle : « Heureux celui qui a pitié des misérables » (Proverbes : 14.21).

- IV, 3, 456-457. Il y a des personnes, qui font le pain et d'autres le mangent, les uns font les soulliers, et les autres les usent.
Hylas offre une remarque inspirée de la Bible - du moins dans sa forme : « C'est lui qui a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme bergers et enseignants » (Éphésiens 4:11).

- IV, 3, 475. Je ne refuseray point, la premiere chose qui me sera demandee, à qui que ce soit qui m'en requiere.
Palémon fait un vœu téméraire qui rappelle la promesse de Jephté dans la Bible (Juges, 11:30-1). Il sera obligé de sacrifier sa fille, son seul enfant.

- IV, 3, 446. Ce seroit une faute irremissible.
Selon Hylas, Alexis commettrait cette faute si elle restait triste près de lui.

- IV, 3, 517. Tautatès se peut servir [de l'homme] comme le potier des vazes de terre qu'il a faits à sa volonté.
Silvandre propose une comparaison fréquente dans la Bible. « Nous sommes l'argile, tu es notre potier, nous sommes tous l’œuvre de tes mains » (Esaïe 54.7). « Le potier n'est-il pas le maître de l'argile pour faire avec la même pâte un ustensile d’un usage noble et un ustensile d’un usage méprisable ? » (Romains 9:21).

- IV, 3, 546. Ne me pouvant vanger des Dieux, [...] je me suis vangee de la verge de laquelle ils se sont servis.
Laonice adopte une prérogative du Dieu biblique : « Malheur à l'Assyrien, bâton de ma colère ! Le gourdin dans sa main, c'est l'instrument de ma colère » (Esaïe 10:5).

- IV, 3, 563. Peu après, Astrée adopte la même formule en parlant à Alexis. Douter d'elle serait lui faire une offense irrémissible. Dans la troisième partie, Alexis reconnaissait que la faute irrémissible était de pénétrer dans la chambre d'Astrée ( III, 10, 428 recto).
L'un des tout premiers chapitres de la Somme des Pechez du Père Benedicti, traite de la différence entre péché rémissible et irrémissible (ch. 3, pp. 11-15). Dans le Nouveau Testament, le péché irrémissible est contre l'Esprit (Matthieu, 12:31). Cependant, c'est l'intention mauvaise qui rend la faute irrémissible : « Combien que le blaspheme se puisse remettre, toutesfois l'esprit de blaspheme ne se pardonne point » (p. 13). Le péché irrémissible est l'obstination qui, elle, « se pardonne à grande difficulté » (p. 551).

- IV, 3, 614. Contre le Ciel nul ne peut resister, s'écrie Silvandre.
On lit dans la Bible : « N'est-ce pas toi qui détiens la force et la puissance, toi à qui personne ne peut résister ? » 2Chroniques 20.6.
Bien-tost IV, 3, 531. Celuy-là eust bien tost perdu le jugement.
Comme les mots que je mets en caractères gras rendent la phrase incompréhensible, il vaut mieux supprimer tost.
Baro en 1627 écrit « Eust du tout perdu le jugement » (5, p. 409).
Bonheur Les commentaires des personnages soulignent combien le bonheur, soumis à son étymologie, reste une question de chance.

- IV, 3, 628. Bonheur et malheur viennent des dieux, affirme Phillis. Elle ajoute dans la phrase suivante que la fortune et elle font passer Silvandre du bonheur au malheur (IV, 3, 629).

- IV, 4, 638. Leurs bon-heurs surpassent leurs desirs.
C'est le cas, selon l'ambitieuse Dorinde, de ceux que le Ciel aime.

- IV, 4, 656. Fortune qui à quelques uns donne plus de bon-heur qu'ils n'en peuvent desirer. Dorinde se répète.
Un proverbe cité par Cotgrave éclaire cette acception de ce bonheur traduit en anglais par fortune : « De femme volage, & friande [coquine], En tout temps bon heur nous defende : Pro. From women light, and lic.korous [sic], good fortune still deliuer us » (Article Femme).
Dans les Epistres, Dieu envoie le bonheur quand il le juge nécessaire (I, 19, p. 171). Mais « l'homme de bien doit surtout craindre le bon-heur » (II, 5, p. 242) qui flatte et affaiblit.
Voir Contentement η.
Bouche IV, 2, 289. Il parloit avec le cœur en la bouche.
Les dictionnaires préfèrent le cœur dans la bouche. « En cooccurrence avec cœur, bouche désignant la parole, sincère ou non, et cœur le sentiment profond » (DMF).
Bougie IV, 4, 764. Dorinde tient une bougie et non une chandelle, car on est à la cour. « BOUGIE. s. f. Chandelle de cire dont se servent les personnes riches pour éclairer leurs chambres. Chez le Roy on ne brusle que de la bougie » (Furetière). Les bougies se trouvent dans les temples et les maisons seigneuriales de L'Astrée. Toutefois, chez Daphnide, on tient et bougie (III, 3, 82 recto) et chandelle (III, 3, 86 recto).
Bourreau IV, 2, 234. Les peres nous nomment des maris, mais qui sont en effect les vrays bourreaux de la tyrannie des hommes.
Si elle manie fréquemment l'hyperbole, Dorinde accumule parfois des images confuses. Les maris tyrans n'ont rien pour surprendre, mais comment seraient-ils les « bourreaux de la tyrannie des hommes » ? Faut-il penser à un équivalent du moderne « bourreau de travail » ? « On dit proverbialement, qu'un homme est un vray bourreau d'argent, pour dire, qu'il le ménage mal, qu'il le prodigue sans necessité » (Furetière).
Voir Servitude η.
Bras Les bras croisés restent un signe masculin de chagrin, comme dans la première η, la deuxième η et la troisième partie η.
IV, 1, 147 ; IV, 3, 491 ; IV, 3, 592 ; IV, 3, 607 ; IV, 4, 794.
Bracelet Ce bracelet de cheveux η donné à Silvandre par Diane (II, 3, 137) est attaché au bras du berger. Diane charge Phillis de le récupérer (IV, 1, 109 ; IV, 1, 147 ; IV, 2, 162). Le jeune homme s'évanouit quand il constate l'absence du bracelet (IV, 3, 496). Phillis le lui rend (IV, 3, 607).
Ce brasselet que l'on rencontre dans L'Astrée est presque moderne : Furetière donne « Bracelet ». En revanche, Huguet donne : « Brasselet, terme d'anatomie ». La Curne préfère « Brasseroles ».
Ce n'est que dans l'édition de 1762 que le Dictionnaire de l'Académie s'étonne : « Il y a des pays où les hommes portent des bracelets ».
Buisson IV, 3, 489. Il se vint mettre dans le buisson où [elles] le trouverent en se retirant.
Se cacher dans un buisson est bien moins efficace qu'on ne pourrait le croire ! C'est ici un signe de tristesse.
Caché IV, 3, 489. Il s'estoit retiré dans le plus caché du bois.
L'adjectif qualifie le lieu : l'endroit le plus dissimulé du bois.
Cameleon IV, 2, 235. Le plus constant ressemble au Cameleon.
« On dit figurément, qu'un homme est un cameleon, quand il change d'advis ou de resolution, de parti ; à cause qu'on a creu faussement jusqu'icy que le cameleon changeoit de couleur à tout moment » (Furetière). En effet, d'après Pline, le caméléon « change souvent de couleur dans ses yeux, dans sa queue et tout son corps, et reproduit toujours celle dont il est voisin, excepté le rouge et le blanc ; mort il est de couleur pâle » (VIII, 51).
Campagnes IV, 4, 885. Seules parmy ces campagnes.
Le pluriel est poétique. C'est une façon de rendre le lieu si vaste plus effrayant.
Ce mot IV, 4, 842. Quand vous sçaurez que vaut ce mot.
Renvoi à ceste affection, complément de le retirer.
Celle IV, 2, 181. Celle par qui elle les a sceuës.
Il s'agit de Laonice rapportant à Diane les actions de Silvandre.
Celuy - IV, 2, 244. Celuy qui avoit tenu prisonnier Arimant.
Comme Bellimarte est nommé, la périphrase qui rappelle une aventure antérieure est doublement inutile : l'épisode est déjà connu des auditrices de l'histoire (III, 8, 341 recto) et il n'a aucune influence sur les aventures de Dorinde.

- IV, 3, 458. Celuy qui leur a donné cette cruelle destinee.
Dieu. Hylas utilise-t-il une image vaguement biblique ?
Cerf IV, 4, 714. Gondebaud a déjà chassé le cerf η dans la troisième partie (III, 8, 353 verso). Cette chasse proprement royale est longuement décrite dans les Amadis (XIII), hommage aux goûts du Roi (Gorris, p. 151). « Mise en scène du spectacle de la puissance » du Prince, note Mme Meiss-Even : « Hommes, bêtes et espaces [sont] mis au service du plaisir du prince » (p. 33).

• Un adage indique que la chasse au cerf est plus dangereuse que la chasse au sanglier η : « Au cerf la biere, et au sanglier le barbier » (Cotgrave), le premier tue, le second blesse. Comme le sanglier est le « reflet inversé du cerf » (Meiss-Even, p. 17), la chasse au sanglier η de la quatrième partie pourrait indiquer une vision assombrie du roi Gondebaud et de sa cour.
Changement IV, 3, 459. Le peintre change de couleur et de pinceau.
En évoquant l'activité du peintre, Hylas propose un éloge imagé du changement, synonyme de variété. Voir aussi, dans la troisième partie, le Temple de la fortune η.
Dans La Sylvanire, d'Urfé met ces vers dans la bouche d'une nouvelle mouture d'Hylas:
     « La nature se plaist
     A la varieté ;
     La nature et l'Amour
     Sont une mesme chose » (I, vers 347-350).
Changer IV, 5, 923. Changer Céladon en Lucinde.
La longue incrédulité de Galathée rend nécessaire ce rappel d'événements passés. Instigatrice et auxiliaire du travestissement (I, 12, 380 recto), Léonide ment encore à Galathée.
Chasteau IV, 3, 484. Monter au Chasteau, qui paroissoit en lieu si haut et si malaisé.
Le château d'Amasis est, comme la demeure d'Adamas (III, 2, 44 recto), sur une élévation, pour des raisons stratégiques probablement. La topographie du Forez sert de métaphore pour illustrer la situation adoptée par les bergers, les gens des vallées.
Chemise IV, 3, 580. Querir ce Berger pour vous venir donner vostre chemise.
Phillis s'amuse. Proposer qu'un homme donne sa chemise η à sa maîtresse est une plaisanterie qui étonnait moins dans la bouche d'Alcidon (III, 3, 90 recto) que dans celle d'une bergère.
Cherté IV, 1, 140. L'annee sera fort fertile quand tu nous feras cherté de tes paroles.
Comme Silvandre est loquace, Hylas semble dire à son rival que ses paroles ne seront pas souvent rares et donc coûteuses.
L'image est équivoque, car « Faire grande cherté de qqc. [signifie] Attacher du prix à qqc. » (DMF).
Cheval Le cheval reste l'animal de prédilection d'Honoré d'Urfé η, bien qu'il ne soit jamais doté d'un nom propre.
Voici les occurrences les plus intéressantes :

- IV, 2, 336. On néglige les vieux chevaux. Le proverbe dit effectivement : « Homme, cheval, oysel, ne chien, S'il ne travaille, il ne vaut rien » (La Curne). Virgile, dans ses Géorgiques, recommande au maître d'un vieux cheval « Sois indulgent à une vieillesse qui ne le déshonore pas » (III, p. 138)
Le point de vue aujourd'hui est différent : « On achève bien les chevaux » est un concept moderne et un adage américain. William Safire a consacré un article à ses sous-entendus français (Voir ce site, 20 avril 2017).

- IV, 3, 365. Si les chevaux étonnent dans les hameaux, ils doivent nécessairement surprendre dans une pastorale ; d'Urfé le souligne ici.

- IV, 3, 366-367. Le cheval est signe du statut du cavalier.

- IV, 3, 371. L'assaillant criminel est tué par son cheval. En revanche, ailleurs, le bon chevalier était sauvé par son cheval (I, 12, 388 verso ; II, 6, 406 ; III, 6, 224 verso).
Pierius rappelle que « Aristote η en ses Morales louë principalement au cheval celle vertu, par laquelle il est propre » à assaillir l'ennemi (I, p. 73).

- IV, 3, 385. Un chevalier blessé est sous son cheval mort.

- IV, 3, 457. Hylas oppose le cheval de labour et le cheval de selle.
« Le cheval se nomme diversement suivant son poil, sa taille, son usage, ses vices ou maladies » (Furetière) ; l'usage seul intéresse Hylas.

- IV, 4, 722. Gondebaud fait estropier un cheval pour isoler Dorinde ; c'est signe de grande cruauté.

• Dans le Phèdre, Platon illustre raison et convoitise en montrant un attelage de deux chevaux. Cette connotation philosophique se retrouve dans les Epistres morales où l'homme sage tient le « mors de Pallas » (Epistres, I, 12, p. 105). L'image est souvent commentée (par exemple Pierius, I, p. 83).
Chevalier ou pastre IV, 2, 238. Je ne sçay comme je le dois nommer, Chevalier ou Pastre.
Honoré d'Urfé attire l'attention sur une invraisemblance délibérée : Hylas change de statut ... comme un caméléon η. C'est ainsi que ce jeune homme fréquente les Massiliens (Silvandre), fraie avec des gens de la cour (Daphnide) et de la ville (Florice), alors qu'il est né sur une terre « où il y a quantité de Bergers qui s'y sont venus retirer » (I, 8, 243 verso). Hylas participe à des tournois (II, 4, 201) et jamais au grand jamais ne s'occupe de troupeaux.
Mareschal a bien compris le statut du jeune homme quand il imagine que l'inconstant lui-même explique : 
    « Hylas est devenu, tant il ayme à changer,
     De Pâtre Courtisan, de Courtisan berger »
(IV, 2, p. 87).
Chevelure IV, 4, 771. Chevelure des arbres.
L'image est « Poëtique » selon Richelet, mais banale : « On dit aussi, la chevelure des arbres & des plantes, en parlant de leurs feuilles & de leurs petites racines », recommande Furetière.
Chien Le chien - concret et figuré η - jouit d'une place de choix la troisième η partie du roman aussi.
L'éloge du chien constitue le cœur du poème que Ronsard consacre à « la Chasse » :
     « Les dames sans tenir ès mains un petit chien
     N'auroient en devisant ny grace ny maintien »
(I, p. 52).

- IV, 1, 100. Hylas décrit un chien idéal. Curieusement, il n'appuie pas son raisonnement sur les chiens présents dans le hameau, Driopé et Mélampe.

- IV, 2, 289. Chien brûlé. Cotgrave donne « Chien eschaudé craint l'eau froide », mais Furetière préfère « un chat eschaudé craint l'eau froide ».

- IV, 3, 457. Hylas distingue deux catégories de chiens pour illustrer deux destins, les cuisines ou les salons. L'image vient de Lycurgue η. Voir aussi Cheval η.

- IV, 3, 586. Les aboiements réveillent Silvandre. Le berger ne réagit pas lorsqu'il entend les chiens poursuivre des loups η, ce qui surprend le vacie (IV, 3, 587).
Chronologie      SignetTemps romanesque et temps historique
La nouvelle historique déguisée en histoire intercalée n'a pas la cohérence des récits historiques de la deuxième partie (l'Empire romain η) ou surtout de la troisième (Histoire de Childeric, de Silviane, et d'Andrimarte η). Les mésaventures que rapporte Dorinde ne concernent pas autant de rois que les récits antérieurs. On y rencontre l'indication d'une saison (le début du printemps, IV, 4, 650) et d'une fête liturgique (les Bacchanales, IV, 4, 643), mais aucun nom de bataille. La victoire de Gondebaud contre les Gallo-Ligures appartient au passé récent (IV, 4, 642).
Le séjour de Dorinde à la Cour se déroule après la mort de l'épouse de Sigismond (IV, 4, 641), mais avant la mort de Gondebaud. Or Amalberge, l'épouse de Sigismond, est décédée probablement en 516, la même année que Gondebaud ! Comme cette information ne se trouve pas dans Fauchet, Honoré d'Urfé pourrait l'avoir ignorée.
Le romancier déforme la chronologie parce qu'il cache un événement capital pour l'histoire de France : l'union de Clotilde et de Clovis, roi des Francs. Ce mariage advient autour de 493 et marque la fin du Ve siècle. Fauchet donne 489 dans son Recueil (f° 118 verso) mais 490 dans ses Antiquitez (Fauchet, p. 113). L'union est certainement antérieure au baptême du Roi qui a eu lieu en 498 ou 499 selon les historiens anciens et modernes.
D'Urfé organise pourtant les faits autour de Clotilde. Gondebaud installe la Princesse près de lui deux ans après le décès d'Amalberge (IV, 4, 643), et c'est pour Clotilde que Dorinde est appelée à la Cour (IV, 4, 645).

La quatrième partie de 1624 n'offre aucun repère historique précis.

En toute justice, soulignons que les historiens modernes ne s'entendent pas encore sur les dates qui balisent le règne des Bourguignons (Voir par exemple Favrod, p. 376).

• Dans les volumes antérieurs, le temps du Forez conservait des liens avec l'histoire des Francs. Dans la quatrième partie de 1624, il est dit seulement que les Francs ont chassé leur Roi, Childéric (IV, 4, 865).

Signet• Les déplacements de Léonide indiquent que cette quatrième partie dure trois jours. La nymphe quitte les hameaux « le plus grand matin », à la fin de la troisième partie (III, 12, 552 recto), ce que d'Urfé rappelle dans la toute première phrase de 1624 (IV, 1, 1). Léonide se trouve à Marcilly depuis un peu moins de trois jours à la fin du volume (IV, 5, 915). Comme Marcilly est environ à six kilomètres des hameaux, le voyage de la nymphe a duré deux heures tout au plus. C'est donc trois jours après son arrivée qu'elle passe la nuit près de Galathée (IV, 5, 919).

Il est surprenant que Galathée attende trois jours pour échanger des confidences avec Léonide.

SignetBaro en 1627 bouleverse ces informations cruciales puisque le 5e livre de 1624, déplacé, devient le premier. Dans la version de Baro, Léonide arrive dans la maison d'Adamas de bonne heure (1, p. 5) puis se rend avec lui à Marcilly où elle se présente à Galathée (1, p. 6).
« Mais cependant » (1, p. 41) permet au récit de revenir aux bergers pour décrire le réveil matinal de Céladon.

- IV, 1, 36. Le matin, Phillis constate que Diane est sortie de bonne heure.

- IV, 1, 75. Hyer et aujourd'hui.
Astrée et Alexis ont échangé de robes pour la première fois la veille (III, 11, 466 recto).
Baro en 1627 supprime les indications de temps (2, p. 99).

- IV, 1, 95. Le soleil est déjà haut quand Astrée et Alexis sortent enfin de leur chambre et retrouvent Diane.
Baro en 1627 escamote ce renseignement. Les deux amies parlent avec Diane plus tard (2, p. 80), sans que l'auteur indique à quel moment a eu lieu la rencontre.

- IV, 2, 168. Astrée promet à Silvandre que dans moins de trois jours ses ennuis se dissiperont.

- SignetIV, 2, 185 ; IV, 2, 192. Silvandre dit « hyer » pour dater et sa conversation avec Paris (III, 1, 22 verso) et sa conversation avec Madonthe (III, 11, 462 verso). La visite à Adamas a pourtant séparé ces deux échanges, puisque Madonthe, souffrante, ne s'est pas rendue chez le druide.

Deux journées ont séparé ces rencontres :
Le berger a du mal à dormir
« apres s'estre longuement travaillé dans le lict »
(III, 5, 187 verso).
Viennent ensuite le jugement de Diane, la nuit chez Phocion et le réveil
(III, 10, 438 verso).

Baro en 1627 conserve ce texte (3, pp. 185 et 192).

- IV, 2, 209. « Ce matin ». Les dames lyonnaises rencontrent Silvandre.

- IV, 2, 219. Midi approche les dames lyonnaises se retirent.

- IV, 3, 375. Les défenseurs de Dorinde sont victorieux en moins d'un quart d'heure.

Étant donné le nombre de morts qui jonchent le terrain, cette indication est invraisemblable.

On se souvient que Damon et Argantée s'étaient battus
« plus d'une demie heure »
(III, 6, 223 verso),
ce qui disait leur valeur.

- IV, 3, 403. Les dames lyonnaises prévoient de revenir de Marcilly le lendemain.

- IV, 3, 404. Il se fait tard, les bergères raccompagnent Alexis chez Phocion.

- IV, 3, 421. Elles entendent chanter Silvandre puis poursuivent leur chemin voyant qu'il se faisoit tard.

- IV, 3, 437. Diane relève qu'Alexis ne connaît les bergères que depuis quelques jours (III, 1, 1 recto).

- IV, 3, 438. Souper chez Phocion, puis coucher (IV, 3, 445).

- IV, 3, 472. La folie d'Adraste a commencé il y a moins de deux mois.

Léonide a rendu la sentence qui a désespéré le berger dans la deuxième partie (II, 9, 597).

- IV, 3, 474. Pour que le serment de Palémon ait un sens, « demain » doit avoir l'acception que lui donne Huguet : « Quelque jour à venir ». Le serment reste une promesse irréalisable qui ne sera pas réalisée.

- IV, 3, 484. Dorinde et sa troupe arrivent tard à Marcilly.

- IV, 3, 489. Pendant ce temps, dans le hameau, le soir, Silvandre reste seul dans les bois. Il voit la lune se lever (IV, 3, 494). Il rencontre Alcandre et Amilcar (IV, 3, 499), chevaliers qui comptent dormir à la belle étoile (IV, 3, 512).

- IV, 3, 524. Le lendemain, Alexis se réveille avec le soleil. Il fait déjà très chaud (IV, 3, 525). Le songe d'Astrée s'est terminé à l'aube (IV, 3, 567).

- IV, 3, 543. Diane et Phillis sortent sans Astrée et Alexis.

- IV, 3, 585. Disner chez Phocion.

- IV, 3, 594. Il fait encore chaud quand la druide et les bergères voient Silvandre.

- IV, 3, 614. Silvandre est revenu de Montverdun où il s'était rendu le matin.

- IV, 4, 633. Dorinde et ses compagnons soupent à Marcilly.

- IV, 4, 634. Le lendemain, Dorinde commence son récit à l'aube.

- IV, 4, 913. Dorinde dit qu'elle est arrivée en Forez l'avant-veille « environ une heure apres midy ».

Il y a donc un peu plus de vingt-quatre heures qu'elle a rencontré Diane et que la quatrième partie a commencé (IV, 1, 37).

- IV, 4, 913. À la fin du récit de leur compagne, les dames lyonnaises sortent du lit.

- IV, 5, 915. Léonide est à Marcilly depuis près de trois jours.

- IV, 5, 928. Il y a quatre ou cinq jours que la cour a reçu des nouvelles de Lindamor. Galathée transmet les informations à Léonide.

Nouvelles racontées dans la troisième partie (III, 12, 506 verso).

Comme Baro en 1627 veut que, le jour de son arrivée, Léonide reçoive tout de suite les confidences de la princesse (1, p. 8, voir plus haut), la chronologie de la pseudo-Vraye Astree fait problème. La vraisemblance est respectée, mais cohérence et harmonie sont jetées aux oubliettes : les intrigues des hameaux et les intrigues du château ne s'imbriquent pas du tout.

- IV, 5, 936. Le lendemain matin, Léonide rapporte à Adamas sa conversation avec Galathée.

- IV, 5, 939. Le même jour, Léonide et Silvie se rendent auprès de Climanthe qui leur demande de revenir trois jours après.

La troisième partie a duré à peu près une semaine η et la quatrième a commencé à la fin de la troisième η.
Elle dure trois jours (Voir Léonide). Les liens avec l'histoire sont incohérents.

Ciel - IV, 4, 900. La terre n'est pas, comme l'on dit, ferme et immobile, c'est le Ciel qui l'est.
L'opposition du ciel et de la terre est un topos : « Les plaisirs de la terre ne sont rien à comparaison de ceux du ciel », écrit par exemple Furetière. D'Urfé réactualise l'image en montrant la terre mobile (le globe qui tourne autour du soleil) et le ciel immobile (malgré nuages et vents).
• « Et pourtant elle tourne » ... Même si Galilée (1564 - 1642) n'a pas prononcé ces mots fatidiques, les vues héliocentriques de Copernic circulaient en Italie et ailleurs au début du XVIIe siècle. Rome condamne les positions de Galilée en 1616. Honoré d'Urfé a probablement suivi les controverses qui entourent cette question. Maxime Gaume avance des arguments peu convaincants quand il affirme que d'Urfé rejetait les théories coperniciennes (p. 84). 

- Ce bien faict ne sera point perdu [...] que le Ciel le luy rendra au double ainsi que bien tost elle espreuvera (IV, 4, 845).
Cette récompense annoncée à Clotilde par un père mourant pourrait être les faveurs que promet Gondebaud (IV, 4, 850), ou peut-être le mariage avec le roi des Francs, Clovis - l'innommé.
Cloud IV, 3, 474. Voici l'un des épisodes qui se ressent le plus des lectures étendues du romancier ! Il faut savoir d'abord qu'il existe deux sortes de cérémonie du clou - chose que Pierius précise (II, p. 384).

- La première, clavus annalis, est une façon d'indiquer le passage des années.

Phillis fait allusion à cette cérémonie en proposant à Silvandre de marquer avec ces clous η un jour particulièrement faste
(III, 10, 411 recto).

- La seconde cérémonie du clou est un service sacrificiel qui « estoit reputé un present et prompt remede contre le mal prochain, comme preservatif contre la peste ». Il fallait qu'un dictateur élu remplace les consuls pour enfoncer le clou sacré (Pierius, II, p. 384).

Honoré d'Urfé soude les deux liturgies quand il place la cérémonie thérapeutique dans les temples prévus pour le clavus annalis. Il s'inspire alors sans doute de Tite-Live. On lit dans le 7e livre de son Histoire de Rome : « Le plus considérable des magistrats devait enfoncer un clou, le treizième jour de septembre dans la muraille du temple de Jupiter, du côté qui regarde le temple de Minerve ».
Le romancier s'amuse quand il parle de « planter un cloud duquel on luy aura touché les tamples, dans la muraille du temple ». Ce rapprochement d'homonymes n'est pas dans les textes anciens.
Cognoissance IV, 3, 463. L'amour ne doit jamais étre, qu'auparavant la cognoissance de la chose aymee ne precede.
Célidée, la compagne de ce Thamire qui prône ici la connaissance, a soutenu ce même principe - avec plus d'éloquence - dans la troisième partie (Voir Merite).
Honoré d'Urfé développe dans ses Epistres la théorie aristotélicienne de la chaîne des connaisances : « La cognoissance de quelque chose unit cette chose en nostre ame » (I, 9, p. 292) et « la cognoissance [...] des choses les rend estimees, ou mesprisees » (I, 2, p. 220). Dans L'Astrée, la présentation des coups de foudre démontre a contrario que le vrai amour doit naître de la connaissance : c'est cet amour qui est le plus souvent récompensé (Henein, pp. 69-71). La connaissance de l'autre reste pourtant ardue (Voir Parallèles).

• Mademoiselle de Scudéry imagine que la connaissance de celui qu'on peut aimer ressemble à une rivière bordée de multiples villages, « Tendre-Sur-Estime », dans la Carte de Tendre de La Clélie.
Commandement IV, 2, 357. Il lui a commandé de sortir de ses Estats, et ne se presenter jamais devant ses yeux.
Le commandement du Roi rappelle celui d'Astrée (I, 1, 4 recto). C'est dire l'extrême autorité de ceux qui donnent cet ordre et la gravité du châtiment qu'ils imposent.
Commencé IV, 1, 80. Astrée a commencé à aimer Céladon fort jeune (I, 4, 87 recto), mais, évidemment, elle n'aime Alexis que depuis quelques jours (III, 2, 46 recto).
Commencement IV, 2, 293. Dés le commencement que.
Cette locution n'est pas dans les dictionnaires. Elle signifie dès que. On la rencontre dans la deuxième partie (II, 9, 576).
Commencement du sommeil IV, 3, 570. Le songe est venu sur le matin.
Les Amadis accordent foi aux songes qui surviennent durant « le premier somme » (XI, ch. 76). En revanche, « dans les croyances populaires [...] les songes d'après minuit étaient tenus pour vrais » (Artémidore, p. 28, note 24). « Les songes du matin, par raison, sont plus certains et veritables que les autres pour ce que la viande est digerée », explique Equicola (Livre 4, f° 238 verso).
Dans L'Astrée, le songe de Célidée se déroule à la fin de la nuit (II, 2, 65) et se réalise (Henein, p. 95). Le songe d'Astrée η se termine à l'aube (IV, 3, 529).

• D'Urfé savait peut-être que Ronsard avait très habilement contesté cette tradition dans le récit d'un songe dédié à Henri III :
       « Nos peres abusez pensoyent que le songer
        Du matin n'estoit point ny faux ny mensonger »
(« Le Bocage royal », éd. Blanchemain, III, pp. 288-293).
Le poète songe, « peu devant l'aurore », qu'il se trouve dans « un buisson espineux », entouré de « ronces ». Un sanglier survient. Impossible de le pourchasser parce que les chiens ne secondent pas leur maître. La lune (sous la forme d'une voisine sorcière) explique que les bêtes devraient être en argent. Le Roi apparaît. Il accepte de transformer les chiens d'un coup de baguette. Le poète, sans se soucier d'indiquer l'issue de la chasse ou la fin du songe, conclut qu'il ne faut jamais douter des rois, et que lui-même croit maintenant aux songes.
Les premiers vers, par conséquent, étaient ironiques, et le poème devait impérativement le souligner : le songe du matin est véridique. Si ce songe avait été mensonge, le Roi n'aurait pas été libéral, ce qui aurait rendu le poème vain.
Compagnon IV, 3, 483. Il s'agit de l'ami de Bellimarte, désigné plus haut comme « le Chevalier » (IV, 3, 384 ; IV, 3, 388 ; IV, 3, 401). Il demeure aux côtés de Périandre et de Mérindor après le décès de Bellimarte.
Comparaison IV, 2, 216. Non seulement les hommes ayment, mais [...] ils ayment mieux que les filles.
Lorsque Silvandre prouve à Dorinde que les hommes aiment mieux que les femmes parce que les femmes leur sont supérieures (Peins feux), il contredit ceux qui ont affirmé que chacun aime son semblable : Alexis (III, 5, 212 verso), Hylas (I, 7, 215 verso) et Phillis (III, 9, 393 recto) ! Honoré d'Urfé ne se targue pas de présenter une théorie cohérente de l'amour. Il ne se prétend pas non plus ferme défenseur de la cause des femmes.
Comte Titre et Privilège du 20 novembre 1623. Honoré d'Urfé est dit Comte de Chasteau-Morant.
Dans les titres des trois parties antérieures, en 1621, l'auteur était dit Baron de Chasteau-morand. Dans les privilèges, il n'était pas question de Châteaumorand, excepté dans le privilège de 1610 accordé au Baron de Chasteau-morand.
Le titre de « Marquis », explique Furetière, « tient le milieu entre le Duc & le Comte », alors que « Baron » est tout juste « au dessus des simples Gentilshommes & des Chastelains ».
Condamné IV, 3, 470. Depuis qu'il y avoit esté condamné.
Cette condamnation est une sentence rendue par Léonide : Adraste doit « estre à jamais exemple d'une fidelle et infructueuse affection » (II, 9, 597). Il choisit de s'isoler et sombre dans la folie.
Condition IV, 1, 47. Ayant laissé cette condition aux hommes.
Il est question de la condition de menteur et d'abuseur parce que condition peut signifier « Caractere » (Furetière) ou « État de vie » (Richelet).
Confusion IV, 4, 649. Les Rois ont embelli la plage qui réunit les deux fleuves la peuplant d'arbres, l'enrichissant de fontaines somptueuses, et l'embellissant de parterres et de diverses allees, qui se perdans d'une confusion tres-agreable les unes dans les autres, presentent tousjours quelque chose de nouveau.
Bel exemple de style baroque dans cette description où les jardins de l'Athénée rappellent les jardins d'Isoure (I, 2, 22 verso). Le romancier compte sur l'esprit sans jamais faire appel aux sensations (couleurs, formes ou parfums).
La Seine aussi fait « cent et cent divers destours » devenus des jardins (III, 12, 510 verso). Les jardins de Montbrison, eux, curieusement, n'inspirent pas de description.
Congé IV, 2, 190. Demander congé.
Obtenir l'autorisation de sa maîtresse avant de s'éloigner est essentiel. Les Six-Cents eux-mêmes l'ont décrété (II, 12, 879). Voir Voyage η.
Consentisse IV, 4, 880. Il fallut que je consentisse à tout ce qu'il voulust.
Dorinde ne pouvait pas mieux dire combien elle se plie aux volontés de Sigismond.
Baro en 1627 supprime cette phrase audacieuse et la remplace par un anodin : « Nos discours furent longs sur ce sujet, mais enfin nous resolumes [...] » (7, p. 800).
Consideration - IV, 2, 193. Je ne sçay à quelle occasion je voudrois plustost demeurer icy qu'ailleurs.
Silvandre oublie l'oracle qui l'a envoyé chercher en Forez le secret de ses origines (I, 8, 231 recto).
- IV, 3, 426.
Alexis et ses auditrices oublient aussi que le berger attend de connaître son passé grâce à cette fontaine de la Vérité d'amour (Voir Notes η) - dont il n'est pas question dans le texte de 1624.
Le romancier distrait se serait probablement corrigé pour mieux faire miroiter le dénouement.
Constance IV, 3, 492. Comment le Ciel n'a-t'il eu honte de se voir surmonté par la constance d'un mortel ?
Dans les Epistres morales, la constance résiste aux accidents (I, 4, p. 28), car la constance « n'est pas de ne point ressentir le mal : mais de le supporter avec discretion » (I, 19, p. 162).
Construction Je relève ici quelques sentences boiteuses que Balthazar Baro en 1627 traite de différentes manières.
Mme Sancier-Chateau n'analyse pas la langue de la quatrième partie de 1624 (pp. 381-383). Il aurait pourtant été intéressant de savoir si, à son avis, les erreurs corrigées dans les trois premières parties restent des erreurs dans les brouillons publiés à l'insu de l'auteur.

- IV, 1, 9. Il ne laissa pas toutefois de chercher [...], et y ayant quelque temps pensé, Philis qui n'avoit encores gueres parlé, voyant qu'il révoit, luy dit. Anacoluthe.
Baro en 1627 supprime ce texte (1, p. 47).

- IV, 1, 13. En disant cela Philis sortit.
Anacoluthe encore, car le sujet de disant n'est pas Phillis, mais Astrée.
Baro en 1627 corrige : « Phillis alors, en s'en allant : » (1, p. 53).

- IV, 1, 17. Une égale bonté à la vostre.
Baro en 1627 supprime ce texte (1, p. 54).

- IV, 1, 39. Et quels Dieux n'ont ouy les cris de tant de femmes / Mais en vain appellez.
Appellez s'accorde avec Dieux.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 89).

- IV, 1, 53. Cette Bergere se couvrant des arbres et des buissons voisins, elle se coula.
Baro en 1627 corrige : « Cette Bergere se couvrant des arbres et des buissons voisins, se coula » (2, p. 281).

- IV, 1, 56. Et ne dittes vous point, respondit Circeine, quels Bergers et quelles Bergeres ce sont.
Il faut comprendre : Et encore vous ne dites pas ....
Baro en 1627 corrige : « Et ne dites-vous point, respondit Circene, quels Bergers, et quelles Bergeres ce sont ? » Ajout d'un point d'interrogation pour justifier l'inversion (2, p. 83).

- IV, 1, 59. Le mesme effect qu'un verre le feroit.
Le pronom le est inutile.
Baro en 1627 corrige : « Le mesme effect qu'un verre feroit » (2, p. 84).

- IV, 1, 60. Et me croyez, Florice.
Maupas recommandait que « les dits pronoms datifs et accusatifs marchent apres le verbe imperatif » (p. 127). Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 85).

- IV, 1, 66. On seroit en danger de la vie.
Pour dire en danger de mort, ou en danger de mourir.
Baro en 1627 supprime ce texte (2, p. 88).

- IV, 1, 69. Salüez cette estrangere, et l'aymez.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 96).

- IV, 1, 104. Vous qui la Piralide ardente, / Croyez l'estincelle d'un feu.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 118).

- IV, 1, 105. Et puis dites asseurément, / Plus grand est cét embrasement.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 119).

- IV, 1, 146. Et me croyez Sylvandre, que je parle à bon escient.
Maupas explique ainsi cette construction : « Que si vous subjoingnez un second commandement lié au premier par quelque conjonction, lors le pronom peut retourner en son lieu prepositif apres la conjonction et sera mieux [...] Servez-moy à mon gré, ou vous en allez » (p. 128).
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 139).

- IV, 1, 147. La bonne volonté d'une personne pour qui vous n'en avez point.
Vaugelas et Richelet aussi préfèrent qui à lequel.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 139).

- IV, 2, 168. Ressentir favorable. L'adjectif est utilisé adverbialement.
Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 149).

- IV, 2, 184. Des raisons que si j'eusse fait autrement j'eusse esté blasmé.
Baro en 1627 conserve ce texte (3, p. 158).
Bourdon : Des raisons telles que si j'eusse fait autrement j'eusse esté blasmé.

- IV, 2, 206. Parce que tenant la teste appuyee sur son coude, ces estrangeres virent.
Le participe présent a une valeur causale. Son sujet n'est pas le sujet du verbe conjugué.
Baro en 1627 supprime ce texte (3, p. 170).

- IV, 2, 219. Elle ne pensant pas de pouvoir mieux rencontrer receut l'offre qu'elles luy en firent et s'acheminerent.
Baro en 1627 supprime ce texte (3, p. 178).

- IV, 2, 245. Ce Bellimarte, donc apres qu'il eut esté debouté [...] il s'addressa.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 263.

- IV, 2, 252. Un témoignage de mépris, ou d'estre importunee.
Asymétrie, ici et dans les deux exemples suivants. Voir la troisième partie η.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 267).

- IV, 2, 256. Apres l'avoir salüé et qu'il vid.
Baro en 1627 conserve ce texte (4. p. 269).

- IV, 2, 279. Vous dire de quelles reproches j'usois contre luy, ny quelque resolution que je peusse prendre.
Baro en 1627 corrige : « Vous dire de quelles reproches j'usois contre luy, quelque resolution que je pusse prendre » (4, p. 281). On notera que reproche au pluriel est au féminin.

- IV, 2, 282. Le regret estoit bien en moy assez grand d'avoir perdu.
Place de l'attribut.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 282).

- IV, 2, 284. Je te le commande de ne me jamais nommer son nom.
Baro en 1627 corrige : « Je te commande de ne me nommer jamais son nom » (4, p. 283).

- IV, 2, 305. Il supplioit le Roy de se souvenir des services [...] pour recompense de tous.
Tous remplace services.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 294).

- IV, 2, 336. De luy le Roy n'en fait pas grand estat.
En et luy renvoient à même personne.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 306).

- IV, 2, 350. Permettez moy que je vous die.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 313).

- IV, 2, 353-354. Ce bon vieillard [...] creut Mai- ô Dieux ! qui n'y eust aussi esté trompé ? qu'il parloit ....
Baro en 1627 corrige la graphie et la ponctuation : « Ce bon vieillard [...] creut, (mais ô Dieux ! Qui n'eust aussi esté trompé ?) qu'il parloit [...] » (4, p. 315).

- IV, 2, 354. Parlez vous en Chevalier tel que vous estes, ou bien si ce n'est que par civilité, et en façon de Courtisan ?
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 315).

- IV, 3, 454. Pour te faire voir que je dis vray, vois tu comme toutes tes raisons sont fausses. Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 368).

- IV, 3, 613. La larme aux yeux.
On dit généralement la larme à l'œil et les larmes aux yeux.
Baro en 1627 corrige : « La larme à l'œil » (6, p. 452).

- IV, 3, 622. Non pas, dit Phillis, si ce n'étoit point de vous, de qui tout cet oracle dépend
Baro en 1627 conserve ce texte (6, p. 456).

- IV, 4, 642. Montrer aussi bien la grandeur de sa Majesté par les exercices de la paix, qu'il en avoit faict paroistre la force par ses exploits belliqueux, à tous ceux ...
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 575).

- IV, 4, 649. Il advint que le Roy un jour apres avoir donné le plaisir à la Princesse Clotilde et aux Dames de divers jeux et spectacles, elle s'alla promener.
Baro en 1627 corrige : « Il advint que le Roy un jour, apres avoir donné le plaisir à la Princesse Clotilde et aux dames, de divers jeux et spectacles, s'alla promener » (6, p. 575).

- IV, 4, 667. Je prevoyois que je me rendrois entierement à Gondebaut ennemy de cette Princesse grandement offensee contre luy.
Deux prépostions fautives à et de.
Baro en 1627 corrige : « Je prevoyois que je me rendrois entierement Gondebaut ennemy, et cette Princesse grandement offensée contre luy » (7, p. 585).

- IV, 4, 673. Tout ce qu'il luy plaira. Cette forme est dans la première partie (I, 10, 307 recto).
Baro en 1627 corrige : « Tout ce qui luy plaira » (7, p. 588).

- IV, 4, 686. Ce qu'il luy plaira.
Baro en 1627 corrige : « Tout ce qui luy plaira » (7, p. 595).

- IV, 4, 704. Que c'est à dire qu'aymer.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 604).

- IV, 4, 746. Ils l'ont tous fait pour leur advantage, parce que ce leur en estoit beaucoup de vous espouser.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 623).

- IV, 4, 752. Il commença de nommer Darinee et Dorinde, ce qui luy fit juger ... Il remplace Ardilan. Luy remplace l'espion.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 626).

- IV, 4, 778. Que le cruel destin se mocque bien de moy, / Puis heureux éventail que je fay plus pour toy.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 640).

- IV, 4, 787. Je vous commande sur tout ce que vous desirez de me plaire de ne penser point à ce mariage.
Baro en 1627 corrige : « Je vous commande sur tout, si vous desirez de me plaire, de ne penser point à ce mariage » (7, p. 645).

- IV, 4, 795-796. D'aller faire ces messages et à Clotilde et à ce Prince il prevoyoit ...
Le de est inutile et l'infinitif signifie en allant. Si d'Urfé a corrigé ailleurs des propositions infinitives (Sancier-Chateau, p. 178), il ne l'a pas fait en 1624.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 649).

- IV, 4, 796. De ne faire aussi ce que le Roy luy avoit commandé il le voyoit si transporté de colere qu'il en craignoit encore quelque chose de pire.
Baro en 1627 corrige la ponctuation : « De ne faire aussi ce que le Roy luy avoit commandé, il le voyoit si transporté de colere, qu'il en craignoit encore quelque chose de pire » (7, p. 649).

- IV, 4, 814. Ce qu'il fit avec plus de contentement qu'il n'eust pas fait le premier commandement.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 659).

- IV, 4, 825. Nous avons faict la resolution que nous vous avons dite, mais elle n'a pas esté plustost resoluë, que nous n'ayons eu dessein de la vous dire.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 664).

- IV, 4, 842-843La Princesse qui aymoit grandement [...] elle tascha.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 763).

- IV, 4, 877. Faire ce qu'il luy plaira.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 692).

- IV, 4, 879. Il avoit à dessein de le retenir.
Amalgame de deux expressions avoir dessin, et à dessin.
Baro en 1627 corrige : « Il avoit dessein de le retenir » (7, p. 693).

- IV, 4, 879. Elle ne m'excusera pas seulement en cette action, mais de plus m'en aymera et m'en aymera d'avantage.
Baro en 1627 corrige la répétition de aymera : « Elle ne m'excusera pas seulement en cette action, mais de plus m'en estimera, et m'en aymera davantage » (7, p. 693).

- IV, 4, 883. O Dieu ! qu'il est difficile [...] aux hommes.
Baro en 1627 coupe cette longue phrase par deux points d'interrogation et un point d'exclamation (7, p. 695).

- IV, 4, 895. Le souvenir que j'eus des horreurs et des frayeurs de la nuict passee, outre que la faim me pressoit, je me resolus.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 701).

- IV, 4, 912-913. Je ne pourray jamais faire quelque chose pour vous, que je ne m'y emploie comme je doibs.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 710).

- IV, 5, 917. De l'amitié duquel elle n'avoit jamais peu se separer.
Baro en 1627 corrige : « Elle ne se pouvoit separer de sa passion » (1, p. 5).

- IV, 5, 928. Estoit au commencement de Savignieu.
Baro en 1627 corrige : « Estoit au commencement à Savignieu » (1, p. 13).

- IV, 5, 930. Vous aurez sçeu les meschantes actions qu'il a faites.
Baro en 1627 corrige : « Vous avez sceu les meschantes actions qu'il a faictes » (1, p. 14).

- IV, 5, 939. Voir une ame si peu craignant les Dieux.
Baro en 1627 supprime ce texte (1, p. 17).
• Voir aussi Négations η.
Contentement (s), content(e) Pour la première fois, le lecteur se voit promettre du contentement - par l'éditeur (IV, Liminaires). Le substantif est plus fréquent ici que dans la troisième partie - qui contient pourtant plus de mots. Au fil des années d'ailleurs, contentement(s) revient de plus en plus souvent dans les trois premières parties de L'Astrée 125 / 147 / 242.
Roger Lathuillère classe contentement parmi les mots flous dont l'emploi relève de l'euphémisme (p. 394).

Dans la première occurrence, le contentement, synonyme de félicité, est limité par l'amour :
Et croy qu'ils n'eussent deu envier le contentement du premier siecle, si Amour leur eust aussi bien permis de conserver leur felicité, que le Ciel leur en avoit esté veritablement prodigue (I, 1, 1 verso).

Contentement(s) revient 106 fois dans la quatrième partie inachevée.
- IV, 1, 4. Le tout premier contentement, celui d'Alexis, réjouit Astrée et Phillis.

- IV, 1, 24. L'auteur intervient pour dire que le contentement des héros dépend de la reconnaissance.

- IV, 1, 27. Astrée éprouve plus de contentement avec Alexis qu'avec le berger qu'elle a aimée.

- IV, 1, 58. Circène blâme ceux qui font des grandeurs le but de leur contentement, c'est-à-dire les ambitieux.

- IV, 1, 71. Écouter l'histoire de l'étrangère est un contentement pour les bergers. Sur le plaisir des auditeurs, voir les commentaires η sur le récit d'Hylas dans la troisième partie (III, 7, 331 verso).

- IV, 2, 173. Malgré ses ressentiments, Diane est contente de voir Silvandre vivant.

- IV, 2, 182 ; IV, 2, 209. Des dames auraient voulu contribuer au contentement de Silvandre.

- IV, 2, 215. Silvandre démontre que ceux qui cherchent à se contenter sont capables d'aimer.

- IV, 2, 225. Le contentement est dans les formules de politesse.

- IV, 2, 267. Des jeunes gens réunis par le père sont heureux et contents.

- IV, 2, 322. Le contentement peut être limité : quelque sorte de contentement.

- IV, 2, 325. Il eust esté trop content et moy trop heureuse.
Comme c'est Dorinde qui parle, on peut se demander si les adjectifs distinguent les sexes ou s'ils indiquent plutôt des degrés différents de satisfaction.

- IV, 2, 358. Mérindor reçoit ce qu'il désire; il connaît la joye et le contentement. Même formule dans la troisième partie lorsque Paris pense qu'il épousera Diane (III, 11, 490 recto).

- IV, 3, 523. Contentements est l'antithèse de tourments. C'est la pointe d'un sonnet de Silvandre qui débute par Comme.

- IV, 3, 526. Alexis reconnaît qu'elle n'aura pas de contentement sans Céladon.

- IV, 3, 548. Je m'en vay contente, m'estant vangee. Laonice est satisfaite mais non heureuse.

- IV, 3, 549. Les deux contentements de Laonice viennent de ses deux vengeances - nées dans la première partie du roman η.

- IV, 3, 571. Alexis, après avoir interprété le songe d'Astrée η, affirme que la bergère vivra plus contente avec le cœur de Céladon. Astrée le dénie.

- IV, 3, 575. L'échange de baisers entraîne contentement extreme pour Alexis et satisfaction incroyable pour Astrée.
« On est content lorsqu'on ne souhaite plus, quoiqu'on ne soit pas toujours satisfait lorsqu'on a obtenu ce qu'on souhaitait » (Guizot).

- IV, 3, 578. Alexis ressent tant de contentement ou plustost de transport.
« Un transport de joye a causé quelquefois la mort » (Furetière).

- IV, 3, 584. Pourquoi Phocion montre-t-il un extreme contentement lorsqu'il apprend qu'Astrée et Alexis ont échangé leurs robes ? On comprenait un peu mieux lorsque cet échange faisait rire Adamas (III, 11, 481 verso).

- IV, 3, 606. Phillis ment lorsqu'elle prétend qu'elle s'est vengée de Silvandre, et que cela lui a apporté un entier contentement.

- IV, 3, 611 ; IV, 3, 615. Désespéré par l'oracle η, Silvandre n'attend plus de contentement que du tombeau.

- IV, 4, 660. Il n'y a meilleur fard que le contentement, selon Dorinde.

Dans l'ensemble du livre 4, il s'agit essentiellement du contentement de Gondebaud, le tyran :
- IV, 4, 670 ; IV, 4, 676 ; IV, 4, 692 ; IV, 4, 725 ; IV, 4, 751 ; IV, 4, 788 ; IV, 4, 792 ; IV, 4, 811 ; IV, 4, 839 ; IV, 4, 869. Sans contentement, il n'y a pas de repos, pour le Roi (IV, 4, 730).

- IV, 4, 700. Les amours du Roi n'apporteront pas de contentement à Clotilde, dit Sigismond.

- IV, 4, 752. Sigismond s'oppose aux amours de son père, mais les avertissements de son espion lui apportent un contentement extreme.

- IV, 4, 763. Dorinde déclare que les hommes existent pour que les femmes ne connaissent pas un parfaict contentement.
- IV, 4, 775. Aimer Dorinde est le seul contentement de Sigismond.

- IV, 4, 804. Le contentement visible est un signe de la sincérité du prince, selon Dorinde.

- IV, 4, 878. Dorinde accumule les synonymes : la promesse que lui fait Sigismond la rend si contente et si satisfaite qu'elle ne voudrait pas du bonheur de la fille estimee la plus heureuse.

- IV, 4, 901-902. Le Vieil homme conseille à Dorinde d'espérer que le Ciel lui donnera les plaisirs et contentements qui [lui] sont nécessaires. Le qualificatif surprend et limite la portée du vœu.

- IV, 5, 917. Les nymphes firent bien paroistre le contentement qu'elles avoyent.

- IV, 5, 926. Le châtiment du faux druide aurait apporté un grand contentement à Adamas.

- IV, 5, 928. Climanthe aurait promis que Clidaman reviendrait plein de contentement. Galathée se trompe. Le faux druide a annoncé qu'en fin il s'en reviendroit avec toute sorte d'honneur et de gloire (I, 5, 133 recto).
Contraires IV, 4, 762. Tout l'univers se maintient par des choses contraires.
« Les contraires qui sont mis l'un devant l'autre se font mieux paroistre » (Furetière). L'harmonie provient des contraires ; cette pensée d'Héraclite commentée par les néoplatoniciens η est interprétée par les mythologues qui font d'Harmonie la fille de Mars et de Vénus. Dans les Epistres, l'homme lui-même est le fruit des contraires : « l'homme est tellement le milieu de toutes choses, qu'il est de la nature de toutes choses, et qu’estant attaché aux inferieures il ne delaisse point les superieures » (III, 1, pp. 346-347).
• Le fait que la vérité se révèle par son contraire est le thème qui fonde l'esthétique et l'éthique de L'Astrée ; c'est ce que j'ai voulu montrer dans Protée romancier.
Coquille Je n'ai pas considéré comme des coquilles les élisions archaïques : quell'est, ell'est. Comme elles ne figuraient ni dans les éditions préliminaires de L'Astrée, ni dans l'édition de référence, elles sont dues vraisemblablement à la précipitation des ouvriers réunis par Toussaint Du Bray en 1624. Ni Furetière, ni Huguet ne jugent utile d'indiquer les cas où l'élision du e ne doit pas se faire devant une voyelle ou un h non aspiré.
Baro en 1627 corrige les erreurs onomastiques et les élisions archaïques (sauf dans un poème, 2, p. 118).

- IV, 1, 5. Elle se peussent / elles se peussent.
- IV, 1, 11. Cergeres / Bergeres.
- IV, 1, 13. Ny / N'y.
- IV, 1, 16. S'en épouvante / M'en épouvante.
- IV, 1, 20. En la possession / Sans la possession.
- IV, 1, 24. Ses caresses / Ces caresses.
- IV, 1, 27. Quelques amertume / Quelque amertume.
- IV, 1, 32. Ny / N'y.
- IV, 1, 38. À seduit / A seduit.
- IV, 1, 38. Ou / Où.
- IV, 1, 40. Nistes vous / Mistes vous.
- IV, 1, 41. Lon / Long.
- IV, 1, 41. Annimal / Animal.
- IV, 1, 51. Douyr / D'ouyr.
- IV, 1, 53. Retiree / Retirees.
- IV, 1, 57. Nos Bergers / Vos Bergers.
- IV, 1, 75. Elles / Elle.
- IV, 1, 80. Bergeres / Bergers.
- IV, 1, 82. Qi l'a / Qu'il a.
- IV, 1, 91. Tantales / Tautates.
- IV, 1, 95. Engrossirent / En grossirent.
- IV, 1, 107. Nous nous sommes venus aux mains / Nous en sommes venus aux mains.
- IV, 1, 115. Son ame / Mon ame.
- IV, 1, 115. Contre / Toute.
- IV, 1, 116. Amitié / Inimitié.
- IV, 1, 145. E déplaisi / Le déplaisir.
- IV, 1, 146. Contentez / Contenter.
- IV, 1, 152. Syvandre / Sylvandre.
- IV, 2, 159. Douceur / Douleur.
- IV, 2, 160. Il n'est pas / Il n'est que.
- IV, 2, 162. Dinae / Diane.
- IV, 2, 163. Representees / representés.
- IV, 2, 164. Bient / Bien.
- IV, 2, 165. Astre / Astrée.
- IV, 2, 166. Accitents / Accidents.
- IV, 2, 167. Toute / Toutes.
- IV, 2, 168. Nous / Vous.
- IV, 2, 169. Veuë / Venuë.
- IV, 2, 177. Touchouchoit / Touchoit.
- IV, 2, 177. Presentes / Pressantes.
- IV, 2, 179. Ammobile / Immobile.
- IV, 2, 181. Adjusta / Adjousta.
- IV, 2, 185. Cette / Cet.
- IV, 2, 185. Blasme / Blasmé.
- IV, 2, 189. Englutissez / Engloutissez.
- IV, 2, 189. Pour moy / Sur moy.
- IV, 2, 197. Acquiererent / Acquierent.
- IV, 2, 197. Ce qu'il avoit, dit elle / Ce qu'il avoit dit d'elle.
- IV, 2, 200. Prudense / Prudence.
- IV, 2, 201. A ne point vonloir / À ne point vouloir.
- IV, 2, 203. Provient / Parvient.
- IV, 2, 204. N'z / N'y.
- IV, 2, 205. Ensembe / Ensemble.
- IV, 2, 205. Pes / Pres.
- IV, 2, 208. Coyes / Croyez.
- IV, 2, 213. Un autre fois / Une autre fois.
- IV, 2, 214. Mont / M'ont.
- IV, 2, 221. Inconainent / Incontinent.
- IV, 2, 221. Lesquels / Desquels.
- IV, 2, 228. Recognuistre / Recognoistre.
- IV, 2, 228. Sonti / Sont.
- IV, 2, 229. Chose / Choses.
- IV, 2, 229. Souverains / Souveraine.
- IV, 2, 229. Dépendi / Dépend.
- IV, 2, 232. Rendera / Rendra.
- IV, 2, 233. Instrumentss / Instruments.
- IV, 2, 247. En tretenoient / Entretenoit.
- IV, 2, 248. Receurs / Receus.
- IV, 2, 255. Ce disoit il / Se disoit il.
- IV, 2, 256. Cognoissoint / Cognoissoient.
- IV, 2, 256. Sçavoient / Sçavoit.
- IV, 2, 260. Dite / Dites.
- IV, 2, 260. Maymera / M'aymera.
- IV, 2, 267. Contentement / Consentement.
- IV, 2, 270. Moster / M'oster.
- IV, 2, 270. Matyn / Matin.
- IV, 2, 271. Que / Qui.
- IV, 2, 276. Certains / Certain.
- IV, 2, 279. Mal accoustumé / Mal a accoustumé.
- IV, 2, 283. Delà / De là.
- IV, 2, 286. Grands / Gants.
- IV, 2, 289. N'y / Ny.
- IV, 2, 289. Toutefeis / Toutefois.
- IV, 2, 291. Insine / Insigne.
- IV, 2, 294. De / Que.
- IV, 2, 305. Authaurité / Authorité.
- IV, 2, 306. Mépouser / M'épouser.
- IV, 2, 306. M'arier / Marier.
- IV, 2, 309. Je desirois / Il desiroit.
- IV, 2, 311. Il ne luy avoit pas dit / Il ne le luy avoit pas dit.
- IV, 2, 311. Laisseroit / Lasseroit.
- IV, 2, 311. Desobeïsesoit / Desobeissoit.
- IV, 2, 312. Voyent / Voyoient.
- IV, 2, 312. Et me faisant / En me faisant.
- IV, 2, 315. Consersation / Conversation.
- IV, 2, 316. Enfence / Enfance.
- IV, 2, 320. Pour en moy / Pour voir en moy.
- IV, 2, 321. Landemain / Lendemain.
- IV, 2, 324. Melindor / Merindor.
- IV, 2, 338. Diroit / Disoit.
- IV, 2, 339. Il ne le feroit pas l'advenir / Pas advenir.
- IV, 2, 342. Momme / Nomme.
- IV, 2, 342. Venus / Venues.
- IV, 2, 345. Qu'elle / Quelle.
- IV, 2, 347. Prestes / Prestées.
- IV, 2, 347. A / À.
- IV, 2, 353. Il y en tant / Il y en a tant.
- IV, 2, 353. À le voyant / En le voyant.
- IV, 2, 356. Et et / Et.
- IV, 2, 356. Asseuree / Asseurees.
- IV, 2, 360. Estonnes / Estonnées.
- IV, 2, 361. Mains faire / Moins faire.
- IV, 2, 362. Escrit / Escrite.
- IV, 3, 366. De manches / Des manches.
- IV, 3, 368. Ses filles / Ces filles.
- IV, 3, 374. Outrage / Outrager.
- IV, 3, 376. Ses six / Ces six.
- IV, 3, 381. N'y / Ni.
- IV, 3, 382. Luy dit-il / Luy dit-elle.
- IV, 3, 385. Autor / Autour.
- IV, 3, 386. Semblable / Semblables.
- IV, 3, 388. Periandre le Chevalier / Periandre et le Chevalier.
- IV, 3, 388. Et laquelle / Et de laquelle.
- IV, 3, 393. Chyseides / Chryseides.
- IV, 3, 394. Ou est / Où est.
- IV, 3, 396. Se mot / Ce mot.
- IV, 3, 396 De la premiere chose / Que la premiere chose.
- IV, 3, 398. Javois / J'avois.
- IV, 3, 400. Grase / Grasse.
- IV, 3, 403. Lui accompagner / L'y accompagner.
- IV, 3, 404. Moins obligee à ceux qui l'ayment, qui non pas à ceux qui luy veulent mal / Moins obligee à ceux qui l'ayment, que non pas à ceux qui luy veulent mal.
- IV, 3, 405. Le non / Le nom.
- IV, 3, 407. Qu'elle / quelle.
- IV, 3, 408. Exemptez-là / exemptez la.
- IV, 3, 412. L'ayant peu rechauffer / L'ayent peu.
- IV, 3, 413. De ses compagnes / Que ses compagnes.
- IV, 3, 414. Ce pleignant /Se pleignant.
- IV, 3, 415. Peu soulager / Peust soulager.
- IV, 3, 415. Alleguer / Alleger.
- IV, 3, 417. Tant des nuicts / Tant de nuicts.
- IV, 3, 421. Por / Pour.
- IV, 3, 421. Ce n'estoient pas / Ce n'estoit pas.
- IV, 3, 422. Belle bergeres / Belles bergeres.
- IV, 3, 424. Aymant / Aymast.
- IV, 3, 427. Qu'elle soit toucher / Touchee
- IV, 3, 428. Où ma resolution / Ou ma resolution.
- IV, 3, 433. Finir / Fine.
- IV, 3, 439. Cet infortune / cette infortune.
- IV, 3, 441. À / A.
- IV, 3, 442. Repliques / Republiques.
- IV, 3, 446. Apres / Aupres.
- IV, 3, 446 Où / Ou.
- IV, 3, 446. Qu'elle / Quelle.
- IV, 3, 448. Pleines / plaines.
- IV, 3, 450. Où / Ou.
- IV, 3, 450. C'est opiniastre / Cest.
- IV, 3, 451. Mesprise / Mesprises.
- IV, 3, 452. Où / Ou.
- IV, 3, 454. À / A.
- IV, 3, 454. Aimmee / Aimee.
- IV, 3, 456. À / A.
- IV, 3, 456. Estmes / Estimes.
- IV, 3, 456. Où / Ou.
- IV, 3, 457. Auray aimez / Auray aimées.
- IV, 3, 458. Nais / Nés.
- IV, 3, 458. Presuppose / Presupposes.
- IV, 3, 459. À mise / A mise.
- IV, 3, 463. Cettte / Cette.
- IV, 3, 467. La sorte du mouvement / La sorte de mouvement.
- IV, 3, 470. Rencontré / Rencontrée.
- IV, 3, 471. Berge / Berger.
- IV, 3, 473. On / Ont.
- IV, 3, 473. À / A.
- IV, 3, 474. Et avant que / Et si avant que.
- IV, 3, 477. A / À.
- IV, 3, 479. Maistres / Maistresses.
- IV, 3, 480. Celeste / Celestes.
- IV, 3, 481. En / Ne.
- IV, 3, 482. Pressà / Pressé.
- IV, 3, 483. Ou / Où.
- IV, 3, 488. Estranger / Estrangers.
- IV, 3, 489. Lordre / L'ordre.
- IV, 3, 490. Estoille / Estoilles.
- IV, 3, 490. Ou / Où.
- IV, 3, 491. N'ay / Nay.
- IV, 3, 491. Ou / Où.
- IV, 3, 492. Ssupporter / Supporter.
- IV, 3, 496. Qu'elle / Quelle.
- IV, 3, 497. Ou / Où.
- IV, 3, 503. Trair / Trahir.
- IV, 3, 506. Toute autre / Tout autre.
- IV, 3, 508. À / A.
- IV, 3, 512. Il / Ils.
- IV, 3, 514. Despoir / Dessespoir.
- IV, 3, 514. Ce / De.
- IV, 3, 515. Vl / Vil.
- IV, 3, 516. Soupporter / Supporter.
- IV, 3, 521. L'eurent / Lurent.
- IV, 3, 521. El l'ayme / Elle ayme.
- IV, 3, 522. Presant / Pressant.
- IV, 3, 526. Ce / Se.
- IV, 3, 531. Dieane / Diane.
- IV, 3, 537. Atttendre / Attendre
- IV, 3, 548. Harangeuse / Harangueuse.
- IV, 3, 549. À / A.
- IV, 3, 551. Quoy je vous puisse dire / Quoy que je vous puisse dire.
- IV, 3, 552. Qu'elle / Quelle.
- IV, 3, 557. Elle / Celle.
- IV, 3, 557. Cherché / Cherche.
- IV, 3, 565. Privé / Privée.
- IV, 3, 569. Ay / Ay eue.
- IV, 3, 572. Verra porter / Verra portée.
- IV, 3, 582. Habillés / Habillez.
- IV, 3, 584. Abiller / Habiller.
- IV, 3, 585. Ou / Où.
- IV, 3, 592. Sine / Signe.
- IV, 3, 597. À / A.
- IV, 3, 600. A qui / À qui.
- IV, 3, 600. Ou la verifier / Ou verifier.
- IV, 3, 600. Ou j'estois / Où j'estois.
- IV, 3, 600. Bergeres / Bergere.
- IV, 3, 603. Creu / Creue.
- IV, 3, 604. Fallites / Faillites.
- IV, 3, 610. Aurés / Aurez.
- IV, 3, 611. Eusse ay je / Eussè-je.
- IV, 3, 611. Réprit / Reprit.
- IV, 3, 612. Réprit / Reprit.
- IV, 3, 613. Voulés / Voulez.
- IV, 3, 613. Ses / Ces.
- IV, 3, 615. Aurés / Aurez.
- IV, 3, 615. Plaindrés / Plaindrez.
- IV, 3, 618. Jurés / Jurez.
- IV, 3, 619. Trompés / Trompez.
- IV, 3, 619. Le / La.
- IV, 3, 620. Quand / Quant.
- IV, 3, 621. Pendant / Perdant.
- IV, 3, 621. Ignorante Bergere / Ignorant Berger.
- IV, 3, 621. Te meure / Ne meures
- IV, 3, 622. Un de ses métiers / Un de ces métiers.
- IV, 3, 623. A / À.
- IV, 3, 623. Là / La.
- IV, 3, 625. Je vous déja dit / Je vous ay déja dit.
- IV, 4, 635. Nous / Vous (deux fois).
- IV, 4, 637. Sçavoir / Avoir.
- IV, 4, 639. Pour faire jusques où / Pour faire voir jusques où.
- IV, 4, 648. Bellimart / Bellimarte.
- IV, 4, 650. Se repentaient / Se ressentaient.
- IV, 4, 650. Despouillez / Despouillee.
- IV, 4, 655. Patience / Impatience.
- IV, 4, 657. Le treuvant / Les treuvant.
- IV, 4, 661. La terre des / Toutes les.
- IV, 4, 668. Ses / Ces.
- IV, 4, 664. L'asseurer / S'asseurer.
- IV, 4, 680. Impossible / Possible.
- IV, 4, 682. Qui luy pria/ Qu'il luy pria.
- IV, 4, 682. Le divulguer / De divulguer.
- IV, 4, 683. Avec d'artifice / Avec tant d'artifice.
- IV, 4, 685. D'avoir / Content d'avoir.
- IV, 4, 688. Ce qui est / Ce qu'il est.
- IV, 4, 694. Qualite des / Qualites de.
- IV, 4, 697. Il y a des personnes ausquelles de bon heur qu'elles n'eussent osé esperer / Il y a des personnes ausquelles il arrive plus de bon heur.
- IV, 4, 698. La / Sa.
- IV, 4, 705. Importante / Importantes.
- IV, 4, 706. Apperceüe / Apperceu.
- IV, 4, 709. La promis / L'a promis.
- IV, 4, 712. Rend / Rendent.
- IV, 4, 715. Jours / Joues.
- IV, 4, 718. Compagnie / Compagne.
- IV, 4, 720. Compagnee / Compagne.
- IV, 4, 720. Quez / Que.
- IV, 4, 728. Interrompus / Interrompues.
- IV, 4, 730. Parler de Darinee / Parler à Darinee.
- IV, 4, 739. Je ne le sçache pas / Je ne la sçache pas.
(Le pronom complément remplace chose).
- IV, 4, 740. Disje / Dis je.
- IV, 4, 743. Voulez sçavoir / Voulez-vous sçavoir.
- IV, 4, 755. Ayse / Aysé.
- IV, 4, 764. Ayant / Aymant
- IV, 4, 772. Abjuration / Adjuration.
- IV, 4, 777. Plu / Plus.
- IV, 4, 778. Tira / T'ira.
- IV, 4, 779. Aupres / Après.
- IV, 4, 782. Vous empeschera / Nous empeschera.
- IV, 4, 784. Darinee / Dorinde.
- IV, 4, 800. Ne vous fera / Ne nous fera.
- IV, 4, 805. Là / La.
- IV, 4, 809. Ardilan / Gondebaud.
- IV, 4, 818. Impossible / Possible.
- IV, 4, 820. Je voudrois bien les meriter / Je voudrois bien le meriter.
- IV, 4, 821. Nostre presence / Vostre presence.
- IV, 4, 833. C'ela / Cela.
- IV, 4, 834. Nous ayder / Vous ayder.
- IV, 4, 840. Frere / Pere.
- IV, 4, 843. Demanda / Manda.
- IV, 4, 844. Demandoit / Mandoit.
- IV, 4, 857. Presente / Represente.
- IV, 4, 865. Ramaner / Ramener.
- IV, 4, 870. Luy dit / Me dit.
- IV, 4, 870. Vous verrez / Vous versez.
- IV, 4, 874. Ha sœur / Ma sœur.
- IV, 4, 879. Clotide / Clotilde.
- IV, 4, 880. Pour vous / Pour nous.
- IV, 4, 884. Pint / Point.
- IV, 4, 884. Il vous blasmoit / Il nous blasmoit.
- IV, 4, 885. Recogneus / Recogneues.
- IV, 4, 886. Un de nous / Une de nous.
- IV, 4, 886. Encore que nous fussions assez / Encore que nous fussions assez proches.
- IV, 4, 891. Avoir / Voir.
- IV, 4, 892. Donnerent elle / Donnerent ils.
- IV, 4, 892. Brui / Bruit.
- IV, 4, 895. Seul / Seule.
- IV, 4, 896. Rendit / Remit.
- IV, 4, 897. Soulagment / Soulagement.
- IV, 4, 898. Il n'eust / Il n'y eust.
- IV, 4, 901. A / À.
- IV, 4, 906. Condire / Conduire.
- IV, 4, 906. Nous en sçauront / Vous en sçauront.
- IV, 4, 912. Pleine / Plaine.
- IV, 5, 918. Fust presenter / Fit presenter.
- IV, 5, 928. Confirmer / Confier.
- IV, 5, 932. Apperceu / Apparence.
- IV, 5, 935. Semblables / Semblable.
- IV, 5, 936. Du lict / Au lict.
- IV, 5, 937. S'en vid esclairer / S'en vint esclairer.
- IV, 5, 940. Amadis / Amasis.
Cordons IV, 4, 715. Les chappeaux dont les cordons de pierreries estinceloient.
Richelet définit le cordon comme « Tout ce qui entoure le bas de la forme du chapeau, & qui sert à l'embélir ». Furetière écrit : « Un cordon de chapeau, de soye, d'or, ou d'argent ».
Corps IV, 3, 565. Mon corps seroit tousjours mon corps, et [...] mon ame seroit tousjours la mesme.
Alexis donne ainsi une définition originale du travestissement qui n'affecterait ni le corps ni l'âme.
Couleurs Les noms de couleurs restent rares sous la plume d'Honoré d'Urfé, en voici une preuve : lorsque Dorinde décrit complaisamment les tenues somptueuses de la suite de Clotilde, elle se contente de mentionner des « robes de couleurs toutes chargees et d'or et d'argent » (IV, 4, 714).
Dans l'ensemble de la quatrième partie, le blanc, le noir, le rouge et le vert l'emportent.

Blanc : 11 fois. À souligner : ni les bergers ni le clergé ne portent des costumes blancs.
- IV, 1, 2. Un sein plus blanc que neige.
Furetière donne plutôt « blanc comme neige, en parlant du linge, blanc comme albastre, en parlant d'un beau sein ». D'Urfé a comparé le sein avec la neige (III, 10, 430 recto), mais la jambe (I, 5, 135 verso), le bras (III, 10, 430 recto) et le cou (III, 7, 273 recto) avec l'albâtre, peut-être par association avec la sculpture.
- IV, 2, 164. Éclatante blancheur.
Des parties du gui gravé sur le bras de Silvandre.
- IV, 2, 250. Il propose la carte blanche.
Donner pleins pouvoirs. Expression ancienne qu'on trouve déjà chez Chrétien de Troyes par exemple, mais qui est nouvelle dans L'Astrée.

Noir : 9 fois. Il s'agit surtout des étrangers et de leurs yeux.
- La malice noire définit un chevalier prêt à devenir bigame (IV, 2, 340).
- L'humeur noire est une grande peine dont il faut se décharger (IV, 4, 905). Furetière explique que la bile noire est aussi appelée mélancolie (Article Bile). C'est le sens que donne d'Urfé à cette expression.

Rouge : 8 fois. La rougeur indique la honte ou la pudeur ainsi que la petite vérole. Le sang coule lors de combats. Cependant, au lieu d'apporter une touche de couleur, le sang est, à deux reprises, transformé en larmes (IV, 3, 498 ; IV, 4, 870).
Astrée illustre son propos η à l'aide d'un rouge tout à fait théorique :
- Si je voyois que tous eussent opinion qu'une couleur fust jaune, encore qu'elle semblast estre rouge, je croirois infailliblement que mon œil se tromperoit (IV, 3, 432).
Jaune et rouge ne sont pas diamétralement opposés : « L'ochre rouge se fait de l'ochre jaune à force de feu » (Furetière, Article Ochre).

Le vert qualifie beaucoup plus souvent l'œil (IV, 1, 102 ; IV, 1, 140 ; IV, 1, 141) que la nature. Lorsqu'il s'applique à une plante il s'agit d'une tache de naissance : un rameau de gui dont la couleur est ternie (IV, 2, 163).
Coups IV, 2, 261. Dorinde n'est pas insensible aux coups d'Amour.
L'expression revient ici pour la quatrième fois dans L'Astrée. Il s'agit toujours des sentiments d'une femme. Les premiers « coups d'Amour » indiquent qu'Aminthe est sensible aux déclarations de Céladon (I, 4, 120 verso). Les deuxièmes « coups d'Amour » sont dans la bouche d'un observateur perspicace : Hylas fait croire à Périandre que Dorinde l'aime, car elle « n'est pas insensible aux coups d'Amour » (II, 4, 226). La troisième partie ajoute une nuance curieuse aux « coups » de l'amour. Cette fois, c'est une femme qui parle d'une autre femme : le « cœur de rocher » de Clarinte sera sensible aux « coups » de l'Amour (III, 4, 130 verso), affirme Daphnide.
Coustume gauloise Le romancier relève trois coutumes qu'il dit gauloises :
- en Forez, porter assistance aux étrangers (IV, 1, 45),
- à Lyon, danser aux chansons (IV, 4, 655)
- et présenter un momon (IV, 4, 678).
Dans les trois premières parties, la danse n'était pas considérée une spécialité gauloise. En revanche, les lois gauloises ou foréziennes de l'hospitalité étaient souvent évoquées (I, 5, 124 recto ; II, 4, 184, III, 2, 36 verso).
• Voir aussi la troisième η partie.
Croire IV, 5, 924. La passion vous empescha de me croire.
Léonide a surpris le secret de la machination (I, 5, 123 verso), puis elle a attendu quelques jours avant de déclarer à Galathée : « Il vous a esté fait la plus fine meschanceté que jamais Amour inventast » (I, 10, 317 verso). Méfiante, la Princesse a réagi avec tant de mépris que Léonide a demandé à Adamas de faire fuir Céladon (I, 10, 318 recto).
Croyez Faut-il croire que Laonice a dit à Diane la vérité (III, 11, 478 recto) ?
- IV, 1, 109. Phillis juge que sa compagne a cru « un peu trop legerement ».
- IV, 1, 126. Astrée propose d'interroger le jeune homme. En fait, elle-même n'a pas douté de Laonice auparavant (III, 11, 478 recto).
- IV, 2, 176. Phillis demande à Silvandre de justifier ses gestes.
- IV, 2, 181. Phillis amplifie les descriptions faites par Laonice.
- IV, 2, 188. C'est à la forme négative et interrogative que Phillis demande de nouvelles confirmations.
Curiosité IV, 4, 664. Il fist semblant d'avoir la curiosité de voir comme cette jeune Princesse s'habilloit.
Le Roi a une autre curiosité !

• En janvier 1609, lors des répétitions du Ballet de la Reine, Henri IV tombe amoureux de Charlotte de Montmorency. Âgée d'une quinzaine d'années, la jeune fille était promise à Bassompierre (Henri, p. 324). Voir Événements.
Tallemant des Réaux raconte que le Roi a vu la jeune fille déguisée faisant semblant de lancer un javelot, « elle fit cette action de si bonne grace, qu'effectivement il en fut blessé au cœur » (I, p. 69). Antoine Adam met en doute le récit de Tallemant (Ibid., Notes, I, p. 754).

• Le prince Childéric aussi tombe amoureux d'une jeune fille promise à un autre lorsqu'il la voit déguisée pour danser (III, 12, 516 verso). Il la fait peindre (III, 12, 518 recto) comme Henri a fait peindre Charlotte de Montmorency (Tallemant, I, p. 69).

• La « beauté extraordinaire » de Charlotte (Ibid., I, p. 67) peut avoir prêté d'autres aventures à Dorinde. Charlotte croyait devenir reine (Ibid., I, p. 70) et elle a attrapé la petite vérole. Une fois guérie, elle devint « la plus belle personne de la Cour » (Ibid., I, p. 71). Si l'on ajoute que Charlotte de Montmorency a aussi dû s'enfuir pour s'éloigner du Roi (Ibid., I, p. 70), on admet que Patru a eu raison. Sa conclusion est à retenir : « Toutes les histoires de L'Astrée ont un fondement veritable : mais l'Auteur les a toutes romancées, si j'ose user de ce mot : je veux dire que pour les rendre plus agreables, il les a toutes mêlées de fictions, qui quelquefois sont des fictions toutes pures, mais plus souvent ce ne sont que voiles d'un ouvrage exquis dont il couvre de petites veritéz qui autement seroient indignes d'un Roman » (II, p. 559).
Danse IV, 4, 660. Selon la coustume l'on va desrobant celle qui danse.
Cette danse pourrait être une allemande.
Danses IV, 2, 268. Divers desseins de danses, de tournois et de behours.
Trois jours de fêtes ont marqué le début de janvier 1619, quand le Duc η de Savoie a célébré les noces de son fils η avec Chrétienne, fille d'Henri IV. Voir Événements.
Dans les Amadis aussi dames et chevaliers dansent fréquemment. On y rappelle ce proverbe : « Apres la pance, la dance » (XI, ch. 11).
Déité IV, 5, 937. La deité qu'il servoit en ce lieu.
Ici et plus bas, il s'agit probablement d'Hécate, comme dans la première partie.
Baro en 1627 conserve l'anonymat de la déité (1, p. 21).
Demander IV, 2, 218. Il ne demandoit point la reputation qu'il avoit.
Il mérite sa réputation, il ne l'a pas usurpée. Cette acception de demander n'est pas dans les dictionnaires.
Déplaisir de Diane IV, 1, 12 ; IV, 1, 70.
Effet du mensonge de Laonice (III, 12, 551 verso).
Depuis peu IV, 4, 670. La passion de Gondebaud pour Criséide est décrite dans la troisième partie. Le Roi était alors présenté comme « un jeune homme » (III, 8, 343 verso).
Des autres IV, 3, 411. Il y a des hommes trompeurs, et des autres qui ne le sont pas.
Vaugelas lui-même écrit « quelqu'un des autres » (p. 545).
Baro en 1627 corrige : « Il y a des hommes trompeurs, et d'autres qui ne le sont pas » (5, p. 346).
Description IV, 4, 912. Entre ces deux colines, qui sont comme le pied des plus hautes montagnes.
Encore une fois, Honoré d'Urfé se plaît à décrire le Forez vu de haut. Délectable et serpentant sont des termes devenus familiers au lecteur de L'Astrée.
Desespoir IV, 3, 515. Mon mal s'est changé en desespoir [...] ne seroit-ce pas une extreme méconnoissance, d'avoir les extremes malheurs que j'ay, et ne les connoistre pas ?
Silvandre a-t-il droit au désespoir comme il l'affirme ? Oui, tant qu'il n'envisage pas de se tuer (IV, 3, 517).
Chaque partie de L'Astrée renferme une condamnation du suicide (I, 12, 405 verso ; II, 12, 868 ; III, 6, 241 recto).

• Voir Espérance η, Impiété η et les Notes de la troisième partie η.
Desespoirs IV, 4, 890. Les desplaisirs, ou plustost les desespoirs.
Gradation soulignée par la paronomase. Le pluriel ajoute de l'emphase ; s'il « laisse deviner toute la richesse et la complexité de la notion abstraite » (Lathuillère, I, p. 391), il prend aussi la place de l'analyse précise.
Desirés - IV, 1, 71. Vous desirés.
Il s'agit d'une graphie, archaïque mais légitime, pour la 2e personne du pluriel (Maupas, p. 15). Elle revient souvent dans la quatrième partie : trouvés pour trouvez par exemple (IV, 3, 394).

Desja IV, 2, 235. Rappel du mariage de Florice (II, 4, 247).
Desobliger IV, 5, 931. Desobliger ici n'a pas de sens. Il vaut mieux lire se les obliger.
Baro en 1627 corrige : « Il a eu le moyen de se les obliger en diverses occasions » (1, p. 15).
Désolé Berger IV, 2, 201. Silvandre appartient maintenant à ce groupe η !
Dessein - IV, 1, 92. Ayant fait dessein de ne l'éloigner.
Dessein dicté par la prudence ? Lorsque Phillis a dû s'éloigner, Lycidas a été infidèle (I, 4, 107 recto). Nul ne le rappelle.

- IV, 5, 932. Ce dessein fust faict.
La scène a eu lieu chez Adamas (III, 12, 550 verso).
Detestable IV, 1, 90. Detestable et heureuse : deux adjectifs inattendus et contradictoires qui auraient dû entraîner une question d'Alexis.
Deux hommes IV, 3, 499. Le premier est Alcandre (IV, 3, 504), le second Amilcar (IV, 3, 505). Ces deux frères qui ont la même opinion de l'amour l'exposent dans des sonnets qui se ressemblent.
Devenir IV, 1, 87. Estant, comme vous voyez, devenüe Druyde.
C'est en plaisantant qu'Astrée fait semblant de se croire transformée. « L'habit ne fait pas le moine », dit le proverbe qui remonte au moins au Roman de la Rose (Furetière, Article Moine), et que d'Urfé démontre abondamment (Voir par exemple Achille).
Devoir IV, 4, 699. Encore que Dorinde en ait usé jusques icy, comme elle a deu.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 602).
Le passé composé est mis pour l'imparfait. Cependant, on lit dans la deuxième partie : Cela estoit cause qu'elle ne recevoit pas son service comme elle devoit (II, 4, 261).
Di IV, 4, 742. Di moy, je te prie.
Unique occurrence de cette forme archaïque de dire.
Baro en 1627 écrit : « Dy moy, je te prie » (7, p. 621).
C'est la conjugaison du verbe Dire chez Maupas. Le grammairien explique que la première personne ne devrait pas prendre de s, mais que « l'usage a gangné » (p. 221) : On peut donner aux deux premières personnes du singulier la même forme pour les verbes du 2e groupe. Lui-même écrit : Di-je, p. 121, Je vi, p. 219, Je choisi, p. 222, Je beni, p. 226, etc.
Diane IV, 1, 104. Je vis en Diane et en moy.
Silvandre adopte une pensée d'Equicola : « Le vray amoureux est mort en son corps, et vivant en celuy de l'aymée » (Livre 3, f° 150 verso).
Dieu - IV, 2, 276. Ô Dieu.
L'atelier de Toussaint Du Bray, donne Dieu, alors que celui de Pomeray donne Dieux. Voir Différences η.
Le pluriel pourrait être préférable parce que, un peu plus loin, dans ce même poème, il est question de grands Dieux (IV, 2, 277).
Baro, en 1627, généralement ne modifie pas les vers. Le premier Dieu reste au singulier et le second au pluriel (4, p. 279-280).

- IV, 4, 720. Ici, Toussaint Du Bray donne Dieu alors que Pomeray donne Dieux.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 611).

- IV, 3, 622. Pour ne faire point mentir le Dieu.
Il s'agit du dieu anonyme qui a donné l'oracle prononcé par Cléontine. On notera qu'Amour, dans cette phrase, n'est pas une divinité ; il est traité de métier et non de science ou de puissance
Différences Les deux états de la quatrième partie de 1624 ne sont pas identiques. Le texte que j'édite sort des presses de Toussaint Du Bray. L'exemplaire de la BnF est dû à F. Pomeray.
Il y a non seulement les prévisibles différences de graphie, mais encore quelques différences au niveau du vocabulaire, ce qui indique combien de libertés prenaient les ateliers d'imprimeurs. Voici quelques exemples :
- IV, 1, 144. L'exemplaire de la BnF donne aucune de ses actions au lieu de chacune, ce qui rend la phrase boiteuse.
- IV, 3, 534. L'exemplaire de la BnF ajoute Incontinent et chère dans une réplique de Diane.
- IV, 3, 538. Ny moins encore laisser devient l'incompréhensible ny moins laisser dans l'exemplaire de la BnF.
• Voir Choix éditoriaux.
Difficulté IV, 2, 249. Les difficultez augmentent le desir.
C'est une réflexion que l'on rencontre fréquemment dans L'Astrée. En un sens, elle justifie l'accumulation des obstacles en pays de roman. Un adage souligne les bienfaits des difficultés en général : « Vent au visage rend l'homme sage » (Cotgrave). Le point de vue d'Equicola est à peine différent : « Les dons sont plus agreables et ameinent plus grand plaisir, estans un peu niez » (Livre 5, f° 264 recto).

La Curne rapporte ce sujet discuté dans les cours d'amour : « On demande, dans un jeu parti, lequel vaut mieux de jouir souvent des faveurs de sa dame, mais avec difficulté, ou d'en jouir rarement, mais sans aucune inquiétude » (Article Cheval).

• Voir Arc η, Brasier η, Contrariété η.
Difficultez IV, 1, 14. Les difficultez qu'elle me propose.
Astrée désire suivre Alexis aux Carnutes. Lorsqu'elle demande à Léonide d'intercéder pour elle, la nymphe lui conseille plutôt de s'assurer que la feinte druide reste dans le hameau. Léonide déclare alors : « Je voudrois vous voir entierement contente » (III, 11, 485 recto). La bergère n'est pas en mesure de comprendre la portée de ce souhait. Elle-même envisage les difficultés que soulèvera son oncle.
Discours d'Ardilan Ardilan est éloquent. Curieusement, son discours renferme plusieurs expressions archaïques parfois boiteuses, voire fautives. Baro en 1627 en corrige une seule.

- Songer une ruse (IV, 4, 675).

- Prendre accès (IV, 4, 676). Les dictionnaires relient prendre et accès seulement quand il s'agit de prendre un accès de fièvre.

- Le divulguer (verbe substantivé) (IV, 4, 682).
Baro en 1627 corrige : « Il n'y a rien qui ruyne tant toutes sortes d'affaires que les divulguer » (7, p. 593).

- En ouvrir la bouche (IV, 4, 684).

- Elle a bien plus de faute de prendre conseil (IV, 4, 684).
Dissimulation IV, 1, 132. Il a feint le contraire avec tant de dissimulation.
Diane multiplie les pléonasmes puisqu'elle vient de décrire Silvandre comme une ame si dissimulee et si feinte !
Dit-il IV, 3, 389. Dit-il suit il s'escriast.
Maladresse qui prouve que le romancier n'a pas relu son texte.
Baro en 1627 conserve ce texte (4, p. 333).
Diversité IV, 1, 101-102. Des goûts et des couleurs on ne discute pas ?
Hylas développe le célèbre adage latin De gustibus. Des goûts et des couleurs on ne discute que pour montrer la relativité de la notion de beau. Equicola lui-même démontre la variété des goûts en comparant les préférences de plusieurs écrivains de l'antiquité (Livre 1, f° 32 recto et verso) ainsi que les conduites amoureuses de différents peuples (Livre 4, f° 233 recto).

• Amusante et peut-être pertinente, la longue remarque d'Hylas indique les bornes de la réflexion dans L'Astrée. Le lecteur est désappointé : au XVIe siècle, la découverte de nouvelles terres et la parution de relations de voyage ont attisé toutes les curiosités, mais non celle d'Honoré d'Urfé ou de ses personnages. « Notre monde vient d'en trouver un autre », écrivait alors Montaigne (III, 6, p. 123). Même en se cantonnant dans la Gaule du Ve siècle pour respecter la vraisemblance, Honoré d'Urfé et ses personnages auraient pu relever autre chose que les traits physiques les plus superficiels en parlant de diversité.

• Voir Beauté η, Couleurs η, Opinion η.
Dons IV, 2, 313. Les dons ravissent la liberté de celuy qui les reçoit.
Le proverbe est plus cru : « Qui d'autruy prend subject se rend : Prov: He that receives a favour sells his libertie » (Cotgrave, Article Prendre). Corneille donnera une formule lapidaire : « Quiconque prend se vend » (Suite du Menteur, II, 5, v. 670).

• Dans une estampe du XVIIe siècle (Gallica), on lit : « Fille qui prend se vend. Femme qui donne s'abandonne ». Dorinde se rapproche ainsi de la Dame sans nom de la première partie !
Dorinda Dans la deuxième partie de L'Astrée, trois hommes ont recherché Dorinde, Téombre, Périandre et Hylas ; dans la quatrième, Périandre a quatre nouveaux rivaux, Mérindor, Bellimarte, Gondebaud et Sigismond. Dorinde s'avère toujours prête à accorder sa main à qui la demande, car elle ne rejette que ceux qui s'éloignent d'elle.

Elle détient un record. Stelle, la plus volage des bergères du Forez, a aimé (ou feint d'aimer) quatre hommes après avoir perdu le vieillard anonyme qu'elle avait épousé : Lysis, Corilas, Semire et Hylas. Galathée, la plus volage des nymphes, en a aimé trois : Polémas, Lindamor et Céladon.
Pour voiler l'extraordinaire versatilité de Dorinde, Honoré d'Urfé veut que son personnage se juge (à tort ou à raison) trompé par tous les hommes à qui auraient été accordées des faveurs éphémères.

SignetLe nom même de Dorinde pourrait être un indice ironique. Chez Guarini, Dorinda est une nymphe qui aime désespérément Silvio. Quand elle se couvre d'une peau de loup, Silvio ne la reconnaît pas et l'atteint d'une flèche. C'est la pitié qui inspire enfin de l'amour au jeune homme (IV, 9). La Mesnardière, dans sa Poétique, nomme Dorinde pour donner un exemple d'amante effrontée (I, pp. 304 et 312).

• On peut voir la Dorinda blessée de Philippe Quantin (~1600 - 1636) dans ce site (24 mars 2017). D'après la notice de Claude Béziers, le tableau date des années 20 et fait partie d’une série dans le « Cabinet du Pastor Fido » au Château d’Ancy le Franc (Yonne). La propriété appartenait à Charles-Henri de Clermont-Tonnerre (1572 - 1640), lieutenant général du Roi en Bourgogne.
Druides IV, 1, 61 ; IV, 2, 166 ; IV, 2, 174 ; IV, 3, 385 ; IV, 3, 387 ; IV, 3, 389 ; IV, 3, 465 ; IV, 3, 473.
La quatrième partie se déroule essentiellement dans les hameaux. Elle montre des druides actifs, figures d'autorité qui tentent par exemple de justifier la présence inattendue de temples romains à Marcilly. Ces druides restent peu individualisés puisqu'ils sont tous anonymes. On s'étonne d'en rencontrer à Lyon et jusque dans la cour de Gondebaud (IV, 2, 233 ; IV, 2, 341 ; IV, 2, 357).

Dans la quatrième partie, le druide Adamas réside à Marcilly, loin des bergers. Il est aussi loin d'Alexis, la « feinte druyde », mais confronté à un « feint druyde », Climanthe (IV, 5, 936).
Efforts IV, 4, 699. Une place resiste bien aux premiers et seconds efforts, qui sera forcee enfin aux troisiesmes.
« L'arbre ne tombe pas du premier coup », dit le proverbe (Cotgrave, Article Coup).
Lorsque Sigismond compare Dorinde à une place à prendre, il parle en militaire, non en amoureux. Il compare d'ailleurs l'amour à une maladie contagieuse.
Eloge IV, 3, 520. Les villes ont de quoy porter envie à ces bois et à ces rives solitaires.
Cet éloge succinct de la vie pastorale repose seulement sur l'admiration inspirée par Silvandre, un fils de druide déguisé en berger.

• Voir l'éloge η fait par Circène.
Eloquence IV, 1, 126. Sylvandre qui a opinion de pouvoir par son éloquence éblouïr aussi bien les yeux de nos esprits que les sorciers η ceux de nos corps.
L'influence de l'éloquence est un thème développé par Platon surtout dans le Gorgias. Equicola décrète : « Nous desirons que nostre Amant ne soit sans l'art de bien dire, lequel est vray art » (Livre 4, f° 255 verso).

• Voir aussi la troisième partie η.
Embonpoint IV, 1, 102. Trop d'embon-point.
Notion relative comme le montre sa définition : « Pleine santé qui est accompagnée d'un peu trop de graisse » (Furetière).

Ronsard explique avec humour qu'on peut aimer la « grasselette » comme la « maigrelette » (Gayetez et Epigrammes. Éd. Blanchemain, VI, pp. 353-358).

Equicola s'appuie sur Vitruve pour préciser que la beauté féminine dépend essentiellement des proportions. Ainsi, « le bras est deux fois et demy aussi gros que le gros doigt [et] la proportion de la jambe au bras est d'un et demy » (Livre 2, f° 134 recto). Selon le Larousse du XIXe, l'embonpoint dépendrait plutôt du teint : les « personnes brunes nerveuses » seraient moins sujettes à l'embonpoint que les personnes « aux cheveux blonds ou châtains ».

• Stella Mary Newton Obe rapporte le cas d'un tableau du XVe siècle modifié par un de ses propriétaires pour rendre plus gros les bras de la femme dépeinte (p. 23).
Enfants IV, 3, 562. Il vous cherit par-dessus tous ses enfans.
Formule maladroite, car le druide n'a que deux enfants, Alexis et Paris.
Enquoy IV, 4, 735. C'est enquoy il est necessaire.
Il faut comprendre C'est pourquoi.
Entendement IV, 3, 451-452. S'il est vray que nous ne prevalons sur le reste des animaux que par l'entendement, n'est-il pas vray que ceux qui manquent d'entendement, sont semblables à ces animaux sans raison.
Deux des Epistres morales traitent particulièrement de l'entendement. D'Urfé rappelle que non seulement l'homme « a de l’entendement plus que les autres animaux » (III, 1, p. 345), mais encore qu'il n'y a « rien de grand en l’homme que l’entendement  » (les italiques sont dans le texte, III, 1, p. 349). L'entendement seconde l'âme comme l'œil seconde le corps (III, p. 397) ; il perçoit et interprète. Chez Equicola, il s'agit de « ceste raison, ou entendement, ou conseil, ou prudence, quelle qu'il vous plaise l'appeller » (Livre 6, f° 322 verso), qui est en mesure de considérer la beauté.
Envoyer IV, 4, 662. En envoyer le temps.
Il faut probablement lire employer le temps, expression qui est dans Furetière et Richelet.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 582).
Esblouis IV, 3, 393. Les yeux d'Hylas sont éblouis.
Verbe bien choisi ! Éblouir, c'est « Empescher l'action de la veuë » (Furetière), c'est mettre un voile ou un nuage devant les yeux (« To cast a mist before the eyes », Cotgrave).
On notera également, dans l'énumération de ce qui éblouit, les noms féminins mis au pluriel et donc multipliés.
Esclorre IV, 4, 707. Vous le verrez esclorre.
« Naistre, commencer à paroître au monde. Il ne se dit proprement que des fleurs ou des oiseaux, des insectes qui viennent d'œufs » (Furetière).
Comme il s'agit d'un feu, le verbe est mal choisi.
Escouté IV, 3, 414. Silvandre ne pensoit point estre escouté de personne.
Diane et ses compagnes, en passant près d'un buisson, surprennent le berger. Elles écoutent les poèmes qu'il dit puis s'éloignent, car elles ne pouvoient apprendre rien de plus de l'innocence de ce berger, qu'elles en avoient ouy (IV, 3, 421).
Une scène similaire a eu lieu dans la deuxième partie (II, 7, 473). Les curieux n'ont appris que ce qu'ils savaient déjà.

• Voir Curiosité η.
Espérance La quatrième partie, comme la troisième η, expose les nuances que le romancier moraliste prête au thème de l'espérance. D'Urfé partage l'opinion d'Equicola : « Amour suyt tousjours l'esperance » (Livre 4, f° 195 v), car « celuy qui n'espere n'ayme pas longtemps » (Livre 5, f° 263 recto).

- IV, 1, 105. Dans un poème, l'espérance fluctue, comme la marée.

- IV, 2, 338. Les espérances, c'est-à-dire les possibilités de solution, gardent en vie.

- IV, 2, 347. La perte de l'espérance sera suivie par un duel pour punir le rival, et puis par la mort. C'est Mérindor, un chevalier, qui prend cette décision.
En revanche, le berger Adraste ne cherche pas à se venger ; il a perdu espoir et esprit. « Qui perd son bien perd son sens » (Furetière).

Silvandre dans des poèmes qui se succèdent pleure le sinistre oracle η qu'il a reçu puis la perte du bracelet η de Diane.
- IV, 3, 415. Trompeuse esperance, dit-il
- IV, 3, 498. Dans un sonnet où il refuse d'espérer (dès le titre), chaque strophe apporte une nouvelle image du désespoir.

- IV, 3, 526. Alexis considère que Céladon seul peut lui faire perdre toutes [ses] esperances.
En effet, Alexis devrait disparaître.

- IV, 3, 558. Quel sera l'effet du désespoir sur Silvandre ? Diane et Phillis ne sont pas d'accord. Si un esprit fort ne se tue pas (opinion de Diane), un homme d'humeur froide le ferait (opinion de Phillis).

- IV, 3, 580. Le mensonge est permis afin de maintenir l'espérance.

- III, 4, 730. Attirer sous cette esperance.
L'espérance qu'offre Ardilan équivaut à un mirage.

- IV, 4, 736. Par l'esperance de mon mariage qu'elle croyoit asseuré.
Espérance est ici synonyme de projet pour Darinée.

- IV, 4, 779. Les affaires de son Estat esloignoient l'effect des esperances qu'il me donnoit.
L'espérance est un leurre dont se sert le Roi.

- IV, 4, 792. La perte de l'esperance qu'il avoit conceüe.
« ESPÉRANCE, se prend quelquefois [...] pour la chose de laquelle on espère » (Dictionnaire de l'Académie, 1694).

- IV, 5, 917. L'opinion de ceux là est bien fausse qui croyent n'y avoir point d'amour sans esperance.
Remarque du romancier analysant les sentiments de Léonide pour Céladon.
Si vraiment la nymphe n'avait plus d'espoir n'aurait-elle pas contribué plus activement à la reconnaissance d'Alexis ?
« Si l'amour vit d'espoir, il meurt avecque luy. C'est un vers du Cid » (Furetière).
Espoir IV, 1, 111. L'espoir ne m'en a jamais tant osé promettre que la courtoisie de ma maistresse m'en a desja fait obtenir.
Ce qui signifie en clair qu'Astrée n'avait jamais osé espérer recevoir autant que ce qu'elle a déjà reçu. Personnifiés, Espoir et Courtoisie figurent parfaitement le serviteur (la bergère) et la maîtresse (la feinte druide) avec leurs prérogatives. Le style même d'Astrée devient plus sophistiqué au contact d'Alexis !

• Espoir est moins fréquent qu'Espérance dans L'Astrée (4 occurrences contre 35). Guizot explique dans son Dictionnaire des synonymes : « L'espérance s'étend sur tous les genres de biens que nous désirons obtenir [...] L'espoir s'adresse proprement à cette sorte de bien dont nous désirons le plus ardemment la possession, et dont la privation serait pour nous un malheur [...] L'espoir, tout détruit, mènerait au désespoir [...] L'espérance trompée ne nous laisse souvent dans le cœur qu'un sentiment de peine ».
Espouser IV, 4, 732. Il la voulust espouser.
Est-ce vrai ? Gondebaud a dit à Criséide, sa prisonnière : « Je pretens que ce soit à vostre avantage et de tous les vostres » (III, 8, 354 verso), ce qui n'équivaut pas une demande en mariage ! La narratrice, Florice, a ajouté que le Roi « veritablement avoit dessein [d']espouser » Criséide (III, 8, 355 recto). Il n'empêche qu'au dénouement Gondebaud envisageait seulement « de la ravir de là » (III, 8, 360 verso).

• La « magnanimité η » (III, 8, 366 recto) du Roi l'a emporté en fin de compte. Le dernier souhait de Gondebaud n'est pas de trouver une autre épouse mais d'avoir un serviteur comme Bellaris, car, dit-il, « [Je suis] plus desireux de rencontrer un semblable amy et serviteur pour moy, qu'un autre Royaume égal à celuy que je possede » (III, 8, 366 recto). D'amour ou de mariage, il n'est plus question. Au lieu d'un Bellaris, Gondebaud emploie un Ardilan dans la quatrième partie.
Esprit - IV, 4, 681. Elle qui n'avoit pas plus d'esprit qu'il luy en falloit.
L'expression s'est appliquée à un autre serviteur : Fleurial « n'a guere plus d'esprit que ce qu'en peut tenir son jardin » (I, 9, 281 verso).

- IV, 3, 422. La force de l'esprit de Diane.
Il s'agit de la maîtrise de soi, la force d'âme, la force étant la « vertu qui régle l'ame dans la rencontre des choses difficiles » (Richelet). Les Epistres traitent esprit et âme de synonymes parfois interchangeables (I, 7, p. 54).
Esprit de Phillis IV, 3, 609. Alexis qui admiroit l'esprit de cette Bergere.
La réaction d'Alexis concorde avec celle du lecteur sidéré par cette métamorphose. Affectueuse, indulgente, gaie, Phillis acquiert une ingéniosité diabolique par amitié pour Diane. Elle imagine un tissu de mensonges pour flouer Silvandre. Par conséquent, l'alter ego d'Honoré d'Urfé va souffrir cruellement de la jalousie de sa maîtresse.
Estat IV, 5, 936. Climanthe s'estoit mis en cest estat pour se mieux couvrir du manteau de la saincteté.
Dans la première partie, l'imposteur faisait semblant de prier et portait un « habit de Druide » (I, 5, 127 recto) pour faire croire à sa « saincteté » (I, 5, 132 recto).
Estrange IV, 1, 8. Les choses inacoutumees semblent estranges au commencement.
Cette réflexion se retrouve dans la préface de La Sylvanire : « Les nouveautez sont grandement subjettes d'estre desapprouvées » (p. 8).
Estranger - IV, 2, 185. Un mauvais dessein contre Madonthe.
De prime abord, rien n'indiquait que Damon d'Aquitaine voulait du mal à Madonthe. Paris, qui a aperçu le chevalier, « creut que son intention n'estoit pas de faire du mal à personne » (III, 1, 15 recto). Les commentaires de l'écuyer ont ensuite inquiété le pusillanime Paris qui n'a pas osé se montrer. Celui-ci a décidé d'avertir Madonthe que « quelques-uns de ses ennemis sont arrivez en cette contree » (III, 1, 22 verso). Silvandre s'est chargé de la commission. Il a prévenu Madonthe et Tersandre du « danger pour eux de rencontrer cet homme barbare, et qui les cherchoit avec tant de desir de vengeance » (III, 11, 462 verso).
On constate encore une fois que les nouvelles circulent en s'amplifiant dans L'Astrée ...

- IV, 3, 438. Cest estranger est le Chevalier barbare qui s'est approché de Diane endormie (I, 6, 188 verso).
Estrangere IV, 1, 45. Nous saurons plus loin qu'il s'agit de Dorinde (IV, 1, 73). Nommer tardivement un personnage est une tactique qui attire l'attention sur l'intervention de l'auteur.
Estrangere (1) IV, 1, 76. Il s'agit cette fois d'Alexis, traitée d'estrangère parce qu'elle vient des Carnutes.
Esventail IV, 4, 778 ; IV, 4, 790 ; IV, 4, 798.
L'éventail ne faisait pas partie de la panoplie féminine dans les premières parties de L'Astrée.

• Selon Furetière, « Les Dames en France portent de petits eventails de peau pour se rafraischir l'esté. [...] On a remarqué que l'agitation de l'air par un eventail ne fait aucun effet sur le thermometre, & elle n'est pas capable de le refroidir ». Richelet ajoute que cette « petite peau [...] est parfumée et enjolivée ». Cotgrave, lui, considère ce qu'il appelle esventoir comme un simple chasse-mouches. Les Véritables Précieuses de Somaize lui rendent son aura en le surnommant zéphir (sc. 3. Voir ce site, 3 mars 2017).

L'Astrée ajoute un renseignement original : les Dames baisent leurs éventails. Pierre Larousse le sait puisqu'il traite l'éventail d'« arme féminine par excellence [...] que l'on baise au moment du combat comme le guerrier son épée ».

• L'Histoire des éventails de Spire Blondel est une mine d'informations, car la mode de l'éventail est très ancienne. Catherine de Médicis a consolidé son succès en France au XVIe siècle. Formes, matériaux, décorations et prix connaissent des variations considérables. Brantôme illustre la générosité de Marguerite de Valois η en décrivant l'éventail qu'elle offre à Louise de Lorraine, et qui valait plus de douze cents écus η (Blondel, p. 67). Des peintres de renom décorent des éventails. Boucher (1703 - 1770) en particulier propose des pastorales (Ibid., p. 120). Les éventails figurent en bonne place dans la Galerie du Palais d'Abraham Bosse (voir ce site, 3 mars 2017). Voir aussi Catherine de Médicis tenant un éventail sur ce site, et, sur Gallica, Marie de Médicis η tenant un éventail (2 mars 2017). Un curieux site intitulé « L'Éventail et le pouvoir » montre Élisabeth I d'Angeleterre et Élisabeth II tenant un éventail, signe aristocratique, dit-on.
Sur les éventaillistes français, voir ce site (17 juillet 2018).

• Le thème du baiser de l'éventail surgit, semble-t-il, en 1703, dans des vers du Gazetier chantant (Blondel, p. 126).

Éventail est un substantif masculin chez d'Urfé comme dans les dictionnaires du temps. Richelet seul juge que Éventail « est masculin et féminin, mais le plus souvent féminin ».
Eust esté IV, 2, 325. L'eslection luy eust esté remise de me choisir un mary : soyez certain qu'il n'eust jamais jetté les yeux que sur vous.
Le passé antérieur exprime un fait hypothétique.
Eust peu IV, 3, 531. Elle l'embrassa avec la mesme affection qu'elle eust peu caresser une sœur bien-aimee, si le Ciel luy en eust donné une.
Faut-il lire peu caresser comme pour ou comme pust (conditionnel) ? L'édition de Pomeray supprime peu et donne eust caressé. Le peu de l'édition de Toussaint Du Bray est probablement à considérer comme une coquille pour peust.
Baro en 1627 écrit : « Eust pu caresser » (5, p. 408).
Fable IV, 1, 104. Tenir pour une fable qu'un mesme cœur vive en deux lieux.
Derrière la fable synonyme de fausseté, se cache la fable synonyme de fiction morale plaisante. Equicola appelle « fable » l'allégorie platonicienne de l'androgyne η (Livre 4, f° 195 recto), et souligne que les fables « comprennent haults et cachez sens » (Livre 2, f° 110 recto) ; elles ne doivent donc pas être méprisées (Livre 2, f° 104 verso).

• Les effets de l'amour que décrit Silvandre correspondent à la pensée des néo-platoniciens η. En commentant la description que Pétrarque η fait de l'amour dans ses Triomphes, Equicola demande : « Y a-il chose qui soit plus contre nature, que voir que l'homme aprenne à demeurer en vie, sans ame ? On voit l'amant se transformer en l'Aymée » (Livre 1, f° 13 recto et verso).
Falsifiée IV, 1, 138. Si on se fiait à l'opinion, on pourrait croire qu'une pierre bien falsifiee ou l'or faux d'un sçavant Alchimiste, seroit meilleur que le vray diamant ou l'or bien purifié.
Les méfaits des faux monnayeurs intéressent Honoré d'Urfé. Dans ses Epistres, « quelques fois les plus experts lapidaires sont trompez de la belle apparance des pierres falsifiées » (I, 1, p. 1).
Faute IV, 2, 357. Il remit la faute de son mary à condition qu'il vivroit avec elle comme il devoit.
Le Roi se montre indulgent pour la faute de Bellimarte. Selon les lois des Wisigoths appliquées dans la cour de Gondebaud, le bigame « risquait de recevoir 200 coups de fouet en public, d'être tondu (scalpé ?) en signe d'infamie, d'être condamné à l'exil perpétuel ou à être donné comme esclave à toute personne choisie par le Roi » (Dubreucq, pp. 46-47).
Les temps modernes ne sont pas moins sévères : le bigame est condamné à la potence au XVIe siècle puis aux galères perpétuelles au XVIIe (Gaudemet, p. 321). « L'irregularité [sic] que l'on contracte par la Bigamie est plus forte que celle qui provient du defaut de naissance, ou de la batardise » (Richelet). Pierre Larousse rappelle que, chez les Rois des deux premières races, la bigamie n'était pas interdite, mais qu'au XVIe siècle, des bigames ont été pendus en France. « On punissoit cy-devant les bigames de mort », signale Furetière.
Feignit IV, 5, 938. Il feignit de tourner la teste pour voir qui c'estoit, et les ayant veuës ...
Comment feindre de tourner la tête sans tourner la tête ? Le romancier souligne lourdement la feinte de Climanthe. Dans la première partie déjà, l'imposteur était supposé faire semblant de s'agenouiller alors qu'il était à genoux (I, 5, 132 recto).
Baro en 1627 supprime ce renseignement (1, p. 22).
Feinte IV, 3, 435. Toutes les demonstrations de bonne volonté qu'il m'a faict paroistre n'ont esté que pour la gageure.
Diane ment. Elle a confié à Astrée que la feinte de Silvandre était un paravent pour elle aussi : « S'il me reduit à tel poinct que je ne puisse plus me couvrir de cette ruze », je le repousserai (II, 6, 428). C'est ce qui arrive.
Feu et eau IV, 2, 175. Le feu et l'eau me soient interdits.
Priver du feu et de l'eau, c'est priver de la vie. La juxtaposition de l'eau et du feu (comme celle de la terre et de l'air) dit et l'incompatibilité et la complémentarité.

• D'Urfé a pu penser au rôle de ces deux éléments dans les cultes religieux de la Gaule. L'Encyclopédie de l'Arbre celtique cite un texte d'Ausone pour décrire le culte de l'eau et des sources chez les druides : « Salut, génie de la ville, breuvage curatif, Divona en langue celte, source d'ordre divin ». Le culte du feu existait aussi sans doute puisque les Celtes brûlaient ce qu'ils voulaient purifier ou sacrifier (Voir ce site, 15 août 2017, et Fauchet, f° 7 verso).
Fièvre IV, 3, 558. Les corps robustes lors que la fiévre les saisit, ont bien des accés plus violents que les foibles et delicats.
La fièvre choisit ses victimes - comme la fortune. Les corps robustes subissent des fièvres plus violentes, mais les supportent mieux. La médecine du temps rattache la fièvre au tempérament du malade : « Il y a plusieurs especes de fievres, dont le nom & la distinction viennent de l'humeur qui la produit, du temps qu'elle dure, & de ses accés ou redoublements : & comme il y a quatre humeurs, il y a quatre sortes de fievres, la sanguine, la bilieuse, la pituiteuse, & la melancolique » (Furetière).
Figures de style Bien que le texte de 1624 ne soit pas parvenu à maturité, il renferme des figures de style notables. En voici quelques-unes à titre indicatif.

- IV, 1, 105. Vous qu'Æthna de gorge beante
               Estonne en ses brasiers ardents,
               Voyez le feu que j'ay dedans.
Anacoluthe autorisée dans la poésie.

- IV, 2, 234. Maintenant, maintenant, dis-je.
L'anaphore survient dans les dialogues. Elle souligne la différence entre le présent et le passé. C'est une figure d'insistance (IV, 3, 409).

- IV, 2, 244. Infortunee et bien heureuse.
Antithèse et alliance d'idées.

- IV, 2, 254. Il sembloit qu'ils nageassent dans des larmes. Métaphore assez vivide pour former une hypotypose.

- IV, 2, 294. Vous guerir de cette maladie.
Syllepse de sens. Dorinde est défigurée par la maladie. Elle traite Mérindor, parce qu'il l'aime quand même, de malade.

- IV, 3, 496. Agreables contrarietez.
Oxymoron.

- IV, 3, 499. Ses solitaires pensees.
Les pensées d'un solitaire. Hypallage.

- IV, 4, 697. Il semble que la fortune ne veüille espargner une seule infortune.
La paronomase réduit la déité au rang de figure de style.

- IV, 5, 939. Manteau de la pieté avec tant d'impieté.
Rapprochement des antonymes.
Fille IV, 1, 111 ; IV, 1, 112 ; IV, 1, 113.
La fille dont parle Alexis est évidemment Astrée.
Fleuve d'oubly IV, 4, 647. Le fleuve d'oubly est le Léthé.
Fol IV, 3, 495. Pour estre fol, je ne serois pas si inconstant, ny pour estre inconstant, je ne serois pas si fol.
Silvandre a entamé plus haut ce parallèle entre deux faibles d'esprit, Hylas et Adraste. Le premier l'est volontairement et le second malgré lui (III, 1, 25 verso).
Fonder IV, 3, 473. Celuy qui la fonda, luy donna non seulement son nom ...
Le fondateur de Marcilly serait Marcus Marcellus. L'information se trouve chez le premier historien du Forez, J.-B. de La Mure (I, p. 140).

Honoré d'Urfé, évidemment, n'a pas lu La Mure η. Il a pu rencontrer deux Marcellus au fil des ses lectures. Plutarque rapporte la vie de Marcus Claudius Marcellus (~268 – 208 av. J.-C.), célèbre Romain élu cinq fois consul et surnommé « l'épée des Romains » (165). Il participa aux guerres galliques et puniques. Il « versa beaucoup de sang dans la plupart des villes dont il se rendit maître », conclut Plutarque (210).
L'autre Marcus Claudius Marcellus fut consul en 52 av. J.-C. Il a demandé au Sénat la destitution de Jules César alors maître des Gaules. Marcellus est condamné à l'exil. Quand César lui pardonne, Cicéron compose un discours Pro Marcello pour faire l'éloge de la clémence.

Honoré d'Urfé s'est souvent inspiré de Plutarque - il l'annonce dès sa première préface, et il a certainement lu et commenté les œuvres de Cicéron (Gaume, pp. 66, 389). Cependant, si ces deux Marcellus ont bien séjourné en Gaule, ils ne semblent pas y avoir fondé une ville à laquelle ils auraient pu donner leur nom.
Et d'Urfé et La Mure η usaient et abusaient de l'étimythologie η ou étymologie mythique.
Fort IV, 3, 395. Est-il possible Hylas, que mon visage soit si changé que cet habit ait le pouvoir de faire mescognoistre à vos yeux celle qu'autrefois vostre cœur cognoissoit si fort.
Alexis devrait poser cette question à Astrée ou à Lycidas ! La remarque souligne ce que le long aveuglement généralisé a d'invraisemblable.
Franchise IV, 1, 56. La franchise et la liberté de ces villages.
Nombreux sont les moralistes qui ont vanté la vie rustique. Nicolas Rapin par exemple, en 1583, a consacré tout un ouvrage aux Plaisirs du gentilhomme champestre (Voir Batiffol, p. 156, note 1). Honoré d'Urfé ne traite pas du sujet dans ses Epistres morales.

Les arguments en faveur de la vie pastorale se sont modifiés au fil des années. Quand les nymphes discutaient dans la première partie, Galathée vantait les pâtres mythiques alors que Léonide méprisait les bergers besogneux (I, 2, 24 verso). Silvie en revanche estimait les honnestes libertez des hameaux (I, 10, 320 verso). Elle seule avait fréquenté les bergers avant le sauvetage de Céladon (I, 2, 22 recto). Peu après, Léonide, amoureuse du jeune homme, resolut de changer les vanitez de la Cour à la simplicité de ceste vie (I, 8, 233 verso), tout en refusant catégoriquement de s'habiller en bergère (II, 7, 470).

Dans la quatrième partie, deux bergères déguisées, Florice et Circène, ajoutent de nouveaux arguments au parallèle traditionnel entre la vie de champs et la vie des villes. Elles vivent dans les hameaux, ne connaissent pas le berger Céladon et comparent ce qu'elles voient à ce qu'elles ont vécu. Elles négligent l'évocation des troupeaux. Alors que les nymphes du Forez s'appuyaient sur la mythologie, les dames considèrent surtout leur expérience à Lyon.

• Quels que soient les charmes de la condition pastorale, deux dames déguisées en bergères dont les problèmes ont été résolus de manière satisfaisante ont quitté les hameaux avec leur escorte. Il s'agit de Daphnide et de Madonthe. Les Lyonnaises sont encore dans l'attente.
Frapper - IV, 2, 326. Frapper les mains l'une contre l'autre
en tant que signe d'étonnement. Ce geste n'est pas décrit dans les dictionnaires.

- IV, 4, 883. Les cinq heures donc frapperent.
Le verbe est mal choisi, car l'heure sonne. « Voilà deux heures qui sonnent, pour dire, l'horloge sonne deux heures » (Furetière, Article Heure).
Froideur IV, 3, 556. Avec quelle froideur elle nous raconta sa malice.
La froideur est signe d'indifférence ou de détachement. L'impartialité convainc mieux que la passion.

• Il arrive plus d'une fois que les répliques faites froidement ne soient pas sincères (notamment IV, 1, 143 ; IV, 3, 535 ; IV, 3, 599 ; IV, 4, 769). Cotgrave d'ailleurs propose de traduire froidement par Faintly. Cependant, le mot n'impliquerait ni réprobation ni hostilité selon Lathuillère (p. 507).
Honoré d'Urfé utilise plus souvent que ses compatriotes des mots de ce registre. Voir froideur (Graphe), froidement (Graphe).
Gageure - IV, 1, 125 ; IV, 2, 171 ; IV, 2, 182 ; IV, 2, 194 ; IV, 3, 428 ; IV, 3, 435 ; IV, 3, 496.
La gageure de Phillis et Silvandre a commencé dans la première partie (I, 7, 199 verso) et elle s'est terminée dans la troisième η. Elle a donné au jeune homme l'autorisation d'exhiber ses sentiments pour Diane. Elle a donné au romancier l'occasion de prêter à Phillis un vocabulaire homosexuel. Elle a donné au lecteur l'impression de suivre un calendrier.

- IV, 3, 550. Ne sçavez vous pas que c'est en jeu.
Tircis est probablement le seul personnage qui croie que la gageure est restée une feinte et que Silvandre n'aime pas Diane ... preuve de la naïveté caractéristique du personnage !
Genre d'Alexis D'Urfé utilise généralement le féminin quand il s'agit d'Alexis (par exemple IV, 2, 165).

Exceptions :
- IV, 1, 13. L'accord se fait au masculin ici.
Baro en 1627 corrige : « esloignee » (1, p. 53).

- IV, 3, 610. Alexis est désignée ici par le pronom il. Quelques lignes plus haut, elle était pourtant ravie.
Baro en 1627 conserve ce texte (6, p. 450).
Gérondif Anne Sancier-Chateau souligne le nombre croissant de constructions prépositionnelles dans L'Astrée (pp. 180-181). Dans la quatrième partie de 1624, il y en a 174 - plus que dans la troisième partie de 1621 qui est pourtant bien plus longue. Ces gérondifs indiquent souvent des sentiments (en sousriant ou en sous-riant revient 38 fois par exemple). Furetière explique que le gérondif « differe du participe, en ce que le gerondif marque le temps, & le participe non ».

Dans le cas des verbes de mouvement, la préposition en n'est évidemment pas répétée : S'en revient courant (IV, 1, 156) ou S'en alloit courant (IV, 2, 157), S'en venoit criant (IV, 3, 475), S'en alloient ondoyant (IV, 4, 715) - sauf dans le cas de En s'en allant (IV, 2, 218).
Guy IV, 3, 618. Guy de l'an neuf.
Cette incursion accidentelle du paganisme celte fait ressortir une des principales lacunes de la quatrième partie : il n'est plus question de la cérémonie de la cueillette du gui sacré (III, 9, 371 recto).
Habit - IV, 1, 57. Faire quelques charmes sur la peau d'un loup.
Au lieu de dire « l'habit fait le moine », d'Urfé propose une image qui rappelle vaguement les méfaits du loup-garou η. Loup-garou viendrait de « loup-gardes-vous », car ces loups s'attaquent aux hommes, non aux moutons (Mandrou, p. 149).

• Il semble qu'il faille attendre les Fables de La Fontaine pour qu'un loup s'habille en berger. Dans la source italienne de cette fable, le loup se faisait passer pour une brebis, non pour un berger (Verdizotti, Il Lupo e le Pecore. Voir ce site, 22 août 2017).

- IV, 3, 471. Malgré le déguisement pastoral, à plusieurs reprises, Dorinde est dite belle estrangere. Daphnide, en revanche, dans une situation similaire, était appelée Belle bergere dans la troisième partie (III, 2, 37 recto).

- IV, 4, 866. Ils furent d'advis que je me déguisasse des habits où vous me voyez.
Encore une fois, la description des habits de bergers est esquivée.
Hazard IV, 3, 555. Ce fut le hazard qui vous esleut pour l'office que vous fistes.
Diane n'a pas tort. C'est bien le hasard qui a désigné le juge et les avocats du procès - ainsi que l'a ordonné l'oracle rendu à Laonice et Tircis (I, 7, 213 verso). Silvandre, par courtoisie, a satisfait la curiosité de Léonide (I, 7, 200 verso). Un tirage au sort ensuite a désigné Phillis et Hylas. Honoré d'Urfé choisit habilement ses acteurs (Henein, p. 33) : Silvandre prône la fidélité aux morts, alors qu'il commence à aimer une veuve, Diane. Hylas, en parlant pour Laonice, recommande évidemment l'inconstance à Tircis. Phillis aurait dû parler pour Tircis ; elle défend plutôt la mémoire de Cléon. Cette bergère a commis la même imprudence que Phillis en recommandant à son amant une feinte (I, 4, 106 recto).

• Voir Notes de la première partie η.
Hercule/Tautates Curieuses inconséquences dans ces deux invocations de Sigismond. Le Prince parle à Clotilde de ses sentiments pour Dorinde et de la pureté de ses intentions.
- IV, 4, 818. Protestant par Hercule.
D'une part, en règle générale, c'est le serment par le Styx qui est irrévocable, et, d'autre part, Hercule n'est pas connu pour sa chasteté : « Il depucella en sept jours cinquante filles de Thestie » (Pierius, I, p. 119).
Peut-être qu'Hercule est un lapsus et qu'il faut lire Hésus. Ce dieu celte est le justicier (II, 11, 698) qui pourrait punir les parjures.

- IV, 4, 823. Je jure Tautatès.
Sigismond passe d'une divinité romaine et à un dieu celte. Cette formulation est nouvelle dans L'Astrée.
Heure IV, 2, 263. Il y a une certaine heure au jour en laquelle elles ne peuvent rien refuser.
L'heure du berger, évoquée dans la troisième partie η. Cette fois, c'est un personnage présumé sage, Euphrosias, qui en parle, et non un libertin.
Heure désastreuse IV, 3, 418. L'heure desastreuse qui me fit voir la premiere fois Diane.
Silvandre et son créateur semblent oublier que le berger n'a pas éprouvé un coup de foudre en voyant Diane. « En feignant [d'être amoureux, il] le devint à bon escient (I, 7, 199 verso). Le souvenir se conforme mieux à la réalité un peu plus loin quand le berger pense à la gageure η (IV, 3, 496).
Homme - IV, 2, 292. Je ne suis ny ne veux plus estre homme.
Celui qui aime renonce-t-il aux privilèges de la masculinité ou à aux élans de la virilité ?
Céladon a expliqué à Silvie : « Je nie que l'amant soit homme, puis que dés l'heure qu'il commence de devenir tel, il se despoüille tellement de toute volonté et de tout jugement, qu'il ne veut ny ne juge plus, que comme veut et juge celle à qui son affection l'a donné » (II, 7, 446). La pensée est dans Equicola : « Le vray amoureux est mort, en son corps, et vivant en celuy de l'aymée » (Livre 3, f° 150 verso).

- IV, 4, 761. Homme désigne Ardilan, auteur de finesses.
Hommes de deffense IV, 5, 933. Nous sommes de sorte desnuees d'hommes de deffense.
L'expression n'est pas dans les dictionnaires. Il s'agit sans doute de « Gens d'armes » (Huguet) capables de défendre Marcilly. Le DMF donne seulement « Pays de defense. Région fortifiée » (Article Défense).
Honneste liberté IV, 1, 27 ; IV, 1, 29. Vivre aupres de vous avec toute sorte de contentement et d'honneste liberté [...] L'honneste liberté que deux parfaites amies doivent avoir ensemble.
Cette expression qu'Alexis répète se trouve dans le Dictionnaire de l'Académie : « [Liberté] se prend aussi pour Manière d'agir libre, familière, hardie ; & il se dit en bien & en mal. Une honneste liberté » (Article Liberté).
Évidemment, ni Diane ni Phillis ne décriraient ainsi leurs relations avec Astrée ! Lors de la scène d'érotisme contagieux, quand Alexis embrasse Astrée, puis Léonide embrasse Diane, il est si peu question d'une prétendue « honnête liberté », que la nymphe tente de cacher les agissements de la feinte druide (III, 11, 468 recto).
Honneur IV, 2, 310. Les choses, ausquelles il le peut desobeïr, soient entierement, ou contre l'honneur, ou contre le grand Tautates.
Ces deux cas légitimes de rébellion, la défense de l'honneur ou de la religion, sont décrits dans L'Honneur d'Antoine d'Urfé. Un gentilhomme qui pourrait être Honoré d'Urfé explique qu'il s'oppose au Prince pour défendre sa religion et accroître son honneur (pp. 4-5).

• Voir Biographie.
Hyer IV, 1, 75. Alexis prit hyer les habits d'Astree.
L'échange a débuté dans la troisième partie. Un matin Alexis a mis par erreur la robe d'Astrée (III, 11, 463 verso). Diane ensuite a proposé que la druide ne prenne pas la peine de se changer (III, 11, 466 recto).
Hyver IV, 4, 807. L'hyver de sa vieillesse.
La métaphore, commune, est ravivée.
Ronsard a appelé la vieillesse « l'hyver de [ses] ans » (« Le Tombeau », Élégie, éd. Blanchemain, VIII, p. 279).
Illustrations - Le frontispice, en 1624 reprend le frontispice de la première et de la deuxième partie. C'est plutôt le frontispice de la troisième partie de 1619 que Baro retiendra en 1627 (exemplaire appartenant à la ville de Saint-Étienne). On retrouve cette gravure de 1619 dans l'édition de 1633 (Gallica).
- Le fleuron du titre est différent de celui que Toussaint Du Bray a utilisé pour la deuxième partie.
- Dans la version fonctionnelle, j'ai retenu les gravures de Vaganay** qui correspondent aux épisodes du roman en 1624. Comme Baro (la source de Vaganay) a réorganisé la quatrième partie, le troisième livre de 1624 se trouve doté de multiples illustrations.
Impieté IV, 3, 517. C'est une impieté.
Le substantif répété trois fois en quelques lignes est fort.
Honoré d'Urfé pose que le suicide est une faute contre Dieu. Dans la troisième partie déjà, un Druide rappelle à Damon d'Aquitaine que tenter de se tuer est une « faute si grande et si execrable devant Dieu et les hommes » qu'elle mérite un châtiment (III, 6, 241 recto).
Dans le débat sur le suicide η, Honoré d'Urfé va plus loin encore qu'Aristote η. On lit dans l'Éthique de Nicomaque : « Quelle mollesse de ne pas supporter les dures épreuves ! » (III, ch. 7, p. 81).

Suicide « est pour la première fois dans l'édition de l'Académie de 1762 et dans Richelet de 1759 » (Littré).
Inadvertances - Les deux hyers de Silvandre. Voir Chronologie η.
- Le traitement de sa tache de naissance η.
- Les apostrophes η de Dorinde
- Le serment de ses Ancestres η expliqué par Clindor, le renégat.
- Dorinde croit reconnaître la voix η d'un chevalier, mais ne reconnaît personne.
- Doris et ses compagnons auraient dû faire partie de l'équipe qui parvient à Marcilly avec Dorinde puisqu'ils ont quitté le hameau avec elle (IV, 3, 477).
L'amateur de vraisemblance peut se demander quand et comment Dorinde a-t-elle appris la teneur des conversations de Sigismond avec Clotilde, ou encore celles de Mérindor et d'Euphrosias. Il peut aussi s'interroger sur la longue distraction de Diane qui oublie que Paris est en train de demander sa main à sa mère (IV, 3, 632).
Inclination IV, 4, 649. J'avois plus d'inclination à luy vouloir du bien qu'à tous les autres.
L'une des Epistres morales définit l'inclination comme un appétit naturel (III, 2, p. 361) et un désir qui nous porte hors de nous-mêmes (III, 2, p. 367). Dans L'Astrée, l'inclination peut être synonyme d'habitude, de tendance ou d'instinct incontrôlable. C'est dans la deuxième partie η que d'Urfé décrète : « L'Amour qui vient par inclination est plus grande et plus estimable que celles qui procedent du dessein ou de l'obligation » (II, 2, 108). Cureau de La Chambre analysera l'amour inclination dans ses Nouvelles pensées dès 1634 (sans nommer d'Urfé pourtant).
Inconstance IV, 4, 900. Sur cette terre inconstante.
Rares sont les thèmes qui ont autant hanté d'Urfé ! L'inconstance découle du changement, une des facettes de la Fortune. Les diverses formes de la mobilité s'entrechoquent (Rousset, p. 46). Dans Le Sireine, « Sous le Ciel on ne voit rien / Que le changement ne menace » (Le Despart, 74, p. 69). Dans Les Epistres morales, « il faut que par le changement des choses humaines tout d'un mouvement eternel se hausse et baisse » (I, 5, p. 42), car le changement est universel (II, 3, p. 221). Dans la préface de La Sylvanire, il faut s'« accommoder au temps », car tout change (p. 10).

Hommes et femmes peuvent se montrer volages dans L'Astrée. Les deux groupes s'accusent réciproquement d'inconstance sans que d'Urfé tente de prendre parti. La comparaison ne manque pas d'intérêt pourtant. « Les hommes sont ordinairement plus légers et plus inconstants que les femmes ; mais celles-ci sont plus volages et plus changeantes que les hommes. Ainsi, les premiers péchent par un fonds d'indifférence qui fait cesser leur attachement ; et les secondes, par un fonds d'amour qui leur fait souhaiter de nouveaux attachements » (Guizot).
Indiscretion IV, 3, 451. Pas une de celles que j'ay servies [n'] a esté traictees avec tant d'indiscretion.
Si Hylas considère la persévérance comme une indiscrétion, il a raison de se vanter de son attitude. Mais l'indiscrétion est « Imprudence, Action d'estourdi » (Furetière). À cause d'Hylas, Florice a épousé un homme qu'elle n'aimait pas (II, 4, 256) et qui a fait son malheur.
Inhumanitez IV, 1, 35-36. Si je n'observe inviolablement ce que je promets [que les bêtes viennent] assouvir leurs rages et leurs inhumanitez sur moy.
Ce long serment d'Astrée étonne. Est-ce que le romancier annoncerait ainsi ce qui se passerait si la bergère repoussait Alexis ?
Instinct IV, 1, 67. Un instinct du Ciel.
Phillis trompe donc les étrangères pour donner plus de poids à ce qu'elle leur dira après avoir répété l'oracle.
La bergère n'aura pas besoin de ce mensonge quand elle va interpréter les paroles oraculaires qui affligent Silvandre (IV, 3, 617).
Intention IV, 4, 847. La bonne volonté [...] estoit à telle intention qu'elle ne pouvoit offenser personne.
Dans les dictionnaires, le verbe qui appelle intention est avoir ou faire. Le DMF signale deux formes qui ont pu être combinées ici : « Qqc. n'est pas l'intention de qqn. » et « Faire qqc. à bonne intention ».
Intervention Honoré d'Urfé ne modifie pas son modus operandi η.
Il rattache fermement cette partie avec celle qui l'a précédée grâce à la topographie (maison de Phocion) et grâce au calendrier (Léonide vient tout juste de partir). Le travestissement du héros est rappelé dès le premier paragraphe, et le « desplaisir » de Diane peu après (IV, 1, 12). Cependant, le lecteur qui n'aurait pas lu les volumes précédents sera perdu. Il attendra longtemps des précisions nécessaires comme le nom du lieu (le Forez, IV, 1, 53), ou un nom historique du Ve siècle (Gondebaud, IV, 2, 240), ou même le rappel du commandement η d'Astrée qui avait tant de place auparavant (IV, 3, 528).

- L'intervention de l'auteur omnipotent prend la forme d'une injonction aux lecteurs : Imaginez-vous (IV, 1, 6) ; Voyez, (IV, 2, 168). Ses personnages l'imitent puisqu'on trouve ces invitations dans des poèmes (IV, 1, 104).

- L'auteur omniscient donne une information sur le passé (IV, 1, 5 ; IV, 2, 158 ; IV, 2, 163 ; IV, 5, 937). Ces analepses sont tout à fait essentielles dans les romans en plusieurs volumes, comme le note V. Duché en analysant les Amadis (p. 115).

- Quand le romancier ajoute une explication d'ordre psychologique (IV, 3, 566), l'intervention peut remplacer une description (IV, 3, 608 ; IV, 3, 627). Par exemple : Imaginez-vous un peu quelle prudence, il devoit avoir pour faire qu'à son visage, à sa parole, et à ses façons de vivre, il ne donnast point de sujet de soupçon (IV, 1, 6).

- Les annonces du futur sont plus rares que dans les parties antérieures (Depuis ce jour, IV, 3, 631).

- L'intervention introduit parfois une sorte de badinage, car Honoré d'Urfé prétend douter à coup de peut-être ou de sans doute (IV, 3, 584 ; IV, 3, 622). Fut que s'avère une manière de laisser le lecteur choisir entre deux possibilités (IV, 1, 73).

- L'intervention est en réalité une maxime - donnée sous la forme familière du proverbe η (IV, 1, 74 ; IV, 2, 197 ; IV, 3, 587). Il arrive effectivement, comme le souligne P. Berthiaume, que « l'activité des personnages [serve] à illustrer des lois qui la précèdent et la commandent. En cela, L'Astrée se rapproche d'un traité de morale en exercice » (p. 13).

- L'intervention la plus longue enchaîne maxime et jeu de mot : C'est la coustume de celuy qui se laisse emporter à la douleur de se plaire à se representer les causes de ses ennuis plus grandes et plus desesperees encore qu'elles ne sont [...] trouvant quelque espece de consolation a ne point vouloir de consolation (IV, 2, 201).

- Une seule intervention est si maladroite qu'elle témoigne de l'inachèvement de cette quatrième partie. Honoré d'Urfé est aussi distrait que son héroïne puisqu'il décrit Diane sans rappeler la permission donnée à Paris : Elle ne fit plus de difficulté de vivre avec luy, comme Astrée souloit avec Celadon (IV, 3, 631-632).
Baro en 1627 supprime ce texte (6, p. 461).

- Deux récits intercalés faits par le même personnage remplissent près de la moitié de ce volume (44 % des pages). Quand d'Urfé cède la parole à Dorinde, ni lui ni les auditeurs ne commentent ces narrations autobiographiques complaisantes.
Dorinde interpelle ses auditeurs, mais parfois se trompe (Voir Apostrophe η). Elle parsème ses récits de maximes (IV, 2, 228-233 ; IV, 4, 638-639). Elle sait tout des dialogues du Roi et de son confident (IV, 4, 792 ; IV, 4, 807), ou du Roi et de Clotilde (IV, 4, 845), non sans se contredire parfois en relevant la présence ou l'absence d'un espion (IV, 4, 807 et IV, 4, 812). La narratrice se désigne, non sans complaisance, par la belle fille. Elle intervient dans les récits pour faire preuve d'un semblant de vraisemblance: Il se retira pour se reposer si toutefois ces nouvelles le luy pouvoyent permettre (IV, 4, 829). La naïveté de la narratrice transparaît particulièrement quand elle explique la conduite du Roi par l'amour qu'il aurait éprouvé pour elle. Dorinde parfois tente de se disculper : Je ne pense en estre coulpable (IV, 4, 639).
Jalousie de Diane IV, 3, 550. Diane a indiqué tout au début du roman qu'elle considérait la jalousie presque comme un devoir (I, 4, 108 verso).
Jalousie de Gondebaud IV, 4, 798. Honoré d'Urfé se plaît à décrire la redoutable jalousie des Princes - mais seulement après la mort d'Henri IV.
Gondebaud, tout en furie (IV, 4, 794) et transporté de colere (IV, 4, 796), frappoit du pied en terre, enfonçoit son chappeau (IV, 4, 795). Avant lui, Euric, infiniment jaloux d'Amintor (III, 4, 152 verso), a châtié Clarine, la femme qu'il aimait. Childéric, jaloux d'Andrimarte, tout en colere, a juré de contrari[er] mesme à Tautates (III, 12, 533 verso). Gondebaud lui-même, amoureux de Criséide, enflamé d'extreme colere a voulu saouler son courroux sur Arimant (III, 8, 363 recto).
Jalousie de Lycidas - IV, 3, 550. La jalousie de Lycidas contre Phyllis.
Rappel du titre et du sujet d'une histoire intercalée (II, 11, 716).
Jaloux contre signifiant jaloux de se trouve dans le Littré, avec un exemple emprunté à Fénelon.

- IV, 3, 604. Vous preniez plaisir à luy donner de la jalousie.
Dès la premère partie, Silvandre constate que Lycidas est jaloux (I, 8, 264 recto). Il entretient longtemps les doutes et la méfiance du berger (II, 1, 23). Enfin il se vante d'avoir guéri le jaloux en le poussant à bout (II, 11, 726).
Je ne sçay quoy IV, 1, 33 ; IV, 1, 55 ; IV, 3, 399.
L'expression figurait déjà dans la deuxième partie (II, 5, 280). Le sujet était alors l'auteur lui-même.
Jettee IV, 3, 417. La pierre en est jettee.
Adaptation de alea jacta est, le sort en est jeté, la décision est prise. Les dictionnaires anciens donnent à jeter la pierre son sens moderne : « On dit aussi d'un miserable, d'un homme qui n'a point de support, que tout le monde luy jette la pierre, l'accuse, le maltraitte » (Furetière).
Voir III, 9, 379 verso et la note η.
Jeu IV, 1, 98. Le jeu de la belle est le jeu où l'on choisit la plus belle.
Hylas joue à ce jeu quand il préfère Alexis, jugée plus belle que Phillis (II, 11, 731), et l'explique (III, 1, 23 recto).

• Dans La Maison des Jeux, Sorel décrit un jeu de cartes appelé « le Jeu de la Belle, le Flux et le Trente-un » (p. 82) où la Belle est la carte retournée.
Jurer IV, 3, 581. Il ne faut jamais jurer [...] d'une chose dont l'on n'est pas bien asseuree.
Alexis donne un conseil de prudence, mais le proverbe est plus étendu : « On dit qu'il ne faut de rien Jurer, pour dire, qu'on peut faire des choses bien contraires aux resolutions presentes » (Furetière).
Cela doit faire sourire le lecteur qui partage le secret des dieux et qui sait qu'Alexis se moque d'Astrée.
IV, 1, 88. Vous venger de moi en temps-là.
Comme aucun dictionnaire ne donne cette locution, il s'agit d'une coquille. Il faut lire en ce temps-là.
Baro en 1627 écrit : « En ce temps-là » (2, p. 108).
La plus IV, 4, 875. Lors que j'estois la plus occupee.
Voir la même construction dans la troisième partie η.
Latins IV, 1, 141. Les Gaulois ayment l'œil vert, les Grecs et les Latins l'œil noir.
Jamais d'Urfé n'avait mentionné les Latins ; les Romains les auraient probablement remplacés dans la version définitive !
Laver IV, 3, 387. Morts despoüillez et lavez dans la riviere.
Toute nouvelle fonction du Lignon.
Le cadavre de Patrocle est lavé au chant XXIII de L'Iliade. Les Francs adoptèrent peut-être cette coutume : l'Évêque de Senlis a fait laver le cadavre du roi Childebert (Fauchet, f° 245 recto).
Cependant, les Gaulois brûlaient leurs morts, selon les Commentaires de César : « Tout ce qu'on croit avoir été cher au défunt pendant sa vie, on le jette dans le bûcher, même les animaux » (VI, 19). Cette coutume est évoquée par Honoré d'Urfé un peu plus loin, lorsqu'il s'agit des ennemis des chevaliers (IV, 3, 388).
Leur roy IV, 4, 865. Il s'agit de Childéric. Son exil forcé est raconté dans la troisième partie (III, 12, 548 recto).
Lieux IV, 3, 553. Laonice s'en alla aux lieux d'où elle estoit venuë.
S'agit-il des alentours de Paris (I, 7, 207 recto) ou des alentours de Mont-d'Or (II, 6, 413) ? Le pluriel rend l'indétermination encore plus sensible quand il s'agit de lieux. Si Laonice demeurait dans les hameaux pour avoir l'occasion de se venger, on se demande pourquoi Tircis, lui, n'est pas parti.
Lion - IV, 1, 60. Les exercices inhumains sont propres aux Ours η, aux Tygres η, et aux Lyons.
La première partie rapproche le lion de la licorne (I, 3, 71 verso), la deuxième l'oppose au renard (II, 4, 224) et la troisième l'associe aux dangers les plus variés η. Le lion devient l'incarnation hyperbolique de la violence η dans la quatrième partie.

- IV, 3, 371. Elle devint furieuse comme un Lyon outragé.
Pour protéger Astrée, Alexis se bat.
Lors de l'un de ses premiers combats, Amadis de Gaule devient le Chevalier des Lions (Amadis, I, ch. 12). La métaphore du « lion furieux » est un topos du roman de chevalerie qu'on rencontre aussi bien dans le Chevalier de la charrette que dans Don Quichotte.
Loi des Wisigoths IV, 4, 860 ; IV, 4, 861. Il y a une loy, Seigneur, qui des Visigots est venuë jusques à nous [...] il y a encore une autre loy qui dit [...].
Les codes des différentes nations qui se partageaient la Gaule circulaient aussi aisément que les habitants (Moore, p. 130). Ardilan, à deux reprises, rappelle au roi des Bourguignons une loi des Wisigoths qui donne des droits absolus au père (même décédé) en matière de mariage. « L'âge d'or des pères » (boutade de Ch. Biet, p. 44) a donc de bien lointaines origines.

Alain Dubreucq explique que la législation du mariage chez les Wisigoths avait pour but de limiter l'autorité du Roi et de pallier les problèmes soulevés par les alliances interethniques (p. 32). Le système repose sur l'autorité absolue du père, la patria potestas du code théodosien. Après la mort du père et de la mère, le consentement des parents proches était requis (p. 33). En cas d'infraction, la « femme qui épouse un autre que celui à qui son père l'avait engagée (sponsata) ainsi que son mari seront donnés comme esclaves à celui dont la femme n'a pas voulu » (Gaudemet, p. 105).
Nulle part il n'est stipulé que les décisions d'un père mort devaient être respectées, comme l'affirme Ardilan.

• Le sujet du droit parental dans le domaine du mariage est d'actualité au début du XVIIe siècle (Cussac, pp. 733-737), puisque l'Ordonnance de Blois (1578) est venue contredire le décret Tametsi du concile de Trente (1563). En France, le consentement des parents reste nécessaire. Jean Papon, dans ses Arrêts (parus en 1556 et souvent réédités) ne veut pas autoriser les « enfans de famille de soy marier à plaisir » même dans le cas d'orphelins (pp. 463-464). Selon lui, après la mort du père, les décisions du tuteur passent avant celles de la mère en matière de mariage (p. 686). Comme les parlements se montrent plus gallicans que les évêques, les parents conservent leurs privilèges tandis que conflits et contradictions se multiplient (Gaudemet, pp. 300, 357). La Ligue par exemple accepte les décisions du Concile dès 1588, mais, lors de l'entrée d'Henri IV à Paris en 1594, le Parlement annule les mesures des Ligueurs (Ibid., p. 299).

• Les lois régissant le mariage auraient pu soulever des problèmes plus brûlants sous la plume d'un ancien Ligueur. Les Huguenots dénient au mariage le statut de sacrement. C'est seulement un contrat civil que la religion encourage et bénit. Le consentement parental n'est pas un impératif, mais un adjuvant.
Curieusement, la position prise par Phillis, l'un des personnages préférés de d'Urfé se rapproche des principes soutenus par les protestants (III, 5, 188 verso et IV, 3, 622). C'est aussi la doctrine défendue par Jean Benedicti dans La Somme des Pechez (1584) : « Le consentement de l'enfant est bien de l'essence de son mariage, mais non pas celuy du pere » (p. 512).

• Bien qu'il soulève des questions fondamentales sur le mariage, Honoré d'Urfé ne juge pas utile d'introduire dans L'Astrée la moindre allusion à un mariage interconfessionnel (Greiner, p. 205). Les romanciers protestants en revanche présentent des couples de différentes confessions - voir par exemple l'œuvre de Des Escuteaux (Sag) ou celle de Du Mélezet (Henein).
Long temps IV, 1, 53-54. Il y a si long temps que nous sommes icy.
Florice, Palinice et Circène sont arrivées dans les hameaux au début de la deuxième partie (II, 3, 164), il y a près de trois mois.
Loup - IV, 1, 57. Ces sorciers, qui ayans fait quelques charmes sur la peau d'un loup, ne se la mettent pas plustost dessus qu'ils en prennent en mesme temps le naturel.
Florice critique les effets du déguisement pastoral en évoquant des loups-garous ; les sorciers deviennent loups après avoir endossé la peau de l'animal. Furetière rappelle : « Pline se mocque de ceux qui croyent que quelques hommes estoient transformez en loups garous ». « Nous devons croire fermement que cela est faux » (Pline, livre 8, 34).

• Voir dans ce site un curieux procès fait en 1603 à un loup-garou (30 mai 2016).

- IV, 3, 586. Des loups, qui de fortune ce jour là estoient venus pres de leurs parcs.
En réunissant dans une seule phrase chiens, troupeaux et loups, trois classes de mammifères dont s'occupe le berger, Honoré d'Urfé replonge le lecteur dans le monde pastoral ; il souligne alors que Silvandre ne s'en soucie plus.

- IV, 4, 891 ; IV, 4, 892. Quand Dorinde répète qu'elle appréhende les loups, le lecteur peut se souvenir de la témérité d'Astrée poursuivant un loup dans la première partie (I, 4, 117 recto).

• Longtemps paysans et seigneurs ont chassé les loups. Si la peur du loup est sans âge, l'expression avoir vu le loup pour décrire une jeune fille qui n'est plus vierge est relativement moderne. Elle ne figure pas dans Furetière, mais dans la révision de son Dictionnaire universel en 1727 : « On dit d'une fille qu'elle a vû le loup pour dire qu'elle a de l'experience en galanterie &c ».
L'un IV, 3, 500. Il s'agit d'Alcandre. « Son compagnon » est Amilcar (IV, 3, 501).
Lune de juillet IV, 2, 271. C'estoit environ le temps que l'on va cueillir le Guy, le sixiesme de la lune de juillet.
Faire de la fameuse lune de juillet l'époque des maladies infectieuses révèle combien l'histoire de Dorinde n'appartient pas au monde idyllique pastoral.
La narratrice explique que le sixième de la lune de juillet η peut tomber en plein mois d'août. Cette information peut permettre l'attribution de dates aux aventures des héros.
Dans le temps du roman, c'est-à-dire dans le hameau, le gui sacré a été découvert en juin, dans la deuxième partie (II, 11, 676), la lune est à son plein à la fin de la troisième partie (III, 10, 430 verso), mais le gui n'a pas encore été coupé.
Mal IV, 2, 181. Vous mesme vous estiez fait mal.
En prévenant Madonthe, Silvandre s'est fait du tort. Faire mal et faire du mal sont confondus ici et ailleurs.
Mal à propos IV, 1, 6. Estant recogneuë mal à propos.
S'il y a un bon et un mauvais moment pour la reconnaissance du héros, c'est que cette découverte pourrait être bénéfique ou néfaste. Ce n'est pas nécessairement une clôture. La Poétique d'Aristote analyse les formes et fonctions de la scène de reconnaissance, mais non son emplacement (1452 a).
Baro en 1627 supprime les douze premières pages de l'édition de 1624. Les ébats des héros l'ont probablement choqué.
Maladies IV, 4, 903. Vous voyez les corps estre subjects à diverses maladies, nos ames en font de mesme.
La réflexion du Vieillard n'est pas d'une grande originalité. « On dit aussi en general, que les passions sont les maladies de l'ame » (Furetière).

• Dans L'Astrée, la jalousie est une maladie que les amants ne devraient attraper qu'une seule fois (II, 7, 465). Dans les Epistres, l'ambition est une maladie de l'homme vertueux (I, 21, p. 183).
Manteau IV, 5, 936 ; IV, 5, 939. Manteau de la saincteté.
Cette métaphore que d'Urfé répète pèche par banalité. Dans Les Epistres (I, 21, p. 182), le manteau troué de l'ambition était bien plus ingénieux.
Manteau « se dit figurément en Morale, des couvertures, des pretextes qu'on prend pour desguiser & faire approuver de mauvaises actions » (Furetière).
Mariage - IV, 2, 308. On void si peu de mariages faits par amour estre à la fin heureux.
Dans la première partie déjà, Adamas se méfiait des mariages d'amour (I, 5, 156 recto), et le mariage avait ses adversaires η. Selon André le Chapelain, d'abord, mariage et amour ne cohabitent jamais (p. 156). Ensuite, le « Conte de l'épervier » apporte une correction : « Le mariage n'est pas une excuse valable pour ne pas aimer » (p. 182).
Les Précieuses, quelques années plus tard, imaginent une formule aussi frappante qu'ambigüe (Trivisani, pp. 590-591) : les mariages par A sont tous mauvais (Pure, II, p. 51). Voir Servitude η.

- IV, 4, 834. Vous avez desja alliance avec luy par le mariage que vous avez faict.
Veuf, Sigismond a perdu la fille du roi des Wisigoths. Son second mariage, avec la fille de Thierry, le roi des Ostrogoths, est considéré comme déjà fait parce que les pères se sont entendus.

- IV, 4, 859. Le Roi a le droit de marier Dorinde : il semble que les filles ne sont au monde que pour cela.
C'est à un mauvais conseiller que d'Urfé prête cette sentence qui annonce les déclarations de Gorgibus dans Les Précieuses ridicules de Molière : « Je veux être maître absolu, et pour trancher toutes sortes de discours, ou vous serez mariées toutes deux, avant qu’il soit peu, ou, ma foi, vous serez religieuses » (scène 4). Avit, soulignons-le, n'intervient pas du tout.
Marque IV, 2, 163. Il avoit aupres de l'épaule une marque qu'il y avoit apparence qu'il a apportee du ventre de sa mere.
Voici l'épisode le plus perturbant de la quatrième partie de 1624. Il pèche à la fois contre la vraisemblance et contre la cohérence. La description de cette tache de naissance requiert une centaine de mots. Présentée comme une intervention de l'auteur, elle reste sans commentaires des personnages.

- Comment admettre que Phillis, Astrée et Alexis qui connaissent fort bien le gui et son symbolisme réagissent si peu au dessin qui se trouve près de l'épaule du jeune homme évanoui (Henein, pp.204-205) ? Non seulement elles n'en parlent pas au principal intéressé, mais encore elles n'en discutent pas entre elles et ne rapportent pas la chose à Diane.

- Comment supposer que ce jeune homme qui cherche ses parents et qui est assez instruit pour paraître pédant ne se soit pas interrogé sur le rameau gravé dans sa chair ? Comment se fait-il qu'il n'ait pas compris ce signe ? ou encore qu'il ne l'ait pas montré à Bellinde (I, 8, 231 recto) ?

- Admettons que le signe soit difficile à voir par celui qui le porte. Comment se fait-il qu'Abariel, le bon vieillard qui s'est occupé de l'enfant trouvé, n'ait pas remarqué cette tache de naissance ? Il a pourtant inspecté soigneusement les vêtements (I, 8, 228 verso).

Cet épisode prouve que la quatrième partie de 1624 est un brouillon que d'Urfé aurait corrigé. Baro en 1627 conserve ce texte (2, p. 47).

• La marque de Silvandre rapproche le jeune homme de Silves de la Selve η, porteur de « l'espee ardente » d'Amadis de Grèce, son père (Amadis, XI, ch. 81).
Martyre IV, 1, 20. Je veux que les Dieux me reduisent en cendre avant que je merite vos bonnes graces, en la possession desquelles je ne veux plus avoir de vie, pour m'en rendre digne, [...] et mourir d'un tres cruel martyre si j'ay autre pensee.
Cette réplique véhémente se veut savante.
Baro en 1627 écrit : « Je veux que les Dieux me refusent l'honneur de vos bonnes graces, en la possession desquelles je mets le comble de mon contentement » (1, p. 56).
Maux IV, 2, 228. Les maux interieurs sont les plus dangereux et les plus difficiles à guerir, parce que la veuë n'y [peut] penetrer.
Cette réflexion qui a un écho dans les Epistres (I, 7, p. 54) est illustrée dans la deuxième partie : Madonthe trompe les médecins en ne se plaignant pas de « maladie recognoissable : mais quelquefois de la migraine, du mal de dents, de la colique et semblables maux » (II, 6, 388).
« Qui veut la guarison du mire il luy convient tout son mal dire », reconnaît un proverbe (Cotgrave).
Menaces IV, 3, 588. Les Dieux nous menacent de quelque grand, et tres-grand malheur.
Parce qu'il croit en la Providence, Honoré d'Urfé montre que Dieu s'occupe des hommes dans L'Astrée. Les mises en garde célestes prennent le chemin des songes et des oracles. Ici, un vacie lit la volonté des dieux dans l'état où se trouve le pays. D'autres présages figuraient dans la troisième partie (III, 6, 231 recto ; III, 7, 312 verso ; III, 11, 461 recto ; III, 12, 542 recto).

• Voir Semblable occasion η et Surnaturel η.
Mensonge IV, 3, 462. Celuy qui taist la verité est coulpable de mensonge.
Silvandre répète une maxime que saint Augustin commente dans un traité entièrement consacré au mensonge : Cacher la vérité est une espèce de mensonge (Du mensonge, Chapitre X), mais quand il s'agit de religion seulement. Augustin distingue huit sortes de mensonges (Chapitre XIV), absout le menteur qui plaisante (Chapitre II), oppose le « mentant » et le menteur (Chapitre XI), et même admet qu'« on est forcé de parler autrement qu'on ne pense » (Chapitre XVI). La Somme des pechez analyse ces distinctions, et juge différemment les mensonges pernicieux, joyeux et obséquieux (Benedicti, pp. 575-579). 

• Nombre d'hommes de lettres aussi se sont interrogés sur les rapport du mensonge et de la fiction (Henein, pp. 410-411). Jacques Gohory η par exemple, sépare mentir et dire un mensonge (Amadis, XIII, n. p.) ; cette distinction est nécessaire pour expliquer certains récits invraisemblables de la Bible (Benedicti, p. 578).

• Saint Augustin lui-même ne condamnerait pas les discours d'Hylas puisqu'il explique : « On peut donc dire que celui qui énonce une chose fausse comme vraie, mais qui la croit vraie, se trompe ou est imprudent ; mais on ne peut l'appeler menteur, parce qu'il n'a pas le cœur double quand il parle, qu'il n'a pas intention de tromper, mais que seulement il se trompe. Le péché du menteur est le désir de tromper en énonçant : soit qu'on ajoute foi à sa parole exprimant une chose fausse ; soit qu'en réalité il ne trompe pas, ou parce qu'on ne le croit pas, ou parce que la chose que l'on croit sur sa parole se trouve vraie, bien qu'il la dise dans l'intention de tromper » (Chapitre III).
Mépris IV, 1, 128. Ces soings qu'il avoit des trouppeaux [...] il les a changez au mépris.
Cela signifie que l'amour a empêché le jeune homme de s'occuper de sa charge.
La perspective du romancier a changé considérablement ! Dans la première partie du roman, le mépris du métier fait partie de l'éloge de l'amant. Céladon explique alors à Silvie qu'un amoureux désespéré néglige son travail. Celion rejeté s'en va « sans soucy ny de son trouppeau, ny de chose qu'il laissast en sa cabane » (I, 10, 345 recto). C'est ce que fait Céladon lui-même plus d'une fois, y compris en vivant sous le nom d'Alexis.
Mère - IV, 2, 360. Que je ne fusse point fils de celle qui est ma mere, ou pour le moins que je fusse mon frere mesme.
Un épais mystère entoure ces souhaits étranges de Mérindor. Le jeune homme serait-il un enfant adopté ou conçu hors mariage ? Sa mère l'aurait-elle marié ou consacré à Dieu ? Des suites légitimes auraient évidemment soulevé le voile. Dans les livres dus à Baro et à Gomberville, Mérindor, agent de Gondebaud ou messager de Sigismond, s'avère « un personnage inutile [...] seul survivant des amants infidèles quoique sincères, mais évincés, de Dorinde » (Yon, p. 21).

- IV, 3, 440. Si vous estiez veufve de pere et de mere comme nous.
Astrée se trompe ; la mère de Phillis n'est pas morte.
Merindor et Periandre La conduite romanesque de ces deux prétendants à la main de Dorinde a marqué la mémoire du jeune Tallemant des Réaux. Quand il courtise une jeune fille dans les jardins de l'Athénée, il note : « Il me sembloit que j'étois pour le moins Périandre ou Mérindor » (II, p. 819). Antoine Adam, l'éditeur des Historiettes, se trompe quand il attribue ces noms à des chevaliers des Amadis η (Ibid., II, p. 1545).
Metail IV, 4, 675. Ce metail auquel si peu de personnes peuvent resister.
S'agit-il de l'or ou de l'argent ? Si l'or est « le plus précieux de tous les métaux » (Furetière), « Argent fait tout. Qui combat avec les armes d'argent est asseure de vaincre » (Cotgrave). L'or et l'argent sont « honteuse marchandise » dans les Epistres morales (I, 16, p. 142).
Meuble IV, 3, 396. Le cœur est un meuble.
Métaphore suggestive ! Par définition, un meuble est un « Bien qui se peut transporter d'un lieu à un autre, [...] qui n'est point attaché au sol, à la terre » (Furetière).
Miel - IV, 2, 316. La medecine dans le vase duquel les bords sont couverts de miel.

- IV, 4, 767. Le poison est caché soubs ce sucre.
« On sucre la pilule, afin qu'on n'en sente point l'amertume » (Furetière). Cette action est si importante qu'« on dit proverbialement de celuy qui manque des choses les plus necessaires à sa profession, que c'est un Apothicaire sans sucre » (Ibid.).

• Miel et sucre métaphoriques reviennent sous la plume de ceux qui vantent l'utilité d'œuvres (trop) agréables à lire. Par exemple, Jacques Gohory η explique que le « romanceur » présente au lecteur « un breuvage médicinal » dans un récipient aux bords couverts de miel (Amadis, X, n. p.). Le duc de La Nouë reproche d'ailleurs aux Amadis de dissimuler de l'aloès sous des morceaux de sucre (p. 138). J.-P. Camus utilise la même image pour dire que l'histoire dévote tente de rendre la leçon plaisante : « Il est malaysé de sucrer tellement la reubarbe et l'aloes, que le goust de la drogue n'y demeure » (L'Alexis, I, n. p.). Honoré d'Urfé lui-même écrit dans la préface de La Sylvanire que les fables jouent ce rôle d'édulcorant pour cacher une « Medecine amere mais salutaire » (p. 11).

• Voir aussi Amer η.
Miroir - IV, 2, 238. La tromperie qu'il fit du miroir où il avoit fait mettre sa peinture.
Rappel de la ruse d'Hylas (II, 4, 224). Le miroir est l'arme des hommes trop malins. Climanthe (I, 5, 125 verso) dans L'Astrée et Alciron dans La Sylvanire (III, 5), tous deux servent des amis. Hylas, lui, dessert Périandre, son ami.

- IV, 3, 521. Dans son miroir elle mesme s'admire.
- IV, 3, 522. En ce miroir vous allez aiguisant.
Dans deux poèmes qui se suivent, Silvandre exploite le même thème. Ces deux miroirs s'avèrent des reflets littéraires ; le lecteur seul peut apprécier le parallèle et donc sourire.

La première fois, le berger menace Diane du destin de Narcisse sans nommer le malheureux jeune homme. Ce mythologisme discret survient dans la première partie de L'Astrée, lors d'un dialogue des futurs parents de Diane (I, 10, 325 verso). Il y a donc une intention ironique lorsque Silvandre s'exclame : « estrange nouveauté » (IV, 3, 521). Notons pourtant qu'Ovide aussi s'étonne de « l'étrangeté de [la] folie » de Narcisse en racontant sa métamorphose (p. 98).

La seconde fois, Silvandre rappelle un souvenir vécu dans le sonnet intitulé : « Il luy tient le miroir cependant qu'elle se coiffe ». Le miroir que tient galamment le jeune homme évoque celui que Sireno tendait à sa Diane chez Montemayor (p. 41). Comme dans L'Astrée, la scène inspirait alors des vers lus par un tiers (Ibid., pp. 42-43). Dans son Sireine, d'Urfé ne conserve pas cet épisode.

• Tenir un miroir à une femme avait une importance surprenante. Equicola juge utile d'admonester ainsi l'amoureux : « N'ayes honte & ne te reputes des-honoré de tenir le miroir devant elle » (Livre 5, f° 276 verso).
Modifications En 1627, Balthazar Baro a apporté une addition regrettable aux brouillons laissés par Honoré d'Urfé, l'histoire de Sylvanire (Yon). J'ai analysé le travail du soi-disant secrétaire dans un article de 1990 (Henein).
En ce qui concerne seulement la quatrième partie de 1624, les deux soustractions les plus importantes sont :
1. L'épisode des caresses matinales d'Astrée et Alexis (IV, 1, 1-8). Baro raconte cette scène de réveil plus loin et plus brièvement (1627, 1, p. 43 sq.)
2. L'épisode de la danse des sauvages. Ce passage supprimé (IV, 4, 707 à IV, 4, 713) comprend deux poèmes (IV, 4, 709 et IV, 4, 711).
• Voir Les Quatrièmes parties.
Monnoye IV, 4, 802. Je veux d'elle de l'amour, d'autant que la marchandise que je luy vends ne se peut acheter qu'avec cette monnoye.
Traiter l'amour comme une monnaie d'échange est une métaphore digne d'Hylas, qui choque dans la bouche d'un Prince admiré par la narratrice. Toutefois, l'image apparaît dans la première partie (I, 1, 16 verso par exemple), et dans la troisième η où d'Urfé lui-même l'utilise en parlant de ce qu'il doit au Lignon.
Monteverdi Claudio Monteverdi (1567 - 1643). Ce compositeur italien est le contemporain d'Honoré d'Urfé. Il a transformé la musique de son temps en adoptant un style résolument nouveau sans abandonner le style ancien. Il a mis en musique des vers de Pétrarque et du Tasse. Le romancier a probablement lu et entendu les Madrigaux à trois et à cinq voix (1587-1620) ou les Madrigaux guerriers et amoureux. D'Urfé n'était pas en Italie en 1607, lors du carnaval, pour écouter L'Orfeo, mais il a pu voir Tirsi e Clori, ballet joué à Mantoue en 1616 pour célébrer les noces de la fille du duc de Savoie η. La principale composition religieuse de Monteverdi, Vespro della Beata Vergine ou Vêpres mariales (1610) a connu un grand succès. Voir ce site (7 octobre 2018). Honoré d'Urfé a pu l'entendre, lui qui avait une si grande révérence pour le culte marial (Notes η).
Le frontispice de la quatrième partie est accompagné par un air de Monteverdi interprété par Alain Naigeon. Il s'agit d'un passage des Vêpres mariales, « Domine ad ajuvandum ». « O Dieu, délivre-moi sans tarder ! Eternel, viens vite à mon aide ! » (Psaume 70).
Mordre IV, 3, 554. Apres s'estre mordu les levres quatre ou cinq fois.
Se mordre les lèvres est aujourd'hui signe de honte ou d'embarras. Ce n'était pas le cas au XVIIe siècle. « Se mordre les lèvres, signifie aussi se montrer étonné, surpris. Il [Télémaque] parle ainsi, et tous ces princes se mordent les lèvres et ne peuvent assez s'étonner de la vigueur avec laquelle il vient de parler, FÉN. t. XXI, p. 315 » (Littré). Ni Furetière ni Richelet ne donnent cette explication. Huguet propose seulement : « Il n'y a que mordre. Il n'y a rien a critiquer, à blâmer ».
Cotgrave offre cet étrange proverbe : « Femme qui ses levres mord, et qui son alleure tord, se mesle du mestier ord, ou fait à soy meme tort ».
Mort IV, 1, 62. Le mort qui sera vif.
Déformation de la formule juridique : « Le mort saisit le vif ».
Le mort vivant pourrait être Céladon, ou Ligdamon, ou même encore Clidaman. Mais ce faux « mort » étant associé à une « autre η » responsable (Astrée) désigne certainement Céladon.

• Dans sa Conclusion, Baro choisit de dénaturer cet oracle. Chez lui, Adamas comprend qu'il s'agit des héros, mais, pour protéger celui qui passe pour Alexis, le druide affirme que le mort ressuscité est Ligdamon et l'autre Célidée (V, 4, p. 279-280). Non seulement Baro fait mentir Adamas, mais encore il nargue les lecteurs en rapprochant deux personnages qui n'ont rien en commun.
Mort de Céladon IV, 1, 116. La mort le ravit d'entre les hommes.
La manière de présenter le suicide du berger indique la mauvaise foi d'Astrée. Le lecteur qui se souvient de la scène (I, 1, 5 recto et I, 4, 121 recto) sait que la jeune fille ment par omission quand elle utilise cette formulation grandiloquente.
Mot IV, 4, 853. À ce mot.
L'adjectif démonstratif souligne le sarcasme et l'insolence du Prince qui prétend imiter son père en recherchant Dorinde.
Mourir en soy IV, 3, 621. Celuy là meurt en soy-mesme, qui en ayme parfaictement quelqu'autre.
Phillis propose une réflexion énoncée par Silvandre dans la première (I, 8, 238 verso) et dans la troisième partie (III, 10, 443 recto). L'ensemble de cette scène trahit non seulement l'abattement du jeune homme, mais encore la faiblesse du personnage dans la quatrième partie.
La pensée vient d'Equicola. Chez lui, non seulement « Amour se peut dire mort fascheuse, pour estre son nom divisé en A, et more » (Livre 1, f° 6 recto), mais encore « le vray amoureux est mort, en son corps, et vivant en celuy de l'aymée » (Livre 3, f° 150 verso).
Naissance IV, 3, 369. Encor que berger il ne pouvoit dementir sa naissance.
Surprenant rappel des origines de Céladon (I, 9, 305 recto). C'est plutôt sa nature d'homme qui aurait justifié sa réaction agressive.
Nature - IV, 1, 140. Il y a plus de sains que de malades ... autrement il faudroit croire que la nature failleroit plus souvent en ses ouvrages qu'elle ne les accompliroit selon ses reigles.
Vision optimiste de Silvandre qui correspond à des réflexions de la deuxième partie η et de la troisième η.

- IV, 3, 459. La Nature [...] nous enseigne qu'il n'y a rien que la varieté qui rende beau l'Univers.
Pour Hylas, les changements de la nature justifieraient l'inconstance des cœurs - comme dans la première partie η.
Nécessité IV, 4, 875. La necessité est un monstre qui n'a point de loy, point de honte, ny point de raison.
L'image du monstre, originale, se greffe à une remarque qui figurait dans la deuxième partie η.
Négations Ici comme ailleurs, Honoré d'Urfé illustre l'adage qui veut que « Notre langue aime les négatives » (Vaugelas, II, p. 85). L'accumulation de négations cependant obscurcit le sens.
- IV, 3, 465. Ny moy aussi, si je ne changeois, je ne parviendrois pas.

- IV, 5, 919. Elle ne se mescognoistra jamais de sorte, qu'elle ne vous rende tousjours l'honneur et le respect qu'elle vous doibt.
Nièce IV, Liminaires. Il s'agit de Gabrielle d'Urfé η, la fille de Jacques II d'Urfé η.
• Voir Choix.
Nombre IV, 2, 349. Un [...] ne faict pas nombre.
« Un n'est pas nombre ». Cet adage est expliqué dans le Dictionnaire de l'Académie en 1694. Il s'agit de la conséquence d'une règle d'arithmétique établie par Euclide : Un n'est pas premier car il n'a qu'un seul diviseur entier positif (Voir Wikipédia, 23 juillet 2016). Furetière expose les théories d'Euclide sans donner l'adage (Article Nombre).
Les Epistres morales nomment Euclide parmi les philosophes qui ont étudié la nature de l'homme (III, 3, p. 382).

Dorinde joue sur les mots, il ne s'agit pas d'un nombre en tant qu'unité mais du nombre synonyme de « quantité incertaine » (Furetière).
Nous IV, 3, 459. Nous laissons [...] nous avons servie [...] nous voyons que la Nature [...] qui nous enseigne.
Succession de pluriels de majesté, signe de l'assurance d'Hylas.
Nouvelles de Lindamor IV, 5, 928. Galathée résume le récit fait dans la troisième partie (III, 12, 506 recto sq.). Comme elle ne nomme même pas Childéric, d'Urfé comptait probablement étoffer cette narration succincte.
Noyer IV, 1, 37. La jalousie d'Astrée le contraignit de se jetter dedans l'eau pour s'y noyer.
Ce résumé de l'épisode et le choix du verbe contraindre révèlent le point de vue d'un romancier qui condamne l'héroïne. Le récit de la noyade est dans la première partie (I, 1, 5 recto et I, 4, 121 recto).
Nymphes IV, 4, 714-715. Comme l'on peint Harpalyce [...] Nos robes de couleurs toutes chargees et d'or et d'argent.
C'est la deuxième fois (III, 3, 78 verso) qu'un costume féminin aristocratique évoque la tenue des dames du Forez (I, 1, 6 recto).

• Le dernier jeudi de mars 1609, Henri IV est tombé amoureux d'une jeune femme qu'il regardait se déguiser en nymphe pour un bal ; il s'agissait de Charlotte de Montmorency. « Le Roy, dans sa passion, fit toutes les folies que pouvoient faire les jeunes gens », écrit Tallemant des Réaux (I, p. 69). Charlotte de Montmorency s'enfuira rejoindre son époux, le duc de Condé. Le couple se réfugiera à Bruxelles, sous la protection de l'Espagne.
Divers détails de l'historiette que Tallemant consacre à Charlotte de Montmorency se reflètent dans les aventures de Dorinde : le Roi amoureux se dit percé par le dard que tient la jeune fille ; il la fait peindre en cachette ; Charlotte, convaincue par ses serviteurs, croit que le Roi va l'épouser. En 1614, après l'assassinat du Roi donc, Charlotte attrape la petite vérole, mais retrouve ensuite sa beauté.
Antoine Adam, éditeur des Historiettes, signale que le ballet où dansait Charlotte a eu lieu en 1604, non en 1609 (Tallemant, I, note 6, p. 754). Quelle que soit la date exacte, Honoré d'Urfé, gentilhomme de la chambre du Roi, était aux premières loges.

• Encore une fois, le Roi astréen qui vit des aventures inspirées par les amours d'Henri IV n'est pas admirable : Gondebaud rappelle Euric η.

• Selon Patru, c'est la mutilation volontaire de Célidée qui serait un écho de la petite vérole de la princesse de Condé (II, p. 559).
Obeïray IV, 1, 122. J'obeïray à ma maistresse ..
Lâcheté d'Astrée qui a su se taire pour cacher son propre secret, mais qui n'hésite pas à révéler celui de sa compagne.
Obligee IV, 2, 227. Obligée de parole.
Dorinde ne s'est pas engagée à raconter son histoire. Elle a seulement admis « qu'il faut que le malade descouvre son mal au Medecin duquel il desire les remedes » (IV, 1, 49).
Offense IV, 3, 565. Si les Dieux me faisoient devenir Berger [...] - Si les Dieux, répondit Astree, me faisoient cette offense.
On ne peut plus clairement dire que le travestissement de Céladon insulte sa partenaire.
Ombre - IV, 1, 59. Prendre l'ombre au lieu du corps.
Expression courante : « Beaucoup de personnes prennent l'ombre pour le corps, l'apparence pour la realité » (Furetière).

- IV, 3, 444. Sans prendre l'ombre pour le corps, qui ordinairement est plus grande.
Dans les Epistres, l'image est plus originale : c'est quand le soleil se couche que les ombres grandissent (I, 6, p. 47) ; il en va de même pour les effets de la fortune.
Omission L'étude des variantes a montré que l'article manque souvent entre un verbe et son complément sans que d'Urfé juge toujours utile de corriger la chose (Variantes). « Nostre langue à l'imitation de la Grecque, aime extremement les articles », affirme pourtant Vaugelas (pp. 170-171).
Je relève dans cette rubrique quelques cas où un verbe et son complément sont accolés et j'indique les cas où les dictionnaires admettent cette construction. Baro en 1627 corrige deux seulement des sept expressions relevées.

- IV, 1, 15. Phocion l'agree, et luy a promis faveur.
Baro en 1627 corrige : « Phocion trouve bon qu'il m'épouse » (1, p. 54).
- IV, 2, 250. Avoir frayeur (DMF) ; Faire réponse (DMF).
- IV, 2, 270. Prendre mal. Tomber malade.
- IV, 3, 372. Faire voyage. « Faire voiage » (Richelet).
- IV, 3, 475. R'avoir santé. Guérir.
Baro en 1627 corrige : « R'avoir sa santé » (5, p. 375).
- IV, 4, 700. Faire progrès. (Dictionnaire de l'Académie, 1624, Article Avancer).
- IV, 4, 721. Faire esclat. Scandaliser.
Opiniâtreté IV, 1, 84. Par leur opiniastreté ils vous vont poursuivans comme l'ombre suit le corps.
Cette façon de faire sa cour a été décrite avec verve par Hylas : « Il faut que celuy qui veut faire ce mestier ose, entreprenne, demande, et supplie, qu'il importune, qu'il presse, qu'il prenne, qu'il surprenne, voire qu'il ravisse » (II, 3, 176).
Opinion IV, 3, 432. Si je voyois que tous eussent opinion qu'une couleur fust jaune, encore qu'elle semblast estre rouge, je croirois infailliblement que mon œil se tromperoit.
« Des goûts et des couleurs on ne discute pas », car chacun a droit à son opinion personnelle.
Lorsqu'Astrée se dit prête à suivre l'opinion générale dans le domaine du nom des couleurs η, elle présente une toute nouvelle facette de sa personnalité. On se souvient en effet qu'elle a écrit auparavant à Céladon : « Il faut que mes volontez soient des destinées, mes opinions des raisons, et mes commandemens des loix inviolables » (I, 3, 49 recto). Le romancier prépare-t-il ainsi un dénouement dû à une Astrée qui se plierait à l'opinion des autres, au jugement public ?

• Cette tolérance inattendue évoque celle d'Hylas, l'audacieux qui reconnaît que tous les goûts sont tellement légitimes qu'il refuse de restreindre ses choix (IV, 1, 140).
Voir Diversité η.
Oracle de Climanthe - IV, 5, 921. J'avois opinion que ce que le Druyde m'avoit dit, fust chose aussi certaine, que si la bouche d'un Oracle l'eust proferé.
Galathée rappelle une prédiction de Climanthe (I, 2, 22 recto). D'une part, la Princesse n'a pas su interpréter la métaphore du diamant (qui devait représenter Polémas), d'autre part, elle n'a pas cru les informations apportées par Léonide au sujet du faux druide, qui est à la solde de Polémas (I, 10, 317 verso).

- IV, 5, 928. Ce trompeur, entre autres choses, luy dit ....
Climanthe a prédit à Amasis que Clidaman reviendrait (I, 5, 133 recto). Comme le roman n'est pas encore terminé, il se peut évidemment que le Prince revienne.

• Les oracles disent toujours la vérité dans L'Astrée (Henein, p. 93 sq.)
Oracle de Dorinde Les trois renvois traitent de l'oracle de Vénus qui a conseillé à la jeune femme de se rendre en Forez.

- IV, 1, 51. Venir icy plus volontiers.
Déformation notable de la vérité. Quand elle parvient dans les hameaux, Dorinde prétend qu'elle s'est rendue en Forez non seulement à cause de la recommandation de Clotilde ou à cause de l'oracle, mais encore à cause de la renommée des bergères. Elle ajoute même qu'elle désirait « il y a long temps » les rencontrer.

- IV, 4, 880. Consulter l'oracle, pour sçavoir de quel costé nous devions aller.
Dorinde et Sigismond devaient donc se rendre séparément dans le temple de Vénus et ne comptaient pas obéir à Clotilde.

- IV, 4, 882. Ton mal guérira.
Dans ce distique, l'oracle ne fait que répéter la recommandation de Clotilde. Il s'adresse à une personne isolée et qui souffre (IV, 4, 866).
Oracle de Vénus - IV, 1, 54. L'Oracle que nous eusmes au Temple de Venus.
- IV, 1, 61-64. Nous devons revoir et bien considerer les paroles qui ont esté proferees par le Dieu.
Cet oracle est rendu à Lyon à Florice, Palinice et Circène, trois dames unies d'abord par leurs relations avec Hylas. Dorinde complète le quatuor dans l'histoire des amours de l'inconstant (Histoire de Parthenopé, Florice et Dorinde puis Histoire de Cryseide et de Hylas). Dorinde a consulté le même oracle η que ses anciennes rivales, semble-t-il. La réconciliation des dames lyonnaises n'est pas racontée.

Les sept vers oraculaires jouissent d'un traitement exceptionnel. L'intitulé est annoncé, répété, redit, couché par écrit, appris par cœur et enfin démembré. Il renferme le mot oracle ainsi que trois énigmes : Le mort, L'autre, Qui [...] l'oracle vous dira (IV, 1, 62). Ces mystères s'expliquent à la lumière des aventures des bergers du Lignon, dites aventures que les dames ignorent. La future interprète, Phillis, se réserve le droit de répéter l'oracle quand elle le jugera bon (IV, 1, 67).

- IV, 3, 481. L'Oracle nous a deffendu d'en parler.
Courte scène où le romancier titille la curiosité du lecteur : l'oracle n'est pas répété publiquement et le secret devient un châtiment imposé aux femmes trop bavardes η.
Oracle de Silvandre Silvandre détient un record par le nombre de prophéties qui lui sont associées. Le premier oracle a annoncé sa mort (I, 8, 226 verso), le deuxième l'a envoyé en Forez (I, 8, 231 recto), le troisième était une habile et optimiste prophétie attribuée à Écho (II, 1, 6), le quatrième enfin, reparle de mort (IV, 3, 592).

Par ailleurs, l'oracle reçu par Adamas dans la deuxième partie concernait aussi Silvandre. Le druide a cru qu'un pronom personnel objet remplaçait Céladon parce que le sort de ce berger le préoccupait alors (Henein, p. 80). Ce pronom désignait Silvandre : c'est la reconnaissance de ce fils qui fera que Contente pour jamais sera [la] vieillesse du druide (II, 8, 495).

- IV, 3, 591-592. L'Oracle de la vieille Cleontine [...] à Montverdun [apporte] cette cruelle response.
La présence du nom de la druidesse ne doit pas faire oublier l'absence de référence à une quelconque divinité.

- IV, 3, 620. Oyez comment le Dieu vous annonce toute sorte de contentement.
Comment se fait-il que Silvandre n'ait pas rapproché cet oracle de celui qu'il a reçu précédemment : « Jamais tu ne sçauras celuy dont tu es né, Que Sylvandre ne meure » (I, 8, 227 recto) ?

Silvandre, dans la quatrième partie, semble perdre ses moyens. Phillis emprunte le vocabulaire et les thèmes que lui-même utilisait pour lui offrir une interprétation miséricordieuse et judicieuse de l'oracle fondée sur le sens du verbe espouser : « ESPOUSER. v. act. Celebrer un mariage, qui se dit tant du Prestre qui reçoit le serment des parties, que des conjoints qui se le donnent reciproquement » (Furetière).
Quand la bergère, par gentillesse, se prétend dans le secret des dieux, elle se conduit comme Adamas interprétant l'oracle η rendu à Daphnide (Henein, pp. 88-89).
Orangers IV, 4, 650. Il faisoit conserver grande quantité d'Orangers.
Incolore et inodore dans L'Astrée, l'oranger « demeure toujours verd », rappelle Richelet. C'est justement pour cela que Gondebaud a choisi ces arbres capables de cacher l'hiver.

Henri IV, très intéressé par l'agriculture, a fait construire une orangerie au Louvre (Bayrou, p. 425).
Ours IV, 1, 60. Exercices [...] propres aux Ours, aux Tygres, et aux Lyons.
Énumération d'animaux violents dont les actions ne doivent pas être celles des hommes. Les ours figurent dans la deuxième η et la troisième η partie.
Page corrigée IV, 3, 445. D'autre costé [...] pardonnez.
Comme ce paragraphe est mal imprimé dans l'exemplaire de l'Université de Lyon, j'ai copié douze lignes de l'exemplaire de la bibliothèque de l'Arsenal (8° BL 20632).
Palais IV, 3, 439. Par tout la fortune se plaist de se joüer des humains, aussi bien dans ces bois que dans les grandes citez, et aussi bien dans nos cabannes, et sous nos toicts couverts de Chaume, que dans les superbes tours, et sous les lambris dorez de leurs Palais.
Cette réflexion d'Astrée développe deux vers de la première partie (I, 9, 272 verso) en remplaçant Amour par Fortune. Sur ce truisme, voir Malherbe.
Le romancier écrit leurs palais sans doute pour attacher palais et cités.
Papier IV, 3, 520. C'est le deuxième papier qui tombe de la poche de Silvandre (II, 3, 144). L'incident revient une deuxième fois dans la quatrième partie, puisque Darinée aussi laisse tomber un papier de sa poche (IV, 4, 791).
Au lecteur d'opposer les lettres perdues et bénéfiques en milieu pastoral aux lettres égarées et désastreuses chez les courtisans (Voir la mésaventure de Clarinte, III, 4, 151 verso, et d'autres lettres perdues η.

• La SATOR a consacré un colloque au Topos du manuscrit retrouvé en 1997 (J. Herman, F. Hallyn, K. Peeters). L'étude du « topos de la lettre anonyme » va « de Laclos à Klossowski » (N. Roelens).
Pardonnez IV, 2, 257. Pardonnez cette faute à la mauvaise humeur qui me tient.
Dans ce contexte, pardonner signifie à la fois excuser et attribuer. Mérindor ne se juge donc pas tout à fait responsable de ses actions.
Parler IV, 3, 511. Il eust volontiers parlé à eux.
Cette construction figure dans les parties précédentes (Voir Variantes). Baro en 1627 ne la corrige pas.
Paronomase IV, 4, 659. Cette incommodité qui suit et poursuit les grands Princes.
D'Urfé apprécie la paronomase sans en abuser. Ici, elle conclut et résume le développement commencé deux pages plus haut (Les grands Rois, IV, 4, 657).
Fontanier n'apprécie pas « ces combinaisons verbales » passées de mode, mais pourtant emprunte de beaux exemples à Montaigne et Pasquier (p. 347).
Participe présent La forme aller (ou venir) suivie d'un participe présent reste fréquente : c'est une caractéristique du style d'Honoré d'Urfé.
IV, 1, 103 ; IV, 1, 156; IV, 2, 157 ; IV, 2, 172 ; IV, 2, 196 ; IV, 2, 234 ; IV, 2, 272 ; IV, 2, 277 ; IV, 2, 285 ; IV, 2, 312 ; IV, 2, 358 ; IV, 3, 421 ; IV, 3, 496; IV, 3, 499; IV, 3, 500; IV, 3, 523; IV, 3, 538 ; IV, 3, 542 ; IV, 3, 556 ; IV, 3, 569 ; IV, 3, 575 ; IV, 4, 656 ; IV, 4, 675 ; IV, 4, 715 ; IV, 4, 716 ; IV, 4, 718 ; IV, 4, 720 ; IV, 4, 721 ; IV, 4, 737 ; IV, 4, 754 ; IV, 4, 769 ; IV, 4, 778 ; IV, 4, 788 ; IV, 4, 845 ; IV, 4, 879 ; IV, 4, 884 ; IV, 4, 888.

• La juxtaposition d'aller et du participe présent, soulignée dans l'études des variantes de la première et de la troisième partie, a été rarement corrigée. La locution est supprimée trois fois dans la réédition du Sireine de 1606 (pp. 69, 71, 96), alors même que le poète ajoute un « alloit coulant » (p. 27).

• S'il est un domaine qui illustre ce qui sépare l'usage du XVIe siècle de celui du XVIIe, c'est bien cette question du participe présent après aller, une « périphrase verbale » (Huguet, Article Aller) qui devient lentement archaïque.
Pour Maupas, « le Participe de temps present terminé en ant, se subjoint elegamment à tous les nombres et personnes du verbe Aller. Et ce faisant est signifiee une perseverance et continuté d'action » (p. 310). Vaugelas rejette cette règle (Voir les Variantes de la première partie), sans réussir à convaincre tout le monde. On lit dans la réédition des Remarques que La Mothe le Vayer et d'autres « ne pouvoient souffrir » la condamnation du participe présent après aller (Vaugelas, II, p. 41).

Richelet reprend à son compte le point de vue de Vaugelas tout en admettant que l'expression est utile quand il y a « mouvement visible » (Article Aler). C'est le cas parfois dans L'Astrée de 1624 (IV, 1, 156 ; IV, 4, 715 ; IV, 4, 888 par exemple).

• La quatrième partie associe aller même avec penser ou songer au participe présent (IV, 3, 538 ; IV, 4, 675 ; IV, 4, 721). On ne rencontrait pas cette forme paradoxale dans les parties précédentes.
Baro en 1627 conserve ce texte (5, p. 412 ; 7, p. 610 ; 7, 589).

• Voir l'accord du participe présent η.
Partir d'ensemble IV, 4, 681. Avant que de partir d'ensemble.
Se séparer. L'expression n'est pas dans les dictionnaires.
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 681).
Pas IV, 2, 190. N'ayant à faire que deux ou trois mille pas.
Y a-t-il vraiment deux ou trois mille pas entre les hameaux et la frontière du Forez  ? Oui, à peu près. Selon Furetière, « la lieuë de France [est] de trois mille pas », « 4444 mètres et demi » (Littré), 4 kilomètres et demi. Or aujourd'hui cinq kilomètres (un peu plus d'une lieue) séparent Saint-Étienne-le-Molard de Feurs (Voir ce site, 10 décembre 2017). On constate une fois de plus que la topographie de L'Astrée est loin d'être fantaisiste.

• L'enquête ne doit pas négliger deux faits essentiels.
Premièrement, Madonthe a retrouvé Damon dans la plaine de Montverdun (III, 12, 492 verso) ; elle n'est donc pas allée aussi loin que la frontière du Forez. Le romancier termine sa troisième partie sans nommer Silvandre, sans indiquer où pourrait se trouver le berger.
Secondement, dans la quatrième partie, Silvandre chante des stances (IV, 1, 103) avant de croiser les bergères qui, ce matin-là, ont eu le temps de rencontrer Dorinde (IV, 1, 37) avant d'entendre le jeune homme. Silvandre s'est donc absenté un jour et une nuit sans avoir jugé utile de prévenir ses amis.
Un voyage est conséquent non seulement par la distance parcourue, mais encore par la durée de l'absence. Il est évidemment ironique que le personnage qui discute des effets de l'absence discute aussi de l'importance d'un voyage.
Pastorale - IV, 1, 55-61 et IV, 1, 65-66.
En opposant la vie des champs à la vie des villes, Honoré d'Urfé reprend deux thèmes qui lui sont chers : la douce conversation des bergers (IV, 1, 55 et IV, 1, 57) et leurs divertissements innocents, d'honnestes exercices (IV, 1, 60). De toute évidence, la condition pastorale garde son prestige, bien que la notion de repos η, étrangement, perde son importance. Les hameaux connaissent seulement l'estat le plus reposé par rapport à l'état agité des villes (IV, 3, 442). Cette relativité nouvelle semble sinon pessimiste, du moins mélancolique.

• L'éloge de la condition pastorale présenté sous forme de dialogue entre admirateur et dénigreur rappelle la discussion de Galathée et Léonide (I, 2, 24 recto à I, 2, 25 recto).

• Voir Éloge η et Franchise η.

• Le second entretien, plus long et plus étoffé que le premier, s'avère beaucoup moins dramatique puisque le sort des protagonistes n'en dépend pas. Cette fois, l'avocate des hameaux est plus raisonnable que son adversaire parce qu'elle conclut qu'il faut s'adapter à ce qu'on ne peut pas éviter (IV, 1, 65). « Quand je dance, je dance ; quand je dors, je dors », disait Montaigne (III, p. 319). De toute manière, ces discussions sur les modes de vie restent des parenthèses dans le roman pastoral, car personne ne convaincra jamais personne, personne ne changera d'avis.

• Les deux dialogues sur la pastorale élucident le changement de position de celui qui tient la plume. Pour d'Urfé, en 1607, la condition des bergers est surtout un exercice littéraire, en 1624, c'est un mode de vie qui s'oppose à celui des cours. Les moralistes ne méprisaient pas ce débat. Equicola affirme que « Virgile η appelle les Laboureurs heureux s'ils congnoissoient leurs biens et heur, à sçavoir la vie tranquille, eslongnée des tumultes et bruits des villes » (Livre 2, f° 96 recto). La source lointaine du parallèle entre les champs et les villes pourrait être la Satire II d'Horace, abstraction faite des plaisirs de la bouche.
Baro charcute cet épisode qu'il désire peut-être abréger (Henein, pp. 888-889).

• Baro en 1627 remplace abbaisser par rabaisser, qui semble plus fort et moins concret (2, p.  84).
2. Il corrige l'accord du verbe : tout le reste n'est (2, p. 84).
3. Il supprime le terme archaïque décoratif bouhours juxtaposé à tournois (2, p. 85).
4. Il retranche près de 170 mots dans la seconde partie de la discussion, après la lecture de l'oracle. Il atténue ainsi la sourde rivalité des deux dames, et sacrifie les notations qui indiquent que la condition pastorale est une épreuve par laquelle ceux qui sont dans la peine doivent passer (IV, 1, 65). Après repliqua Florice, Baro donne seulement : « puis que vous estes devenüe plus bergere d'humeur que les mesmes bergeres. J'ay souvent appris de vous, adjousta Circeine, que c'est une souveraine prudence de nous sçavoir plaire, en ce que la necessité nous rend inevitable » (2, p. 87-88).

- IV, 3, 383. Quand on faisoit des assemblees generales dans la forest d'Issoure ou ailleurs.
Certains bergers allaient effectivement à la chasse, mais ces assemblées régulières de pâtres armés sont incongrues en Forez (et surtout à Isoure, domaine princier). Auparavant, le port d'arc ou de flèches signalait l'attitude belliqueuse d'Alcippe et son « esprit turbulent » (I, 2, 33 verso), tandis que l'épieu « bien representé » du berger Damon lui permettait de se tuer (I, 11, 377 recto).

- IV, 3, 442. Les cabanes des bergers sont dépréciées lorsqu'elles deviennent pour la première fois cahuettes, diminutif de cahute.

- IV, 3, 443. Phocion développe des poncifs sur une fortune qui ménagerait les bergers (I, 1, 1 verso). Alexis et Diane objectent en avançant une idée des Epistres morales : il ne faut pas se laisser abuser par une question de proportions. « Le pauvre en donnant peu, a aussi bien la parfaite liberalité, que le riche en donnant beaucoup » (II, 9, p. 294).

- IV, 3, 442-443. La vie pastorale se présente comme la plus heureuse que les mortels peussent choisir.
Le superlatif est modéré par une restriction lucide.

- IV, 3, 485. Étrange et invraisemblable rappel des règles en présence de Clindor, un berger renégat. Voir Ancestres η.

- IV, 3, 543. Cette habitude de confier les troupeaux à des enfants n'a pas été rappelée depuis longtemps (III, 1, 6 verso).
Pauvrette IV, 1, 153. Les confidences de Madonthe ont montré que cette bergère déguisée n'était pas du tout pauvre. Le mot est donc méprisant et ironique.
Péché IV, 2, 319. Le peché qui n'est volontaire / Ne se doit pas dire peché.
D'après La Somme des Pechez, saint Augustin a dit que le péché « s'il n'est volontaire, il n'est point peché » (p. 24).
Perdre IV, 4, 894. O misere des humains, qui ne peuvent cognoistre leurs amis qu'aux adversitez et qui à mesme heure qu'ils les recognoissent, sont asseurez de les perdre.
Si la première partie de la phrase de Dorinde, la déformation d'un proverbe η, ne pose pas de problèmes, la seconde reste obscure. Pourquoi perdrait-on des amis aussitôt qu'on les reconnaît ?
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 700-701).
Perdue IV, 4, 702. Perdue d'honneur.
L'expression n'est pas dans les dictionnaires. Comme une femme perdue est une femme déshonorée, la femme perdue d'honneur semble doublement déshonorée.
Perfection IV, 3, 420. Pourquoy ne l'avez vous faicte avec moins de perfection.
Cette question adressée à Dieu se trouvait dans la bouche de Lindamor dans la première partie (I, 4, 99 recto). C'est l'écho de vers de Lingendes (Voir Lingendes).
Periandriser IV, 2, 299. Ce néologisme suit le modèle que d'Urfé affectionne (druiser) pour indiquer plaisamment une façon de penser.
Personne IV, 2, 186. Cette personne incogneuë est Damon d'Aquitaine.
Dans la troisième partie, Paris l'aperçoit et entend qu'il recherche Tersandre (III, 1, 18 verso) ; Silvandre se charge de prévenir Madonthe qui est alors alitée.
Perte - IV, 2, 283. La perte de ce qui ne se pouvoit conserver guiere longuement.
Cette remarque de Dorinde sur la perte de la beauté est un faible écho des monologues de Célidée (II, 11, 703). L'analyse du parallèle entre la dame et la bergère démontre que ces deux jeunes femmes devenues laides s'opposent en plusieurs points (Henein, p. 80).

- IV, 4, 867. La perte [autorise à] demeurer un peu plus long temps sans estre veuë de personne de la cour.
Dorinde revient à la cour bien qu'elle porte le deuil de son père. « Les Princesses demeurent quarante jours enfermées pour témoigner leur deuil » (Furetière, Article Deuil). Bien qu'elle ne soit pas princesse, la jeune fille aurait pu vivre plus retirée - elle accepte de ne pas le faire.
Peuple IV, 4, 899. Tout son petit peuple.
Les six petites filles du Vieil homme. S'agit-il plutôt des petites-filles d'un grand-père ou d'une « tapinose », une hyperbole réductrice (Gradus, p. 210) ? L'expression peut sembler maladroite parce que « Le petit peuple. C'est toute la racaille d'une ville » (Richelet).
Baro en 1627 conserve ce texte (7, p. 703).
Plainte IV, 3, 414-417. Pour comprendre ce poème, il faut tenter de lui ajouter une ponctuation adéquate. Baro l'a fait pour certaines strophes.
Baro en 1627 écrit :
« Esloigne donc, Sylvandre, loin de toy,
Ceste fascheuse vie ;
Le seul moment qui te l'aura ravie,
Sera chery de moy.
Aurions-nous le courage
De vivre davantage ?
 »
(5, pp. 349-350).
Plaist IV, 1, 98. Qu'est-ce que tu appelles beau sinon ce qui plaist.
Hylas répète une thèse néo-platonicienne η que l'on rencontre sous plusieurs formes dans Equicola : les amants jugent beau ce qui leur plaît (Livre 2, f° 118 recto), car ce qui nous délecte est beau (Livre 2, f° 128 verso).

• Voir Beauté η et diversité η.
Pleurez IV, 3, 498. Pleurez mes tristes yeux.
Honoré d'Urfé a probablement lu chez Jean-Antoine de Baïf : « Pleurez, pleurez mes yeux une pluye eternelle » (Amour de Francine, 1555, f° 43 verso, dans ce site, 7 janvier 2015).
Racine a pu emprunter à L'Astrée la célèbre plainte du chœur dans Esther (I, 5) : « Pleurez, mes tristes yeux ». Corneille, lui, reste plus près de Baïf : « Pleurez, pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau » (Le Cid, III, 3).
Pluriels Comme dans la troisième partie η, le pluriel de certains noms abstraits ajoute de l'emphase. Baro ne cherche pas à changer le ton, c'est-à-dire à simplifier.

Les pluriels lyriques sont particulièrement fréquents dans le livre 1, lors des dialogues d'Astrée et Alexis.
- IV, 1, 6. Des personnes qu'il avoit adorées, dit le romancier. Il s'agit de la seule Astrée.
- IV, 1, 17. Toutes les plus humbles obeïssances.
Dans Baro en 1627, l'ensemble du passage est modifié, le substantif est modernisé et un qualificatif pluriel est ajouté : « Toutes les plus humbles et plus affectionnées supplications » (1, p. 65).
- IV, 1, 23. Ny les difficultez, ny le temps, ny les absences, ny les commandemens.
- IV, 1, 27. Les doutes [...] les douceurs.
- IV, 1, 30. Les respects [...] des contentemens.
- IV, 1, 36. Leurs rages et leurs inhumanitez.

- IV, 2, 176 et 177. Dans la description de la conduite présumée de Silvandre, le pluriel rend la faute plus grave : Les soings extraordinaires [...] les supplications.
Même situation dans le cas d'Hylas : Les tromperies η et les malices (IV, 2, 238).
- IV, 2, 208. Célidée, pour montrer que tous les bergers sont amoureux, met au pluriel des conduites individuelles : Les uns se sont noyez, les autres se sont bannis.

- IV, 3, 492. Silvandre résume son destin et son désespoir avec des pluriels superlatifs : Tous les desastres se sont assemblez et ont fait voir jusques où se peuvent estendre les plus grands efforts des plus cruelles infortunes

- IV, 4, 892. Dans le récit de Dorinde, le pluriel fonctionne comme une hyperbole : Quels effroys !

- IV, 5, 935. Les meschants sont tousjours sur les mesfiances. Le pluriel attire l'attention du lecteur sur la grande l'habileté de Climanthe.
Lathuillère considère que le pluriel donne aux mots abstraits une valeur plus concrère (p. 390).
Poèmes La quatrième partie présente 19 poèmes, dont 3 oracles. Cela signifie 1 poème toutes les 49 pages et demie. Pour tenir compte du nombre réduit de lignes par page, il faut diviser le nombre de pages par deux. On parvient ainsi à 1 poème toutes les 24,7 pages. Les trois premières parties offraient bien plus de poèmes (Lallemand, p. 296). 
- IV, 2, 275. Comme Arimant avant lui (III, 7, 290 verso), Mérindor chante accompagné de musiciens sous les fenêtres de la dame qu'il aime. Mme Lallemand voit dans ce type de situation une « variante curiale et citadine du chant des bergers » (p. 311).

- IV, 3, 521. Les vers de Silvandre ont paru d'abord dans Le Second livre des Delices de la poesie françoise, en 1620 (Lallemand, p. 301). La scène évoquée s'est probablement déroulée durant les quelques mois de la gageure.

- IV, 4, 709. Poème chanté par Mérindor. Ces vers ne se trouvent pas dans Le Second livre des Delices de la poesie françoise, en 1620.
Dans Baro en 1627 le poème est supprimé. Le continuateur a retranché tout ce qui suit « une plus dangereuse attaque » (7, p. 606). Il ne revient à l'édition originale qu'avec « La forest d'Erieu » (IV, 4, 713).

- IV, 4, 711. Stances chantées par des chevaliers déguisés en sauvages η. D'Urfé a déjà présenté des chevaliers déguisés pour danser lors de Bacchanales (III, 2, 47 verso).
Ces vers ne se trouvent pas dans Le Second livre des Delices de la poesie françoise, en 1620.
Baro en 1627 a condamné ces vers.

- IV, 4, 778. La situation de l'amant enviant un objet η que possède la dame qu'il aime est celle d'Amintor enviant un bouquet de fleurs (III, 4, 146 verso, et celle d'Alexis enviant la robe d'Astrée (III, 11, 482 recto).
Ces vers de Sigismond se trouvaient dans Le Second livre des Delices de la poesie françoise, en 1620 (Lallemand, p. 301).

SignetL'une des preuves que la quatrième partie est un brouillon, c'est que Céladon n'y prononce aucun poème !
Pommes IV, 4, 896. Ne sçavois-je pas bien que les pommiers portent des pommes.
Dorinde dit d'une façon imagée : « Tel père, tel fils ». Cette conformité va si loin qu'Equicola affirme : « Un gaucher engendre un semblable à soy » (Livre 4, f° 192 recto). « On dit proverbialement, Il est fils de son pere, pour dire, Il ressemble à son pere tant par le visage que par les inclinations » (Furetière). « On connaît au pommier la pomme » (DMF).

• Dans la troisième partie, la pomme servait aussi de métaphore pour décrire l'ascendance, mais avec un résultat diamétralement opposé : Ne voudriez vous point manger d'une belle pomme, si vous ne sçaviez quel est l'arbre qui l'a portee ? (III, 5, 189 recto). Cette réflexion appartient à l'audacieuse Phillis, une bergère qui ne craint pas les mésalliances.
La pomme a des connotations suggestives - pomme de discorde, Jugement de Pâris, pomme du Paradis terrestre, etc. Pomme est pourtant souvent employé pour exprimer l'idée de très peu de chose (Huguet).

• Voir Roses η.
Ponctuation La ponctuation est souvent gênante dans les éditions de L'Astrée (Voir la deuxième η et la troisième η partie). Elle devient tout à fait aberrante dans les deux états de la quatrième partie puisqu'on y lit par exemple : « Adraste luy, dit-elle » (IV, 3, 475).
J'ai attribué des notes aux signes les plus incohérents du premier livre espérant dégager leur signification. J'ai dû renoncer à cette tâche utopique. Qu'on en juge :

La première phrase (IV, 1, 1) renferme 358 mots et s'étend sur 4 pages avant de s'arrêter à un point (IV, 1, 4) qui ne marque pas de séparation : il est suivi par un participe présent (joignant) dont le sujet (la feinte Druyde) précède ce point.
Le deux-points (IV, 1, 2) qui suit les dix-sept premières virgules (avant ainsi que) divise le participe présent (s'éveillant) et son sujet (elle se tournoit).
Baro en 1627 a supprimé les huit premières pages.
- La virgule :
° prend la place du point pour indiquer la fin d'une repartie (IV, 1, 51 ; IV, 1, 107 ; IV, 1, 113 ; IV, 1, 125 ; IV, 1, 153)
;
° ou du point d'exclamation (IV, 1, 127) ;
° ou des deux-points dans un dialogue (IV, 1, 13 ; IV, 1, 19 ; IV, 1, 24 ; IV, 1, 26 ; IV, 1, 34 ; IV, 1, 49 ; IV, 1, 63 ; IV, 1, 65 ; IV, 1, 69 ; IV, 1, 92 ; IV, 1, 93 ; IV, 1, 106 ; IV, 1, 108 ; IV, 1, 117 ; IV, 1, 119 ; IV, 1, 123 ; IV, 1, 134 ; IV, 1, 142 ; IV, 1, 144 ; IV, 1, 148).
° La virgule peut être suivie d'une majuscule (IV, 1, 5) ;
° ou elle peut précéder la subordonnée (IV, 1, 72 ; IV, 1, 74 ; IV, 1, 108 ; IV, 1, 155) ;
° ou encore être inutile (entre une et main IV, 1, 35 ; entre la nature et qui, IV, 1, 70).

- Le point :
prend la place de la virgule (IV, 1, 38), des deux-points (IV, 1, 46 ; IV, 1, 71 ; IV, 1, 115) ou du point d'interrogation (IV, 1, 112).

La ponctuation double a toujours été surprenante pour un lecteur moderne. Dans la quatrième partie de 1624, elle est irrationnelle.

- Le point-virgule
° signifie virgule (IV, 1, 14 ; IV, 1, 18 ; IV, 1, 22 ; IV, 1, 24 ; IV, 1, 35 ; IV, 1, 50 ; IV, 1, 61 ; IV, 1, 117 ; IV, 1, 145) ;
° ou point d'interrogation (IV, 1, 20 ; IV, 4, 799) ;
° ou point (IV, 1, 51) ;
° ou deux-points (IV, 1, 10 ; IV, 1, 41 ; IV, 1, 71 ; IV, 1, 78 ; IV, 1, 109 ; IV, 1, 140 ; IV, 1, 142) ;

- Le deux-points
° correspond à une virgule (IV, 1, 2 ; IV, 1, 5 ; IV, 1, 21 ; IV, 1, 22 ; IV, 1, 26 ; IV, 1, 27 ; IV, 1, 47 ; IV, 1, 50 ; IV, 1, 82 ; IV, 1, 114 ; IV, 1, 134) ;
° ou à un point (IV, 1, 7 ; IV, 1, 8 ; IV, 1, 11 ; IV, 1, 12 ; IV, 1, 15 ; IV, 1, 16 ; IV, 1, 17 ; IV, 1, 18 ; IV, 1, 21 ; IV, 1, 26 ; IV, 1, 53 ; IV, 1, 67 ; IV, 1, 68 ; IV, 1, 85 ; IV, 1, 106 ; IV, 1, 107 ; IV, 1, 109 ; IV, 1, 111 ; IV, 1, 118 ; IV, 1, 120 ; IV, 1, 121 ; IV, 1, 123 ; IV, 1, 127 ; IV, 1, 132 ; IV, 1, 143 ; IV, 1, 152) ;
° ou à un point virgule (IV, 1, 12 ; IV, 1, 27 ; IV, 1, 58 ; IV, 1, 60 ; IV, 1, 64 ; IV, 1, 101 ; IV, 1, 119 ; IV, 1, 123 ; IV, 1, 131) ;
° ou à un point d'exclamation (IV, 1, 14 ; IV, 1, 18 ; IV, 1, 20 ; IV, 1, 24 ; IV, 1, 28 ; IV, 1, 56 ; IV, 1, 65 ; IV, 1, 72 ; IV, 1, 79 ; IV, 1, 80 ; IV, 1, 81 ; IV, 1, 83 ; IV, 1, 103 ; IV, 1, 109 ; IV, 1, 116 ; IV, 1, 119 ; IV, 1, 136 ; IV, 1, 151) ;
° ou à un point d'interrogation (IV, 1, 28 ; IV, 1, 42 ; IV, 1, 43 ; IV, 1, 82 ; IV, 1, 148 ; IV, 1, 152) ;
° ou encore il peut être parfaitement inutile : Pourquoy voulez-vous que nous souffrions que ces tyrannies que l'on déguise du nom de respect et de civilité : nous empeschent ce meslange (IV, 1, 31).

- Le point d'interrogation signifie un point d'exclamation (IV, 1, 5).

Dans les livres 2 à 5, seules les instances les plus obscures renvoient à des notes.

- IV, 2, 159. La virgule rend un dialogue incompréhensible :
Ô Dieu, Diane, le pauvre Sylvandre est mort ! reprit incontinent Diane
.
Baro en 1627 écrit : « Sylvandre est mort ? reprit incontinent Diane, et qui l'a tué ? » (2, p. 145).
- IV, 2, 184 à IV, 2, 198. La ponctuation est particulièrement délicate lors d'une amusante scène à deux niveaux : Phillis interroge Silvandre, Diane les écoute en cachette et commente ce qu'elle entend. La virgule prend la place que nous donnerions à des points de suspension.

- Des virgules malencontreuses modifient le sens :
Ne le serois-je plus qu'Hylas, mesme (IV, 2, 194) ;
Et elle adjousta, l'estrangere l'ayme-elle ? (IV, 2, 205).

- IV, 2, 350 et 351. La ponctuation rend le dialogue de Dorinde et Mérindor difficile à comprendre. Une inversion inutile (repris-je) et un point-virgule qui devrait être un point cachent le changement d'interlocuteur.

- IV, 3, 446 ; IV, 3, 491 ; IV, 3, 505 ; IV, 3, 608 à 612.
La ponctuation n'indique pas du tout l'échange des interlocuteurs.

- IV, 3, 491. Une virgule devrait suivre par toy.

- IV, 3, 528. Ce point d'interrogation devrait être un point d'exclamation.

- IV, 3, 542. Ce deux-points devrait être un point d'interrogation.

- IV, 3, 544. Ce deux-points devrait être un point d'exclamation.

- IV, 4, 640. Et vivre sans soupçon, de luy qu'ils croyoient mort tout à coup, les vint. Les deux virgules rendent la phrase incompréhensible.

- IV, 4, 670. La virgule devrait être un point.

- IV, 4, 707. La virgule devrait précéder alors, non le suivre.

- IV, 4, 735 ; IV, 4, 766. La ponctuation originale n'indique pas le changement d'interlocuteur. Les tirets ajoutés dans cette édition critique sont essentiels.

- IV, 4, 788. Darine respondit alors, Ardilan le silence. La virgule doit suivre Darinee.

- IV, 5, 929. Le deux-points sert de point d'interrogation.
Porte IV, 3, 432. Nul ne peust si bien sçavoir de quel costé la charge blesse, que celuy qui la porte.
Le proverbe que donne Cotgrave dit : « À un chascun son fardeau poise [...] Everie one finds his owne burthen heavie enough ».
Portoit IV, 1, 132. L'amour qu'il portoit à cette Madonthe.
Cette réplique d'Astrée complète la réflexion qu'elle a faite auparavant : « J'ay remarqué que tousjours il a grandement affectionné Madonthe » (III, 11, 479 recto).
Pose IV, 3, 525. La description complaisante de la femme endormie est un topos pastoral. F. Lavocat analyse ces scènes du roman dans un chapitre au titre révélateur : « Satyres et nymphes endormies » (pp. 314-321).
Dans le contexte thématique de L'Astrée, cette description devrait être de mauvais augure puisqu'elle évoque la situation d'Actéon, le plus célèbre des voyeurs de la mythologie. Il n'en est rien parce que le romancier optimiste a montré Diane pardonnant leur indiscrétion à Filandre et à sa sœur : « Ce seroit [les] ruiner et moy aussi, si je precipitois davantage » la fin des travestissements (I, 6, 186 recto). Faut-il souligner encore une fois combien cet argument qui rappelle une remarque des Métamorphoses d'Ovide (III, 171-211) serait adéquat dans la bouche de cette Astrée qui n'a pas rejeté la fausse Orithie (Henein, pp. 285-286) ?
Pouvoir IV, 1, 106. Ce vers signifie que le pouvoir des beautés est plus grand que le pouvoir du volcan.
Pouvoir de Polémas IV, 5, 931. C'est dans la troisième partie que le romancier expose les étapes de l'insurrection de Polémas (III, 6, 262 recto).
Présents IV, 4, 777. Voir Dons η. Guizot distingue ces synonymes : « Puisque le don a pour but particulier l'avantage de celui à qui on le fait, on fait plutôt don de choses utiles, puisque le présent est plutôt offert par le désir de plaire à la personne qui l'agrée, on fait plutôt présent de choses agréables ». Dans L'Astrée, les « petits présents » offerts à Dorinde semblent moins alarmants que les « grands dons » que recevait Alcippe (I, 2, 40 verso).
Prier IV, 2, 252. Pour prier les Dieux ou pour les remercier.
Si Dorinde ne comprend pas la question que pose Mérindor, c'est qu'elle ne remarque pas le jeu sur les mots. Prier c'est demander une grâce ; remercier c'est rendre grâce.

D'autres femmes ne comprennent pas les jeux sur les mots masculins. C'est le cas de l'héroïne (Voir Feux). Par ailleurs, les prières prononcées par les femmes intriguent les hommes : Polémas par exemple a consacré un poème ingénieux aux prières de Léonide (I, 10, 309 recto).
Prince IV, 4, 736. Quand un Prince en veut tromper quelqu'autre il faut premierement qu'il abuse l'Ambassadeur qu'il luy envoye.
Dorinde énonce une maxime politique qui reprend une réflexion d'Ardilan sur les qualités de l'envoyé du Roi (IV, 4, 674).
Profit IV, 3, 433. La leçon que donne Astrée fait sourire le lecteur attentif puisqu'elle correspond à ce que la bergère aurait dû penser en écoutant Semire calomnier Céladon (I, 1, 2 recto ; I, 4, 118 verso).
Promesse - IV, 1, 93. Nous n'avons pas assisté à un échange de promesses. Dans la première partie, Phillis pardonne à Lycidas son infidélité (I, 4, 108 verso) et dans la deuxième sa jalousie excessive (II, 11, 728) ; elle ne lui promet rien.

- IV, 4, 729 ; IV, 4, 764. Les fausses promesses et les mensonges d'Ardilan rappellent quelques épisodes des Amadis : Un nain, « caut et astut le possible, qui se nommoit Ardenin », remet à Pentasilée et Fortune des lettres d'étrangers amoureux d'elles, l'empereur Tartare et son frère. Ils se prétendent prêts à se convertir pour épouser ces deux chrétiennes. Pentasilée jette le nain par la fenêtre, puis lit les lettres tombées de sa poche. Le nain trompe ensuite ses maîtres en alimentant leurs espoirs (XIV, ch. 55).

- IV, 4, 840 ; IV, 4, 847, 860.
Dorinde, en fait, n'a pas eu la prudence de demander au Prince une promesse de mariage !
Les promesses de mariage sont un sujet d'actualité (Voir Loi des Wisigoths η) : « Belle promesse fol lie [...] (for the words fol lie equates unto folie) (Cotgrave).
Les promesses et leurs effets néfastes étaient au cœur de plusieurs communications présentées en 2007 lors du colloque SATOR, Le Mariage et la loi dans la fiction narrative avant 1800 (éd. F. Lavocat et G. Hautcoeur).
Promis IV, 1, 15. Il luy a promis faveur.
Dans la troisième partie, Calidon (III, 5, 214 recto) et Cléontine (III, 6, 228 verso) ont dit que Phocion souhaitait que ce jeune homme épouse sa nièce.
Promptitude IV, 5, 921. Il y a eu un peu de promptitude de mon costé.
Galathée a chassé sa suivante. Cette scène, qui a eu lieu entre la première et la deuxième partie, a été racontée par Léonide (II, 7, 455).
Pronoms Comme dans les volumes précédents, le pronom personnel appelle une analyse (voir Variantes de la première, de la deuxième et de la troisième partie). Dans cette édition de la quatrième partie, seules les constructions désuètes renvoient aux notes pour mieux attirer l'attention du lecteur, comme par exemple dans le cas de : Phillis s'achevant d'habiller (IV, 1, 11).

• Place des pronoms objets.
Alors qu'on rencontre une seule fois le nous (IV, 3, 480),
la place du vous fluctue (Sancier-Chateau, p. 273-274) :
L'ordre moderne (je vous le dis, IV, 3, 577)
survient dans tous les livres sans que l'ordre ancien disparaisse (je le vous ay dit, IV, 2, 168).

Le vous 16 fois Vous le 62 fois
La vous 7 fois Vous la 22 fois
Les vous 1 fois Vous les 12 fois

Les deux formes cohabitent quand un infinitif suit faire par exemple :
- IV, 1, 51. Il vous la fist continuer ;
- IV, 1, 105. Il vous le fera comprendre ;
- IV, 2, 160. Je le vous feray voir ;
- IV, 4, 642. Vous les avoit faict oublier.
(Aucune occurrence de la vous + faire).
« L'oreille seule décide » dans la plupart des cas, pourvu que « l'esprit ne prenne [pas] une fausse idée », reconnaissent les commentateurs de Vaugelas (Vaugelas, II, pp. 395-396).

• À cause de constructions complexes ou maladroites, les antécédents des pronoms ne sont pas sans équivoque :
- IV, 1, 11. La sçavoir bien accommoder. La coiffure.
- IV, 1, 15. Elle me rapporte [...] elle estime [...] elle m'a opposé. Léonide.
- IV, 1, 25. Elle estoit suffisante. La pudeur.
- IV, 1, 35. Il sera à jamais le symbole. Le nom de serviteur.
- IV, 1, 71. Luy donner. L'Étrangère.
- IV, 1, 75. Les conduire avec nous sans les en advertir. Le premier les remplace les dames lyonnaises alors que le second remplace Astrée et Alexis.
- IV, 1, 91. Si ce n'est celle-là. La considération.
- IV, 1, 133. Luy ont veu prendre congé. Silvandre.
- IV, 1, 143. Celle de Diane. L'occasion.
- IV, 1, 154. Elle estoit en colere. Phillis.
- IV, 2, 162. Personne le peut recognoistre. Déplaisir.
- IV, 2, 168. Vous le ressentiez favorable. Génie.
- IV, 2, 171. Elle tournoit la teste. Astrée.
- IV, 2, 184. Je vous la raconte. Vérité.
- IV, 2, 212. S'il y en a point d'autres. Larmes. Le ne est est explétif.
- IV, 2, 220. La venir voir. La remplace Astrée.
- IV, 2, 246. Si cela estoit honorable pour Bellimarte, il ne l'estoit pas à la grandeur [...]. Le pronom personnel neutre remplace le pronom démonstratif.
- IV, 2, 247. Luy qui estoit homme bien avisé pour ses affaires, il se releva.
- IV, 2, 266. Je la donnerois [...] aussi bien que dez icy je la vous donne. Le premier la remplace quelque chose, le second remplace Dorinde.
- IV, 2, 277. Un cœur en est atteint [...] le feu ne s'en esteint [...] Combien en sont incurables les coups.
Les trois pronoms en remplacent Amour.
- IV, 2, 306. Il ne me verroit jamais. Le père de Dorinde.
- IV, 2, 308. Luy et les siens. Arcingentorix et ses alliés.
- IV, 2, 314. Jamais faire jugement d'une personne avant que de le bien cognoistre. Le remplace personne.
- IV, 2, 317. Il creut. Mérindor.
- IV, 2, 320. Les leurs. Les coups donnés par les yeux de Dorinde.
- IV, 2, 322. Recherche qu'il m'avoit faite [...] esperances qu'il luy avoit donnees. Le premier il renvoie au chevalier et le second au père.
- IV, 2, 343. Qu'il auroit. Ce il et le suivant renvoient à Bellimarte.
- IV, 2, 344. Si j'avois esté trompé en la vostre, de laquelle je fais encore moins d'estat. La vostre et laquelle remplacent Alliance.
- IV, 2, 347. Lesquelles il sçavoit bien luy devoir estre renduës. Lesquelles est mis pour qui.
- IV, 2, 349. Je la veux estre. C'est une femme qui parle.
« Je la suis [...] Puisque toutes les femmes aux lieux où l'on parle bien, disent la, et non pas le, peut-estre que l'Usage l'emportera sur la raison » (Vaugelas, p. 28). Mais ce n'est pas toujours le cas dans L'Astrée, puisque Diane par exemple déclare : Je ne le suis plus (IV, 3, 428).
- IV, 2, 354. Luy tesmoignoient. Arcingentorix.
- IV, 2, 355. Me la faire. Grâce.
- IV, 3, 386. La douleur leur empeschoit d'ouïr. Mérindor et Périandre.
- IV, 3, 406. Suject de l'estre mal. Satisfaite.
- IV, 3, 406. Vous en avez eu. Le en remplace sujet d'être mal satisfaite.
- IV, 3, 407. Celle que Philandre luy avoit donnee. Celle remplace mauvaise satisfaction.
- IV, 3, 422. La passion qui les combattoit. La passion de Diane est la jalousie. Le pronom les est mis pour les compagnes de Diane.
- IV, 3, 426. Elle feroit. La honte.
- IV, 3, 429. Tout ce qui est icy. Ce renvoie aux interlocutrices de Diane. Ce remplaçant une personne a pourtant été corrigé dans la deuxième partie de 1621 η.
Dans le Dictionnaire de l'Académie de 1694, ce, pronom démonstratif, « indique les personnes ou les choses ». Cependant, dans l'édition de 1762, ce « signifie la chose dont on parle » seulement.
- IV, 3, 473. L'Univers seul est le temple digne de sa grandeur, et que luy-mesme s'est basty. Que remplace temple.
- IV, 3, 474. Conduisez l'y. Conduire le berger au temple. Le pronom a été supprimé dans des situations similaires (Sancier-Chateau, p. 128).
- IV, 3, 497. Se la rebaiser. Sa main.
- IV, 3, 515. Cela est bon pour des petits maux, [...] pour ceux qui n'en ont que des communs [...] ceux qui sont parvenus à une telle extremité. Le premier Ceux renvoie aux individus, le second aux maux.
- IV, 3, 535. Je vous en verray pleurer. En remplace cruautez.
- IV, 3, 540. Je luy vois idolatrer ceste fille. Luy remplace Alexis. Luy se met à la place de le ou la.
- IV, 3, 541. Trouver estrange qu'elle soit prinse. Elle remplace fille (Alexis).
- IV, 3, 613. Je la feray. La cure (mais cure était au pluriel).
- IV, 3, 614. Je luy veux donner guerison. Le mal.
- IV, 4, 649. Une plage [...] qui depuis les Rois l'ont embellie.
Qui est archaïque et l' est inutile.
- IV, 4, 668. Le faire entendre. Il n'y a pas d'antécédent.
- IV, 4, 671. Il me peust. Gondebaud.
- IV, 4, 675. Elle pourra. La fille, Darinée.
- IV, 4, 682. Elle valoit trop. La bague.
- IV, 4, 702. Le mespriser en sorte que [...]. Le pronom remplace probablement « tout ce qui peut nuire à vostre reputation ».
- IV, 4, 703. Il en trouve quelqu'une. Une occasion.
- IV, 4, 709. Il y avoit tourné les yeux. Il remplace le Roy et y la recherche de Dorinde.
- IV, 4, 717. On la prenoit. Le pronom remplace la bête (qui est pourtant au pluriel). Il s'agit du sanglier.
- IV, 4, 723. Une chose qui ne le vaut pas. Le pronom ne remplace pas peine mais beaucoup de peine.
- IV, 4, 738. Je ne le cede pas. Le est neutre. Il remplace le comparatif qui précède : Personne ne vous aime plus que moi
- IV, 4, 752. Il ne fut point deceu. L'espion.
Les pronoms personnels masculins sont particulièrement troublants dans cette page puisque la scène montre trois hommes dont l'un reste anonyme. Les pronoms dotés d'une note renvoient tous à l'espion. Voir Construction η.
- IV, 4, 757. Luy le recognoissant il continua. Luy et il renvoient à la même personne. Ce genre de pléonasme a pourtant été corrigé en 1621 η (Sancier-Chateau, pp. 125, 348).
- IV, 4, 765. J'avois accoustumé d'y en avoir une. Y remplace auprès d'elle.
- IV, 4, 776. Je le cognoissois [...] m'en pouvois garentir. Le et en remplacent se laisser prendre aux flatteries.
- IV, 4, 789. Qu'il luy puisse permettre de faire ce qu'il a promis. Le premier il est mis pour cela.
IV, 4, 793. Le Roy alors le prenant il n'eust pas. Il remplace le Roy.
- IV, 4, 815. L'aymoit. Gondebaud.
- IV, 4, 822. Sans que cette belle fille y en ait point de part. En est explétif.
- IV, 4, 822. Si vous voulez l'effacer. L'injure.
- IV, 4, 836. L'amour qu'il me portoit. Il remplace Sigismond.
- IV, 4, 864. Le Prince ayant sçeu ces nouvelles, et voyant que le Roy recouroit aux extremes remedes, il creut. Il remplace le Prince.
- IV, 4, 865. Elle rejettant infiniment cet advis elle trouva. Les deux pronoms renvoient à Clotilde.
- IV, 4, 865. Ils estoient alliez. Les Bourguignons.
- IV, 5, 916. Elle revint. Léonide.
Toutefois, quelques lignes plus haut, « la Nymphe [qui] ne perdit pas de temps » est Galathée. C'est en effet elle qui a voyagé avec Adamas, Damon et Madonthe. Léonide, elle, ne les a rejoints que le lendemain.
- IV, 5, 941. Elle fust infaillible. L'entreprise.
Propositions IV, 1, 2. Se souvenant des propositions que le jour auparavant Astree, et elle avoient faite.
Diane a proposé : « Ne seroit-il point bien à propos qu'Astree prit ceux (les habits) de Druyde, et qu'aujourd'huy elles se laissassent voir ainsi desguisees pour faire passer le temps au sage Adamas » (III, 11, 466 recto).
On notera que le participe faite reste au singulier. Peut-être parce qu'il n'y a eu en fait qu'une seule proposition.
Proverbe En homme du XVIe siècle, d'Urfé aime « ces Proverbes qui roulent par la bouche du peuple » (La Sylvanire, p. 9). On les rencontre souvent sous sa plume η. Claude Longeon décrit « le goût affirmé des Foréziens pour les proverbes gaillards, les énigmes lestes et les traits bouffons » (p. 240) ; les trois qualificatifs cependant ne conviennent pas dans le cas d'Honoré d'Urfé. Pour l'auteur de L'Astrée, le proverbe a une fonction généralisante.
On se souvient que Don Quichotte et Sancho Pança discutent des proverbes et qu'ils les enfilent tout en décrétant qu'il ne faut pas les multiplier (Cervantes, p. 1012).

- IV, 1, 65. L'on ne peut avoir aucun bien sans peine.
« Nul bien sans peine » (Furetière, Article, Bien). Cotgrave donne une formule plus imagée : « Nul pain sans peine » (Article Peine).

Signet- IV, 1, 65. Savoir se plaire en ce que la necessite [...] presente.
Le proverbe dit « Faire de necessité vertu » (Furetière, Article Vertu). D'Urfé remplace la vertu par l'esprit, synonyme de jugement.

- IV, 1, 81. Celuy qui me doit me demande.
Ce proverbe était déjà dans la première partie (I, 4, 103 recto). « Ceux qui nous doibvent nous demandent » (Cotgrave).

IV, 1, 88. Les honneurs changent les mœurs.
« On dit proverbialement, que les honneurs changent les mœurs, pour dire, qu'un homme eslevé en fortune se mesconnoist, & neglige ses amis qui sont demeurez dans la pauvreté » (Furetière, Article Mœurs).
Honores mutant mores. Maxime que Jean de Meun réfute dans le Roman de la Rose (vers 6527).

- IV, 2, 214. Ne disputer jamais contre ceux qui nient les principes.
« Il ne faut point disputer contre ceux qui nient les principes » (Furetière, Article Principe). Pourquoi disputer avec Hylas ? parce qu'il admet la primauté de l'amour.

- IV, 2, 227. Nous pensons devoir tout ce que nous avons promis.
« Chose promise est deuë » (Furetière).

- IV, 2, 258. Pour éviter des deux maux qu'il en prevoyoit, celuy qui estoit le plus dangereux.
« De deux maulx fait bon eslire / Le moindre » (La Curne).

- IV, 2, 258. Remettre au temps la guerison entiere du mal.
Le temps fut mon Medecin et ma Medecine, lisait-on dans la deuxième partie η (II, 9, 570). « Le temps qui guérit tout, guérira tes douleurs » (Godeau cité dans Richelet).
Godeau s'est-il inspiré de L'Astrée ? La maxime se trouve en 1660 dans ses Poésies chrétiennes. Cette « Dixième églogue » réunit aussi un Alcidon, un Lisis et un Alexis (p. 209). Ces noms sont dans L'Astrée, mais aussi dans Virgile η, poète que Godeau nomme dans son « Discours » liminaire (p. 19).

- IV, 2, 314. Il ne faut jamais faire jugement d'une personne avant que de le bien cognoistre.
La réflexion dit la mauvaise foi du personnage : bien cognoistre équivaut à bénéficier de ses dons.
« Ne juge aucun homme avant d'avoir marché avec ses mocassins durant deux lunes ». Ce proverbe amérindien n'était pas connu en France.

- IV, 2, 345. La conscience qui vaut mille tesmoins.
Le proverbe dit : « Il n'y a point de plus dangereux tesmoin que nôtre propre conscience » (Furetière, Article Tesmoin).

- IV, 2, 352. Nul ne se doit frotter à l'herbe qu'il ne cognoist.
« Qui s'y frotte s'y pique », devise de Louis XIII. Elle n'est pas encore dans les dictionnaires au XVIIe siècle (Voir Wikipédia, 22 juillet 2016).
Cotgrave donne un proverbe voisin après avoir défini de multiples herbes : « L'herbe qu'on cognoist on la doit lier à son doigt », c'est-à-dire l'utiliser souvent. Le DMF donne plutôt : On doit mettre à son œil l'herbe qu'on connoist.

- IV, 3, 411. Tous ne doivent pas estre mesurez à une méme aulne.
L'expression que donne Furetière est un peu différente : « Cet homme mesure tout le monde à son aune, pour dire, qu'il croit que tous les autres sont faits comme luy ».

- IV, 4, 637. Deux yeux voyent plus que ne fait pas un seul.
« Deux yeux voyent plus clair qu'un » (Cotgrave).

- IV, 4, 660. Et je cogneus bien alors le proverbe estre veritable qui dit, qu'il n'y a meilleur fard que le contentement.
Pour Cotgrave, le spécialiste des proverbes, le fard n'est que « deceit, pretence, falsehood ». Furetière aussi a une piètre opinion du fard « qui embellit & qui agrandit les choses » (Article Fard). Il donne aussi : « Le visage est le tesmoin de la joye ; elle est peinte sur le visage » (Article Joye).
Il est évidemment important de souligner que d'Urfé ne condamne pas le fard comme le faisaient tant de moralistes de son époque. Les Epistres même peuvent surprendre : « La dissimulation, est comme le fard, qui dure pour un jour » (I, 7, p. 59).

- IV, 4, 707. Ce feu se couve plus ardent soubs la cendre.
« Le feu plus couvert est le plus ardant » (Cotgrave).

- IV, 4, 707. Les nouvelles pensees effacent les premieres.
« De nouveau tout est beau », « Le dernier venu est le mieux aimé » (Cotgrave). Reprise de « Un clou chasse l'autre » dans la deuxième η et la troisième η partie.
Clotilde multiplie les proverbes dans ce discours qu'elle veut didactique et persuasif.

- IV, 4, 708. Ce que deux personnes sçavent ne peut plus estre estimé secret.
Le proverbe dit : « Secret de deux secret de Dieu, secret de trois secret de tous » (Cotgrave).

- IV, 4, 781. Des petites choses on vient bien souvent à la cognoissance des plus grandes.
Plusieurs proverbes viennent à l'esprit : « On dit, Aller du petit au grand, pour dire, Commencer par de petites choses pour parvenir à de plus grandes ; &, Argumenter du petit au grand, pour dire à plus forte raison, à minori ad majus » (Furetière, éd. de 1727, Article Grand). « Du petit vient on au grand. [...] Il faut hasarder un petit poisson pour prendre un grand. [...] Les petits ruisseaux font les grandes rivieres » (Cotgrave, Article Grand)

- IV, 4, 826. De chose faite on dit que le conseil en est pris.
« Chose faitte coneil prins, When a thing is done advise comes too late ; a thing once done cannot be undone ; the care is alreadie taken » (Cotgrave, Article Chose).

- IV, 4, 835. La commodité faict le larron.
« Abandon fait Larron » (Cotgrave). « L'occasion fait le larron » (Furetière).

Signet- IV, 4, 840. De deux maux il faut eslire le moindre.
« De deux maux il faut choisir le moindre » (Furetière).
Voir plus haut, Maux η.

- IV, 4, 845. Ce bien faict ne sera point perdu.
« Bienfaict n'est jamais perdu » (Cotgrave).

- IV, 4, 864. Extremes remedes [...] les extremes resolutions.
Aux grands maux les grands remèdes. L'adage n'est pas dans les dictionnaires du temps. Ce serait à l'origine un aphorisme d'Hippocrate ou d'Erasme (voir ce site, 6 mai 2016).

- IV, 4, 867. Le Ciel ne nous envoye plus d'affliction que nous n'avons la force d'en supporter.
« Dieu donne le froid selon le drap » (Cotgrave, Article Froid).

-Signet IV, 4, 869. La loi [...] que le plus fort impose au plus foible.
« On dit proverbialement, Il faut ceder au plus fort » (Furetière, Article Fort). La formule de Cotgrave est plus cynique : « Que veut le Roy ce veut la loy » (Article Loy). Celle de Jean de La Fontaine, la plus célèbre, est dans « Le Loup et l'agneau » (Fables, Livre I) : « La raison du plus fort est toujours la meilleure »).
Lorsque Jean Papon résume cette fable d'Ésope, il blâme les financiers et les favoris, mais sans donner une maxime finale (p. 679).

- IV, 4, 875. La necessité est un monstre qui n'a point de loy, point de honte, ny point de raison.
Cotgrave donne plus prosaïquement : « Nécessité est la moitie de raison ». Voir plus haut Nécessité η.

- IV, 4, 894. O misere des humains, qui ne peuvent cognoistre leurs amis qu'aux adversitez.
« On connoist les amis au besoin » (Furetière). La première des Epistres morales porte pour titre : « Que nous ne sçaurions avoir cognoissance asseurée de nos amis, que par la preuve que nous en faisons aux adversitez » (I, 1, p. 1).

- IV, 4, 904. Le plus fort chasse le plus foible de sa maison.
« Les gros poissons mangent les petis (sic). Pro. Justly applyed to the unjust world, wherein the rich devoure the poore, the strong the wake, the mightie the meane » (Cotgrave).
Voir plus haut Fort η.

- IV, 4, 906. Les dieux [...] ne laissent jamais un bien faict sans recompense.
« Bienfaict n'est jamais perdu » (Cotgrave).
Prudence IV, 4, 636; 637; 644; 659
Cette vertu nommée 34 fois dans la quatrième partie est évoquée 23 fois dans le second récit de Dorinde (la Cour) et 2 fois dans le premier (la ville). La prudence est le fondement de la diplomatie et des rapports difficiles. D'Urfé illustre ses diverses facettes, c'est pour cela que toutes les occurrences de prudence renvoient aux notes.

- IV, 2, 255. La sagesse et prudence dont il usoit en toutes ses actions.
En juxtaposant Prudence et Sagesse, Guizot définit la prudence comme la vertu qui « empêche d'agir et de parler mal à propos », puis note : « De toutes les qualités de l'âme, la plus éminente est la sagesse ; la plus utile est la prudence ».

La prudence est une manière d'agir souvent recommandée à ceux qui n'ont ni le pouvoir ni la force :
- IV, 3, 444. Le remede, que [...] la prudence nous peut presenter.
- IV, 3, 463. C'est prudence de le sçavoir faire selon l'occasion.
- IV, 3, 603. Ce n'est pas finesse c'est prudence.
- IV, 4, 636. Les Dieux qui ont donné la prudence.
- IV, 4, 637 Vaincre les coups de la fortune, soit avec la prudence, soit avec la force.

Les intentions distinguent la prudence de l'hypocrisie :
- IV, 4, 644. Clotilde [...] sceust user d'une si grande prudence.
Il s'agit ici de vigilance.
- IV, 4, 659. Sigismond fit dessein d'user en cette recherche de tant de prudence qu'il pust tromper les yeux des plus clair-voyants.
Il s'agit de dissimulation.
- IV, 4, 702. Pour Dorinde, la prudence est dans la fuite.
- IV, 4, 812. Ardilan dit à Gondebaud : Vostre bonté, ou plustost vostre prudence, qui en fin a surmonté la violence d'une si forte passion.
Comme le Roi ne fait que dissimuler sa jalousie pour frapper ensuite plus fort, il s'agit de flatteries (le mot survient peu après).
Punitions IV, 2, 174. Je veux que nos Druydes non seulement me deffendent d'assister aux communs sacrifices, [mais que les hommes] me mettent hors de leur communion.
Il faut comparer ce serment de Silvandre avec l'orgueilleux serment de Calidon par le gui de l'an neuf et par l'œuf salutaire (II, 2, 64). Dans la deuxième partie, le serment évoque la liturgie gauloise et dans la quatrième l'excommunication des chrétiens.
Que IV, 4, 787. Je sçay mieux que vous combien la possession de ce que l'on ayme, occupe l'esprit d'une personne, que si cela arrivoit il vaudroit autant que je fusse mort.
Il faut probablement comprendre : Je sais que si cela arrivait.
Qu'il IV, 4. 849. Ne se laisser cognoistre qu'à ceux qu'il luy plaisoit.
Plaire est à la forme impersonnelle.
Raconter - IV, 1, 21. L'amitié d'Alexis pour une de ses compagnes est présentée dans la troisième partie (III, 5, 210 verso). Voir Nom d'alliance η.

- IV, 4, 905. La vertu thérapeutique du récit figure déjà dans la préface de la troisième partie (III, L'Autheur à la rivière).
Raison - IV, 1, 108. La raison seroit sans raison.
Céladon a joué avec brio sur les deux sens du mot (II, 8, 530). Voir Notes η.

- IV, 2, 263. L'amour des femmes est une de ces choses où il ne faut jamais chercher raison.
Comme c'est le sage Euphrosias qui parle, on n'aurait pas tort de penser que d'Urfé partage cette opinion.

- IV, 3, 419. En opposant la raison qui gouverne l'univers et celle qui motive une bergère, Silvandre reprend un discours de Céladon (II, 8, 530). Voir Notes η.
Ravy IV, 1, 15. Le Ciel m'a ravy mon pere et ma mere.
Leur mort opportune a permis à Astrée de prendre en même temps le deuil de Céladon (I, 4, 84 verso). Les parents de la bergère n'ont jamais posé d'obstacle à ses amours.
Relatifs Bien que dont soit souvent correctement employé, certains relatifs qui suivent la préposition de restent problématiques. Selon Mme Sancier-Chateau, lorsque la fonction du relatif est déterminée, d'Urfé utiliserait dont (p. 104). Ce n'est pas toujours le cas.

Le relatif est complément d'un verbe qui régit de :
- IV, 1, 51. Que ce soit de moy de qui vous voulez parler ;
- IV, 2, 239. Il n'y en a point de qui je me plaigne.
Le relatif est complément d'un nom ou d'un pronom :
- IV, 3, 471. Ceste trouppe de qui les bergeres s'avancerent. Il se peut que l'auteur tente de distinguer les bergères qui s'avancent de celles qui font partie de la troupe.
- IV, 4, 696. C'est d'elle de qui j'ay receu cette lettre.

Voir aussi IV, 2, 306 ; IV, 2, 314 ; IV, 2, 346 ; IV, 3, 424 ; IV, 3, 437 ; IV, 3, 465 ; IV, 3, 468 ; IV, 3, 531 ; IV, 3, 554 ; IV, 3, 591 ; IV, 3, 597 ; IV, 3, 598 ; IV, 3, 622 ; IV, 4, 669; ; IV, 4, 756 ; IV, 4, 849 ; IV, 5, 933.

• Voir Variantes de la première partie.
Religion IV, 3, 379. Attendre l'autre vie.
IV, 3, 382. Dans les champs Elysiens.
IV, 3, 388. Les druides organisent une cérémonie mortuaire païenne où on sacrifie aux Dieux infernaux et [aux] Manes.

Ces trois notations sur la mort sont les seuls renvois à la religion dans cette Astrée incomplète. La quatrième partie ne renferme aucune réflexion sur la théologie, sur la tolérance religieuse ou sur la liturgie chrétienne. Les temples ne sont pas décrits, mais on y cause (IV, 2, 252). Vestales et filles druides cohabitent, mais sont confondues (IV, 1, 16). La vie conventuelle se résume à des relations amoureuses entre des jeunes filles (IV, 1, 34). Il n'est pas question de vocation mais seulement d'une fuite (IV, 2, 349) ou d'un châtiment (IV, 4, 748). Adamas, à Marcilly, est un homme politique (IV, 5, 933), même lorsqu'il soigne un chevalier blessé (IV, 5, 918). Plus encore, il y a dans cette quatrième partie une nette paganisation du Forez puisque des temples élevés par les Romains s'y dressent encore (IV, 3, 472).

La religion jouissait d'une place bien plus conséquente dans les Astrées publiées avec le consentement de l'auteur (Pleins feux). Voir Les Variantes de la première partie, les Notes de la deuxième partie (Dieu η ; Enfanter η ; Père η ; Religieux η ; Roi η ; Sépulture η), de la troisième (Dieux domestiques η ; Seconde vie η) et des analyses (Arianisme η ; Irénisme η).
Remède IV, 1, 112. Le meilleur remede d'un mal nous vient tousjours par son contraire.
Malgré les apparences, il ne s'agit pas d'un proverbe ! C'est une partie de la définition du mot : « REMEDE. s. m. Qualité ou vertu salutaire qui est enfermée en quelque corps, qui en destruit une contraire & nuisible. Les vrais remedes se font par des qualitez contraires » (Furetière).
Renommée D'Urfé continue à glisser des allusions au succès de son roman en amenant en Forez des personnages qui ont lu L'Astrée (II, 4, 185 ; III, 2, 39 verso). Dans la quatrième partie, c'est Dorinde qui prononce l'éloge. On se souvient que cette jeune femme faisait elle-même partie du personnel romanesque (grâce à un récit d'Hylas) dans la deuxième partie (II, 4, 210).
Par ailleurs, toujours dans cette quatrième partie, on rencontre une situation encore plus ironique, celle d'Amasis et de Clotilde : un personnage fictif est en relation avec un personnage historique, et le personnage historique doute des pouvoirs du personnage fictif (IV, 4, 866).

- IV, 1, 50. Avoir le bon-heur de cognoistre ces deux Bergeres de veuë, aussi bien que leurs noms le sont par tout où la renommee peust voler.
« Virgile a fait une belle description de la Renommée dans le IV. de l'Énéide. On a feint qu'elle avoit cent bouches, & cent oreilles. On la peint avec des aisles & un cor : & tout cela n'aboutit qu'à faire entendre que c'est le bruit public d'une action qui se répand dans le monde » (Furetière).

- IV, 2, 204. Ce Berger duquel j'ay tant ouy parler.
Il s'agit de Silvandre.

- IV, 2, 223. Il y a long temps que j'ay desiré de voir Lignon, et les belles filles qui demeurent sur ses bords.
Repentir - IV, 3, 493-494. [Une action) en laquelle le seul repentir seroit une plus grande satisfaction [...] que n'auroit pas esté l'outrage.
Dans ce monologue, est-ce que Silvandre veut dire que le repentir de Diane lui apporterait une satisfaction plus grande que l'outrage qu'il a reçu ?
Répétition Voici quelques cas particulièrement flagrants :
- IV, 2, 307. Quatre faire en quelques lignes.
- IV, 3, 537. Trois dire en trois lignes.
- IV, 3, 538. Trois aller suivi par un participe présent.
- IV, 4, 745. Quatre bien.
- IV, 4, 830. Trois faire.
- IV, 4, 863. Cinq faire en une page.
- IV, 4, 895. Trois quelque en trois lignes.
Mme Sancier-Chateau considère que la répétition de verbes en particulier est souvent corrigée dans les rééditions (pp. 334-345). Ces répétitions surviennent dans la quatrième partie embryonnaire et Balthazar Baro ne semble pas s'en soucier.
Ici, comme ailleurs (la troisième partie η de 1621 par exemple), l'inutile répétition de toutes sortes de mots reste un signe de négligence qui dépare L'Astrée.
Reprendriez IV, 3, 481. Lors que je vous parleray de mon affection, au lieu de me respondre, vous me reprendriez si je ne disois pas bien.
Molière se souvient-il de cette remarque amusante et inattendue ? Dans Les Femmes savantes, il fait dire à Philaminte se plaignant de sa cuisinière :
 « Elle a, d'une insolence à nulle autre pareille,
  Après trente leçons, insulté mon oreille
  Par l'impropriété d'un mot sauvage et bas
  Qu’en termes décisifs condamne Vaugelas » (II, 6).
Rien aymé IV, 1, 21. Vous au contraire, qui n'avez encore rien aymé.
C'est pour respecter la pudeur d'Astrée qu'Alexis affirme que la bergère ignore l'amour. On se souvient qu'Astrée a rapporté la noyade de Céladon sans parler de ses relations avec le jeune homme (III, 2, 53 recto). Elle confiera à Diane, sa nouvelle amie : J'avoüe d'avoir aymé un Berger (IV, 1, 27).
Rire - IV, 1, 24. Ce visage riant d'Alexis et le contentement d'Astrée sont de bons augures.

- IV, 3, 599 et 601. Diane sourit pour atténuer sa cruauté et son injustice.

• Malgré les menaces qui pèsent sur Dorinde et sur Marcilly, Honoré d'Urfé ne perd pas cet optimisme η qu'il partage avec Equicola. Celui-ci déclare : « Je certifie qu'un seul ris de Democrite seroit suffisant à seicher toutes les larmes qu'Heraclite auroit espandues en un an » (Livre 3, f° 147 verso). La conclusion de sa longue analyse de l'amour est sans équivoque : « J'estime et juge que nous devons rire et nous moquer de tout, sinon des choses divines » (Livre 6, f° 340 recto).
Roses IV, 3, 598. S'il est vray que les rosiers portent des roses qui peut on penser, voyant une belle rose, qui l'ait produite qu'un rosier ?
Astrée prononce cette maxime alors qu'elle ne voit pas de ressemblance entre Céladon et Alcippe, mais entre Alexis et Adamas ! Le romancier semble se moquer des opinions de ses personnages, en particulier en ce qui concerne les ressemblances et mésalliances.
« Tel père, tel fils », « Tel arbre tel fruit », « Les chiens ne font pas les chats ».

Voir Pommes η. Voici le modèle original de ces correspondances, l'évangile de Matthieu (7, 17-20) : « Tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez ».

Cotgrave néglige la métaphore végétale et donne le proverbe inverse sous deux formes : « De pere gardien fils garde-rien » et « À pere amasseur fils gaspilleur ».
Roue IV, 4, 900. Vous voyez les rayons d'une roüe qui tourne.
Le Vieux homme décrit la fortune sans la nommer. « On dit en Poësie, qu'un homme est aujourd'huy sur la rouë, & demain dans la bouë » (Furetière, Article Roue).
La roue des affaires du monde, lit-on dans la préface des Epistres. La première partie déjà présentait la fortune comme une roue qu'un personnage croyait pouvoir immobiliser (I, 2, 45 recto).
Roy des Francs IV, 4, 834. Il s'agit de Clovis, le grand absent de L'Astrée. C'est lui qui doit vaincre Gondebaud. L'anonymat du Roi des Francs est souligné dans ce passage où l'on nomme au Roi des Bourguignons les Rois des Wisigoths et des Ostrogoths.
Après l'assassinat de Concini en 1617, Louis XIII bénéficie d'une restauration du culte de saint Louis, qui est accompagnée d'une admiration renouvelée pour Clovis appelé « le roy Louys » (Grell, pp. 173-174).
Roys IV, 4, 859. Les Roys sont les tuteurs [...] des Dieux en terre.
- Tuteurs. La métaphore est courante, mais elle suppose un certain mépris pour les sujets du Roi, éternels mineurs. Richelet note « Il n'y a guere de bons tuteurs ».
- Dieux. Cette métaphore est aussi courante. Elle apparaît en 1610 dans la première des épîtres dédicatoires de L'Astrée : « Nos Peres [...] ont emprunté des Perses le mot de SIRE, qui signifie Dieu » (I, Liminaires). D'Urfé connaissait sans doute cette réflexion d'Étienne Pasquier que cite Furetière : « Les Anciens donnoient ce titre à Dieu, & l'appelloient Beau Sire Diex » (Article Sire). Les « Princes souverains sont comme des images visibles de Dieu », dont ils sont les lieutenants (La Nouë, p. 396).

Les personnages de L'Astrée, jusqu'ici, avaient une vision moins grandiose des chefs d'État. La sage Cléontine déclarait que « le Prince et son Estat ne font qu'un corps, duquel le Prince est la teste » (III, 6, 231 recto). Il faut souligner que l'éloge des rois dieux appartient à un « meschant », Ardilan (IV, 4, 859).
Ruiner IV, 4, 668. Ruiner d'honneur signifie déshonorer. L'expression n'est pas dans les dictionnaires.
Sa IV, 4, 821. J'attendray que sa volonté y consente, ou que le temps me dispense de ce devoir avec serment [...].
Il s'agit de la volonté de Gondebaud, le père.
Dans Baro en 1627, tout ce qui suit devoir est effacé. Baro reprend le texte à la Princesse. Il a donc supprimé la promesse de mariage (7, p. 662).
Sage ancien IV, 3, 590. Ce sage ancien.
Il s'agit de Socrate η. « Voyant Antisthène tourner son manteau de manière à mettre les trous en évidence, il lui cria : "J'aperçois ta vanité à travers les trous de ton manteau" » (Diogène, Vie de Socrate, 36). Cette maxime survient aussi dans les Epistres. « O que ce Philosophe dit tres à propos à celuy qui pour paroistre plus desdaigneux des richesses portoit un manteau tout rompu, Cache la bien, dit-il, car je la voy paroistre ceste ambition par les trous de ton manteau » (I, 21, p. 182).
Saigner IV, 4, 729. Les blessures de leurs perfidies me saignoient encore dans l'ame.
Image forte : les plaies saignent « SAIGNER, se dit figurément du cœur, quand il est esmeu d'une grande tendresse, ou compassion » (Furetière).
Sang IV, 3, 400. Boue et terre mises sur la blessure pour estancher le sang.
Honoré d'Urfé a donné auparavant η une recette différente pour soigner les plaies (III, 8, 340 recto).
Sanglier IV, 4, 714 ; IV, 4, 725.
Par le sanglier « la force du corps est démontrée », selon Pierius (I, p. 3), et le sanglier des Psaumes représente le diable (I, p. 168). Selon Equicola, c'est « un deshonneste animal » (Livre II, f° 113 recto). Meiss-Even va plus loin : « Le sanglier est une figure diabolique cumulant dans son être les péchés capitaux » (p. 17).
« La chasse du sanglier se fait à force aux accours avec les levriers, avec le limier en routaillant, avec des abboyeurs, avec des arquebuses, des amorces & des toiles dans les enceintes » (Furetière).
Est-ce à cause de ses origines lointaines que la vénerie se définit à l'aide d'un vocabulaire archaïsant ?
Accours
« désigne le lieu où l'on met les lévriers » (La Curne).
Le limier est un « Gros chien de chasse qui ne parle point, qui sert à quester le cerf, & à le lancer hors de son fort » (Furetière).
L'abboyeur
est « une sorte de chiens pour le sanglier qui abboyent devant luy sans l'approcher » (Furetière).
Routailler signifie « Suivre une bête avec limier, pour la faire tirer par les chasseurs » (Littré).
La chasse au sanglier, divertissement de la noblesse, est chantée par Ronsard, dans un traité en vers intitulé « La Chasse ». L'aspect érotique de la chasse s'annonce quand le poète commence par décrire les jambes des chasseresses, compagnes de Diane :
   « Couvrez la tendre chair de vos gréves divines
     Du cuir damasquiné de vos rouges botines,
     Vos cottes agraffez plus haut que les genoux »
(éd. Blanchemain, I, p. 47).
Ronsard attribue à Chiron l'art de chasser et de dépecer le cerf, et à Atalante la mort du premier sanglier (I, p. 48).

• La chasse a inspiré nombre de tapisseries. Voir en particulier le site de l'exposition consacrée à Gaston Fébus au Musée de Cluny en 2011 (15 janvier 2018) et la Tenture des chasses de Maximilien dans ce site (2 septembre 2018). Honoré d'Urfé a pu noter cette étrange planche 5 où un homme retient une femme malgré elle.

• Voir aussi Animaux η.
Satisfaction IV, 3, 602. Cette mauvaise satisfaction est un oxymoron audacieux. Diane cache que son amour-propre blessé a exposé ses sentiments : amour et jalousie.
Sauvages IV, 4, 711-713. Ils se presenterent tous trois en sauvages.
L'intrusion de sauvages dans le contexte policé de L'Astrée incite le lecteur à s'interroger sur leur à-propos. Les épisodes qui mêlent chorégraphie, déguisement et chant s'appellent judicieusement « figures parlées » dans Don Quichotte (Cervantes, p. 666). D'Urfé, de toute évidence, affectionne ces ingénieuses métaphores ludiques.

Bellimarte, Mérindor et Périandre, les chevaliers que décrit Dorinde, ont demandé la main de la jeune fille, puis, pour diverses raisons, ils se sont éloignés d'elle. Dorinde donc se plaint amèrement de leurs plus insignes infidelitez (IV, 2, 363). Lors d'un bal, les trois hommes chantent que, puisqu'ils sont déguisés en sauvages, c'est qu'ils ne sont pas sauvages ; ils ne faut donc pas les accuser d'être infidèles (Henein, p. 236).

• Aujourd'hui, la danse des sauvages la plus célèbre est une chaconne que Jean-Philippe Rameau a proposée dans son opéra-ballet, Les Indes Galantes (1735). On peut en écouter un extrait dans ce site (10 septembre 2018).

• Dans la culture française, la danse des sauvages a des antécédents variés que d'Urfé a pu exploiter. J'en proposerai quelques-uns, après avoir chaleureusement remercié Olivia Bloechl, Joseph Casazza, Nicolas Graner et Buford Norman pour leurs suggestions.

- En 1393, le Bal des sauvages devient le tragique Bal des ardents à cause d'un incendie qui a marqué les mémoires et profondément affecté Charles VI (Voir une illustration dans ce site, 19 janvier 2018 ou ce site). On dansait alors un charivari.
- Un épisode de la Diane de Montemayor (traduite en français dès 1578) oppose trois nymphes à « trois Sauvages hideux et d'estrange grandeur » (1578, f° 63 recto), armés de pied en cap. Amoureux des nymphes mais incapables de leur plaire, ils cherchent à les violer. Félismène tue les agresseurs. Elle est, comme Dorinde, une dame déguisée en bergère dont l'amant a été infidèle. Félismène raconte ses « des-aventures » (1578, f° 69 verso) au livre II de la Diane.
- L'Orchésographie, en 1596, analyse une danse des Canaries, qui pourrait avoir « pris source d'un ballet composé pour une mascarade, ou les danceurs estoient habillez [...] avec plumaches teintes de diverses couleurs » (f° 95 verso). Lully compose une canarie (voir ce site, 25 août 2018).
- Comme le suggère Olivia Bloechl, ces représentations de sauvages s'inspirent peut-être de relations de voyage du XVIe siècle. En 1603, Samuel de Champlain par exemple montre les Indiens dansant (Œuvres de Champlain, Québec, 1870, I, p. 12). Montaigne commente la rencontre de Charles IX avec trois sauvages à Rouen. L'essai se termine par l'inoubliable : « Mais quoy, ils ne portent point de haut de chausses ! » (I, p. 263).
- Au début du XVIIe siècle, on a dansé à la cour une Mascarade des Sauvages (McGowan, p. 276). En 1614, Vital d'Audiguier publie des « Cartels pour une mascarade de Sauvages » où chevaliers français et étrangers s'opposent. Les étrangers déclarent :
   « Nous sommes estrangers il est bien veritable
     Mais nous ne sommes pas Sauvages toutesfois,
     Nous avons le cœur doux et le visage affable,
     Et gardons comme vous nos Coustumes et loix.
     Ces Dames dont l'Amour n'adoucit les courages,
     François, celles-là sont, et non pas nous Sauvages »
(f° 32 verso).
Le thème des danseurs déguisés pour révéler une vérité inattendue figure dans un poème de Lingendes. Voir les paroles de ce Balet.

• De ces multiples sources possibles, Honoré d'Urfé a tiré une aventure typiquement astréenne où, dans une atmosphère de fête et de licence, le faux fait ressortir le vrai. Les sauvages assument les traits, les défauts et le rôle des satyres de la pastorale. Mais, ici, il s'agit seulement d'une apparence, d'un déguisement. La femme qui repousse ces prétendus sauvages prétend qu'elle n'est pas dans le jeu. Et pourtant Dorinde, habillée en Harpalyce, a pris le costume d'une chasseresse infatigable qui pourrait aisément se mesurer aux sauvages ou aux satyres. Dorinde, évidemment, a bien compris le jeu des sauvages puisqu'elle est en mesure de le rapporter si fidèlement.

Baro en 1627 supprime ce texte (de dangereuse attaque à dont il usa). Il aurait dû se trouver après La forest (7, p. 606). Le soi-disant secrétaire n'a pas du tout compris l'intérêt de cet épisode (Henein, p. 889-890).
Savoir aimer - IV, 2, 207. Les hommes en ce pays sçavent aymer.
Cette formule que d'Urfé privilégie (voir Amour) est ici illustrée par deux mésaventures : le bannissement et la noyade d'un amant repoussé. Il s'agit d'aventures de Céladon dans la première partie. Les dames lyonnaises, en réalité, ne connaissent pas l'histoire du berger ; elles sont arrivées après la cérémonie du « vain tombeau » (II, 9, 558).
Baro en 1627 supprime ce développement (3, p. 170). Il peut avoir noté que ces remarques étaient invraisemblables.

- IV, 2, 213 ; IV, 2, 236 ; IV, 4, 879.
Dorinde s'interroge sur ceux ou celles qui savent aimer, puis Sigismond souhaite que la jeune fille sache aimer.
Scachant IV, 2, 196. Sçachant que Madonthe ayme un Chevalier qu'elle va cherchant.
Silvandre, dissimulé, a entendu l'histoire de Madonthe (II, 6, 422).
Sçavoir IV, 2, 185. Je me chargeay de le luy faire sçavoir [...] hyer au matin je la rencontray.
Le dialogue avec Paris a eu lieu au début de la troisième partie (III, 1, 22 verso). La rencontre de Madonthe a eu lieu à la fin de la troisième partie, après le séjour chez Adamas, après le jugement de la gageure et le retour dans le hameau (III, 11, 462 verso).
Sçavoir le sujet IV, 1, 117. Le desir invincible d'Alexis.
C'est de comprendre le passé, et non d'entamer une scène de reconnaissance ...
Sceu IV, 2, 239. J'ay sceu tout ce qu'il en a dit.
Effectivement, Florice a entendu Hylas raconter l'Histoire de Parthenopé, Florice et Dorinde (II, 4, 193).
Seconde vie IV, 2, 187. Que la seconde vie que j'attends me soit déniee pour chastiment de ma faute.
Référence à la religion des druides. Blaise de Vigenère, traduisant les Commentaires de César (VI, 14), écrit :
« La premiere chose qu'ils s'efforcent de persuader, est que les ames ne meurent point, mais qu'apres le trespas des uns elles passent aux autres : et estiment que cela nous doive grandement exciter à vertu, quand on mesprise la mort » (p. 223). D'Urfé conserve uniquement la première information.
Seigneur IV, 4, 877. Les Roys sont Seigneurs des corps, mais non pas des esprits.
Sigismond se révolte contre son père quand il prononce cette phrase. Le Seigneur des esprits, c'est Dieu. « Ils tombèrent la face contre terre et s'écrièrent: "O Dieu, Dieu des esprits de toute chair !" » (Nombres 16, 22).
Semblable occasion IV, 2, 171. Le ciel voulut qu'Astrée rendist le mesme office à Sylvandre, qu'autrefois Celadon avoit fait en une semblable occasion à Ursace.
Ce renvoi à un épisode de la deuxième partie (II, 10, 644) n'a aucune nécessité dramatique. L'auteur intervient (le ciel !) pour rappeler et souligner que, croire aux apparitions, c'est croire en un secours surnaturel η, croire que la Providence veille. Grâce à ce qu'on appelle aujourd'hui « analepses », Honoré d'Urfé cherche à resserrer les liens entre les personnages et entre les différentes parties de son roman, quitte à donner au lecteur une impression de répétition. Les énumérations également peuvent embarrasser sans éclairer (Voir le cœur, IV, 3, 398). Un critique a pu se plaindre de ce « delirious world » fait de redites (Horowitz, p. 223) qui mettent à l'épreuve la mémoire. 
• Voir aussi Menaces η.
Semé IV, 3, 490. Le Ciel semé d'estoille.
L'imaginaire baroque se plaît à traiter le ciel comme une terre. Cette image, dans ce contexte, signifie simplement que la nuit a chassé tous les passants. Ironie ? Peu après, la lune montre deux hommes (IV, 3, 500).
Saint Augustin offre cette description du ciel dans un commentaire des Psaumes : le pauvre qui contemple le Ciel étoilé voit quelque chose de plus beau que le riche qui regarde un plafond décoré (VI, p. 574).
Serments IV, 1, 42 ; IV, 1, 148 ; IV, 2, 174 ; IV, 3, 413.
Le poids des serments amoureux est éminemment variable dans L'Astrée. Dans la première η et la troisième η partie, les parjures ne sont pas toujours punis par les dieux. Les Amadis rappellent que c'est un lieu commun de dire : « Jupiter se rit au ciel des parjures des amans » (XIII, ch. 53).

Ovide, avec le sourire, développe ce thème dans son Art d'aimer : « Et promets hardiment : ce sont les promesses qui entraînent les femmes ; prends tous les dieux à témoin de tes engagements. Jupiter, du haut des cieux, voit en riant les parjures des amants, et ordonne aux autants [vents], sujets d'Éole de les emporter et de les annuler. Par le Styx même Jupiter avait coutume de faire de faux serments à Junon : lui-même favorise aujourd'hui ceux qui suivent son exemple » (p. 47).
Serpent - IV, 1, 40. Dorinde : Nous vivons, / Le serpent dans le sein.
- IV, 1, 80. Diane : Fuïr les asseurances de bonne volonté que les [Bergers] ont accoustumé de donner, comme le serpent les paroles de l'enchanteur.
Comme le premier serpent signale une souffrance pénible et le second une prudence recommandable, L'Astrée démontre le bien-fondé de la réflexion de saint Augustin sur le serpent, signe qui « peut avoir des sens ou contraires, ou simplement différents » (Doctrine chrétienne, 36).
Le serpent dont parle Dorinde est le symbole de la méfiance.
• Voir Feux.

Le serpent de Diane, appelé indifféremment basilic, aspic, scorpion ou vipère par les moralistes, illustre l'attrait dangereux. Pierius montre « l'aspic qui se bousche l'aureille [quand] on le veut avoir par enchantemens » (I, p. 272).
• Voir aussi Scorpion η, Serpent η, Vipère η.
Serrer IV, 1, 118. Se serrant les mains l'une dans l'autre.
L'expression n'est pas dans les dictionnaires. Nous dirions « se tordre les mains ».
Service IV, 4, 645. Quand on luy eut fait sa maison.
Les douze jeunes filles choisies pour entourer Clotilde rappellent « l'escadron (ou bataillon) volant » de Catherine de Médicis, qui a fait l'admiration des contemporains. Marie η de Médicis, elle, avait une dizaine de « filles d'honneur » qui portaient une toilette uniforme - du moins les jours de fête (Batiffol, pp. 140-142). Geneviève η d'Urfé, nièce du romancier, a fait partie de ce petit groupe.
Serviteur IV, 1, 113. L'amour que l'on porte à une maistresse surpasse de beaucoup la bonne volonté que l'on a pour un serviteur.
Non seulement les sentiments masculins sont plus forts que les féminins, mais encore c'est une femme qui l'affirme. Silvandre dira la même chose un peu plus loin en pensant faire un compliment (IV, 2, 217). Cette vaine compétition entre les sexes n'est évidemment pas à l'honneur des femmes.
• Voir Feux.
Servitude - IV, 1, 81. La plus cruelle servitude que la nature nous ait imposee.
Réflexion de Diane sur la fréquentation des hommes. La bergère, à ce moment, se croyant trahie par Silvandre, condamne tout le sexe masculin.

- IV, 1, 90. La servitude où nous avons jusques icy vescu.
Diane, pour la deuxième fois, se plaint d'avoir à vivre à côté des hommes. Alexis renchérit et parle de servage (IV, 1, 86). Les interlocutrices font ainsi l'éloge du célibat féminin.

- IV, 2, 234. Dorinde va plus loin. Pour elle, la servitude est le mariage lui-même :
La fille est miserable qui est mise soubs la servitude des Tyrans, que les peres nous nomment des maris.

• Les Précieuses appelleront le mariage « cette épouvantable servitude » (Pure, II, p. 269).
Que pense d'Urfé du mariage ? Dans la première partie de L'Astrée, une jeune veuve, Stelle, possède « l'humeur coustumiere de plusieurs femmes, de ne faire personne maistre de leur liberté » (I, 5, 146 recto) ; elle agit en conséquence ; le narrateur de son histoire la blâme - il est l'une de ses victimes. Le statut du mariage est plus complexe dans la suite. La troisième partie renferme un éloge touchant (III, 10, 444 verso à III, 10, 446 recto), alors que La Sylvanire en fait un portrait infiniment moins idyllique (v. 587-602). Dans le premier cas, c'est une jeune fille qui parle, dans le second, une femme mariée.
Cette distinction survient également dans La Prétieuse : « une fille purement fille » aime le mariage alors qu'une femme mariée depuis quelque temps ne l'aime pas (Pure, II, p. 266). Purement indiquement probablement la virginité.

• Laurence Plazenet présente de nombreux arguments pour noircir l'image du mariage « très généralement abhorré dans L'Astrée » (p. 336). Les noces décrites dans le roman sont, effectivement, toutes de mauvais augure. Il n'empêche que la troisième partie marie Silviane et Andrimarte en dépit de la vilenie de Childéric, et sans que le romancier ne s'arrête à décrire la célébration - « les ceremonies en furent faites au contentement general de tous » (III, 12, 534 verso). Des images empruntées au roman courtois et au Banquet de Platon dépeignent le bonheur du couple : le lierre enlace l'ormeau et les moitiés s'accolent pour former un androgyne η (III, 12, 531 recto). Leur aventure, pourtant, n'est pas terminée à la fin du volume.
Les histoires intercalées astréennes qui finissent bien - aux yeux du lecteur, évidemment - ne s'arrêtent pas sur des noces ou des mariages, mais bien sur des fiançailles, une entente pleine de promesses, un chant d'espoir. Rien n'est définitif, mais tout s'annonce bien. Cette « spirale de la mélancolie » que discerne Mme Plazenet (p. 66) n'emprisonne pas les couples formés par Criséide et Arimant, Madonthe et Damon d'Aquitaine, Daphnide et Alcidon, Phillis et Lycidas, ou même Doris et Palémon.
Parvenus à bon port après avoir surmonté des orages, un jeune homme et une jeune femme sont réunis sans que le titre infamant de mari ne soit attribué. « Qu'eternelles [...] puissent estre ces unions ! », déclare Adamas (III, 4, 169 verso). « Il faut observer qu'en la langue de L'Astrée, se marier n'est bien souvent autre chose que s'aimer » (Patru, II, p. 561). Les dénouements de L'Astrée sont romanesques ... de toute évidence. Il est pourtant nécessaire de rappeler que les fiançailles en présence d'un prêtre est une condition requise par le Concile de Trente pour garantir la validité d'une union (Gaudemet, p. 303).
Seule IV, 4, 754. Vous entretenir toute seule.
Dorinde se flatte probablement en se peignant en train de méditer.
L'amateur de vraisemblance se demande quand et comment Dorinde a-t-elle appris la teneur des conversations de Sigismond avec Clotilde.
Sexe IV, 2, 274. La foiblesse où le mal m'avoit reduite, avec celle qu'ont naturellement celles de nostre sexe, et plus encore de mon aage.
C'est Dorinde qui parle.
Au mot Foible, Furetière donne : « Le sexe foible, c'est le sexe feminin ». Le XVIe siècle préférait dire « le sexe imbecile » (« Manquant de force intellectuelle ou morale » Huguet). D'Urfé ne participe pas aux débats sur les capacités des femmes η.
Siecle IV, 1, 79. Voire quelquefois des siecles entiers.
Qu'il s'agisse des siècle gaulois ou des siècles modernes, il y a ici une exagération amusante.
Signe IV, 1, 19. Mettant un genoüil en terre [...] baisant la main.
Mise en scène vivace de l'inversion des rôles. À plusieurs reprises dans L'Astrée, un amant se met à genoux devant sa maîtresse puis lui baise la main. C'est ce que font les chevaliers qui ont sauvé Dorinde par exemple (IV, 3, 377).

• Voir dans la deuxième partie particulièrement : Céladon (II, 8, 526), Adraste fou (II, 1, 30) et Silvandre feignant d'aimer Phillis (II, 1, 22).
Sincerité IV, 3, 542. Une sincerité telle qu'elle pensoit estre en Alexis.
Alexis
est-elle sincère ? Oui, parce qu'elle montre et dit ce qu'elle sent. À l'article Sincere, Furetière précise : « Qui est franc, qui parle à cœur ouvert, sans feinte ni dissimulation ». Guizot, dans son Dictionnaire des synonymes, va plus loin : « La sincérité empêche de parler autrement qu'on ne pense ; c'est une vertu ». Alexis est sincère parce qu'elle se conduit comme Céladon, ou plutôt en Céladon. Le berger, lui, ne se permettrait pas d'agir comme le fait Alexis.
Soeur IV, 4, 748. La sœur de Clotilde, Mucutune est chez les Vestales (IV, 4, 641).
Sommeil IV, 3, 586. Le sommeil l'assoupit.
Le sommeil est bénéfique dans L'Astrée. Voir la première partie η.
Songe IV, 3, 567. Voila un songe qui sans doute signifie quelque chose.
Alexis a raison : le songe - raconté ou non - est toujours significatif dans L'Astrée, comme dans les romans en général. Il l'est aussi dans les mémoires du temps. Louis Batiffol rapporte que Marie de Médicis η a rêvé que le Roi mourait de deux coups de couteau. « Henri IV se contenta de lui dire qu'il ne fallait pas croire aux songes » (p. 246, note 1). La suite des événements a indiqué la véracité du songe et son intérêt.

• Des cinq songes décrits dans L'Astrée, seul le dernier, celui de l'héroïne η, reste sans résolution. Pour l'interpréter, il est nécessaire de le comparer à ceux qui l'ont précédé.

• Comme je l'ai montré dans mon analyse des « Conseils des dieux » (Henein, pp. 91-109), le romancier suit les directives des meilleurs traités d'oniromancie de son temps. Il respecte une présentation rationnelle fidèle aux principes du Songe de Scipion de Macrobe, commentés et illustrés par Artémidore. En 1606 d'ailleurs, paraît une édition grecque et latine de L'Onirocriticon d'Artémidore amplement annotée (Chandezon, p. 22). Elle a rappelé à ses lecteurs que la divination ne se cantonnait pas dans des traités d'astrologie, et que des médecins comme Galien, et des savants comme Scaliger ont pratiqué l'oniromancie. Aristote η lui-même ne dédaignait pas « la divination dans le sommeil » (Petit, pp. 164-165).

Les Epistres morales posent que les « evenements des songes » donnent seulement « quelque legere conjecture » (I, 7, pp. 54-55). Il n'en va pas de même en pays de bergers. Et La Diane de Montemayor et Le Pasteur fidèle de Guarini racontent des songes qui ne sont pas mensonges. Ceux de L'Astrée relèvent toujours d'un imaginaire pathétique, car nul ne rêve de ses plaisirs (formule de Michel Foucauld). Ce n'est pas chez d'Urfé que la jeunesse serait en mesure d'« assouvi[r] en songe ses amoureux desirs » (Montaigne, I, p. 144). Selon Equicola, les songes des amants « procede[nt] de melancolie » (Livre 5, f° 298 verso) et sont « espouvantables » (Livre 5, f° 238 recto).
Les songes astréens s'opposent systématiquement aux oracles souvent optimistes. Plus encore, les récits oniriques sont en prose, le sang y coule à flots et la description ne recourt à aucun ornement mythologique.

• D'entrée de jeu, dans la première partie, Honoré d'Urfé juxtapose le somnium, un songe allégorique ou métaphorique, et l'oraculum, un songe théorématique ou oraculaire (Artémidore, pp. 93-94 et p. 219). Il présente alors les songes de Damon (I, 11, 375 verso) et de Fortune (I, 11, 377 recto) dans des tableaux peints sur les tombes des principaux intéressés, et commentés par un savant druide. Il offre ainsi des directives sur la portée des trois songes qui suivent : ceux de Célidée, d'Arimant et d'Astrée η.

Arimant (III, 7, 312 recto), comme Fortune, fait un songe prophétique. Les deux personnages ont des prémonitions dans leur sommeil. Songe et accomplissement coïncident. En revanche, le berger Damon et Célidée font des songes métaphoriques qui répètent et reflètent leurs appréhensions. Tous les deux croient leurs songes prémonitoires. Le lecteur, confronté à nombre de « symboles énigmatiques » (Artémidore, p. 219), doit attendre l'accomplissement du songe pour l'interpréter (Ibid., p. 233).

• Le cas de Célidée (II, 2, 65) incite à la prudence η. Long et complexe, le songe de la bergère appartient certainement à la catégorie des songes métaphoriques puisqu'un cœur est jeté de l'autre côté d'un fleuve. Célidée, croyant le songe prophétique, attend une solution qui devrait suivre le récit du songe. Elle décompose et analyse les images oniriques, mais comprend mal les métaphores qui s'enchaînent (le père, le Lignon). En particulier, elle ne voit pas que le songe évoque le traumatisme qu'elle a vécu quand Thamire l'a donnée à son neveu - un père dénaturé η a jeté le cœur de la jeune fille loin de lui. Ce « songe est d'abord une allégorie du passé » (Henein, p. 96), il « redonde » (terminologie de Minet-Mahy, p. 204). Comme Thamire réitère son geste inconsidéré, le songe prédit puisqu'il annonce une seconde commotion.

• Ces quatre songes ont un point commun essentiel : ils poussent le personnage à agir, à se déplacer. C'est ainsi que épisodes oniriques et épisodes oraculaires se rejoignent dans l'économie du roman : les conseils des dieux astréens η, en propulsant les personnages vers l'avant, prolongent les aventures. Guillaume de Machaut intitule un récit de songe « Le Livre du Voir-Dit » (Minet-Mahy, p. 207). Honoré d'Urfé, lui, propose trois étapes : Voir-Dire-Agir.
Songe d'Astrée IV, 3, 567-569. Ce texte crucial exige une mise en contexte scrupuleuse, car ce n'est pas un phénomène à étudier en vase clos. À la lumière des quatre songes qui l'ont précédé η, celui d'Astrée est-il prophétique ou métaphorique ? Comme le romancier meurt avant de raconter l'accomplissement de ce songe, la réponse à cette question restera contestable. Artémidore lui-même reconnaît : « Il y a en effet des songes non susceptibles d'interprétation avant que leur accomplissement ne soit réalisé » (p. 223).

• Dans cette quatrième partie tronquée, le songe reste sans réalisation. Pourquoi ? Deux raisons sont probables. D'une part, le songe se déroule dans le troisième livre et le romancier abandonne les hameaux à partir du quatrième livre (Voir Chronologie η). D'autre part, l'interprétation erronée d'Alexis freine le cours des événements, et les larmes de l'héroïne empêchent les discussions. Étonnamment, le songe ne sera pas rappelé dans les livres parus en 1625. Le dénouement proposé par Balthazar Baro n'en tiendra aucun compte (Froidefond, p. 23), bien que ce soi-disant secrétaire prête à Phillis un songe « véritable prophète » (éd. Vaganay, V, 7, p. 313).

• Influencée par les commentaires d'Alexis, j'ai cru d'abord que le songe était oraculaire et qu'il présageait une reconnaissance (Henein, p. 100). Astrée est en peine, explique Alexis, la feinte druide la secourt, puis Adamas renvoie sa fille dans son couvent (IV, 3, 571). Astrée ne discute pas cette interprétation consternante : elle refuse la reconnaissance (Gabaudan, p. 411).

Alexis, sans avancer la moindre justification, se reconnaît dans le personnage au visage caché. Elle analyse seulement le premier et le dernier élément du songe, le chemin difficile et le couteau. Elle conclut que le songe est oraculaire. Est-ce que son interprétation repose sur La Clef des songes d'Artémidore ? C'était le cas des explications qui l'ont précédée,
- Le chemin qu'on suit en rêve, c'est celui qu'on suit dans la vie, déclare Artémidore (p. 137), qui ajoute que les taillis indiquent des craintes (p. 136) et les ronces des torts causés par autrui (p. 249). De plus, « avoir peur n'est bon pour personne, car celui qui a peur [...] se soumet davantage à toute influence, en sorte qu'il subira plus vite quoi que ce soit qu'il craigne le plus » (Ibid., p. 200).
- Si le chemin jouit d'un symbolisme transparent, le couteau, lui, change de sens en changeant de fonction. En général, les instruments « qui coupent [signifient] dissentiments, disputes et dommages » (Ibid., p. 60).
L'individu au couteau peut-il être Adamas comme l'affirme Alexis ? L'Astrée prête un couteau aux sacrificateurs (III, 8, 358 verso) et aux bergers (II, 8, 538), mais jamais à Adamas personnellement. Avons-nous noté de l'animosité ou même de la sévérité dans les relations d'Adamas avec Astrée ou avec Céladon ? Pas du tout. SignetDe plus, Alexis déclare que l'Adamas du songe la renverrait au couvent. Le druide, évidemment, ne pourrait pas renvoyer Céladon chez les Carnutes même s'il le voulait, comme le remarque D. Froidefond (p. 23, note 11). Adamas, soulignons-le encore une fois, à cause d'un oracle η (II, 8, 495), reste convaincu que son bonheur dépend de celui du berger, et que le bonheur du berger dépend d'une réconciliation avec sa bergère. Par conséquent, le druide n'a aucune raison de séparer violemment ces jeunes gens qu'il a réussi à réunir - du moins pour quelques mois. Un divorce dramatique nuirait à la réputation de tous.

• Si l'individu au couteau n'est pas un sacrificateur, de qui s'agit-il ? Celui qui sépare les jeunes gens, c'est celui qui les a déjà séparés. Deux individus répondent à cette description : le père et le rival de Céladon, Alcippe et Semire. Les ruses frauduleuses du premier ont conduit Céladon à des voyages puis à un bannissement de six mois (I, 4, 113 verso). La malice du second a mené le berger au suicide (I, 1, 5 recto). Les méfaits de Semire se déroulent à un moment où Céladon, feignant d'aimer ce qu'il n'aimait pas, feignait d'être celui qu'il n'était pas. Le jeune berger prévoyait alors une issue néfaste : « ceste feinte [lui] donnoit tant de peine, qu'elle [lui] cousteroit la vie » (I, 1, 9 recto et verso). L'individu qui brandit un couteau est probablement Semire.

• « L'interprétation des songes n'est rien d'autre qu'un rapprochement du semblable avec le semblable », affirme Artémidore (p. 133). Dans le roman donc, l'explication - même conjecturale - repose sur le passé des personnages concernés. Le songe d'Astrée semble une vaste métaphore alimentée par les remords de la bergère. L'image surréaliste d'une main coupée qui devient cœur puis se transforme en Céladon illustre une tragédie : « Quelque affection que subisse le haut des bras, cela signifie deuil » (Artémidore, p. 52).

• Des composantes du songe figurent dans le récit de la faute commise par la bergère. Rappelons les faits : Astrée a vu Céladon courtiser Aminthe en prononçant des poèmes à double sens (Henein, pp. 368-370). Elle n'a pas compris « l'intention de ses discours » (I, 4, 119 verso). Elle a entendu le jeune homme décrire des cœurs faits de pierre (I, 4, 120 verso), lui qui, dans un madrigal, avait déclaré qu'il ne pouvait pas « avoir le cœur » de feindre (I, 1, 10 verso). Astrée a vu les mains d'Aminthe dans les cheveux de Céladon et devant ses yeux (I, 4, 119 verso). Le lendemain, quand Astrée rencontre le berger, elle refuse de regarder son visage, chose qu'Honoré d'Urfé commente (I, 1, 3 recto). « Folie, que je pleureray aussi long temps que j'auray des larmes » (I, 4, 121 recto), reconnaît-elle. Pour l'héroïne si coupable, raconter son histoire c'est « remettre le fer dans une playe » au risque de « l'envenimer » (I, 4, 86 recto) ; « il faut bien souvent user du fer pour les guerir », rétorque Diane (I, 4, 86 recto).

• Le songe d'Astrée est le souvenir de l'épisode fondateur du roman, celui qui renferme la faute originelle rapportée dans la première partie. C'est peut-être pour cela que, d'après l'Inventaire de la bibliothèque de Virieu η, cette première partie jouissait d'une place prédominante.
Les héros ont voulu « cacher [leur] amitié » (I, 4, 116 verso). À son corps défendant, Céladon a accepté de faire semblant d'aimer une autre femme. L'habile Semire a troublé la perception d'Astrée : elle a vu ce qu'elle craignait de voir. Elle a condamné Céladon sans l'entendre. Semire a séparé les héros.

• Il n'est pas impossible que d'Urfé, amateur de jeux sur les noms propres, ait voulu rapprocher Semire et mire. Le mire tient un couteau, tranche dans la chair vive, s'occupe des plaies. « De quelque personne que les battus reçoivent les coups, c'est de cette personne que viennent ordinairement les secours » (Artémidore, p. 164). C'est pour cela qu'il vaut mieux ne pas accentuer le premier e du nom de Semire. Peut-être que Baro n'a pas tort et que ce Semire devait un jour reconnaître Céladon malgré son travestissement (1627, 12, p. 1333). Le songe d'Astrée, en somme, comme celui de Célidée, partiellement métaphorique et partiellement oraculaire, annoncerait une répétition du premier drame.

Le songe d'Astrée reste exceptionnel pour trois raisons :
1. L'épisode onirique commence par une apostrophe qui marque la fin du songe. En criant le nom de Céladon, l'héroïne, encore endormie, « se tournant du costé d'Alexis », appelle le berger (IV, 3, 529 et IV, 3, 567). Celui-ci aurait pu répondre et amorcer la reconnaissance. La bergère ne lui avait-elle pas dit : « Garde toy bien de te faire jamais voir à moy que je ne te le commande » (I, 1, 4 recto) ? Honoré d'Urfé veille : les circonstances interdisent la confession. Avant de raconter le songe, Astrée a confié à Alexis qu'elle détesterait la voir transformée en homme (IV, 3, 564). Empêtrée dans son travestissement, Alexis n'est donc pas en mesure de répondre à l'appel tant attendu. Le songe ne réussit pas à ouvrir les yeux de l'héroïne - au propre et au figuré.

2. Seul le songe d'Astrée ne suscite pas un déplacement du personnage. La bergère reste longtemps dans son lit, ce qu'Honoré d'Urfé répète (IV, 3, 536 ; IV, 3, 560 ; IV, 3, 575 ; IV, 3, 576). Une nouvelle opportunité est passée. Le lecteur est ainsi appelé à se souvenir d'une autre occasion ratée, la vision d'Astrée. Quand la bergère dormait à la belle étoile, ses cheveux se sont pris à des ronces, elle s'est réveillée en criant. « Helas ! ma sœur, j'ay veu Celadon », explique-t-elle à Phillis (II, 8, 527). Le berger que l'on croyait mort était là, mais les jeunes filles ne l'ont pas compris. Phillis explique alors : « L'imagination nous represente en dormant ce que nos yeux ont veu en veillant, ou que nous avons faict ou pensé, si bien qu'ils ne sont pas presages du futur, mais seulement images du passé » (II, 8, 527). La sage Phillis, malheureusement, n'a pas entendu le récit du songe d'Astrée.

3. Seul le songe d'Astrée est coupé en deux. Entre la fin du songe (l'apostrophe) et le récit commenté, un événement inattendu se déroule : un personnage maléfique fait une révélation bénéfique. Dès qu'Astrée se réveille, Diane et Phillis laissent leurs compagnes et sortent. Elles entendent Laonice confesser à Tircis qu'elle a calomnié Silvandre (IV, 3, 544-553). Or, Diane a condamné Silvandre à cause de l'interprétation que Laonice a donné de la conduite du jeune homme avec Madonthe. La jalousie féminine, envenimée par des envieux, fait le malheur d'un innocent. Parle-t-on de Diane ou d'Astrée ? Ces parallèles subtils que d'Urfé aménage annoncent qu'une providence bienveillante confortera sans doute les couples que l'aveugle jalousie féminine a séparés.
Sorciers - IV, 1, 57. Ces sorciers, qui ayans fait quelques charmes sur la peau d'un loup, ne se la mettent pas plustost dessus qu'ils en prennent en mesme temps le naturel. Voir Loup η

- IV, 1, 127. Les sorciers peuvent-ils éblouir les yeux du corps ?
Oui, puisque la magicienne Mandrague est en mesure d'envoyer à Damon et Fortune des songes η trompeurs et d'enchanter les eaux de la fontaine de la Vérité d'amour η (Histoire de Damon et de Fortune) : les yeux du corps voient ce que les yeux de l'esprit appréhendent de voir. Mandrague a pu aussi représenter l'aventure dans des tableaux séduisants.

• Auparavant, d'Urfé prenait la peine de distinguer le magicien η du sorcier (III, 2, 55 verso). Le mot sorcier survenait lorsque Ursace se réjouissait des résultats de la recette prétendue merveilleuse appliquée aux lèvres d'Eudoxe (II, 12, 782).

• Voir aussi Surnaturel η.
Souvenirs IV, 2, 207. Vous entendrez dire.
Comme Circène ne connaît ni l'histoire
d'Alcippe, ni celle de Celion, pour elle, le berger qui s'est banni ne pourrait être que Céladon.
Suicide IV, 3, 490. Offenser le Ciel en se donnant une violente mort.
Même position dans la première (I, 12, 405 verso), la deuxième (II, 12, 868) et la troisième partie (III, 6, 241 recto). Ces fréquentes condamnations indiquent combien la tentation du suicide peut être forte aux yeux de l'auteur de L'Astrée. Le romancier réagit en chrétien plus qu'en stoïcien.

• Dans La Sylvanire, d'Urfé s'oppose formellement à Sénèque, philosophe qu'il admire pourtant et qu'il nomme six fois dans ses Epistres morales. L'auteur des Lettres à Lucilius a déclaré qu'on pouvait se soustraire « aux coups de la fortune » sans attendre « la fin fixée par la nature » (Lettre LXX, II, p. 47). D'Urfé rétorque que la mort n'obéit ni à la nature, ni surtout pas à la fortune, mais à Dieu.
     « Ta vie est aux Dieux,
     Aux Dieux tu la dois rendre
     Alors qu'il la voudront,
     Et non à ta douleur »
(La Sylvanire, IV, 10, v. 7061-7064).

• Voir Généreuse action η.
Suivie IV, 3, 416. Une vie / De tant de maux suivie.
Comme Suivre peut signifier « Continuer » (Huguet) ou « Accompagner » (DMF), il faut peut-être comprendre une vie faite « de tant de maux ».
Suivre IV, 1, 126. Si vous appellez civilité de pleurer, de prier, supplier et importuner, voire de se jetter aux pieds, et d'embrasser les genoux de Madonthe pour avoir la permission de la suivre.
L'énumération de six verbes d'action dit l'amplification. À comparer avec l'information donnée par Laonice : les conjurations les plus extraordinaires que j'aye jamais ouy faire (III, 11, 478 recto).
Sujet IV, 3, 541. Ils l'ont laissee icy avec si peu de suject.
Léonide a proposé à Astrée qu'Alexis se dise malade et reste dans le hameau (III, 11, 469 recto), car la nymphe et Adamas désirent éviter une rencontre de Galathée et de la feinte druide. Il est donc tout à fait vraisemblable que Diane et Phillis s'étonnent. L'explication que propose ici Diane est celle que Léonide a déjà imaginée : Adamas ne veut pas que sa fille fréquente la Cour (III, 11, 485 recto).
Sujets Le traitement du sujet ne réserve pas de surprises à proprement parler, sinon qu'il indique que les corrections effectuées dans les rééditions de 1621 (Variantes) seraient encore à faire dans la quatrième partie de 1624.

1. L'accord η au singulier ou au pluriel.
2. Les formes impersonnelles restent sans sujet. Par exemple :
Avoir : IV, 3, 476.
Sembler : IV, 1, 61 ; IV, 2, 171 ; IV, 3, 539 ; IV, 3, 589 ; IV, 3, 594 ; IV, 3, 627.
Falloir : IV, 1, 140 ; IV, 2, 297 ; IV, 2, 321 ; IV, 2, 340 ; IV, 4, 877.
Valoir : IV, 2, 297.
3. Le sujet manque devant un verbe personnel. Par exemple :
- À la première personne : IV, 1, 19 ; IV, 2, 225 ; IV, 2, 323 ; IV, 3, 428 ; IV, 4, 769.
- À la deuxième personne : IV, 1, 152 ; IV, 4, 868.
- À la troisième personne : IV, 1, 58 ; IV, 2, 251 ; IV, 5, 936.
T analogique Ce t qui était si fréquent dans les éditions de 1621 (Variantes) manque souvent dans la quatrième partie de 1624. Faut-il attribuer la chose au romancier, à son secrétaire, à un copiste ou à l'atelier d'imprimerie ?
J'indique dans le texte même le statut de ce t, parce que c'est une différence importante entre les éditions revues par d'Urfé et cette édition pirate dérobée.

- Le t manque. Par exemple IV, 1, 15 ; IV, 2, 159 ; IV, 3, 409 ; IV, 4, 637 ; IV, 5, 920.
- Collé au verbe, le t est suivi ou non par une apostrophe. Par exemple IV, 1, 25 ; IV, 2, 363, IV, 3, 374; IV, 4, 682.

Généralement, la refonte de Baro en 1627 rétablit le t (Continua-t'elle, 4, p. 321).
Taire IV, 3, 483. Le plus grand chastiment que le Ciel puisse donner à une femme, c'est celuy de se taire.
Les fabliaux ont répandu l'image de la femme bavarde. « Fille aimant silence est douée de grand science » (Cotgrave, Article Fille).
Tapisserie IV, 4, 751. Il se cacha derriere une tapisserie.
Les tapisseries sont généralement clouées au mur. Une expression du Littré explique : « Être derrière la tapisserie, être derrière un paravent garni de tapisserie ».
Temple - IV, 3, 474. Il y en a aussi un de Minerve, qui touche à ce qu'il me semble celuy de Jupiter.
Ces temples païens en plein Forez étonnent. Mais Adamas a expliqué plus haut les conséquences de la colonisation romaine : « Nous avons eu des temples où nostre Dieu à esté adoré parmy les leurs » (II, 8, 507).

- IV, 4, 881. Nous promismes de nous attendre au temple.
Il s'agit du temple de Vénus, nommé plus haut (IV, 4, 880).
Est-ce celui où Hylas a pénétré frauduleusement (I, 8, 252 recto) ?
• En 1595, Pierre Matthieu mentionne à Lyon des temples dédiés à Saturne et à Mercure seulement (pp. 38, 56). Aujourd'hui, on a découvert un sanctuaire de Cybèle, la Grande déesse (Wikipédia, 20 octobre 2016). Voir ce site (20 octobre 2016).
Temps Ces remarques, ajoutées à celles de la deuxième η et de la troisième η partie, confirment qu'Honoré d'Urfé compte sur l'effet bénéfique du temps sur le destin de ses personnages (Henein, p. 24 sq.).
- IV, 2, 258. Remettre au temps la guerison entiere du mal.

- IV, 3, 463. C'est veritablement une tres-grande sagesse de se conduire selon le temps, et cela d'autant que nous ne pouvons pas conduire le temps selon nous.

- IV, 5, 925. Malaisément l'eussions nous peu si bien faire que le temps seul me l'a depuis faict recognoistre.

- IV, 5, 926. Il n'y a rien de si caché que le temps ne descouvre. Réflexion inspirée de la célèbre maxime de l'Œdipe-Roi de Sophocle (« Le temps voit tout ; le temps malgré toi te découvre », p. 136). Cette leçon se retrouve dans la bouche du Sancho de Don Quichotte : « Le temps découvre toutes choses, et il n'en est aucune qu'il ne montre à la lumière du jour, fût-elle cachée aux entrailles de la terre » (Cervantes, p. 711). Mme de Villedieu reprendra textuellement la phrase de L'Astrée dans ses Annales galantes (Œuvres, éd. de 1720, vol. 9, p. 113).

Quand Galathée prononce cette phrase, elle admet que le temps a révélé l'imposture de Climanthe. Elle n'a pas encore compris que certains des oracles du faux druide étaient véridiques (Henein, pp. 84-85) ... elle a effectivement découvert un « diamant » sur les rives du Lignon (I, 5, 138 recto), mais il n'est pas pour elle.
Tendus IV, 2, 179 ; IV, 4, 659. Yeux tendus η.
Tigre La métaphore du tigre (au masculin) est maintenant appliquée aux hommes cruels (Voir Variantes).
- IV, 1, 60. Les exercices des chevaliers sont plus propres aux Ours, aux Tygres, et aux Lyons, selon Circène.

- IV, 1, 85. Les hommes qui se vengent sont cruels tygres selon Dorinde.

• Voir Animaux η.
Torrents IV, 4, 903. Ils ont tellement versé sur moy les torrents de toute sorte d'affliction.
Hyperbole consacrée, mais ravivée grâce à l'article défini qui précède torrents et grâce aux deux substantifs au singulier qui le suivent.
Une des Epistres morales débute par l'explication de ce qui fait le danger du torrent : « Ces furies, et ces ravages ne procedent pas de l'imperfection de l'eau, mais du lieu où elle est » (I, 7, p. 271).
Touche IV, 3, 430. Chacun est aveugle en ce qui le touche.
Cette maxime se trouve dans un sermon de Léon de Saint-Jean en tant que commentaire d'un récit de Quinte-Curce. Elle signifie qu'il faut donner un avocat aux criminels, car « il n'y a que trouble dans les conseils de qui ne consulte que soi-même » (La Somme des sermons parenetiques et panegyriques, Paris, Sebastien Cramoisi, 1671, II, p. 1220. Voir le texte numérisé dans Google, livre 7).
• Merci à Christian Allègre qui m'a aidée à retrouver la source de cette maxime.
Tristes pleurs IV, 3, 416. Expression que l'on rencontre fréquemment chez les poètes au moins depuis les « tristi pianti » de Pétrarque (Sonnet XV, p. 77). Voir par exemple l'Élégie IV de Ronsard (éd. Blanchemain, IV, p. 231).
Tromper IV, 3, 557. Au contraire j'eusse esté plus blasmable si je ne m'y fusse pas laissee tromper.
Diane ne pourrait pas mieux montrer son orgueil et son aveuglement ! Considère-t-elle vraiment qu'elle avait raison de croire Laonice ? Elle semble partager la mauvaise foi de Madonthe victime de Lériane.
Tromperie Le mot est fort : « Dol, fraude, deception » (Furetière). Equicola fait de la tromperie une spécialité de Vénus (Livre 2, f° 113 recto).

- IV, 3, 584. Pour peu qu'Astree en eust eu soupçon, ell'eust bien recogneu la tromperie qu'elle luy faisoit.
Il s'agit du travestissement de Céladon. La première fois que le romancier parlait de tromperie à propos de ce travestissement (III, 11, 465 verso), il décrivait une farce anodine, la scène était comique. Ce n'est pas le cas ici.

Tromperies : le pluriel et le mot coordonné renforcent le sens.
Phillis, pour apprendre à Silvandre que Diane l'a condamné, utilise plusieurs fois le mot tromperies :
- IV, 1, 148. Le Ciel ne punit point [l]es tromperies d'Amour.
La bergère rappelle ainsi les Lois exposées dans la deuxième partie (II, 5, 283) : Amour n'impose qu'une seule punition à ceux qui aiment mal, ne pas être aimés η.

- IV, 1, 149. Les dissimulations et les tromperies peuvent bien quelque temps abuser [elles sont enfin reconnues].
L'optimisme de Phillis est confirmé par les faits : les feintes ont été démasquées - preuve en est qu'elles sont racontées.

Étant donné les multiples ruses des amoureux astréens, la sévère condamnation de la tromperie n'est qu'une vue de l'esprit :
- IV, 1, 149. Les finesses et les tromperies sont des témoignages d'un courage vil et abbatu.

- IV, 1, 153. Vos tromperies et vos dissimulations sont découvertes.

Dorinde résume les agissement d'Hylas :
- IV, 2, 238. Les tromperies et les malices.

Diane prononce une lapalissade :
- IV, 3, 416. Les tromperies ne sont pas tromperies, sinon en tant qu'elles deçoivent ceux à qui elles se font.
Astrée corrige en recommandant seulement à sa compagne de ne pas généraliser.
Trompeur - IV, 3, 404. Pensez-vous qu'entre tous les hommes il n'y en ait point d'autres que de trompeurs ?
À cause de la forme négative, la répartie est illogique : Diane pense en fait que tous les hommes sont trompeurs. Il s'agit donc probablement d'une coquille.
- IV, 4, 896. N'avois-je pas perdu le jugement quand je creus qu'il pouvoit estre autre que trompeur, s'il est homme, et si tous les hommes le sont.
  Tous les hommes sont trompeurs,
  Or Sigismond est un homme,
  Donc Sigismond est trompeur.
Dorinde expose un syllogisme sophistique. « Argument composé de trois propositions, lequel a cette propriété, que quand il est en forme, la conclusion s'ensuit necessairement des deux premisses, ensorte que si elles sont veritables & necessaires, la conclusion est convaincante, & fait une demonstration, & on l'appelle apodictique. Quand les propositions sont seulement vraisemblables ou contingentes, on l'appelle dialectique ; & quand elles n'ont qu'une fausse apparence de verité, on l'appelle sophistique » (Furetière). Le syllogisme de Dorinde est sophistique parce que la majeure (première prémisse) n'est pas vérifiable.
Troyen IV, 1, 39. Et toy Troyen pourquoy T'en fuis tu de Carthage ?
C'est la seconde fois qu'Honoré d'Urfé cache le nom d'Énée dans L'Astrée. La mythologie, quelquefois, aime à se parer de voiles pour frayer avec la fiction : c'est le cas de certaines des divinités dans les « peintures esclatantes » (I, 2, 26 verso), c'est le cas du Jugement de Pâris devenu concours de beauté (I, 4, 89 recto), c'est même le cas de la divinité habillée en bergère et appelée Astrée (II, 8, 518). Au lecteur d'aller au-delà de la représentation.

• Dans ses Epistres morales, d'Urfé se compare à Énée (Biographie d'Urfé). Il nomme Énée dans l'apostrophe « À mon livre ». Plus loin, il condamne les Phéniciennes, c'est-à-dire les compagnes de Didon, qui auraient mis « le feu dans les navires de nostre Ænee » (Epistres, I, 17, p. 151). Dans L'Énéide, en fait, un songe alerte le héros : « Bientôt tu verras [...] des torches menaçantes [...] et le rivage en feu » (IV, 565, p. 118).
Un autre IV, 4, 685. Une flame dans un autre flame.
Il ne s'agit pas d'une coquille mais d'un archaïsme. Dans sa Grammaire, Maupas affirme que « es monosyllabes le e feminin ne s'escrit point devant un autre mot qui commence par voyelle ou h muëtte ». Une apostrophe doit alors indiquer l'ellipse (p. 10).
Les ateliers de du Bray et de Varennes se sont parfois conformés à cette règle dans l'édition de 1621, ajoutant ainsi une note désuète aux éditions préliminaires (I, 3, 49 verso ; I, 4, 80 recto ; II, 9, 587 ; II, 9, 603).
Unité IV, 3, 465. L'amour, de qui la perfection est tellement en l'unité, qu'elle ne peust jamais estre parfaicte qu'elle n'ait atteint cet un auquel elle tend.
Thamire se souvient du Banquet. Platon rapporte que l'homme éprouve le désir de s'unir et de se fondre avec l'aimé (192e). La poursuite de l'unité, c'est l'amour, théorie illustrée par l'androgyne d'Aristophane. Equicola η s'interroge sur la leçon à tirer de « ceste fable » (Livre 4, f° 237 recto). Ailleurs, il cite saint Paul et s'adresse ainsi aux époux : « O maris, aymez vos femmes, ayez les en reverence, et honneur, pour estre deux corps en un » (Livre 3, f° 176 recto).

Thamire est marié avec Célidée lorsqu'il parle de cette unité. Dans la troisième partie, c'est un homme qui doit bientôt épouser la femme qu'il aime qui se compare à l'androgyne η (III, 12, 531 recto).
Vagabond IV, 1, 151. Un Berger vagabond et incogneu.
Phillis exagère. Silvandre ne connaît pas ses parents, mais il connaît sa patrie. Vagabond : « Qui erre çà & là, qui n'a point de route, de demeure certaine » (Furetière).
Variété IV, 3, 459. Il n'y a rien que la varieté qui rende beau l'Univers.
Les dictionnaires même font l'éloge de cette variété qui est synonyme de diversité. Furetière donne : « La nature est admirable dans ses varietez de coquillages, de plantes, de fleurs, d'animaux. Un carreau de tulippes réjouït par la varieté des couleurs. Les paysages ne sont beaux que par la varieté des objets ». Richelet n'est pas en reste : « Il y a une variété charmante & bien entenduë qui est la plus grande beauté de tous les ouvrages ».
Vengeance - IV, 2, 334. La vengeance est douce.
Les dictionnaires de proverbes attribuent à Homère une formulation similaire : « La vengance est plus douce que le miel ». Jean-François La Harpe traduit ainsi ce passage de L'Iliade :
     « Périsse la Vengeance et ses douleurs trompeuses !
       Son miel empoisonneur assoupit la raison »
(Cité dans L'Iliade traduite en vers français, Paris, 1809, p. 100, Google).
Quand Achille, furieux, déclare à Thétis, sa mère, qu'il va venger la mort de Patrocle, il évoque des sentiments violents qui lui semblent doux comme le miel. Les traducteurs modernes de L'Iliade ne nomment pas alors la vengeance mais le courroux ou « la colère qui pousse à s'irriter l'homme le plus sensé, et qui, beaucoup plus douce que les gouttes de miel, croît comme une fumée dans le cœur des humains » (Homère, trad. de Mario Meunier, chant XVII, p. 434).

Honoré d'Urfé déforme doublement la réflexion d'Achille : Mérindor ne relève pas que la douceur de la vengeance est empoisonnée, et le sage Euphrosias se contente de rappeler que la vengeance est dangereuse quand celui qui se venge trouve la mort. « Celui ne se venge pas qui occit son ennemi et puis est mis à mort », dit un adage de Perceval (cité dans le DMF, Article Venger).
Euphrosias ajoute que la vengeance peut avoir des suites regrettables et peu honorables. « Tel pense venger sa honte qui l'accroist », selon un proverbe cité par Cotgrave (Article Venger).

- IV, 3, 547. Plustost que ne me pas vanger d'un de mes ennemis, je ferois perir cent de mes amis, déclare Laonice.
Les Epistres morales ne condamnent pas la vengeance. Dès l'épître Au lecteur, d'Urfé s'engage à « marquer [s]es ennemis » avec son épée pour se venger de sa détention (n. p.). Parce que tout homme est sujet au désir de vengeance (Ibid., II, 5, p. 248), après certains coups de la fortune, « il faut [...] comme personnes courageuses, [...] nous resoudre à la vengeance [et mourir] accompagnez de l’honneur et de la vertu » (Ibid., I, 8, p. 60). 

Vanger est la graphie que d'Urfé favorise. Voir Orthographe η.
Vents - IV, 3, 442. Les hautes tours sont bien plus exposees au vent et à l'orage.
« Es hauls lieux sont les vens trop mauvès ». Vers d'Eustache Deschamps cité dans le DMF (Article Vent).

- IV, 3, 456. Changer la voile selon le vent.
Tenir tousjours la mesme voile à tous les vents.
Richelet souligne que vent « entre en plusieurs façons de parler figurées & Proverbiales ». En fait, d'Urfé permet à Hylas de combiner des adages. Certains sont connus (« Selon le vent la voile »), d'autres plus étonnants : « Donner voile à tous vents. To saile with all winds; weakely, to be persuaded by everie one that speakes to him; inconstantly, to be swayed by everie severall humor that moves him » (Cotgrave, Article Donner).

Voir Vents η.
Verole - IV, 2, 272 ; IV, 4, 652.
Le Larousse du XIXe siècle explique que la petite vérole, nom vulgaire de la variole, laisse souvent des cicatrices. Pierre Larousse cite une profonde maxime de La Duchesse de Langeais de Balzac : « La petite verole est la bataille de Waterloo des femmes ; le lendemain, elles connaissent ceux qui les aiment véritablement ». C'est la situation de Dorinde.
La petite vérole touche Madame de Merteuil dans Les Liaisons dangereuses de Laclos : Au dénouement, on lit que « la maladie l'avoit retournée et qu'à présent son âme étoit sur sa figure ».

• Quand La Rochefoucauld étudie « L'Origine des maladies », il note : La calomnie produit la petite vérole (Réflexions diverses, p. 311). Pensait-il à L'Astrée ? Dans la deuxième partie Hylas a rapporté les calomnies et médisances échangées par Dorinde et sa rivale, Florice (II, 4, 264). Bien que le récit soit centré sur l'inconstant et son inconstance, le lecteur détecte sans peine la venimeuse méchanceté des deux femmes.
Verromé Privilège. Déformation fréquente de Valromey η.
Vessies IV, 3, 423. Les affections masculines sont comme ces vessies enflees.
Cette image originale rappelle le proverbe qui décrit l'erreur grossière : « Croire que des vessies sont lanternes » (Furetière).
Ces vessies enflées dont se plaint Dorinde évoquent aussi la baudruche, ballon rempli d'air, « Idée sans consistance, facile à détruire ». Le sens figuré de baudruche ne remonterait qu'au XIXe siècle pourtant selon le Trésor de la langue française.
Vice de nature IV, 4, 882. Il me fist bien paroistre que le vice de nature ne se peut jamais si bien corriger.
Furetière explique seulement « VICE NATUREL [...] une difformité du corps qu'on apporte en naissant, ou qui vient par maladie, dont on n'est point responsable ». Le Vice de nature dont se plaint Dorinde est plutôt une expression construite sur le modèle de vice de la nation : « Certains vices generaux à quoy des peuples en certains temps sont plus sujets que d'autres : comme, la jalousie est le vice des Orientaux, la fanfaronnade des Espagnols, la crapule des gens du Septentrion » (Furetière). Dans le discours de Dorinde, il s'agit de l'infidélité inhérente à l'homme.
Vieille Gauloise IV, 3, 454. Voir Notes 2.
Vierge IV, 1, 25. Je vous jureray par la grande Vesta, et par la Vierge que les Carnutes disent devoir enfanter η.
Alexis jure par les divinités féminines qui se trouvent dans un temple en Forez. Les druides des Carnutes n'adorent probablement pas Vesta, divinité païenne.

• Voir Notes en images.
Violence IV, 1, 60. La violence, l'outrage et le meurtre.
Bien que Circène pratique évidemment l'hyperbole en décrivant ainsi les activités des chevaliers, il faut rappeler que l'Église se montre encore plus sévère que la jeune femme : « Celuy qui exerce le tournoy, et autres jeux et spectacles où il y a danger de mort il peche. Et s'il meurt, il doit estre privé de sepulture ecclésiastique. Tant ceux qui exercent tels jeux, que ceux qui y assistent et qui les permettent, sont excommuniez de l'Eglise » (Benedicti, p. 116).
Voix - IV, 2, 278. Je ne les avois peu assez bien ouyr à cause de la quantité des voix.
Les stances seraient-elles chantées en canon ?

- IV, 3, 376. Dorinde croit reconnaître la voix du chevalier qui a parlé (IV, 3, 373). Mais elle sera surprise d'apercevoir ensuite le visage de Bellimarte sous le heaume (IV, 3, 377), et elle sera également étonnée de voir Périandre et Mérindor (IV, 3, 378). Dans ces conditions, on se demande qui elle a cru reconnaître !

- IV, 3, 391. Hylas reconnaît Périandre à sa voix.

- IV, 3, 412 ; IV, 3, 413. Silvandre est reconnu à sa voix. Ce n'est pas la première fois (II, 1, 8 ; II, 7, 473 ; III, 10, 437 verso).

• Voir la troisième partie η.
Volonté - IV, 1, 94. Par autre moyen que par sa volonté.
Involontairement. Cette circonlocution aurait dû surprendre les auditrices. Voir aussi Detestable η.

- IV, 3, 452. La volonté ne se porte jamais qu'à ce que le jugement luy a dit estre bon.
Cette conception optimiste des facultés de l'âme a son germe dans les Epistres : Quand la connaissance du bien devient plus forte, « elle change son nom et s'appelle Volonté du bien » (I, 21, p. 186). Influence du stoïcisme, note Maxime Gaume (p. 324 sq.)
Voyage - IV, 2, 190. Si mon voyage eut esté digne d'estre nommé voyage.
Remarque de sophiste (Henein, p. 350) ! On la doit au jeune orateur qui a discuté auparavant de la longueur d'un jour η (III, 10, 448 recto). Faut-il définir le voyage selon la distance parcourue ou selon la durée du déplacement ? La distance, précise le principal intéressé, est de « deux ou trois mille pas » (IV, 2, 190), environ une lieue (Furetière, Article Pas). Silvandre a quitté Madonthe avant qu'elle parvienne dans la plaine de Montverdun (III, 12, 492 verso). La durée de ce voyage, plus malaisée à calculer, est aussi bien plus conséquente. Le romancier fournit cinq indications qui se recoupent :
1. « Qu'est-ce qu'il est devenu ce matin », demande Phillis (III, 11, 477 verso).
2. « Par fortune le matin », le berger a rencontré Madonthe qui sortait se promener (III, 11, 462 recto).
3. « Adamas ayant donné le bon-jour à Diane et à Philis » (III, 11, 482 recto) compte partir « incontinent apres le disner » (III, 11, 482 verso). Le repas a lieu chez Phocion (III, 11, 489 recto).
4. Le lendemain « de grand matin », Léonide part à son tour (III, 12, 552 recto).
5. Pendant la matinée, on entend chanter Silvandre (IV, 1, 103).
L'absence de Silvandre a donc duré un jour et une nuit. Les bergères n'ont pas eu tort de s'étonner. Tempête dans une tasse de thé ? On disait alors : « À peu de vents gros flageols accorde on. Avec peu de moyens on peut obtenir de grands effets » (DMF).
Quoi qu'il en soit, Silvandre ne juge pas utile de s'excuser. Il conserve le statut de victime innocente de la méchanceté de Léonide et de la jalousie de Diane.

- IV, 4, 692. Godomar voyage pour apprendre les coustumes et meurs des estrangers.
Obligé de visiter l'Italie, Céladon aussi cherchait à s'instruire, mais seulement pour en parler à Astrée (II, 10, 637). Sur le voyage en pays de bergers, voir Henein.
Vraisemblance - IV, 2, 214. Belle Dorinde.
Vraisemblance respectée : Silvandre ne connaît pas Dorinde (IV, 2, 211), mais la bergère déguisée s'est nommée pendant qu'elle lui parlait (IV, 2, 212).

- IV, 3, 556. Elle nous raconta sa malice, [...] et sur quelle vraysemblance elle l'avoit bastie.
Considérée comme l'indispensable fondement d'un récit trompeur, la vraisemblance entre pour la première fois dans L'Astrée grâce à l'habile Laonice. Avant elle, la « cauteleuse et malicieuse » Lériane (III, 6, 234 verso), se contentait de « rendre la chose plus vray-semblable » (II, 6, 396).
Alors que le vraisemblable est ce qui paraît vrai, la vraisemblance suppose l'existence d'une preuve.
En 1619, Honoré d'Urfé a longuement traité du vraisemblable dans son Jugemant sur L'Amedeide.

• Rendre vraisemblable s'applique plusieurs fois à des mensonges qui trompent ceux qui les entendent (notamment I, 6, 172 verso ; II, 6, 396 ; II, 6, 400). Dans la troisième partie, une occurrence de vraisemblable est plus subtile. Il s'agit de rejeter un ordre du Roi « s'il n'est bien vraisemblable » (III, 12, 537 recto) : c'est le faible recours des sujets contre un despote.
Vue IV, 4, 716. Pourveu que nous fussions tousjours à la veuë de nostre Gouvernante.
D'Urfé fait la même remarque en décrivant un jeune couple dans la cour de Mérovée et Méthine (III, 12, 510 verso).
Yeux IV, 2, 318-321. Dans ces Stances, Mérindor imagine une curieuse chorégraphie pour les yeux de Dorinde, sujets de verbes de mouvement.
Dans l'avant-dernière strophe, la pointe (un vers de monosyllabes) fait problème :
    Nous voyons les guerriers se plaire
    Aux coups témoins de leur valeur,
    Pourquoy n'en veulent autant faire
    Vos yeux pour en moy les leurs
(strophe VIII).
Vos yeux peuvent voir en moi les témoins de leur valeur ?
Baro en 1627 supprime le poème (4, p. 299). Cependant un rappel survient : « Hier j'ouys les vers que vous vintes chanter soubs ma fesnestre » (4, p. 300).